‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 57 sur 126 · Praclica, fui. cclx · texte numérisé non relu

Praclica, fui. cclx

but d'attirer les matières vers le bas. Mais alors il se passa une chose merveilleuse. Ce long suppositoire était à peine en place — le temps de dire un Pater et un Ave Maria — qu'il s'élève dans l'intestin, remonte jusqu'à l'estomac et est rejeté par vomissement un peu recourbé. J'ordonnai alors qu'on fît un autre suppositoire semblable au premier, qu'on l'attachât avec un fil, et que par un de ses bouts ce fil fût fixé à la cuisse de la jeune fille. Chose plus merveilleuse encore, le fil se rompt, le suppositoire remonte encore vers l'estomac, et est rejeté par la bouche avec la portion du fil qui le lie.

Pour la troisième fois, j'ordonnai un suppositoire qui fui entouré de quatre fils solides qu'on attacha ensuite à la cuisse de la malade, et pour la troisième fois, au bout de peu de temps, ces fils se rompent et le suppositoire est rendu par la bouche. Enfin je dis à la mère — laquelle fut dans la suite ma commère — de placer le suppositoire dans l'intestin et de le tenir elle-même fortement avec la main pour l'empêcher de recommencer son ascension vers l'estomac. Mais voici qui dépasse en merveilleux tout ce qui était arrivé jusque-là. Elle me raconta — et elle est tout à fait digne de foi — qu'elle avait senti comme un grand effort pour entraîner le suppositoire vers le haut, et que, si elle ne l'avait pas retiré, ce suppositoire comme les autres aurait été entrainé. Étant à court de remèdes, je consultai Maître Jean et lui demandai d'abord la cause de ce phénomène et le moyen d'y remédier. Il répondit à ma première demande : « Je ne sais quelle pourrait être la cause de ce phénomène, sinon une vertu attractive ascendante, résidant dans l'estomac et dans les organes qui le continuent ». Pour la seconde il me dit : « J'ai fait quant à moi ce que j'ai pu. A votre tour de faire ce qui vous semblera le mieux. » Or, donc en cette conjecture, je fis donner à la malade du bouillon de poule grasse pour débiliter et faire cesser la vertu contentive et attractive de ces organes. Elle rejeta plusieurs fois ce bouillon • mais enfin, le second jour de ce traitement, les matières reprirent leur cours normal par le bas, les douleurs cessèrent et la malade fut sauvée à la louange de Dieu. Dans la suite elle ne tomba plus en semblable mal, et aujourd'hui elle est bien portant* et l'épouse de mon confrère, le très éclairé docteur ès arts et médecine Maître Jérôme de Gluxiano, savant éminent'.

Voici encore une observation relatée dans la Praciica au chapitre De flxixu sanguinis narium :

1. Pruciica : De Egriludinibus stomaci, ch. v : De vomitu, fol. ccxiii.

... J'ai vu ce cas se présenter chez une nonne : elle avait une hémorragie qui ne provenait ni de l'abondance des humeurs, ni d'aucune cause primitive, chute ou coup. Elle rendait du sang par le nez, par la bouche et dans l'urine en telle quantité que, lors de ma première visite, je vis l'hémorragie se faire par toutes les voies d'évacuation et en notable quantité, jusqu'à xviij livres {sic). Pourtant cette nonne était maigre, délicate et flegmatique. Je tentai simplement comme remède des ventouses sèches, en raison de la faiblesse de la malade, et le sang vint remplir les ventouses. Je ne voulus pas essayer la phlébotomie, et, ne sachant quel médicament employer, je lui fis prendre, non sans crainte, i. de filonium, et, grâce à Dieu, en moins de deux heures elle fut guérie

de ce mal presque désespéré Au dire d'Avicenne un homme

ne peut vivre s'il a perdu xxv livres de sang.

Avicenne dit qu'un homme ne peut vivre s'il a perdu xxv livres de sang : l'esprit médical du moyen âge est tout entier dans cette phrase.

Et pourtant Ferrari fut, au dire de Daremberg', tout ensemble « très érudit, très didactique et parfois indépendant », et ceci est vrai. Il lui arrive assez souvent de discuter avec Avicenne ou Rhazès, et d'avancer « avec la déférence qu'on doit à de si grands hommes», qu'il ne partage pas leur avis. Exemple tiré toujours de la Practica, chapitre du tétanos traumatique :

Avicenne déclare que le tétanos, suite de blessure, est la conséquence de l'hémorragie trop considérable, ce qui fait que le plus souvent l'affection est mortelle : je crois cependant, pour ma part, que lorsque le tétanos survient après une blessure, c'est par suite de la lésion d'un nerf profond, et ce tétanos est mortel parce que les remèdes ne peuvent atteindre l'endroit blessé. Et si le médecin voulait agrandir la plaie, la douleur serait augmentée ainsi que le spasme, et le blessé mourrait. Aussi les incisions faites avec un instrument aigu, surtout lorsqu'elles sont profondes, sont très dangereuses, par exemple les blessures par armes très effilées.

Ces tentatives d'indépendance sont à noter, car elles sont rares chez un médecin du xv« siècle.

On peut s'amuser d'anecdotes dans le genre de celles que

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