‹ Une chaumière et son curChapitre 37 sur 38 · WOLSEY, JOHN · texte numérisé non relu

WOLSEY, JOHN

( Wolsey s'assied sur un fauteuil à droite du théâtre.)

JOHN, Puisque votre grâce me fait l'honneur de me le demander, il ne faut pas

qu'elle croie qu'ici la terre est des nieiileu-1 res... ça donne bien du mal et ça rapporte peu...

WOLSEY. Je n'en doute pas! Vous dites donc, John , que vous avez été élevé avec cette petite Catherine... qui a été enlevée par des voyageurs...

JOHN. Oui, milord.

WOLSEY. Et que vous vous aimiez tous deux...

JOHN. C'est la vérité !.. elle surtout! car, moi, vous entendezbien ..depuis le temps, je l'avais oubliée... mais elle... c'te pauvre fille! elle y pensait encore... témoin c'te nuit où elle est venue me retrouver, dans un bon motif s'entend, car elle croyait que je l'épouserais...

WOLSEY. Vraiment!

JOHN, riant. Elle le croyait; mais ça ne se pouavit pas, parce que primo d'abord, j'avais des engagèmens avec mistriss Dorothée qui m'aime aussi... elles m'aiment toutes... et puis vous le comprenez, milord.

Ain: Vaudeville du Premier prix.

Ou n' peut, surtout pour le mariage, Prendre une fille qui est sans bien , Et pour Catherine, c'est dommage.

Tout ce qu'elle a, du reste est, si bien Elle a d' beaux yeux, un cœur fidèle ; Elle a des vertus, des appas...

C'est seulement ce qu'ell' n'a pas.

wolsey. C'est penser en homme sage et raisonnable.

JOnN. N'est-ce pas? Quant aux terres dont vous meparliez... c'est sablonneux en diable... il n'y a que du sable... du beau sable à la vérité...

WOLSEY , len lemen t cl le regardant. Mais si Catherine, que je connais du reste, était un bien meilleur parti que jnistriss Dorothée...

JOHN. Que me dites-vous là?..

WOLSEY. Si elle avait à elle des terres, des fermes... si elle était riche?..

JOHN. Cette pauvre enfant !..

WOLSEY. Hésiterais-tu encore à l'épouser?

JOHN Moi! mon bon Dieu!., mais je l'ai toujours aimée! je vous le disais toul-àl'heure... et hier quand elle est revenue ça m'a fait un effet... que ça m'avait repris comme autrefois... et quand j'ai vu qu'elle ne voulait seulement pas se laisser embrasser le bout du doigt... je n'y tenais plus ... je l'aimais comme un enragé, et si malheureusement elle ne s'était pas ensauvée... je ne sais pas «; que ça serait devenu !..

wfLSEY, avec intention. C'est bon... ça

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suffit. . . et tu es bien persuadé de sa tendresse. . .

JOHN. Cette pauvre chère fille... elle ne peut pas vivre sans moi... elle vous le dirait elle-même si elle était là, si je pouvais la retrouver.

WOLSEY , se huant. Je m'en charge. . . je me charge aussi de lui donner en dot, pour t'acheter des fermes et des métairies, au moins cinq mille livres sterling».

JOHN. C'est- v possible !. . cinq mille sterling!..

WOLSEY, Mais tu promets de la rendre heureuse ?

OHN. Heureuse!., mais je la rendrai cinq mille fois heureuse!., pour commencer je, vais envoyer promener mistiiss Dorothée... Ali! bien oui, une femme qui n'est pas bonne du tout , et qui n'est pas belle... vous l'avez vue, d'ailleurs, et puis c'était comme un instinct. .. je n'ai jamais pu la souffrir?..

WOLSEY C'est bon... laisse-moi!

JOHN, qui était prêt à sortir, revient. "V'ià, milord, tout ce que vous aviez à médire sur vos terres...

wolsey. Oui , mon garçon...

JOHN, revenant et d'mt air embarrassé. Il ne faudrait cependant pas croire qu'elles sont si mauvaises qu'on pourrait vous le dire... Il y a du sable, c'est vrai... mais en dessous , bien en dessous... et c'est encore d'un bon produit... c'est pas pour moi, puisque j'y renonce , et que j'abandonne le bail. à mistiiss Dorothée.

Air : Je regardais Mqdel'weiU.

Mais loin d' la diminuer, je 1' ni-nse,

Assez, te dis-je

Va tout disposer, je l'exige.

Comnv ca double une p:is>io Quand la fortune vous oî.'lwie

Que je chère Oui, je le vo C'est lui <pu'e,

c'eslli.i qu'elle ; : doit epouaer.

{John suit.)

SCEJNE XI WOLSE1 , JENKY.

tènienî Ye,rîaCgaucbc du thcïtre."^ WOLSEY. Allons, allons, du courage!

c est elle! (Apercevant Jenny qui entre pâle et tes yeirx baissés, il lui dit avec douceur.) Vous vous êtes fait bien attendre , miss Jenny...

jem\y. Oui. . .Sarah m'avait dit que vous me demandiez... mais je n'osais... j'aurais voulu me cacher à tous les yeux et surtout aux vôtres...

(Elle cache sa tête entre ses mains.)

WOLSEY, s' approchant d'elle. Calmezvous , Jenny! et tâchez de m'entendre de sang-froid. {Après un instant de silence.) Vous vous douiez bien que je sais tout... je ne vous ferai pas de reproches, ils seraient inutiles maintenant.

JENNY. Ah ! milord !

WOLSEY. Ne m'interrompez pas, et voyons, dans la position où vous vous êtes mise , le meilleur parti qui vous reste à prendre... nous vivons dans un temps où peu-à-peu et grâce au ciel toutes les distances s'effacent, et en fait de mariage, il n'y a plus guère d'inégalité de rang, de naissance, ou de fortune; cependant il en existe une autre; celle de l'éducation... celle-là on ne peut la braver impunément ; car avec elle il n'y a pas en ménagede bonheur possible... et vous concevez vous-même que votre ton , votre langage, vos manières ne s'accorderont jamais aux yeux du monde avec celle de M. Gripp.

JENNY. Ah ! de grâce !..

WOLSEY. Je ne dis pas cela pour vous fane changer d'idée , ni contrarier en rien vos inclinations : on l'essayerait en vain... et d'ailleurs telle n'est pas mon intention... mais je dis seulement que ne pouvant l'élever jusqu'à vous, il faut dans votre intérêt même descendre jusqu'à lui... et voici ce quime .semble convenable... vous quitterez ce pays où votre sort passé nuirait à votre bonheur à venir... vous irez dans le Northumberland...j'ai là une habitation charmante, à mi-côte, et dans la plus riante situation... auprès, est une riche métairie, des prés, des bois, des champs vastes et fertiles que votre mari fera valoir, et dont vous pourrez vous-même surveiller l'exploitation...c'est là que sVcouhronl VOS joins. près de votre mari... près de celui que vous aimez... vous serez heureuse et moi

JNE CHADMIEHK ET SON COFU1I

aussi... puisque j'aurai assuré votre bonheur...

jenny. Ah i milord, je ne sais comment vous remercier, non de vos bontés... dès long-temps, j'y suis accoutumée... mais du soin que vous prenez de relever à ses propres yeux une pauvre fille qui regardai L comme le plus grand de ses malheurs la perte de votre estime.

wolsey. Moi ! Quelle idée !

jenny. Je l'ai mérité, je le sais... aussi, résignée à mon sort, je subirai tous les châtimens que vous ordonnerez... même, le plus grand de tous... celui de ne plus vous voir... mais ne me condamnez pas à épouser John Gripp... je vous le demande en grâce ! je vous le demande à genoux !

WOLSEY, la relevant. Que faites-vous?., et qu'entends-je?.. O ciel!..

JENNY. Ah ! vous saurez tout ce qui s'est passé dans mon cœur... je puis maintenant tout vous avouer , je n'en serai pas plus malheureuse... Eh bien ! oui , sous ce ciel étranger où vous m'avez conduite, j'avais conservé les premières impressions de mon enfance , et le souvenir de ces lieux que ma tète romanesque avait embellis , et que l'éloignement même favorisait encore; car la réalité n'était pas là pour détruire les rêves que mon imagination avait créés... aussi , quand pour rester fidèle à mes premiers sermens, je renonçai à la fortune et à l'amitié... quand remplie d'espoir, de souvenirs, d'enthousiasme, j'arrivai dans ces lieux que je croyais regretter. ..près de celui que je croyais aimer!., ah! que le désenchantement fut prompt et rapide !

pour

dissiper tous mes rêves, détruire mes

illusions , et me rendre enfin à moi-même, il n'a fallu , ni les conseils du temps , ni ceux de la raison... il n'a fallu que l'aspect de la vérité... la vérité horrible... hideuse! ce que je voyais ressemblait si peu à ce que j'avais rêvé, que saisie d'effroi, d'horreur et de dégoût, je me suis enfuie en fermant les yeux : je ne les ai rouverts qu'ici... et alors je me suis comprise moimême, et j'ai vu clair dans mon cœur... oui, je m'étais fait un être idéal.., en qui j'avais tout réuni : vertus, noblesse, générosité!... tout cela je l'avais rêvé... ou plutôt tout cela existait près de moi , et je perds tous ces biens au moment où j'en connais tout le prix !

' wolsey. Que dites- vous?

JENNY. Oui , milord , je l'ai juré ! je ne vous verrai plus! je veux fuir! Je veux m'ensevelir loin de vous dans quelque retraite! . . mais avant de vous qui tter à j a mais, et pour que je sois punie autant que je l'ai

mente, pour que vous jugiez vous-même du châtiment qui m'est réservé... Je vous aime...

WOLSEY. Jeuny !

jenny. Et si je vous fais un tel aveu c'est que séparés désormais je sais que rien ne peut nous réunir, que vous ne m'aimez plus , que mon imprudence et mes fautes m'empêchent d'être à vous... et qu'après ma démarche d'hier et de cette nuit...

WOLSEY , vivement. Rassurez- vous, personne ne la connaîtra, personne ne pourra jamais soupçonner...

JENNY. O ciel! et comment?

wolsey. Fiez-vous -à moi du soin de sauver mon amie et ma femme...

( Il l'embrasse avec transport. )

JENNY, hors d'elle-même. Qu'entends-je?

wolsey, lui prenant la main. Reste là ! près de moi !

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