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CAMPEMENTS DANS LA FORÊT DU CHACO AVEC LES HAMACS COUVERTS

IIX #HONVI4

En dehors de la recherche des ruches, la hache est employée pour abattre les palmiers pindos si utiles à ces indiens et parfois pour obtenir quelques fragments de bois durs destinés à de menus objets. Elle n’a pas d’autre usage.

c La longue corde de crins servant aux orde per Guayakis pour escalader les arbres est différente de leurs autres types de corde et porte un nom spécial : pawân. Elle est tressée avec les filaments raides et très résistants retirés de la tige de grandes épiphytes à larges feuilles découpées, les Philodendrons, mélangés d’autres fibres végétales, de cheveux humains, de poils d'animaux, de crins de cheval renforçant leur solidité. De la grosseur d’un doigt, longues de 8 à 10 mètres et souvent davantage, ces cordes peuvent supporter de fortes tractions ; jamais elles ne présentent de raccords.

Pendant leurs marches les hommes les portent enroulées autour du bras gauche ; ils leur attachent une grande valeur et rarement une horde en possède plus d’une ou deux.

Ces longues cordes de fibres et de crins sont très caractéristiques des Guayakis. L

de crins.

Les paniers-vases pour conserver ls,au et surtout le miel comptent aussi parmi les objets les plus caractéristiques de ces indiens.

Du point de vue technique ils marquent une étape importante : la transition de la vannerie à la poterie. Les Guayakis leur ont donné un nom imagé et très expressif : gaytü- -hü, le nid de l’eau.

Ovoïdes, avec une ouverture circulaire au sommet, ils sont formés d’une armature tressée en paille de carex, rappelant certains nids d’oiseaux, recouverte à l’extérieur d’une couche de cire noire de 1 à 2 c. d'épaisseur, les rendant complètement imperméables. La plupart sont cerclés de cordelettes en fibres végétales (bombacées) unies à une petite anse, également de fibres, pour les transporter.

La taille de ces paniers-vases varie dans de larges limites ; les grands atteignent 40 c. de hauteur sur un diamètre

Paniers-vases.

maximum presque égal ; les plus petits ne dépassent pas 20 centimètres. |

Leur facture est toujours soignée ; ils doivent à leur carcasse interne une certaine élasticité les rendant très résistants au choc. Un seul parmi tous ceux que nous avons pu voir montrait autour de l’ouverture un cercle de coups d’ongle irréguliers, ébauche de décoration due à la fantaisie de quelque indien et rappelant celle de poteries guaranies grossières.

Le nombre de ces paniers-vases en possession de chaque horde dépend beaucoup du nombre de femmes, c’est-à-dire du nombre des porteurs. Nous en avons trouvé parfois cinq ou six dans des petits campements. |

La cire est une matière précieuse. Quand un panier-vase devient inutilisable la cire en est enlevée et fondue pour de nouveaux usages et la carcasse abandonnée.

Les paniers-vases indiquent un premier pas vers la poterie. La véritable poterie est restée elle-même à l’état embryonnaire chez les Guayakis, représentée à peine par des pots de petites dimensions, aussi grossiers par leur travail que par leur matière. |

Tous rappellent par leur forme diverses espèces de fruits sylvestres, surtout des fruits de palmier. Les uns sont presque sphériques ; d’autres ont une base légèrement conique permettant de les enfoncer dans la terre ou dans les cendres. Leur nom a été suggéré par leur forme : Kara, rond, sphérique ; souvent aussi on les désigne par l’expression de üwü yapo pirè, parois faites de terre. Cette absence de termes propres indique peut-être une acquisition assez récente par ces indiens.

La matière employée dans leur fabrication est une argile très impure, noire et lourde, riche en matières organiques, extraite d’une couche profonde des marais de la forêt. Les Guayakis la mélangent avec de la cire.

Ces pots noirs et lourds ne supportent pas la cuisson. Exposés au feu, les matières organiques brûlent ; ils demeurent légers, grisâtres, très poreux, inutilisables.

Leur fragilité ne permet pas de leur donner de fortes

Pots pour préparer la cire.

dimensions ; le plus grand de ceux que nous avons examinés atteignait à peine 14 c. de hauteur sur 19 c. de diamètre. La plupart ne dépassent pas une dizaine de centimètres de hauteur sur dix à douze de diamètre. Beaucoup sont ébréchés et leurs débris sont fréquents dans les campements.

Sur plus d’une cinquantaine de pièces examinées, sans compter de nombreux tessons, deux seulement, provenant de hordes distinctes, montraient une ébauche de décoration, plusieurs séries irrégulières de gros points imprimés en creux autour de l’ouverture, première manifestation d’un vague désir artistique.

Destinés à faire fondre à chaleur douce la cire dont les Guayakis font un grand usage, ces pots jouent un rôle impottant dans l’existence de ces indiens. Une horde assez nombreuse en possédait huit ou neuf et il y en avait deux dans le dernier campement visité, habité par neuf personnes.

Les Guayakis ne connaissent d’autres récipients que les paniers-vases et leurs.

petits pots de terre noire ; ils n’utilisent pas de calebasses. Une seule fois nous avons trouvé dans une hotte une corne de bœuf pleine d’un mélange de cire et de résine dont il a été impossible d’établir l’usage.

Des spatules très grossières leur servent pour appliquer la cire sur les paniers-vases ainsi que pour façonner leurs pots de terre noire. Ce sont de simples lames de bois polies, allongées (xs à 25 c. de longueur sur 3 à $ de largeur) ou parfois triangulaires.

Pour polir les paniers-vases et les pots les Guayakis prennent des fragments coupants de grands coquillages d’eau douce, des anodontes, qui vivent dans certaines mares de la forêt.

Le pinceau pour prendre le miel et le sucer ne mérite aucune description spéciale. Les Guayakis utilisent un fragment de tige de palme de 20 à 40 c. de longueur, écrasé et effiloché à l’une de ses extrémités. Souvent ils le préparent au moment même d’en faire usage.

Autres instruments.

La préparation de la farine de palmier pindo, cet élément si important de l’alimentation des Guayakis, ne demande qu’un seul objet particulier, le tamis, simple croïsillon très lâche de lamelles de bambou-liane (Chusquea ramosissima, taqua-rembo des Guaranis) ou de paille de gros carex. Il permet de séparer les grosses fibres ligneuses de la farine. La farine est parfois mise-à détremper avec un peu d’eau dans des petits pots de terre noire.

N'ayant pas de récipients pouvant aller au feu, les Guayakis ne connaissent pas les aliments bouillis. Ils font rôtir la viande sur des broches de bois horizontales reposant sur deux petites fourches.

Pour dépouiller et découper le gibier ils se servent de la hache de pierre, de fragments de coquillages et d’éclats très coupants de bambou (Merostachys clausseni, le taqua-pi des Guaranis) dont on retrouve des monceaux auprès des restes de bœufs et de chevaux qu’ils viennent tuer à la lisière de la forêt.

Les Guayakis ne possèdent aucun récipient pour puiser l’eau. Pour boire, au lieu de se servir de leurs mains, ils se couchent sur le bord des ruisseaux et aspirent l’eau à longs traits. Les mères font boïre les jeunes enfants dans de petits pots de terre noire.

Obiets destinés à la préparation d’autres aliments.

Le procédé des deux bâtonnets tournant l’un contre l’autre pour produire le feu, presque général aujourd’hui chez les indiens sud-américains, n’est pas connu des

Moyens de produire le feu.

Guayakis.

Ils emploient le silex, ou plus exactement — le véritable silex n’existe pas dans leurs montagnes — des rognons de quartzite à grain fin. Le duvet soyeux du kapok, le samouhou des Guaranis (Ceiba pubiflora), séché et conservé dans de petits paniers en palmes tressées, remplace l’amadou. Jamais ces rognons de quartzite appelés par ces indiens simplement ita, pierre, la pierre par excellence, ni les paniers remplis de duvet de samouhou ne manquent dans leurs campements.

L'acte de produire le feu s’exprime par les mots de tata waha (tata, feu ; gua ou wa, coup ; aha, Los) qui rendent la double idée de choc et de chute.

Le procédé du silex pour produire le feu a été très répandu autrefois parmi les populations anciennes de l’Amérique du Sud ; presque toutes l’ont abandonné pour les bâtonnets à feu plus pratiques. Seuls de rares groupes ethniques de culture peu développée conservent encore son usage.

On arrive cependant à retrouver chez d’autres indiens actuels des traces du procédé primitif ; c’est le cas des Mbwihas ces voisins et ennemis des Guayakis.

Les Mbwihas ont perdu le souvenir d’avoir employé le silex qu’ils considèrent une technique inférieure propre aux Guayakis, tout en conservant, sans s’en rendre compte, le vocable ancien pour désigner l’acte de produire le feu. Comme les Guayakis ils disent encore frapper et faire tomber le feu (tata gouaha), sans pouvoir expliquer l’origine de ces mots. A mon premier séjour chez les Mbwihas, cette expression incompréhensible au premier abord m'avait dérouté. Je ne l'ai comprise que plus tard, en la retrouvant chezles Guayakis, mais 1ci l’action exécutée en rendait le sens clair. Les Mbwihas ont dû acquérir à une époque sans doute récente l’usage des bâtonnets au contact de tribus de civilisation plus avancée, tout en gardant l’ancien vocable, dénué de signification avec le nouveau procédé.

Au point de vue cultural l? usage du silex peut être seulement considéré comme une survivance de culture ancienne et un signe de long isolement.

Les Guayakis emportent souvent dans leurs marches un tison enflammé, de combustion lente, pour allumer rapidement de nouveaux feux ; ils n’ont aucun autre moyen de conserver du feu ou des braises (corne d’animal ou autre).

Le feu leur sert à des usages variés : à cuire leurs aliments, à enfumer les ruches, à fondre la cire, etc. Pour ces gens obligés d’aller toujours nus dans la forêt humide et extrêmement sensibles au froid, c’est un moyen de chauffage nécessaire. C’est encore une protection contre les moustiques et la visite des animaux nocturnes.

Les Guayakis ne possèdent en fait d’armes que l’arc et les flèches ; surtout armes de chasse, elles leur servent à l’occasion pour se défendre contre les autres hommes.

Armes.

re L’arc, rapa, en bois de palmier mbocaya (Acro-

” comia tatai), lourd et très résistant, appartient à un type des plus primitifs. Epais, à section plus ou moins ovale, grossièrement aplati sur les faces antérieure et postérieure et arrondi sur les côtés, à peine aminci à ses deux extrémités semblables entre elles, il ne porte aucune encoche basale, caractère rare chez un arc sud-américain. La corde est en fibres tirées de l’écorce du samouhou (Ceiba pubiflora, bombacées) ; fixée à l’extrémité inférieure par une simple boucle, elle forme un nœud coulant au sommet de l’arc où elle s’enroule autour du bois, les premiers tours recouvrant la partie libre de la corde, les autres passant au-dessous d’elle. |

Les indiens voisins, entre autres les Mbwihas, ne peuvent arriver à tendre ces arcs peu flexibles dont la longueur atteint deux mètres.

Pour tirer, les Guayakis, tous de petite stature, appuient la pointe inférieure de l’arc sur le sol et pèsent de tout leur poids avec le bras gauche sur le milieu de l’arme en tirant la corde de la main droite. La portée utile de tels arcs est considérable, voisine de cent mètres, alors que les meilleurs tireurs Mbwihas ne dépassent guère la moitié de cette distance. Quand les Guayakis nous attaquaient, leurs flèches lancées à 30 ou 40 mètres s’enfonçaient de deux ou trois doigts dans les troncs d’arbres autour de nous et s’y brisaient.

Flèch Les flèches, mieux travaillées que les arcs, es. .. | ne diffèrent peu de celles des tribus voisines, en particulier de celles des Mbwihas. Le corps est en bambou (Merostachys clausseni), poli avec soin, empenné à quatre ou cinq centimètres de la base avec deux grandes plumes entières de muitoum (Crax), de jacou (Penelope) ou d’épervier attachées seulement à leurs extrémités avec de la cire et un ruban d’écorce. Une très petite encoche basale permet de

poser la flèche sur la corde de l’arc. La pointe en bois dur, généralement en bois d’Holocalix balansae, une des essences les plus denses de la forêt paraguayenne, est enfoncée à la partie supérieure du bambou et fixée à l’aide de fibres de samouhou, de cire et d’un ruban d’écorce.

Suivant leur destination la forme de la pointe des flèches varie : longue pointe aiguë portant sur un côté une série de dents, plus fortes à la base, plus fines et plus serrées vers la pointe, pour le gibier ordinaire et l’homme ; flèches terminées par une lame plate pour les gros animaux ; flèches coiffées d’une boule surmontée d’une petite pointe obtuse pour assommer les oiseaux.

Il faut noter l’absence de la flèche pour les oiseaux terminée par un cône renversé, en usage chez la plupart des tribus guaranies.

La longueur de ces flèches dépend de leur temps de service. Neuves elles dépassent souvent deux mètres. En frappant le but leur pointe s’émousse ou se brise ; comme elles représentent un gros travail, leur possesseur les ramasse et en retaille la pointe qui diminue peu à peu. Certaines flèches arrivent à perdre ainsi so ou 60 c. de leur longueur primitive.

Avec les moyens réduits dont disposent les Guayakis, la fabrication des flèches exige un travail long et minutieux auquel nous avons assisté à diverses reprises. |

Il faut d’abord, à l’aide du seul burin en os, couper des bambous d’une longueur un peu supérieure à celle de la flèche, puis les rapporter au campement, les écorcer et les polir avec des coquilles pour en faire disparaître les aspérités des nœuds. On les laisse ensuite sécher réunis en paquets qui deviennent un surcroît de charge pour les femmes. Lorsqu'ils sont bien secs vient le travail de l’empennage et la mise en place de la pointe.

Les morceaux de bois pour les pointes proviennent d’éclats arrachés à des troncs d’arbres au moment de leur abatage ; après avoir reçu tant bien que mal une forme et une dimension se rapprochant de celles qu’ils doivent avoir définitive-

Fabrication des flèches.

ment, ils sont polis et aiguisés avec des coquilles puis sculptés avec les burins d’os.

Ces diverses opérations sont faites en série pour tout un paquet de flèches.

Pour conserver l’élasticité de leurs flèches et de leurs arcs et les protéger de l’humidité les Guayakis les frottent de cire.

Les hommes possèdent tous un arc et au moins une dizaine de flèches ; ne connaïssant pas le carquois, ils tiennent généralement à la main quelques flèches prêtes à être lancées ; les autres sont liées en un faisceau de la grosseur du poing.

Dès l’âge de huit ou dix ans les garçons reçoivent des arcs légers et quelques flèches adaptés à leur force et à leur taille. Leur arc est en général en bois de palmier pindo, moins lourd et plus souple que celui du palmier mbocaya employé pour les armes des adultes. Leurs flèches de deux types seulement, celles à pointe dentée et celles pour les oiseaux, ne se distinguent de celles des adultes que par leur dimension un peu plus faible et surtout par leur très grande légèreté.

Un garçon de 12 à 14 ans se servait d’un arc haut de 1 M. 77, aussi puissant déjà que ceux de mes guides Mbwihas.

La puissance des arcs guayakis, la longueur et la portée considérable de leurs flèches contribuent dans une large mesure à accroître le renom de force et de férocité de ces indiens et à les faire redouter par leurs voisins, indiens et métis, qui les entourent d’une auréole de légende et de mystère.

Les Guayakis dont nous nous occupons, ceux de la région de Ajos-Caaguassu, ne connaissent ni lance, ni harpon, ni aucune arme de ce genre.

Plusieurs auteurs ont cependant signalé, à la suite du voyageur De La Hitte, l’existence de prétendues lances chez les Guayakis du groupe méridional ; Bertoni assure que dans la région du Monda-y le harpon ou punga est l’arme favorite des Guayakis de teint foncé et que ceux de type clair ne le connaissent pas.

Les prétendus harpons guayakis, décrits et figurés par De La Hitte, sont au musée de La Plata. Ce sont de simples bois d’arc comme on en trouve souvent abandonnés dans la

Lance.

sa É Un Ke, ë

forêt. Les femmes, nous l’avons vu, les utilisent pour piler les fibres du palmier pindo dont elles extraient la farine et les chasseurs s’en servent parfois pour déloger des tatous ou d’autres petits animaux de leur terrier. Les extrémités arrondies de ces bois d’arc ne sont jamais aiguisées ni préparées pour recevoir une pointe surajoutée ; elles ne pourraient faire aucune blessure.

Ainsi les Guayakis de Ia région de Ajos-Caaguassu ne possèdent pas de lance et la preuve de l’existence de cette arme parmi ceux des autres groupes n’a pas été faite.

Le travail du bois occupe une place importante dans la vie des Guayakis.

Ils ont besoin de monter des haches pour la récolte du miel et de la farine de palmier, de fabriquer des arcs et des flèches pour la chasse, des spatules pour appliquer la cire.

La hache de pierre déjà décrite, des burins en os et divers coquillages leur suffisent pour tous ces ouvrages.

Les burins des Guayakis, prühatè, appartiennent à un type assez répandu parmi les indiens sud-américains. Ils sont faits d’une incisive de rongeur, agouti ou plus rarement grand cabiai, ou d’une dent tranchante de pécari enfoncée à la base d’un os long, généralement un fémur, de singe, de chevreuil ou de pécari et fixée par un peu de cire ou par un ruban d’écorce. Ceux en dents d’agouti sont les plus communs. Un trou percé à la partie supérieure de l’os permet d’y passer une ficelle et de les réunir en trousseaux.

Souvent les dents des burins se brisent en travaillant ; les Guayakis les recueillent pour les remonter, ne les jetant qu’à la dernière limite de l’usure. Nous retrouvons encore ici ce souci d’utiliser le plus possible chaque instrument, souci imposé par la pauvreté et le désir d’éviter le long et minutieux travail exigé par la fabrication du moindre objet. Cet esprit d'économie et d’utilisation à outrance est devenu un des traits du caractère guayaki.

Les burins sont tenus à poignée par le manche en os et surtout manœuvrés de la main droite d’avant en arrière ; ils ont comme fin principale la sculpture des pointes de flèches.

Objets destinés au travail du bois.

Pour polir le bois les Guayakis se servent de deux classes de coquillages.

Les larges valves d’une grande espèce d’anodonte assez commune dans les lagunes permanentes de la forêt — les Guayakis l’appellent pikü pétan, la coquille-poisson — sont employées pour polir les spatules, les manches de haches, les arcs, c’est-à-diretousles objets de bois offrant une surface plane.

Pour les petits objets cylindriques, bambous, pointes de flèches, les Guayakis utilisent les coquilles d’un gros escargot terrestre à coquille conique, voisin des bulimes (Strophocheilus oblongus), très abondant dans la forêt. Ils percent deux ouvertures symétriques dans le prolongement l’une de l’autre, suivant le grand axe de la coquille ; la pièce à polir, passée dans ces deux orifices, est vigoureusement frottée tout en recevant un mouvement de rotation ; quand la coquille est usée sur un point, l’opération est répétée à côté et chaque escargot peut servir trois ou quatre fois.

Dans les vestiges de campements guayakis on trouve très souvent des coquilles ainsi perforées, encore pleines de menus copeaux.

Cette intéressante technique de polissage est peu connue et représente un reste de très ancienne culture ; elle existe encore chez quelques autres tribus sud-américaines, de culture peu développée, en particulier chez les Bororos.

‘On a signalé à diverses reprises dans des dépôts précolombiens de l’Argentine et du Brésil méridional la présence de coquilles de bulimes ou de genres voisins perforées comme celles dont nous nous occupons. Leur destination intriguait les archéologues, et parfois elles ont été considérées comme des ornements ou des débris de colliers, à vrai dire assez volumineux. L’usage qu’en font à l’heure actuelle les Guayakis résoud ce petit problème archéologique.

Les objets précédents visent de façon directe la recherche ou la préparation des aliments. Pour transporter leurs provisions et leurs quelques objets usuels les Guayakis fabriquent des objets de sparterie, des cordes et des ficelles.

Objets servant pour les transports.

La sparterie, comme tout le reste de la culture guayakie, est strictement utilitaire, sans le moindre caractère artistique.

Les transports incombent aux femmes. Pour le miel elles se servent de paniers-vases imperméabilisés déjà décrits, tenus à la main ; pour les provisions et les autres objets elles emploient une grande hotte, le ñokon, portée sur le dos et la nuque et soutenue par un bandeau passant sur le sommet de la tête de la porteuse.

Les hottes, travaillées sans finesse, mesurent de 60 à 90 centimètres de hauteur sur 50 à 60 de largeur. Les Guayakis les font à l’aide d’une ou parfois deux palmes liées ensemble de palmier pindo (Cocos romanzoffiana) dont ils replient la tige en forme de U pour obtenir le cadre rigide de la hotte ; à ce cadre ils donnent le nom pittoresque d’ « os du ñokon ». Les folioles de la palme entrelacées forment une grande bourse largement échancrée, dont l’ouverture peut être plus ou moins fermée en tirant une cordelette., Un bandeau en palmes tressées, attaché aux deux branches de l’armature, complète la hotte, permettant de la porter sans trop de difficulté ni de fatigue, même très chargée, en laissant les mains libres, condition essentielle pour circuler à travers les mille obstacles de la forêt.

Les femmes placent dans les hottes tous leurs objets usuels, les provisions, le gibier, les fruits, tout ce que la horde peut recueillir au cours de ses marches, les animaux captifs et enfin les enfants jusque vers l’âge de six ou sept ans.

Les véritables paniers de forme rigide n’existent pas chez ces indiens. Pour conserver le fil, les ficelles, le duvet de kapok et d’autres petites choses, ils se servent de nattes souples, de bourses molles, de dimensions réduites et, la plupart, de formes mal définies, repliées sur elles-mêmes et attachées avec des ficelles ou munies de cordons pour les lacer.

Tous ces objets sont englobés sous le nom de béjapo-pirè, « fabriqués en écorce »; quelques-uns seulement méritent une mention spéciale.

Les plus grands (40 à 50 c. sur 20 à 30 c.) deviennent, le moment venu, des berceaux pour les nouveau-nés. Les mères en enveloppent leurs bébés et les déposent pendant les

marches dans les hottes ou les portent sur le dos à l’aide d’une cordelette passée en écharpe ; au repos, elles les os à des branches d’arbre.

La vie errante des Guayakis et la réduction de charge qu’elle leur impose rendent à peu près impossible la conservation de certains objets délicats. C’est le motif sans doute de l’absence chez eux de tout ornement de plumes, fait presque unique chez les indiens sud-américains. Les plumes leur sont pourtant indispensables pour empenner leurs flèches. Pour en avoir toujours une petite réserve et les conserver en bon état ils fabriquent des petites nattes de palmes, triangulaires et très serrées, bordées par une grosse tresse ; ils les plient en deux suivant leur hauteur, en lacent soigneusement les bords avec une cordelette. Elles forment ainsi des étuis plats, triangulaires, de 40 à 50 c. de hauteur sur 15 c. environ de largeur à la base. Les grandes plumes de ; jacous (Penelope), de muitoums (Crax) et d’éperviers y sont rangées avec soin et calées avec des copeaux.

Ces étuis à plumes, rendus nécessaires par leur genre de vie, comptent parmi les objets caractéristiques des Guayakis.

Cordorie: L'emploi de cordes et de ficelles est très ” répandu chez ces indiens : cordes très longues pour escalader les arbres, cordes résistantes pour les arcs, pour porter les hottes, pour attacher les animaux captifs, cordelettes en grosses ficelles pour lacer les étuis à plumes, attacher les paniers souples, monter les colliers et les trousseaux de burins, etc. Presque à chaque usage correspond un type spécial de corde ou de ficelle. | Les Guayakis se montrent habiles à ces travaux et la corderie est leur industrie la mieux développée.

Les matières premières dont ils se servent sont variées. Les

unes sont animales : cheveux humains, poils et crins d’animaux, en particulier de singes ; elles ne subissent aucune préparation spéciale et sont toujours mélangées à des fibres végétales. Les autres sont d’origine végétale. Ce sont surtout des fibres retirées du liber du samouhou (Ceiba pubiflora, bombacées) qu’il ne faut pas confondre avec le duvet ou kapok fourni par ce même arbre ; de la tige de l’ortie géante (Urera

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bacifera), des feuilles du palmier pindo (Cocos romanzoffiana), des tiges ou des racines aériennes de. diverses aracées parasites de grands arbres (Philodendrons divers), de bambous (Chusquea ramosissima), et de nombreux carex. L'usage des fibres d’ananas sauvages et d’autres broméliacées, très communes dans la région et largement utilisées par les tribus indiennes voisines et les Paraguayens, paraît inconnu aux Guayakis.

La préparation de ces fibres végétales est simplifiée l’extrême. Les matières premières, écorces, tiges, racines ou feuilles, sont exposées la nuit, étendues sur des lianes, aux rosées toujours abondantes dans la forêt. Lorsqu’elles sont à point, elles sont battues avec des morceaux de bois ou le dos des haches ; les fibres, séparées et nettoyées à la main, sont mises à sécher.

Pour faire les ficelles les femmes roulent d’abord ces fibres sur leurs cuisses, puis les tordent en les maintenant avec leurs orteils. Cordes et ficelles sont composées d’un nombre de brins variables, généralement deux ou trois. Le travail manque souvent de régularité et une même corde peut être en partie à deux et en partie à trois brins. Les Guayakis emploient aussi beaucoup les tresses plates.

Les fibres du liber du samouhou servent à préparer de solides cordes grisâtres pour les arcs, pour les hottes, les paniers, ainsi qu’un gros cordonnet gris. Les fibres d’ortie, bien plus fines, sont réservées à la fabrication de ficelles rougeâtres très résistantes. Les filaments raides retirés des tiges de philodendrons donnent des cordelettes pour monter les colliers, les trousseaux de burins, et surtout pour mélanger à des cheveux et à des poils.

Les Guayakis ne connaissent pas le véri-

Tissus ; er table tissage, mais ils savent faire des petits en ficelles “ ; : es ir - carrés de 30 à 40 c. de côté avec des ficelles maillées.

nouées et maillées, ou avec des rubans d’écorce,

et même avec de la paille. | Ces petits ouvrages exécutés à la main, sans aucun métier ni aucun support, forment une transition remarquable par la matière et la technique entre la natte de sparterie et le

tissage, comme les paniers-vases marquent le passage entre la vannerie et la poterie.

Les Guayakis nous montrent ainsi de nos jours et de façon tangible la naissance des deux principaux arts de l’humanité. C’est un des aspects les plus intéressants de leur culture.

Parmi les pièces de ce genre que j’ai rapportées, quelquesunes sont inachevées et permettent de se rendre compte de la technique employée : sur un premier rang horizontal des ficelles formant la chaîne sont nouées à intervalles à peu près réguliers ; l’ouvrière passe ensuite les fils horizontaux en les fixant par des nœuds et en les croisant avec les verticaux ; c’est une des techniques les plus simples, celle de la spirale.

L'absence de métier rend ces travaux irréguliers ; les rangs sont inégaux, parfois sinueux ou divergents. Les plus grossiers, entièrement en paille et en rubans d’écorce, se distinguent peu des véritables nattes. Les plus soignés sont faits avec des cordonnets et présentent pour la plupart des bandes transversales alternées de cordonnet gris jaunâtre de samouhou et de cordonnet rouge de fibres d’orties ; quelques-uns sont encore agrémentés de lignes de rubans de philodendron dont la couleur noire brillante tranche sur le ton neutre des autres fils. L'effet de ces différentes couleurs est assez agréable ; c’est à peu près la seule occasion où les Guayakis font preuve d’un certain esprit de fantaisie et de quelque aspiration artistique.

Ces intéressants objets ne manquent dans aucun campement. Ils ont une double destination. Les femmes s’en servent pour se protéger les reins contre le frottement de leur grande hotte ; les Guayakis les utilisent aussi pour appuyer leur tête en dormant et s’isoler du sol humide. Tous ces tissus sont raides ; ils se déforment vite et deviennent concaves en se moulant sur le corps.

Leur nom guayaki, türou, conduit à un rapprochement intéressant. À l’arrivée des Espagnols, les Guaranis de Ia plaine et, un peu plus tard encore, les indiens des Réductions jésuitiques donnaient le même nom à des mantes en fibres d’ortie sauvage (Montoya), pièces de grande taille, sans doute tissées au métier. Malgré leurs dimensions et leur technique de fabrication différentes ces mantes présentent divers points

de contact avec les modestes carrés en ficelles maiïllées des Guayakis : même nom et matière première commune, la fibre d’ortie, indices d’ancienne parenté et sans doute d’une origine commune de ces deux éléments culturaux ; mais, tandis que les indiens du bocage atteignaient il y a longtemps le stade du tissage véritable, les Guayakis forestiers ont conservé jusqu’à nos jours leur technique rudimentaire, intermédiaire entre le tissage et la natte.

Les Guayakis ne possèdent pas de véritables ornements, d’objets ayant pour fin principale la parure, si chers à tous les indiens et dont l’absence est rare même chez les peuples les plus incultes.

Ornements.

Leurs femmes elles-mêmes n’ont pas le moindre colifichet.

Les seuls objets guayakis pouvant être à la rigueur rangés dans la catégorie des ornements, des colliers de dents d’animaux et un bonnet de cuir, ont avant tout une valeur de trophées, indices de valeur personnelle et aussi d’une certaine autorité.

Les Guayakis enfilent sur des cordons les dents des animaux tués à la chasse. Ces chapelets arrivent à compter plusieurs centaines de dents, presque exclusivement des canines, où prédominent celles du singe, du pécari et du coati ; ceux ornés de canines de jaguar sont les plus estimés. Les uns sont entièrement formés de dents d’une seule espèce d’animal ; d’autres sont plus ou moins mélangés. Il existerait même, d’après les Mbwihas, des colliers de crochets de serpents venimeux, mais je n’ai pu en voir aucun de ce genre.

Chaque dent est perforée à la base à l’aide d’un petit burin en os. La confection de ces objets avec les outils rudimentaires dont disposent les Guayakis représente un travail énorme. Faits au fur et à mesure des hasards de la chasse, ils ne cessent de s’accroître à chaque nouvelle pièce tuée et peuvent devenir très longs. Le plus grand de ceux que nous ayons trouvés mesurait 83 centimètres (double, c’est-à-dire 166 c. de longueur réelle) et comptait environ 650 dents d’animaux divers ; un autre, à peine plus court, en comptait 560. Le plus beau de tous, véritable chef-d'œuvre de patience, était formé de plus de 800 petites canines de singe.

Ces grands chapelets de dents sont de véritables répertoires cynégétiques de toute une vie, preuve tangible de l’adresse ou du courage de leur possesseur. On les garde avec soin dans les hottes, enveloppés dans quelque panier souple. Ils ne semblent guère être utilisés comme véritables colliers sauf peut-être en quelques rares cérémonies.

En dehors de ces colliers d’apparat, dont l’usage pendant les marches en forêt serait impossible, beaucoup de chasseurs portent au cou des cordons ornés de quelques dents auxquelles ils ajoutent souvent un ou deux petits sifflets d’os ou de bois dont ils se servent pour s'appeler dans les bois ou pour annoncer leur retour au campement. Ils complètent parfois ces colliers usuels avec des péronés de singe, des fragments de peau desséchée, des morceaux de fil de fer. Il n’est pas impossible que de tels objets aient à leurs yeux une valeur d’amulette. |

Des chasseurs paraguayens et des indiens Mbwihas m'ont parlé à diverses reprises de colliers guayakis très originaux qui seraient faits de rondelles desséchées obtenues en découpant perpendiculairement comme un saucisson une verge de tapir. Une fillette guayakie, élevée maintenant par une famille de la région de Villa Rica, aurait été trouvée à l’âge d'environ un an avec un de ces colliers autour du cou. Il m’a été impossible de vérifier matériellement ces dires.

Dans toutes les hordes guayakies on trouve un homme, presque toujours d’un certain âge, porteur d’un curieux bonnet en peau ; pendant les haîtes cette coiffure est posée au pied d’un arbre ou contre une hotte, à côté de l’arc et des flèches de son propriétaire.

Ce bonnet est fait d’un morceau de peau non tannée, les poils en dehors, plié en cône et lacé par derrière. Des fragments de peaux d'animaux ornent sa pointe et souvent un bouquet de queues touffues de coatis, ou même une queue de cheval, la couronne. Un des bonnets rapportés était en cuir de bœuf orné d’une-touffe de poils de singe hurleur (Alouata nigra) et de queues de coatis ; un autre était en cuir de chevreuil avec deux touffes de poils de singe ; un troisième était en peau d’ocelot.

Bonnet de peau.

PLancae XIII

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Velarc

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