VOLUME
« Annapolis-Royale, novembre 1727.
« Je choisis le lundi suivant pour le jour de la cérémonie : ils me demandaient humblement si j'avais un serment à leur présenter; mais moi, ayant invité à diner avec moi tous les chefs et les -députés, je différai de leur en dire d'avantage jusqu'au lendemain.
« Le dimanche, les députés et les principaux habitants dînèrent <ivec moi; au.ssitôt que nous eûmes bu la santé du Roi, de la Reine et les autres royales et loyales santés, je commençai mon discours de la manière suivante :
« Je ne doute pas, mes amis, que vous ne soyez dûment avertis » de ce -qui m'amène ici, à savoir que, par la mort du Roi, mon
« maître, de glorieuse mémoire, la divine Providence vous a mira- « culeusement donné l'occasion de sortir de la mauvaise voie dans « laquelle vous êtes tombés et vous devez être heureux d'avoir une « belle occasion d'échapper à la ruine qui vous menaçait. »
« Ils firent grande attention a ce que je leur disais et m'assurèrent qu'ils feraient tous leurs efforts pour amener leurs frères à un droit sens de leur devoir : ils m'apprirent alors que la plus grande part des habitants étaient dans la ville et que le reste ne manquerait pas de faire toute la diligence possible, afin de solemniser la proclamation de Sa Sacrée Majesté Georges IV ; qu'ils ne doutaient aucunement de leur affection et loyauté pour le Roi mon maître, et qu'ils étaient prêts à reconnaître sa suprême domination sur eux. — Ma contenance fit voir ma satisfaction, et je les assurai des privilèges qu'ils allaient recevoir aussitôt qu'ils se seraient soumis à l'obéissance, requise non-seulement de vrais sujets, mais de tous les honnêtes hommes.
« Pier Ybere (Pierre Hébert), un des députée, me demanda la permission de m'informer que, comme les habitants étaient à de grandes distances les uns des autres, ils ne pourraient probablement pas être rassemblés, et espéraient que je voudrais les favoriser assez pour retarder jusque-la la proclamation. Les voisins l'avaient envoyé en avant; ils se confiaient dans son amitié et dans son intégrité, et comme cela était naturel, ils étaient très-soucieux de connaître une chose qui les intéressait autant; il me priait de vouloir bien lui communiquer la teneur du serment de fidélité qu'ils auraient à prêter, et afin de hâter la conclusion des affaires, ce qui serait agréable à tant de monde, je jugeai l)on de lui donner une copie du texte, et les convoquai pour le mardi afin de pro-^ clamer le Roi. Us me remercièrent de ma patience, m'assurèrent que tout le monde serait présent et prirent congé
« Les habitants, au nombre de cent, ayant les quatre députés à leur tête, célébrèrent la solennité aussi décemment que possible : on fit des feux de joie, on tira des fusées et on but loyalement les santés royales.
« La proclamation étant lue, je dis aux habitants qu'il fallait la signer, autrement qu'ils ne pourraient pas être regardés comme s'étant joints avec moi pour reconnaître mon maître comme leur roi légitime
« Les députés procédèrent immédiatement pour signer et montrèrent qu'ils le faisaient sans répugnance, plusieurs autres suivirent leur exemple; Pier Yber (Pierre Hébert), un des députés, me pria
de permettre qu'un nommé Véco (qui était le seul parmi eux qui sût lire et écrire) pût lire la proclamation encore une fois aux habitants; qu'ils étaient de pauvres {ijens iffnorarits et qu'ils avaient {grande confiance en cetliomme. J'accordai volontiers ce qu'ils désiraient, mais les habitants continuèrent à sifjner pendant qu'il était lisant. Ayant été par avance informé des dispositions hostiles de Véco, je demandai ce qu'il avait à allé(juer au peuple, et que, puisqu'il était si savant, il n'avait rien de mieux à faire que de signei le texte. Sur ce, avec une basse et chicanière voix, il dit qu'il était prêt à signer comme témoin, mais qu'il demandait à insérer auparavant certaines remarques dans la proclamation.
« ,Ie répondis immédiatement que je le connaissais comme une personne difficultueuse, et que les pauvres bandits qui ne possédaient pas un pouce de terre dans la contrée étaient seuls de son opinion et toujours prêts ?i soulever une sédition ; que je ne dési{i[nais pas des misérables comme lui pour sif^ner la proclamation; que c'était un honneur dû seulement aux principaux habitants, et alors, m'adressant à eux tons, je dis que j'espérais qu'ils se {Tarderaient de tels malcontents qui étaient envieux de leur prochain bonheur et qui se faisaient les instruments de leur ruine! La preuve? Ils ne l'ignoraient pas, c'était ce même personnage qui^avait rédigé et écrit, au printemps dernier, cette insolente et séditieuse lettre au gouverneur.
« Les députés immédiatement répondirent qu'ils sentaient trèsbien ce que je disais, car Véco, avec l'aide de leur prêtre, avait choisi le temps où ils étaient absents pour faire la chose. Je les assurais que c'était en leur pouvoir de rétracter cette fausse démarche qu'ils avaient faite. Je repris alors la proclamation et je priai les chefs et les députés de diner avec moi, répartissant le reste dans des maisons préparées à cet effet. Aussitôt que nous eûmes diné et bu les santés nécessaires dans de telles occasions, je ne manquai pas de leur montrer tous les avantages qu'ils auraient à devenir des sujets anglais. Mais les députés me prièrent de leur permettre de rentrer chez eux aussitôt que possible. Sur quoi je leur présentai le serment de fidélité; eux ayant pris une copie demandèrent permission de se retirer afin de se consulter les uns les autres, me donnant quelque assurance de. donner une réponse à ma satisfaction.
« Vers le coucher du soleil ils revinrent; mais au lieu de se soumettre comme ils devaient en prêtant le serment de fidélité susmentionné, Véco, au nom de tous les habitants, me présenta une copie du serment que je leur avais donnée auparavant^ faisant en
dessous une demande consistant en trois articles, et quoique la copie commençât par ces mots : Nous soussignés, — cependant elle n'était signée par personne. Immédiatement je montrai tout le ressentiment dont j'étais capable et je demandai qui l'avait fait le représentant des autres? Le député Ybere répondit que, comme il était le seul qui sût lire et écrire, ils l'avaient prié d'écrire la cttose; et que, en conséquence, si leurs demandes étaient accordées, ils étaient tous prêts à prêter le serment.
« Je leur tournai aussitôt les talons, leur disant que ce que je pouvais imaginer de mieux en leur faveur, c'était de croire que les liqueurs avaient excité leur impudence, en leur donnant l'audace de proposer des conditions à un serment aussi bénévole ; que j'espérais que le sommeil les rendrait sensibles à leur mauvaise conduite, et que j'attendrais au lendemain pour avoir leur réponse. Ils vinrent en effet le lendemain, mais ils continuèrent à insister sur les mêmes demandes, et après les avoir sérieusement pesées et ne les jugeant pas incompatibles avec les traités, les actes du parlement et du commerce, je les leur accordai comme une concession ; et en raison de leur défiance en mon autorité personnelle, je fus obligé de certifier la cbose dans le corps du serment.
« Le 17 octobre j'arrivai aux Mines
« Nous allâmes diner et ils finirent la journée avec toute la gaieté possible, et au départ je leur donnai rendez-vous pour le lendemain pour prêter le serment de fidélité, mais ils élevèrent des objections entre eux et demandèrent le jour suivant, afin d'avoir plus de temps pour se concerter ensemble à ce sujet; j'y consentis, mais lorsqu'ils revinrent, après avoir bien mangé et bien bu de nouveau, ils proposèrent une formule de serment à peu près semblable a celle des gens de Beau-Bassin. Je m'y refusai avec de grandes protestations de colère contre leur ingratitude envers le Roi.
« Ils s'opiniâtrèrent néanmoins, et cette discussion se' prolongea pendant plusieurs jours. Enfin, le 26 octobre, après m'être concerté avec ceux qui m'entouraient, je leur annonçai que je prenais sur moi d'accepter leur proposition; cependant la majeure partie des habitants fit en outre de grandes objections sur le mot :f obéirai, ce qui ne me troubla point, l'anglais étant ce par quoi je devais me gouverner, et trouvant, après avoir consulté, que la cbose pouvait être traduite d'une manière plus agréable pour eux, et aussi conforme à l'anglais, je jugeai à propos d'altérer la copie^ comme il est vu dans le serment qu'ils prirent. »
Oatfi and signatures of the inhabltants of Mines Pisiguith (31 octobre 1727), and of the inhabitants of Chignitou and villages (11 octobre 1727), in présence of Robert Wi^oth. (^Archives du ministère des affaires e'trangères. Paris.)
u Orifjinal des articles ci-dessous que j'ai accordés aux habitants des Mines, Pisij>uith et dépendances.
« Je Robert Wrotb, enseif;ne et adjudant des troupes de S, M. le roy Georges le second, promet et accorde au nom du Roy mon maître et de l'honorable Armstron{][, oscuver, son lieutenant-{»ouverneur, commandant en chef de cette province, aux habitants des Mines de Pisiguith et dépendances, qui auront fait et signé le serment de fidélité au roy Georges le second, les articles cy dessous qu'ils m'ont demandés, sçavoir :
« 1* Qu'ils auront le libre exercice de leur religion et pourront avoir des missionnaires dans les lieux nécessaires pour les instruire, catholiques, apostoliques et romains.
« 2** Qu'ils ne seront nullement obligés à prendre les armes contre qui que ce soit et de nulle obligation de ce qui regarde la guerre.
« 3" Qu'ils demeurent en une véritable possession de leurs biens, qui leur seront accordés à eux ot à leurs hoirs dans la même étendue qu'ils en ont joui cy devant, et en payant les mêmes droits accoutumés du pays.
<i 4° Qu'ils seront libres de se retirer quand il leur semblera bon et de pouvoir vendre leurs biens et de transporter le provenu avec eux sans aucun trouble, moyennant toutefois que la vente sera faite à des sujets naturels de la Grande-Bretagne, et lorsqu'ils seront hors du terrain de Sa Majesté, ils seront déchargés entièrement de leur signature du serment.
« Robert Wroth. »
Copie du serinent de fidélité que f ai laissée aux habitants de Chignitou et dépendances.
« Je promets et jure sincèrement que je serai fidèle et obéirai véritablement à S. M. Georges le second; ainsi, D. S. E, V. me soit en aide. »
M Original des articles que j'ai accordés aux habitants de Chignitou, sçavoir :
w 1^ Qu'ils seront exempts de prendre les armes contre qui que
ce soit, tandis qu'ils seront sous la domination du roy d'Anf»leterre.
« 2° Qu'ils seront libres de se retirer où bon leur semblera, et qu'ils seront déchargés du seing qu'ils auront fait aussitôt qu'ils seront hors la domination du roy de la Grande-Bretagne.
« Z^ Qu'ils auront la pleine et entière liberté de leur religion et d'avoir des prêtres catholiques, apostoliques et romains.
« Robert Wroth. »
Requête présentée par les Acadiens^ et traité de Phiiipps avec eux, en 1730. {Archives du ministère des affaires étrangères à Paris.
— Angleterre, t. 448, novembre-décembre 1762, folio 218. — Lettres sur les Acadiens^ t. 449, janvier-février 1763, folio 340.
— Mémoire sur les Acadiens.)
i.^ Copie de la requête présentée par les Acadiens en 1730, a S. Exe. Mgr Richard Phiiipps, écuyer, capitaine général, gouverneur en chef de la province de Sa Majesté la Nouvelle-Ecosse ou Acadie, gouverneur d'Annapolis-Rojal.
« Les habitants des Mines et autres rivières qui en dépendent supplient très humblement Son Excellence, que lesdits habitants qui auront prêté le serment de fidélité à S. M. le roy Georges II, de les assurer de la grâce du libre exercice de leur religion et demeurer des missionnaires pour les instruire, de leur accorder l'entière possession de leurs biens à eux et leurs hoirs en payant les droits accoutumés dans ce pays. C'est la grâce que nous, les députés, demandons à Votre Excellence, et nous sommes, avec tout le respect imaginable, de Votre Excellence les très humbles, etc. «
2° Copie de la réponse du gouverneur,
« Sous condition que les susdits habitants se comporteront avec soumission et fidélité au Roy, je leur accorde et à tous ceux au nom desquels ils se présentent de l'étendue des Mines, de la part du Roy, tout ce qu'ils ont demandé dans la présente requête. Donné à la Grandprais aux Mines, ce 25 avril 1730.
« Signé : Philipps. «
3" Copie de la formule du serment que les habitants des Mines et de Cobeguit ont prêté à Son Excellence,
« Je promets et jure sincèrement en foi de chrétien, que nous serons véritablement fidèles, et nous soumettrons véritablement à