‹ Une civilisation du mielChapitre 27 sur 41 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Les études anthropologiques peu nombreuses sur Îles Guayakis ont presque toutes été faites sur des individus du groupe méridional. Les unes ont pour base cinq ou six crânes ou squelettes incomplets dispersés dans divers musées ; les autres se rapportent à quelques enfants capturés jeunes. Un seul adulte a été bien observé, un homme resté quelque temps prisonnier dans la caserne de la police de la ville d’'Encarnacion.

Ces travaux déjà un peu anciens sont unanimes à souligner la taille médiocre ou petite et le facies mongoloïde accusé ; ils ne sont en désaccord que sur le teint, variable, d’après les auteurs, du jaune très pâle presque blanc au brun foncé.

À part ces différences de teint que j'ai moi-même notées, les Guayakis m'ont produit, comme aux rares auteurs qui ont eu l’occasion de s’en occuper, une impression de très grande homogénéité. La comparaison de mes résultats avec ceux de mes prédécesseurs renforce encore cette impression et permet d'affirmer qu’il n’existe aucune différence raciale entre les Guayakis du groupe méridional et ceux du Caaguassu. Les photographies d’enfants publiées par Lehmann-Nitsche et par Ten Kate ressemblent ISERE à celles TAROT de mon voyage.

La taiile basse, la carrure trapue, l’ di Éool du visage attirent l’attention dès le premier abord.

Le seul adulte que nous ayons pu mesurer, un homme d’un certain âge, conducteur d’une petite horde, atteignait

1 M. 54 ; la moyenne ne paraît pas dépasser 1 m. 50 à I m. 52 pour l’homme ; celle de la femme est un peu inférieure.

Le développement du tronc et la largeur de la poitrine sont remarquables. Le ventre est proéminent ; les reins sont très cambrés et les fesses saillantes, très fortes ainsi que les hanches chez les femmes adultes. Les membres sont relativement courts avec les extrémités, pieds et mains, petites, larges et épaisses. Les orteils sont longs et préhensibles, le second dépassant tous les autres, et le pouce bien séparé.

Par suite de la disposition de l’articulation coxo-fémorale les cuisses sont presque jointes ; les genoux sont déviés en dedans (genu valgum naturel) et les jambes au contraire tournées au dehors ; au repos les chevilles ne se touchent pas et les bords internes des pieds sont parallèles. L'ensemble des membres inférieurs affecte la forme d’un X bien visible sur plusieurs de nos photographies. Ce caractère, souvent considéré comme très primitif, avait déjà été noté entre autres par l’ethnographe Lehmann-Nitsche. La démarche est rendue disgracieuse ; les Guayakis s’avancent à petits pas rapides, lançant les jambes et fauchant légèrement, le buste raide, droit ou un peu incliné en avant, les bras collés au corps et les genoux presque joints.

La tête est petite, bien faite, sous-brachycéphale, un peu aplatie postérieurement ; la capacité crânienne, inférieure à la normale, reste d’accord avec le faible développement somatique.

Le facies frappe par son aspect mongoloïde accusé, à un tel point que la petite Marie-Yvonne a été plusieurs fois dans la rue prise pour une compatriote par des asiatiques. Le visage est large, avec le front plat et un prognathisme marqué du maxillaire supérieur donnant souvent à l’homme adulte un aspect bestial ; le menton est un peu fuyant. Le nez très déprimé à la racine, les yeux largement séparés quoique presque horizontaux, les paupières avec un pli accusé cachant les caroncules accentuent le type mongolique. La couleur de l’iris varie du brun assez clair au noir profond ; les cils sont longs et droits et les sourcils arqués et très élevés.

Les lèvres sont assez grosses, les oreilles grandes, collées, peu ourlées, au profil en hélice, avec le lobule très réduit.

Presque tous les Guayakis, même très jeunes, ont les dents implantées irrégulièrement, souvent cariées par suite de l’absence complète de chaux dans les eaux des ruisseaux coulant en terrains cristallins et de l’habitude de ces indiens de mâcher de la cire.

Les cheveux, abondants et de grosseur moyenne, descendent bas et irrégulièrement sur le front qui est en partie velu chez les enfants. Leur couleur va du châtain au noir brillant ; ceux d’un vieillard, sans doute très âgé, étaient presque entièrement gris. Quelques hommes ont de rares poils de chaque côté des lèvres ; le reste du système pileux est peu développé.

Le cou est en général mince ; les femmes ont des seins plutôt petits avant l'allaitement, en pis de chèvre, insérés haut et très séparés.

Comme caractères ostéologiques importants, en dehors de la forme de l’articulation de la hanche, il faut noter la réduction habituelle ou l’absence complète de l’os nasal remplacé par les branches montantes du maxillaire et l’absence presque totale de la protubérance occipitale externe. La charpente osseuse n’atteint pas un très grand développement et les insertions musculaires restent médiocres.

Les Guayakis paraissent bien alimentés ; leur musculature est belle mais aucun ne présente d’embonpoint incompatible avec leur genre d’existence.

Les traits des enfants et des jeunes femmes sont agréables à l’état normal ; la peur leur imprime une expression hébétée ou renfrognée nullement attirante. Les femmes guayakies sont d’ailleurs très appréciées pour leur physique par les indiens Mbwihas qui désirent beaucoup en capturer, sans jamais se hasarder à le faire. La physionomie des hommes est plus grossière, accentuée encore par leur prognathisme marqué.

Lorsque les Guayakis s’animent, ils parlent et rient bruyamment ; les enfants pleurent à petits sanglots courts et étouffés, « NgOU, NEOU, NLOU ».

LS

Les Guayakis donnent l’impression d’être très robustes:

et résistants aux fatigues et aux privations.

Une sélection naturelle rigoureuse, conséquence de leur vie pénible exposés à toutes les intempéries sans vêtements et presque sans abris, doit éliminer dès le plus jeune âge tous les êtres débiles. Si le nombre des hommes m’a paru sensiblement égal à celui des femmes — une vingtaine d'hommes et une trentaine de femmes dans le premier campement de l’Arroyo Guassu ; quatre à cinq hommes et trois ou quatre femmes dans une horde près du Camba-ÿ ; à peu près autant d'hommes que de femmes dans un campement près de l’Arroyo Hovÿ — j'ai par contre été frappé de l’extrême rareté des enfants. Dans le grand campement de l’Arroyo Guassu (une cinquantaine de personnes) il y avait un bébé de quelques mois et un garçonnet de dix à quatorze ans ; la seconde horde qui nous a attaqués près de cette rivière ne comptait que la fillette enlevée par les Mbwihas et un autre bébé. Louis était le seul enfant de sa horde. La race s'éteint.

Les Mbwihas et les Paraguayens au cours de leurs escarmouches avec les Guayakis aperçoivent parfois des vieillards. Dans plusieurs campements nous avons noté des hommes et des femmes paraissant âgés, entre autres un vieillard aux cheveux gris, avec des poils blancs aux coins des lèvres, qui revenait de la chasse et semblait encore solide.

Au contact des civilisés ou à celui des Mbwihas, les Guayakis se montrent fort sensibles à diverses maladies infectieuses et surtout aux affections pulmonaires et intestinales. Louis et Marie-Yvonne ont eu dès les premiers jours de leur arrivée parmi nous de violents coryzas suivis de bronchites à répétition. Quelques semaines plus tard tous deux ont fait une congestion pulmonaire grave. Leur alimentation ayant été réglée dès le début, ils n’ont pas présenté de troubles digestifs qui ne manquent jamais lorsque ces indiens sont après leur capture laissés libres de manger à leur gré; tous deux se sont fort bien habitués au sel.

Diverses maladies infectieuses, surtout la grippe, la pneu-

Sélection naturelle et sensibilité aux maladies infectieuses.

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UNE FAMILLE DE “ BOUGRES ” GUAYCURUS DEVANT LEUR RANCHO DANS UNE ALDEIA.

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