Art. cités, Chirurgia, p. 1107; Medicus, p. i
MONUMENTS ET MEMOIRES
tiques chirurgicales celles qui avaient trail aux accidents de ce genre étaient, chez les Grecs, les plus usitées et les plus perfectionnées1, parce que les exercices physiques jouaient dans leur vie un rôle beaucoup plus considérable que chez nous. Hippocrate a exposé avec beaucoup de soin les différents modes de pansement qui conviennent aux membres cassés2. Pourtant j’ai tenu à soumettre la question à un spécialiste et je me suis adressé à mon ami le Dr Pozzi, qui à ses qualités de praticien éminent joint la curiosité passionnée d’un collectionneur et d un fervent amateur des choses antiques. Bien m’en a pris de lui demander une « consultation », si je puis dire, car il m’a, du premier coup, indiqué une solution beaucoup plus vraisemblable.
A son avis, la forme et la place des bandages écartent l'hypothèse de fractures ou de luxations. Les membres seraient soutenus d’une façon tout à fait insuffisante. Déplus, un homme, qui aurait le pied cassé, marcherait-il d’une allure aussi aisée P 11 s'agit plutôt de malades qui viennent se faire saigner. Nous ne sommes pas chez le chirurgien, mais chez le médecin. La saignée était d’un emploi fréquent dans la thérapeutique ancienne. Sans être pratiquée à tout propos comme au siècle de Louis XIV3, elle passait pour un moyen sûr de décongestionner tes parties malades, de s'assurer de la qualité du sang, de prévenir les accidents graves, etc. Hippocrate, Galien, Gelse, tous les grands médecins de l’antiquité la recommandent en certains cas et en font usage. On saignait de préférence au bras,
1. Voy. Medicus, p. 1677, 1686 et suiv. ; Chirurgia, p. 1111.
2. Dans le Kax’ ’tr^peTcv, chap. 7 et suiv. ( Œuvres d'Hippocrate, trad. Littré, 1 8/j 1 , t. III, p. 291 et suiv.).
3. M. Daremberg calcule que Louis XIV subit de larges saignées trente-huit fois dans sa vie, sans compter les innombrables petits coups de lancette (La Médecine, Didier, i865, p. 201). Les médecins grecs et romains sont plus prudents. Galien dit qu’en saignant sans faire attention aux saisons, on s’expose à perdre ses malades, et il proscrit la saignée dans les pays très chauds ou très froids (Metliod. therap. ad Glauc., I, i5, édit. Daremberg, p. 73o). Gelse l’interdit aussi pour les personnes débiles; il ne l’admet que pour les gens vigoureux (De re med., II, 10, trad. A édrènes, p. 101). Hippocrate pense qu’il est bon pour certains tempéraments de se saigner et de se purger au printemps (Œuvres, trad. Littré, IV, p. 675).
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ou bien au pied, près de la cheville1. C’est bien à ces places que sont posés les bandages dans notre peinture. En outre, les bandes sont étroites et d’aspect léger. Fui effet, après la saignée et pour mettre la petite plaie à l’abri de l’air et des poussières, il suffisait d’enrouler un peu de toile autour du bras ou du pied, sans faire un pansement sérieux. Celse dit qu’à la suite de la saignée « on bandera le bras, après avoir appliqué dessus une petite compresse trempée dans de l’eau fraîche2 ». Remarquons que le bassin placé aux pieds du médecin ne serait d’aucune utilité pour soigner des fractures ; en cas de saignée, il faut de l’eau et des éponges pour recevoir le sang et laver la partie entamée.
Reste un point un peu plus embarrassant : pourquoi un des clients porte-t-il une bande en écharpe à travers la poitrine ? M. Pozzi supposerait volontiers que, ce malade ayant eu besoin de ventouses scarifiées sur la poitrine ou dans le dos, il a été nécessaire de placer ainsi la bandelette. Les ventouses suspendues dans le champ rappelleraient précisément ce genre de médication*. En somme, tous les menus détails de la représentation trouvent dans cette hypothèse une explication fort plausible.
Un autre petit problème se pose, relatif à la grande jeunesse de l'opérateur. C’est un adolescent ; sa fraîche et attentive physionomie rappelle celle de beaucoup dephèbes sur les coupes du vc siècle. Nous avons noté pourtant qu’un coup très léger du pinceau, trempé dans le noir délayé, a ombré les joues et le bord du menton d’un duvet qui indique une barbe naissante4. Malgré cette atténuation, le
1. Voy. Hippocrate, Œuvres, trad. Littré, II, p. 273, 4i3, 45q, 499; UI, p. 126; 14, p. 221; V, p. 207 (saignées au bras); V, p. 127, 207; 41, p. 69; 4111, p. 173; IX, p. 177 (saignées à la cheville ou au jarret). Celse dit qu’il faut saigner au bras, quand tout le corps est malade ; et, quand une partie du corps est lésée, sur celle partie ou la plus voisine, car celte opération n’est pas praticable partout, mais seulement aux tempes, aux bras et aux chevilles (De re medic., II, 10, trad. Védrènes, p. io3). Cf. Calien, Commentaire au livre d’IIippocrate, IL ci •/■jjj.wv, édit. Kühn, t. XVI, p. i34-i36.