CHAPITRE II
LES GUAYAKIS
Les Guayakis n’avaient jamais été étudiés dans leur milieu. Il est très rare de les apercevoir et quelques tentatives pour les approcher et les civiliser ont échoué.
Les Espagnols les connaissaient mal et les premiers chroniqueurs n’en parlent pas.
| Ils étaient à l’époque coloniale englobés sous le nom d’indiens barbares, d’indiens de la forêt (Kaïgouas, Kaaguiporas) avec d’autres indiens sylvestres de culture peu développée.
On a raconté sur eux les histoires les plus fantastiques. Le P. Montoya parle, sans indiquer son nom, d’un clan de sauvages de la forêt, possédés du démon, vivant de chasse, de fruits et surtout de chair humaine, qui attaquaient les troupeaux, volaient les enfants pour les dévorer et mangeaient des braises incandescentes. Au xix® siècle seulement apparaît le terme de Guayakis pour désigner les indiens encore actuellement connus sous ce sobriquet guarani dont la signification exacte est « peuplade cruelle ou barbare ».
Dans leurs colonies ou Réductions les Jésuites ont eu une vingtaine de Guayakis capturés dans la forêt par des indiens soumis. Ils vivaient peu de temps, succombant très vite, dit le P. Hervas, dès qu’ils quittaient les bois.
‘D'après le même P. Hervas les Guayakis parlaient une langue très différente du guarani ; le vocabulaire, aujourd’hui perdu, qui en aurait été fait dans les Réductions, contenait cependant de nombreux mots guaranis, provenant, dit-il,
Les anciens auteurs.
d'erreurs et de confusions faites par des indiens captifs, d’intelligence bornée, apprenant le guarani et oubliant vite leur propre langue. Cette remarque est importante ; elle a été reprise presque dans les mêmes termes par plusieurs auteurs modernes qui ont tenté d'établir des listes de mots guayakis. Nous verrons ce qu’il faut en penser.
Le no. Les rares travaux publiés sur Les
modern. Guayakis au cours des trente dernières
années n’ont pas jeté beaucoup de lumière
sur la vie et l’origine de ces énigmatiques habitants du Caaguassu.
Aucun observateur n’ayant pu les voir dans leur vrai cadre les sources d’informations se réduisent aux récits amplifiés et déformés des habitants des régions voisines, aux indications très vagues et souvent contradictoires fournies par des indiens guaranis civilisés ou par des voyageurs ayant aperçu l’espace de quelques instants des Guayakis s’enfuyant à leur approche. La plupart de ces récits ne méritent qu’une confiance limitée.
L'observation directe se borne à celle d’enfants capturés très jeunes et élevés dans des estancias paraguayennes. La capture des adultes est rare ; un seul cas est cité dans la littérature moderne, celui d’un homme blessé et fait prisonnier près d’Encarnacion où il fut examiné par Ten Kate ; il s’enfuit peu après.
La pénurie de documents était si grande que les ethnographes se sont jetés sur d’aussi pauvres éléments et ont essayé d'établir des listes de mots avec les quelques paroles balbutiées par les lèvres inhabiles de tout jeunes enfants, ayant souvent moins de quatre ans, et se sont efforcés d’en tirer des conclusions. De brèves données sur le type physique des Guayakis ont été fournies aussi par ces enfants ainsi que par 4 ou 5 crânes et 2 ou 3 squelettes.
Deux auteurs vivant dans la région même des Guayakis ont apporté des notes plus précises. L’un d’eux, Mayschutzen, a essayé de réunir et de civiliser ces indiens dans la région de S. Juan Nepomuceno. Sa tentative n’a pas donné de résultats ; elle a cependant permis de constater que les Guaya-
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kis du groupe méridional ont subi de nombreuses influences étrangères et des métissages avec des indiens « marrons » d’origine diverse, entre autres avec des indiens Matakos du - Chaco, réfugiés dans la forêt de Caaguassu après s’être évadés | des colonies argentines où ils avaient été déportés. D’autres métissages paraissent s’être produits à l’époque de la guerre du Paraguay contre la Triple Alliance, lorsque de nombreux habitants se réfugièrent dans la forêt.
Un autre observateur, Bertoni, s’est particulièrement occupé des Guayakis errant entre le Monda-y et le Nacunda-y, non loin du Parana. Malgré sa connaissance profonde de cette partie de la forêt où il a vécu plus de vingt ans, il n’a pu entrer en rapports directs avec eux. S’appuyant sur les informations d’indiens civilisés et les récits d’un enfant captif, il admet l’existence de deux groupes différents de Guayakis. Les uns, de taille plus basse, très farouches et particulièrement arriérés, vivraient par bandes de peu d’individus sans jamais se construire d’abris. Les autres, sur lesquels il n’a recueilli que de vagues données, seraient de taille plus élevée et de teint plus clair ; ils seraient moins bas au point de vue matériel, moins craintifs aussi, et plus dangereux pour les chasseurs et les cueilleurs de maté.
L’isolement du groupe vivant dans la région de Ajos- Caaguassu n’a pas permis de l’étudier.
Malgré leur petit nombre et leur brièveté, ces documents obtenus dans des conditions précaires et des régions très diverses ne s’accordent pas entre eux ; ils n’apportent aucune clarté sur l’organisation sociale et l’origine de ces indiens et ne donnent qu’une idée très imparfaite de leur niveau réel de culture et de leurs conditions d’existence. Le nom même que se donnent les Guayakis nous est inconnu.
Ces constatations ont conduit à poser la question de l’unité ethnique des indiens connus sous le nom de Guayakis.
Existe-t-il une famille pouvant recevoir ce nom ? Ces petites hordes errantes sont-elles des fractions d’une seule et très vieille race en voie de disparition ou proviennent-elles de différentes tribus forestières n’ayant en commun que leur
Unité ethnique des Guayakis.
LR
extrême pauvreté et réduites par le milieu aux mêmes besoins et aux mêmes coutumes ? Ou bien faut-il voir dans les Guayakis actuels non les derniers survivants d’anciennes populations forestières, mais plutôt des cas de régression, de retour à la vie sylvestre la plus misérable d’éléments hétérogènes, indiens fugitifs des missions jésuitiques ou des modernes colonies pénitentiaires, métis asilés dans la forêt pour des motifs divers, amalgamés avec des débris dégénérés de tribus autochtones ?
Ces trois théories ont eu des partisans. En dehors du groupe méridional, le seul qui ait été un peu étudié et qui a subi des influences étrangères nettes, nous ne possédons cependant pas d’éléments suffisants permettant d'affirmer la pluralité d’origine des Guayakis purs et cette question doit rester dans le domaine de l’hypothèse. |
Bertoni s’appuie sur des bases bien fragiles pour conclure à l'existence de deux fractions distinctes de Guayakis près du Monda-y. Dans la région de Tayao-Caaguassu j'ai toujours trouvé chez ces indiens une remarquable uniformité de coutumes et de culture matérielle et dans la comparaison de mes résultats avec ceux obtenus dans les autres régions rien ne vient à l’appui de l’existence de plusieurs races distinctes de Guayakis. À défaut de leur véritable nom, de celui qu'ils se donnent eux-mêmes, si toutefois ils se donnent un nom propre, le mieux est de conserver à ces indiens forestiers celui
de « Guayakis » sous lequel ils sont connus depuis longtemps
au Paraguay.
Le mystère dont s’entourent les Guayakis au fond des grands bois, leurs brusques apparitions sur la lisière de la forêt, leur habileté à dissimuler leurs traces, la manière dont ils disparaissent en quelques secondes au milieu des fourrés les plus épais, ont vivement frappé l'imagination de leurs voisins civilisés. Ils sont devenus le
Ce que l’on dit des Guayakis.
au Paraguay.
sujet de multiples récits populaires où la vérité se mêle à la
fantaisie et à la légende et bien des gens, comme les contemporains de Montoya, voient encore en eux « des êtres endiablés, anthropophages et mangeurs de braises enflammées ».
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. On les dépeint généralement au Paraguay comme des nains : ou des hommes nettement au-dessous de la moyenne, passant da plus grande partie de leur existence sur les arbres ; s’y construisant des cabanes et ne descendant que rarement sur le sol ; des esprits plus imaginatifs vont jusqu’à les agrémenter ‘” d’une petite queue. Beaucoup leur dénient la connaissance du feu, mais leur anthropophagie ne fait de doute pour personne ; en plus de la chair humaine on leur attribue comme aliments habituels le miel et les fruits sylvestres.
Les légendes de pygmées étaient très répandues par miles Guaranis. Le mythe du yasi-yatéré, ce petit lutin des bois qui égare les voyageurs en imitant le cri des oiseaux et des bêtes sauvages, vole les enfants, et devient à son gré invisible grâce à une barre d’or magique, est toujours vivace au Paraguay. Comme ces Guayakis le yasi-yatéré ne connaît pas le feu et se nourrit de fruits sylvestres. Des confusions se produisent entre les récits sur le Guayaki-pygmée et le lutin-pygmée, l’homme devenant une réplique du lutin.
Les campagnards et les forestiers, voisins immédiats des régions habitées par les Guayakis, ont une notion plus exacte de ces indiens. Ils les aperçoivent parfois à la lisière de la prairie ou les rencontrent par hasard dans la forêt ; souvent ils trouvent au milieu des fourrés les restes de leurs minuscules campements.
La croyance à l’existence de deux races différentes de . Guayakis est fortement ancrée parmi les habitants de la région de Caaguassu. Les « Guayakis noirs », de teint très bronzé, ont la réputation d’être les plus dangereux et toutes les attaques contre des chasseurs ou des travailleurs leur sont imputées. Au contraire les « Guayakis blancs », de teint beaucoup plus clair — certains attribuent même à quelques-uns d’entre eux une peau blanche et des yeux bleus — qui vivraient dans les parties les plus retirées de la forêt, passent pour très craintifs, fuyant d'ordinaire devant les étrangers.
La légende des indiens blancs se retrouve dans toutes les contrées forestières de l’Amérique du Sud où les indiens ont le teint relativement plus clair que ceux de la plaine brûlés par le soleil. Près du Monda-y Bertoni a recueilli la même
tradition à laquelle il donne trop d’importance ; à l’inverse-
de Caaguassu, les « Guayakis blancs » y sont plus redoutés que les « Guayakis noirs ». J’ai rencontré des Guayakis de teint plus ou moins foncé, certains très bronzés et d’autres presque blancs ; en dehors de la différence de teint, variable avec les parties plus ou moins éclairées de la forêt qu’ils fréquentent, rien dans leurs coutumes, ni dans leur culture matérielle, ni, ce qui est plus important encore, dans leur type physique ne permet de les séparer.
La réputation de force, d’agilité et de ruse des Guayakis inspire aux Paraguayens et aux indiens civilisés une crainte peu justifiée, les Guayakis n’attaquant presque jamais. Ce sont surtout des voisins incommodes pour les éleveurs et les petits cultivateurs établis à proximité de la forêt. Depuis longtemps ils ont appris à connaître les bœufs et les chevaux, animaux étranges à leurs yeux, gibier de grande taille et excellent à manger, très abondant dans la prairie mais jalousement gardé par des hommes redoutables. Ignorant le nom de ce gibier ils l’appellent simplement « la chose bonne à manger » (le cheval), « la chose cornue bonne à manger » (le bœuf) ou « le ventre jaune » (âne, mulet).
Pour se procurer ces animaux dont ils apprécient plus encore la quantité que la qualité de la viande, ils n’hésitent pas à s'approcher, partout où ils le peuvent, de la lisière de la forêt, parfois à 40 ou 50 kilomètres de leur zone habituelle de chasse. Ils réalisent ces expéditions par les matinées froides et humides d’hiver, quand la surveillance du bétail se relâche et que leurs ressources habituelles diminuent dans la forêt. Les uns font le guet ; d’autres s’approchent avec prudence de l’animal choisi et le criblent de flèches ; dès qu’il s’est abattu ils le dépècent à l’aide de minces éclats d’un bambou très coupant (Merostachys clausseni) et de leurs: haches de pierre ; puis lourdement chargés ils emportent leur butin à leurs petits campements, loin dans la forêt.
Les Guayakis regardent ces expéditions comme des hauts faits et les dépouilles qu’ils en rapportent, morceaux de cuir de bœuf, crinières de chevaux, deviennent des trophées aussi appréciés que ceux du jaguar. Ils ont une préférence marquée pour les chevaux, simple question de volume et surtout de moindre péril : un Guayaki que j'interrogeais se contenta de
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répondre que « les chevaux n’ont pas de cornes » ; blessés ils “sont moins dangereux que les bœufs à demi sauvages de la - région. Près de Taya-o un magnifique taureau que les Guayakis :: mavaient pu achever était devenu si furieux, chargeant tout <ce qui s’approchait, qu’il fallut l’abattre d’une balle de carabine ; il portait 14 pointes de flèches. |
Les pertes subies par les éleveurs de certaines régions
peuvent devenir lourdes. En une année les Guayakis ont tué dans une seule prairie, à T'acua Corà, près du Tôvatiry, 12 chevaux, 50 moutons et de nombreux bovins.
Lorsque leurs incursions deviennent trop fréquentes, les estancieros organisent des battues de représailles. Guidés par des indiens soumis, habiles à relever les pistes, ils cher-
| chent à surprendre un petit campement guayaki et massacrent
L sans pitié tous ceux qu'ils peuvent atteindre. À leurs yeux,
les Guayakis sont des animaux malfaisants, des bêtes puantes
qu’il faut détruire, mais, curieuse contradiction, ils épargnent
les enfants qu’ils élèvent ensuite avec soin et tendresse dans
leurs estancias, suivant sans le savoir les coutumes de leurs ancêtres guaranis.
Un trait que je crois véridique peint cet état d’esprit. Il
m'a été conté par un Suisse, L. de B., homme d’une très
curieuse personnalité, demi-explorateur et demi-négociant,
fixé depuis fort longtemps au Paraguay. Il voyageait, il y a
une vingtaine d’années, dans la région du Parana fréquentée
par les Guayakis et ces indiens étaient devenus le sujet de
toutes les conversations de ses guides. Au moment de traverser
un ruisseau, le guide de tête lui désigna soudain une ombre
indistincte dans un arbre et fit feu avant qu’un geste ait pu
l'arrêter. Vivement ému M. de B. vit une silhouette humaine
se jeter à bas de l’arbre et disparaître dans un fourré ; il
poussa un soupir de soulagement et se mit à reprocher à son
guide son geste stupide et cruel, mais cet homme, sans l'écouter,
lui montra avec une expression indéfinissable d'orgueil et de
satisfaction le cadavre d’une femme guayakie se balançant
dans les branches. En punition il fut placé en queue de la
colonne ; deux jours plus tard il venait trouver son maître
d’un air soumis et pour calmer son ressentiment dont il
n'avait pas compris la cause lui offrit un petit objet fabriqué
par lui : un sac fait avec la peau de l’un des seins de la malheureuse qu’il avait coupé à l’insu de tous. Inutile de se fâcher ; ces pauvres gens s’étonnent de notre indignation autant que nous-mêmes si quelqu’ un nous reprochait d’avoir tué un blaireau.
Quelquefois, après leur premier mouvement de panique, les Guayakis se ressaisissent et s’ils sont en nombre cherchent à surprendre leurs adversaires. Se glissant dans les fourrés avec une dextérité surprenante, sans ‘un bruit décelant leur présence, ils accompagnent leurs ennemis, les encerclent et attendent une occasion favorable, d'ordinaire le passage d’un ruisseau encaissé, pour attaquer. Dissimulés dans le feuillage et les lianes, ils les criblent subitement de flèches ; avec ces ennemis invisibles la situation peut devenir grave malgré l'épaisseur de la forêt qui rend peu précis le tir des flèches et quelquefois il y a des morts de chaque côté.
Pendant mon séjour, une battue de représailles fut ellemême surprise près de Caraya-o au moment où elle s’apprètait à s'emparer de quelques indiennes se baignant dans un ruisseau. Les chasseurs guayakis alertés par les cris de leurs compagnes tiraient du haut des rives assez abruptes. Cernée dans la position la plus défavorable la petite expédition eut plusieurs hommes touchés ; les hommes valides réussirent avec beaucoup de mal à maintenir à distance les Guayakis avec leurs armes à feu, sans pouvoir se dégager ; l’un d’eux put s’échapper pendant la nuit pour aller chercher des renforts qui délivrèrent ses compagnons. Leur chef avait eu la poitrine traversée par une flèche qui perfora le poumon et la base de l’omoplate, ressortant de trois doigts dans le dos ; ne pouvant arracher la flèche dentelée ses hommes la coupèrent au ras de la poitrine. Transporté à Villa Rica où il n’arriva que quatre jours plus tard, le blessé se rétablit de cette terrible blessure. |
Ces faits ne sont pas exceptionnels. Nous-mêmes, au cours de cette mission, nous avons été attaqués à plusieurs reprises pendant deux jours par des Guayakis auxquels des indiens soumis, des Mbwihas, venaient d'enlever une fillette.
Le Guayaki ayant osé résister une fois aux civilisés et braver les armes à feu, perd sa crainte primitive. Il devient
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comme cèrtains jaguars de sa forêt, les tueurs d'homme, qui ont une fois tué l’homme et ne craignent plus de l’attaquer quand ils le rencontrent. Toujours poursuivi et traqué par les civilisés qui n’hésitent pas à tirer sur lui dès qu’ils l’aperçoivent, il devient à son tour agressif et attaque les chasseurs et les travailleurs isolés dans la forêt. Plusieurs cas de ce genre se produisent chaque année dans la région de Taya-o et de Caraya-o. Ils sont surtout fréquents aux abords de la lisière où ne s’avancent que les Guayakis les plus braves ; ceux des régions éloignées n’ayant presque jamais l’occasion de voir des étrangers sont plus timides et s’enfuient à leur approche.
Les Guayakis volent aussi tous les objets qu’ils peuvent trouver. Près de Taya-o un bûcheron paraguayen occupé à équarrir un tronc d’arbre à quelque distance de ses compagnons fut dérangé de son travail par les aboiements d’un jeune chien qui l’accompagnait. Il s’apprêtait à entrer dans un fourré pensant y trouver un serpent à sonnette, quand plusieurs flèches en jaillirent et l’une le blessa au mollet. Sans avoir le temps de ramasser sa carabine il s'enfuit en appelant ses compagnons ; quand il revint avec eux tous ses objets, son fusil, sa hache, son mètre et un petit pot avaient disparu. Dans tous les campements guayakis ou trouve des outils européens brisés, des morceaux de fil de fer arrachés à des clôtures et même des tessons de bouteille trouvés auprès des ranchos forestiers.
Les indiens demi-civilisés de la région, les Mbwihas, sont encore plus exposés aux attaques des Guayakis. Deux indiens. de cette tribu qui me servaient souvent de guides, étant un jour partis seuls à la chasse, se séparèrent momentanément pour suivre des pistes de pécari. Le plus jeune ne tarda pas. à trouver des pas humains croisant la piste de l’animal et levant les yeux aperçut un Guayaki le visant du haut d’un arbre avec son arc. Lui-même, dans un brusque réflexe, leva son arc mais avant qu’il pût tirer la flèche du Guayaki arrivait, dirigée vers sa poitrine ; elle n’atteignit pas le buste mais de la façon la plus bizarre frappa ses deux mains qui tenaient l'arc, lui clouant le poignet gauche sur la main droite. Agresseur et blessé s’enfuirent chacun de leur côté et mon guide retrouva son compagnon qui le délivra de sa flèche. La blessure
soignée avec des simples et des graisses, suivant l’usage de la tribu, mit deux mois à se cicatriser,
Traqués sans merci de tous côtés, les Guayakis ne voient dans les autres hommes, Européens ou indiens, englobés par eux sous la même dénomination d’ «hommes différents », que des ennemis implacables. Cette lutte continuelle accélère la disparition de leur race qui bientôt n’existera plus ; elle <xplique leur isolement et notre ignorance à leur sujet.