AVANT L'ORAGE
On voit, dans le lointain, accourir un orage ; Dans un dernier rayon, le soleil pâlissant Eclaire un coin des prés ; on le voit se glissant, Ainsi qu'un amoureux, à travers le feuillage.
Les arbres, si jolis, avec ce cercle d*or.
Vont être, en un moment, inondés par la pluie. Déjà, dans l'horizon, la lumière est enfuie.
Les nuages, là-bas, semblent grossir encor.
Charmant et fugitif aspect de la prairie ; L'orage et le soleil sont présents à Igi jÇpis, Et le dernier rayon, dans les prés, dans le bois, Tout triste de partir, est plein de poésie.
LÉON COMERRE
SILENE
Ivre, il roule par terre et redemande à boire;
Il n'est jamais tenté par la nymphe de Teau;
Son corps entier, empli de vin, comme un tonneau ,
Silène veut encor ton jus, ô vigne noire !
La bacchante, entr' ouvrant ses lèvres, de ses mains,
Se fait aider d'un faune, à face grimaçante,
Et malgré ses efforts, en riant, elle plante
Dans sa bouche, une grappe entière de raisins.
Du raisin, en voilà; que ta soif dévorante Soit, d'un coup, étaïichée, et qu'il plaise à Bacchus De rendre savoureux son doux fruit qui te tente ! Mais Silène, étouffé, se roule et n'en veut plus. Il trouve, en une fois, par trop grosse la grappe. Dont chacun des grains, pris à part, le ravirait; Il s'enfuit, comme il peut. La bacchante l'attrape. Et leur combat bruyant anime la forêt.
C'est ainsi qu'autrefois, dans les jours de vendange, Silène allait, montrant son visage aviné ; Il parlait à la femme, avec un rire étrange ; Oft le voyait, souvent, de pampres couronné.
Parfois, roulant par terre et vaincu par l'ivresse, Les bacchantes, riant, venaient, comme aujourd'hui ; Et leur plaisanterie, empreinte de rudesse.
N'était jamais mauvaise et trop forte pour lui.
PAUL VAYSON