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CHAPITRE PREMIER

Les Guayakis, indiens de grande forêt, habitaient autrefois presque tout le Caaguassu, la vaste zone boisée et accidentée de la région orientale du Paraguay, depuis la rivière Monda-ÿ au nord jusqu’à la lisière de la forêt au sud et à l’ouest, et à l’est jusqu’au Parana.

L’avance progressive de la civilisation et surtout le développement des exploitations forestières, obrajes (coupes de bois) et verbales (régions où pousse l’arbre à maté) ont considérablement réduit leur territoire. Ils ont d’abord abandonné les parties basses de la forêt pour se retirer dans la zone de collines au relief peu élevé, mais tourmenté, formant la Cordillère de Caaguassu, ligne de partage des eaux entre les affluents du Rio Parana et ceux du Rio Paraguay. Fuyant toujours devant les civilisés ils se sont trouvés peu à peu divisés et refoulés dans des massifs d’accès difficile d’où ils rayonnent dans la forêt avoisinante et parfois jusqu'aux abords de la prairie.

Ce recul s’est fait peu à peu, avec de nombreuses Avétie |

tions.

À l’époque coloniale les Espagnols ont très peu pénétré dans la forêt où rien ne les attirait ; mais à côté de la colonisation laïque et officielle s’est développée une très curieuse colonisation religieuse : les célèbres Réductions des Jésuites dont plusieurs étaient situées au voisinage de la région habitée par les Guayakis.

Ces colonies uniquement indiennes, fermées aux laïques espagnols, ont joué un grand rôle dans l’histoire du Paraguay.

Elles étaient administrées sous la direction d’un Père Jésuite et de ses vicaires par des autorités, alcades et régidores, choisies chaque année entre eux par les indiens qui les habitaient. Tout était fait par les indiens et tout était en commun. On déposait les récoltes, les produits fabriqués dans le magasin de la colonie pour les répartir ensuite entre les habitants suivant leurs besoins.

Les Réductions étaient presque toutes construites sur un même plan. L'église, le couvent, le magasin, l’hôpital s’élevaient sur une grande place centrale. Autour, les maisons des indiens, toutes semblables, s’alignaient en rues régulières disposées en échiquier. Une enceinte fortifiée protégeait la colonie contre les attaques du dehors.

En plus des travaux agricoles et de l’élevage, indispensables pour assurer l’existence de leurs Réductions, les Jésuites avaient créé de nombreuses petites industries. Les femmes, suivant la coutume indienne, continuaient à filer et à tisser le coton des plantations et avec ces étoffes des tailleurs habillaient tous les habitants ; l’excès de la production de tissus était vendu chaque année à Buenos-Aires, permettant d’obtenir en échange certains produits européens. Parmi les nombreux artisans indiens formés par les Jésuites se trouvaient des forgerons, menuisiers, tonneliers, maçons, potiers et même des peintres, des sculpteurs sur bois, des horlogers et des doreurs pour décorer les églises. [ls avaient créé des imprimeries et c’est en pleine forêt, dans la mission de Loreto, que furent imprimés les premiers livres du Rio de La Plata (martyrologue romain en 1700). Cette imprimerie, la seconde en date de l'Amérique du Sud, a surtout édité des livres guaranis, livres de piété, grammiaires, dictionnaires, contribuant à conserver et même à répandre ce langage indigène, encore parlé par presque toute la population actuelle du Paraguay ; l’orthographe adoptée par les Jésuites pour le guarani est toujours en usage.

Les Réductions n’ont pas été seulement des conservatoires de la langue guaranie. Pendant deux siècles elles ont abrité

Réductions jésuitiques.

PLancue I

Cfiché P, Deffontaines

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