ATELIER DE POTIER GUAYCURU
©. Velsrd
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monie et la variole, font de nombreuses victimes parmi les jeunes Guayakis captifs. Les Guayakis ont même été frappés dans leur forêt par l’épidémie de grippe qui s’est répandue dans le monde entier après la grande guerre européenne. Plusieurs, dans un suprême effort, sont venus mourir près des ranchos paraguayens, à l’entrée de la plaine, dans la région de Ajos et de Caraya-o.
Les anciens auteurs avaient déjà signalé cette sensibilité des Guayakis au contact des civilisés. Le P. Hernas dit qu’ils ne résistent que peu de temps hors de la forêt.
Il ne s’agit nullement d’un simple changement diététique, de la difficulté à s’habituer au sel, comme l’imaginent les Paraguayens. La cause en est plus profonde : c’est la nonaccoutumance, le manque absolu d’immunité contre de nombreux germes, en particulier le pneumocoque, vis-à-vis desquels les civilisés ont une grande résistance à l’état normal, un des rares avantages de notre vie en troupeau. Les Guayakis captifs doivent se vacciner au contact des civilisés, s'adapter plus ou moins vite au nouveau milieu et à sa flore microbienne, mais ils ne peuvent y parvenir qu’en étant souvent malades, et beaucoup succombent au cours de cette lutte.
Marie-Yvonne, après avoir souffert les premiers mois, a eu sa résistance générale grandement accrue par le vaccin anti-tuberculeux de Calmette (B. C. G.), observation déjà faite chez de nombreux enfants civilisés, mais rendue plus frappante par la grande sensibilité antérieure de cette fillette devenue en peu de temps très résistante aux rhumes, bronchites, angines et autres misères de l’enfance. Au contraire, le petit Louis, bien que resté à la campagne, au grand air, aux confins de sa forêt natale, mais qui n’a pu être vacciné ni soumis aux mêmes soins, a fait une série de bronchites de plus en plus rebelles, suivies d’une pneumonie dont :il n'arrive pas à se remettre.
C’est une triste mais saisissante démonstration des résultats que l’on peut attendre du vaccin de Calmette.
Chez les Guayakis sylvestres je n’ai pu relever aucun signe de tuberculose ou de syphilis, maladies auxquelles ils sont très sensibles parmi les civilisés, non plus que de lèpre.
Leur corps est en général propre, sans ulcérations, mais avec de nombreuses cicatrices accidentelles.
Cette extrême sensibilité à tous les germes infectieux, par défaut complet d’immunité, n’est pas spéciale aux Guayakis. Elle s’observe chez beaucoup de races isolées et même, à un degré moindre, chez des descendants d’Européens habitant des îles peu visitées ; à Tristan d’Acunha, cet îlot solitaire entre l’Afrique du Sud et l’Amérique, les coryzas, inconnus en temps normal, sévissent sous forme épidémique après le passage d’un navire. Cette non-accoutumance a provoqué la disparition de villages et même de tribus indiennes entières en dehors de toute autre cause. Les indiens Kayapos, de la région de Conception de l’Araguaya, au nord du Brésil, étaient 5.000 ou 6.000 en 1900, à l’arrivée des premiers missionnaires, des dominicains de Toulouse ; en 1922, ils n’étaient plus que 500 ou 600 quand survint, après bien d’autres, une nouvelle épidémie de grippe ; 1l n’en restait plus qu’une cinquantaine à mon passage chez eux en 1929; la broncho-pneumonie et la rougeole ont été les seules causes de leur disparition si rapide. De tels exemples pourraient être multipliés et mieux que les mauvais traitements attribués aux Espagnols expliquent la décadence et la disparition de tant de tribus indiennes après la découverte de l’Amérique.
Les anciens missionnaires avaient remarqué cette fréquence des épidémies parmi les tribus entrant pour la première fois en contact avec les blancs. Leur zèle ardent y voyait un châtiment céleste pour punir les indiens de leur résistance ou de leur manque d’empressement à recevoir leur doctrine. Souvent cette phrase revient sous leur plume : « Et pour les châtier ils furent frappés d’une peste qui les décima. »
Les interprétations varient mais les faits bien notés demeurent.