‹ Une cigale au Salon de 1883Chapitre 10 sur 52 · AVANT L'ORAGE · texte numérisé non relu

AVANT L'ORAGE

On voit, dans le lointain, accourir un orage ; Dans un dernier rayon, le soleil pâlissant Eclaire un coin des prés ; on le voit se glissant, Ainsi qu'un amoureux, à travers le feuillage.

Les arbres, si jolis, avec ce cercle d*or.

Vont être, en un moment, inondés par la pluie. Déjà, dans l'horizon, la lumière est enfuie.

Les nuages, là-bas, semblent grossir encor.

Charmant et fugitif aspect de la prairie ; L'orage et le soleil sont présents à Igi jÇpis, Et le dernier rayon, dans les prés, dans le bois, Tout triste de partir, est plein de poésie.

LÉON COMERRE

SILENE

Ivre, il roule par terre et redemande à boire;

Il n'est jamais tenté par la nymphe de Teau;

Son corps entier, empli de vin, comme un tonneau ,

Silène veut encor ton jus, ô vigne noire !

La bacchante, entr' ouvrant ses lèvres, de ses mains,

Se fait aider d'un faune, à face grimaçante,

Et malgré ses efforts, en riant, elle plante

Dans sa bouche, une grappe entière de raisins.

Du raisin, en voilà; que ta soif dévorante Soit, d'un coup, étaïichée, et qu'il plaise à Bacchus De rendre savoureux son doux fruit qui te tente ! Mais Silène, étouffé, se roule et n'en veut plus. Il trouve, en une fois, par trop grosse la grappe. Dont chacun des grains, pris à part, le ravirait; Il s'enfuit, comme il peut. La bacchante l'attrape. Et leur combat bruyant anime la forêt.

C'est ainsi qu'autrefois, dans les jours de vendange, Silène allait, montrant son visage aviné ; Il parlait à la femme, avec un rire étrange ; Oft le voyait, souvent, de pampres couronné.

Parfois, roulant par terre et vaincu par l'ivresse, Les bacchantes, riant, venaient, comme aujourd'hui ; Et leur plaisanterie, empreinte de rudesse.

N'était jamais mauvaise et trop forte pour lui.

PAUL VAYSON

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