‹ Une clinique Grecque au Ve siècleChapitre 3 sur 9 · Tome XIII, IR · texte numérisé non relu

Tome XIII, IR

MONUMENTS ET MEMOIRES

caractère épliébique du médecin est évident, tandis que ses clients sont des personnages d'âge mûr. S'il s’agissait d’accidents arrivés dans la palestre, on attendrait plutôt le contraire : un médecin barbu soignant des éphèbes éclopés1 2. L’explication proposée par le D‘ Pozzi rend tout naturel le choix que l’artiste a fait d’hommes arrivés à la pleine maturité : ce sont des bourgeois d’Atl îènes, des quadragénaires ou quinquagénaires dont la complexion sanguine exige un traitement approprié. L’âge des malades est donc tout à fait normal. Mais n'y a-t-il pas quelque exagération, quelque bizarrerie, à nous montrer près d’eux un docteur de vingt ans à peine ?

On peut d’abord donner de ce fait une raison générale, c'est que l'art grec du vc siècle aune prédilection marquée pour la beauté jeune ; même les vieillards, et surtout les femmes âgées, ne sont reconnaissables à cette époque qu’à la couleur de leurs cheveux bl ancs". Il est donc conforme à celte esthétique particulière que le seul personnage valide et bien portant, Je héros de la scène, se présente sous l’aspect d’un homme jeune et beau. C'était aussi une façon de varier la scène, d’éviter l’aspect monotone d’une réunion où tous les hommes auraient eu le même type.

Ces raisons esthétiques pourraient suffire, à notre avis. Mais il n’est pas interdit de rechercher s'il n’en est pas de plus positives. On en trouverait dans les textes grecs. « Pour faire l’éducation médicale d’un jeune homme, dit M. S. Reinach, on le plaçait chez un médecin habile auquel il payait une redevance : tel fut le cas de Timarque, qu’Eschine nous montre allant s’installer dans l’officine d'Euthydique, au Pirée, absolument comme un interne des hôpitaux actuels3. » Voilà, en effet, une façon d’expliquer la jeunesse de notre

1. Voy., par exemple, le bas-relief du médecin Jason, art. Medicus, fig. 4883; cf. le cratère d’Athènes que nous publions plus loin, pl. XV.

2. Voy. Pottier, Élude sur les Lécy thés blancs attirjues, p. 125.

3. Medicus, p. 1678. Des inscriptions d’Éphèse, récemment découvertes, ont fait connaître l’existence de concours médicaux à l’époque romaine impériale. Ces concours comprenaient différentes épreuves portant sur la chirurgie, les instruments opératoires, les régimes à indiquer, les cas pathologiques à élucider (J. Keil, dans les Jahreshefte de Vienne, i()o5, p. 128 et suiv.).

opérateur. Mais je ne me dissimule pas quelle prête aux objections. Ne serait-ce pas un cas bien particulier pour figurer sur une peinture de vase P Et, de plus, n’attendrait-on pas, auprès du novice, la silhouette du maître penché sur son élève et suivant des yeux les détails du pansement P J'aimerais mieux, pour ma part, invoquer une autre raison, si l'on veut quelle soit d’ordre pratique. Les Anciens pensaient que pour être bon médecin, il fallait être jeune, avoir la main sûre et adroite. Gelse le dit expressément, et c’est peut-être aussi ce que le peintre grec a voulu exprimer. « Le chirurgien doit être jeune, ou du moins encore près de la jeunesse. Il doit avoir la main ferme et sûre et ne jamais trembler. Il doit être, aussi adroit de l'une que de l’autre, avoir la vue claire et perçante, le cœur intrépide. Sa sensibilité sera celle qui ne cherche qu’à guérir Je malade confié à ses soins et qui ne se laisse pas émouvoir par des cris. Il ne se hâtera jamais plus que ne l’exigent les circonstances; il ne coupera pas moins qu’il ne faut, mais il accomplira toute chose comme s’il n’était nullement affecté des plaintes du patient1. » Ce tableau si bien tracé n’est-il pas encore vrai aujourd’hui P

A la physionomie éveillée et jeune du médecin s’opposent d’une part les figures plus âgées et plus sérieuses des malades, d’autre part la figure simiesque et tourmentée du nain qui sert d’esclave. C’est une heureuse idée que d’avoir placé dans la clinique d’un médecin un serviteur qui est lui-même un cas pathologique et qui peut lui offrir un sujet d’étude. Nous savions déjà par des monuments et par des textes que certains riches, à Athènes, recherchaient les esclaves difformes, dont la laideur, pensaient-ils, faisait contraste avec leur propre beauté. Pour la même raison, ils choisissaient comme serviteurs des nègres et des négresses, pratique qui n'est d’ailleurs pas étrangère aux mœurs modernes2. L’antiquité y ajoutait une idée superstitieuse : on croyait que les objets et les êtres grotesques avaient une

1. De re medica, "VII, Introd. Vo y. Chirarcjia, p. 1x07; Medicus, p. 1 ( » 9 9 .

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