CONCLUSION
A l’abri de leurs retraites boisées les Guayakis sont restés longtemps une des tribus les plus mystérieuses de l'Amérique du Sud. |
La difficulté de les atteindre, le manque de données exactes sur leurs conditions d'existence, leur type physique et leur langage, rendaient incertaine leur position vis-à-vis des grandes familles ethniques sud-américaines.
Nos connaissances actuelles sur les Guayakis, celle de leur langage surtout, dialecte guarani très pur mais peu évolué, permettent aujourd’hui de les réunir à d’autres groupes d’indiens forestiers d’origine guaranie tels que les Mbwihas vivant encore dans leur voisinage, les Guaihraés, les T'apés et d’autres tribus disparues mais dont la langue nous a été conservée surtout par les travaux des Jésuites des Réductions.
Tous ces indiens ont été longtemps confondus sous la dénomination générale et méprisante de Kaïgouas, « ceux qui vivent dans la forêt », et considérés comme des sauvages et des êtres inférieurs par les habitants de la plaine paraguayenne, indiens ou métis. Cette confusion explique que le nom de Guayaki, terme injurieux dont la signification exacte est « race cruelle ou sauvage », n’apparaisse pas dans les anciens auteurs qui ne les distinguaient nullement des autres indiens forestiers du Caaguassu.
L’avance de la civilisation, du début de l’époque coloniale à nos jours, a réduit peu à peu le territoire et le nombre de ces tribus forestières. Les unes ont été soumises, plus ou moins civilisées, fixées dans les Réductions ou dans des colonies, avant de disparaître en se fondant avec les populations métisses avoisinantes. D’autres se sont maintenues dans une indépen-
dance relative, recevant des éléments culturaux nouveaux des civilisés ou des tribus plus avancées du bocage, et perdant une partie de leurs caractères originaux.
Des groupes peu nombreux, les plus éloignés de la lisière de la forêt, formant les Guayakis actuels, ont échappé longtemps à ces contacts, Repoussés de tous côtés ils ont fini par être divisés et rejetés dans les massifs les plus difficilement accessibles du Caaguassu. Certains d’entre eux, comme les Guayakis du groupe méridional, ont subi quelques influences étrangères ; d’autres, ceux de la région de Ajos-Caaguassu, en sont restés à peu près indemnes.
La division de ces indiens forestiers, les conditions locales diverses où chaque groupe s’est trouvé placé, expliquent les différences plus ou moins accentuées existant aujourd’hui entre eux. Mais leur étude comparée, celle de leurs dialectes surtout, révèle de nombreux points de contact, des caractères communs fondamentaux et permet d'envisager l'existence d’un vaste sous-groupe de Guaranis forestiers, de culture matérielle très pauvre et d’organisation sociale rudimentaire, englobant non seulement les indiens du Caaguassu, mais encore toute une série de petites populations très mal connues errant dans toutes les forêts bordant le Parana aussi bien au Paraguay qu’au Brésil ; quelques-unes ont été étudiées dans
ces dernières années par l’ethnographe tchéco-slovaque
C. Loukotka. Les Guayakis du Caaguassu, très isolés, en sont les représentants les plus purs et les plus typiques.
En dehors des contrées forestières du Paraguay et du Parana il existe dans plusieurs autres régions de l’Amérique du Sud des petits groupes d’indiens sylvestres, également mal connus, sans contact avec les populations voisines, de mœurs semblables à celles des Guayakis et parlant comme eux des dialectes guaranis peu évolués. Les Sirionos habitant aux abords des marais de l’Y-çoçog, au nord du Grand Chaco, en offrent un exemple ; plusieurs auteurs ont déjà voulu les rapprocher des Guayakis. D’autres m'ont été signalés dans l’état de Maranhâo, au nord du Brésil ; on en trouve aussi dans la vaste forêt amazonienne. |
Tous ces faits montrent l'extension considérable de ces petits groupes de Guaranis forestiers, de culture rudimentaire,