‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 61 sur 126 · Praclica, fol. cxlviij · texte numérisé non relu

Praclica, fol. cxlviij

Nam quartodecimo mense ejus manifcstavit discursum qui adolescenti mediocris ingenii in anno xiiij recte convenisset.

quatrième, elle ressentit uti mouvement comme celui de la conception, et analogue h ceux qu'elle avait ressentis avec les autres, accidents, dans les grossesses antérieures : désirs, coloration spéciale; et chaque jour les mouvements devenaient plus nianifesles,si bien qu'au septième et huitième mois, et surtout au neuvième, lorsque j'appliquais la main sur le ventre, je sentais des soubresauts comme celui du fœtus, avec des contractions quel-, quefois violentes. A certains moments, on perçevait une masse globuleuse dans l'utérus, et tantôt c'était à droite, tantôt à gauche. Ajoutons tous les autres signes, désirs, coloration, pesanteur dans les parties inférieures de l'abdomen, difficulté dans la marche, en un mot tous les symptômes qui apparaissent d'ordinaire k cette époque. Cependant ma femme se prenait à douter parfois qu'elle fût réellement enceinte, en raison de ses menstrues légères; en effet dans ses grossesses précédentes elle n'avait pas perdu de sang. Quant à moi, j'étais certain, avec d'autres très savants docteurs, qu'il y avait grossesse. Et vous auriez partagé cette opinion devant les signes précités. Plusieurs matrones fort expertes étaient également de cet avis. Bref, nous fîmes entrer dans notre maison une nourrice au début du neuvième mois. Elle était près du terme, et moins de huit jours après son arrivée, mit au monde une fille que je confiai à une autre nourrice. Je maintenais le lait chez la mère en lui amenant des nouveau-nés du dehors, à seule fin qu'au moment de l'accouchement, l'enfant eût une alimentation convenable. Mais le neuvième mois s'écoula, puis le dixième, puis le onzième, et l'on était toujours dans l'attente. Enfin les douzième et quatorzième mois passèrent; les symptômes d'une vraie grossesse existaient encore, et la nourrice n'avait pas quitté la maison. Pourtant, après le onzième mois, l'espoir commença à diminuer, et pour moi j'étais en défiance. Après le quatorzième toute espérance m'ayant abandonné, je dis à ma femme de ne pas attendre plus longtemps un rejeton, car je n'avais jamais lu qu'une vraie grossesse pût aller au delà du quatorzième mois; qu'il était rare de la voir se terminer au delà du neuvième et plus rare encore au delà du dixième. Parfois, à la vérité, cela arrive chez des femmes affligées d'une môle, lorsqu'elles sont imprégnées dans les premier mois, deuxième ou troisième, car cette imprégnation est possible, au dire des physiciens. Alors, ayant accouché au neuvième mois, ces femmes racontent, qu'elles ont accouché au douzième, bien que l'accouchement ait eu lieu réellement au neuvième. Or, nous étant trompés, je me demandais d'une part s'il ne s'agirait pas d'une môle, et d'autre

part toutes les fonctions chez ma femme étant saines, j'en arrivais à me demander aussi s'il n'y aurait pas là quelque chose de contraire à Tordre naturel. En effet, étant donné l'espace de temps écoulé, on aurait dû constater des accidents. La dernière interprétation était effectivement la bonne, car en moins d'un mois, sans médecines violentes, le volume anormal du ventre disparut, la difficul té de la marche cessa, et ma femme resta bien portante dans la suite. Etje crois que Dieu, dans sa miséricorde, voulut la consoler et l'apaiser ; car, ainsi que je l'ai dit, elle avait été comme privée de raison. En lui laissant croire qu'elle était enceinte, il calma sa douleur et la fit disparaître. Car il nous sait faibles comme des enfants que l'on console par des sourires et des douceurs, et à qui l'on donne une pomme non pour qu'ils la mangent, mais pour les amuser. C'est ainsi qu'ils supportent des peines qu'ils n'auraient pas supportées sans cela^

Les citations que nous avons faites au cours de cette étude justifient l'appréciation de Daremberg sur les ouvrages médicaux du xv*' siècle : à côté de théories et de discussions sur les auteurs anciens, et comme perdues au milieu d'un fatras de textes, on trouve souvent des observations }>ersonnelles, des détails sur la vie et les mœurs de l'époque que l'historien aurait intérêt à relever et à signaler.

Il nous reste à conclure.

De tout ce qui précède, il résulte que le xv"^ siècle a été au point de vue médical, ainsi qu'on l'a dit, un résumé et une préface. Un résumé : car il a condensé dans ses Pratiques, Commentaires et Consultations toute la science médicale des siècles passés; une préface : car par ses essais de recherches anatomiques en Italie, il a préparé la renaissance anatomique du xvi^ siècle. Période à la fois active et stérile, quia beaucoup produit mais sans rien d'original, sans aucune découverte scientifique qui ébranle les doctrines sur lesquelles elle s'appuie depuis Galien. Vésalc lui-même et les anatomistes italiens du xvi^ siècle ne seront pas capables de

i. Praclica : De mola matricîs, fol. cçcl.xv.

secouer complMement le joug des anciens; il faudra que la physiologie, s'aidant de leurs découvertes, vienne ouvrir à la médecine un champ TK)uveau d'activité.

Ferrari représente bien le type du savant médecin du xV' siècle. Il personnifie son époque mais ne la devance pas. En le sortant de l'oubli, nous n'avons pas eu la prétention d'en faire un méconnu. Mais, si notre époque a le droit de ne plus tenir compte des travaux qu'il a laborieusement entrepris, elle ne doit pas oublier qu'il a été un érudit, un médecin de bon sens, un des initiateurs de l'imprimerie.

Il a mérité sa fortune, a dit Malgaigne, sinon par son génie au moins par son travail et son amour pour l'art, et nous terminerons par cette phrase de lui que nous aurions pu prendre pour épigraphe de ce travail :

« Subjiciamus cervices nostras et superbiam nostram, neque firmemus nos omnia posse scire, non propterea desinamus a studio et contemplatione continua*. »

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