‹ Une colonie féodale en Amérique (volume 2)Chapitre 26 sur 45 · II · texte numérisé non relu

II

S. M. le roy Geor'jes ÏT, que nous reconnaissons pour le souverain seif^jneur de la Nouvel ie-Koo^se ou Acadie. Ainsi Dieu me soit en aide. »

Au commencement de la guerre, en 1752, on voulut substituer à cette formule celle du serment d'allégeance, et les Acadiens refusèrent de le prêter.

4<* Copie du certificat des missionnaires, sur le serment de 1730 aux Mines»

« Nous, Charles de la Gandalis, prêtre-curé-missionnaire de la paroisse des Mines, et Noël- Alexandre Noiville, prêtre bachelier de la sacrée faculté de théologie de Sorbonne, missionnaire apostolique et curé de l'Assomption et de la Sainte-Famille de Pigiguit, certifions à qui il appartiendra que S. E. le seigneur Richard Philippe, écuyer, capitaine en chef et gouverneur général de la province de Sa Majesté, la Nouvelle-Ecosse ou Acadie, a promis aux habitants des Mines et autres rivières qui en dépendent :

« Qu'il les exempte du fait des armes et de la guerre contre les Français et les sauvages, et que lesdits habitants se sont engagés uniquement et ont promis de ne jamais prendre les armes dans le fait d(î la guerre contre le royaume d'Angleterre et son gouvernement.

« Le présent certificat fait et donné et signé par nous, cy nommés, le 25 avril 1730, pour être mis entre les mains des habitants et leur valoir et servir partout où besoin sera ou que de raison en est.

« Signé : Curé do la Gandalis, Noël Noiville^ prêtre et missionnaire, collationné par Bourg-Bello-llumeur i, le 25 avril. »

Ces quatre pièces ont été extraites des Archives du ministère des affaires étrangères à Paris, ce 15 février 1887.

Pour compléter et certifier ladite pièce, voir dans les Archives d^ Halifax, p. 174, la réponse de Gornwallis aux délégués acadiens, du 5 septembre 1749, où il avoue et reconnaît les promesses faites par Philipps en 1730.

Extrait des Archives de la Nouvelle-Ecosse . Note éditoriale sur V histoire de la neutralité (page 263).

Lors de la reddition de Port-Royal par le gouverneur Nicholson,

' Bour(j, dit Belle-Uumeurj était alors notaire et officier public aux Miues.

en 1710, il fut stipulé, par ie cinquantième article de la capitulation, que les habitants résidant à une portée de canon du fort (ce qui équivalait à trois milles anglais) auraient le privilège de rester sur leurs terres pendant une période de deux ans en prêtant serment d'allégeance et de fidélité à la reine Anne,

Tous les habitants mâles compris dans cette distance , qui n'avaient pas quitté le pays à la reddition de la place, prêtèrent le serment sans condition. Ceci se passait sous le commandement de sir Charles Hobby.

Il ne fut pas fait mention, dans la capitulation, du reste des habitants de la province. Cependant ils traitèrent pendant l'hiver avec le colonel Vetch, alors lieutenant-gouverneur du fort, qui reçut leur soumission, mais sans exiger d'eux aucun serment. Le droit de rester sur leurs terres ainsi réservé aux habitants qui avaient prêté ser ment (aux environs immédiats du fort) expirait en octobre 1712. Cependant, en 1711, pendant qu'ils étaient encore sous l'obligation de leur serment, comme ils s'unirent avec les Indiens dans une attaque contre le fort, ils furent considérés avoir forfait par cet acte de trahison et leurs vies et leurs propriétés. [Governors letters to board of trade Amoug N.-S. Arch.; Murdoch's N.-S. history, p. 142)..

En l'année 1713, le traité d'Utrecht fut conclu entre la France et l'Angleterre, par le douzième article duquel toute l'Acadie fut cédée à la couronne d'Angleterre : le quatorzième article portait que les sujets du roi de France auraient le droit, pendant une année, d'aller dans n'importe quel autre endroit avec leurs effets mobiliers, mais que ceux qui voudraient demeurer où ils étaient et devenir sujets du roi d'Angleterre, auraient le droit de jouir du libre exercice de leur religion selon les usages de l'Eglise romaine, cela aussi largement que le permettaient les lois de la Grande- Bretagne.

La lettre de la reine Anne au général Nicholson, du 23 juin 17 J 3, lui prescrit de permettre à ceux des sujets du roi de France qui auraient des terres ou des tenures dans son gouvernement d'Acadie et de Terre-Neuve (qui nous ont été soumis ou nous seront soumis en vertu du dernier traité de paix), et qui sont désireux de rester nos sujets, de garder et jouir desdites terres et tenures, sans être inquiétés, aussi pleinement et librement que nos autres sujets peuvent posséder leurs terres et biens, et les vendre de même, s'ils préfèrent se retirer autre part. Il n'est fait mention, ni dans le traité, ni dans la lettre delà Heine, d'un serment d'allégeance qualifié; il est par conséquent très-clair que ceux qui font choix de rester

364 QUATRIÈME SÉIUR.

deviennent par rela même sujets de la Gran(le-Bretafi;ne et sont obligés de prêter le serment d'allé^jeance au souverain quand ils en sont légalement requis.

Le gouverneur Ni(;}iolson vint à Annapolis en 1714, et alors proposa aux habitants de toute la province les termes coiivenus pour eux; c'étaient : la conservation de leurs terres et le libre exercice de la religion catholique romaine, cela, en devenant sujets anglais; ou bien ils avaient le droit de disposer à leur gré de leurs propriétés et de quitter le pays dans l'intervalle d'une année. Tous prirent le dernier parti et se préparèrent à quitter le pays, mais les vaisseaux qui leur avaient été promis du cap Breton pour les emmener n'ayant pas été envoyés, ils furent bien forcés de rester.

Ils refusèrent le serment, objectant qu'ils avaient été retenus contrairement à leur désir. Ce qui était vrai en partie, dit le gouverneur Mascarène, car le gouverneur ^Nicliolson avait déclaré qu'ils ne devaient pas partir sur des vaisseaux anglais, mais que ceux du cap Breton pouvaient venir les clierclier dans les leurs, ce qu'ils ne voulurent pas faire; autrement, il est probable que la plupart d'entre eux se seraient retirés à l'île Royale ou à l'île Saint- Jean. (Voir Ma<!carènes Letters, p. 158.)

A l'arrivée du gouverneur Pliilipps, en 1720, des proclamations appelant le peuple à prêter un serment d'allégeance avec la promesse du libre exercice de leur culte et la possession de leur propriété, etc., furent envoyées à travers le pays, et dans ces proclamations il n'offrait aucun terme de neutralité, disant en référer aux serments qui avaient été prêtés sous sir Glmrles Hobby et sous le gouverneur Vetcli, après la capitulation; mais ils continuèrent obstinément à se refuser à toutes les sollicitations qui leur furent faites pour prêter serment, ainsi qu'on peut le voir en consultant I^s lettres du gouverneur Philipps au Plantations Office, écrites vers ce temps-là.

Ceci est confirmé par l'assertion du prêtre et de son parti ; ils se présentèrent chez le gouverneur en 1720 et affirmèrent que le peuple, au temps du gouverneur Nicliolson, avait décidé à l'unanimité de continuer i\ rester sujets français en se retirant au cap Breton.

Philipps retourna en Angleterre en 1722, laissant le commandement à Armstrong, qui en l'année 1725 obtint du peuple de la rivière d'Anna[)olis un serment d'allégeance sans condition ; mais au retour de Philipps, le peuple lui représenta que le serment lui avait été extorqué d'une manière contraire à l'équité.

Jusqu'à ce moment, aucun serment quelconque n'avait donc été prêté par les habitants de l'Acadie, excepté par ceux qui sont dans

les environs de Port-Royal, et c'était un serment d'allégeance sans condition.

En septembre 1726, il paraît que le gouverneur Armstrong accepta le serment d'allégeance de quelques-uns des habitants du fort d'Annapolis, en permettant que la condition de ne pas être appelés à prendre les armes fût insérée dans la marge pour satisfaire les députés français ; mais il reçut d'Angleterre une sévère remontrance pour avoir accordé cela.

En 1727, à l'avènement du roi Georges II, l'enseigne Wroth fut envoyé aux Mines, à Grand'Prée et à Cliignltou pour offrir le serment d'allégeance aux habitants de ces établissements ; aucun d'eux n'avait encore prêté serment (autant qu'on Ta pu savoir) en aucune façon à la couronne d'Angleterre. Il leur permit de prendre un serment modiHé par une clause portant qu'ils n'étaient point forcés de prendre les armes pour la défense du pays ; mais lorsque, à son retour d'Annapolis, il vint rendre compte de ce qu'il avait fait devant le conseil, il fut réprimandé et l'on décida, en conseil, que les articles et concessions par lui consentis n'étaient pas acceptables, mais déshonorants pour l'Angleterre et par conséquent nuls et non avenus (nous n'avons pas le texte du serment). M. Wroth se défendait en disant qu'il n'avait pu obtenir aucuns termes meilleurs des habitants, et qu'il avait pensé que dans les circonstances il avait fait ce qu'il y avait de mieux pour la tranquillité du pays. Ces procédés furent l'origine de ces réclamations de neutralité si souvent répétées de la part des Acadiens.

Le gouverneur Philipps, à son retour à Annapolis, en 1730, amena le peuple à prendre enfin un serment sans condition, et, dit M. Mascarène, il fut pris par tous les habitants mâles; il ajoute que le mot fidèle, qui était placé dans le corps du serment, le fit appeler serment de fidélité. (Voir copie de ce serment à la page 84 des Archives.)

Dans cette occasion, les habitants de l'intérieur désirèrent avoir une clause portant qu'ils n'étaient pas obligés de prendre les armes contre la France. Cette clause ne fut point insérée, quoiqu'ils déclarassent qu'elle leur avait été promise, laquelle promesse est dite leur avoir été faite aux Mines par les personnes qui avaient été envoyées pour offrir le serment, mais elles n'ont pas osé la mettre sur le papier. (Voir la lettre de Mascarène, p. 159.)

En avril 1730, le gouverneur Philipps annonça au conseil la soumission non qualifiée des habitants de toute la province, à l'exception de dix-sept familles vivant sur le bord de la mer. Il est clair que nul serment d'allégeance à la couronne d'Angleterre, non

quaJifié, n'avait jamais été offert, soit par JNicliolson, soit par Vetcli, Hobby ou PhiJipps, et qu'un tel serment n'avait jamais été reconnu ni autorisé par le {gouvernement anglais.

Et, comme observe justement M. Murdocli, aucune erreur ou temporisation de la part des fonctionnaires ne pouvait clianger la situation de ces peuples comme sujets étrangers, quoiqu'ils pussent dans une certaine mesure pallier leurs erreurs et partiellement expliquer leurs inécotitentements et leur animosité.

Le teruie « French Neutral « ayant été fréquemment appliqué aux Acadiens dans les docuiuents publiés, leurs constantes dénégations d'avoir jamais pris un serment non qualifié et les assertions réitérées de leujs prêtres, disant qu'ils comprenaient les serments pris à différentes reprises dans un sens qualifié (faisant une distinction entre un serment de fidélité et un serment d'allégeanc^e), tout ceci conduisit les gouverneurs d'Halifax, en 1749, et plus tarda diverses reprises, à supposer par erreur qu'aucun serment d'allégeance à la couronne d'Angleterre sans condition ait jamais été pris par les Acadiens.

Observations sur cette nota cditoriule des Ârcliivcs de lu N.-S.

Cette note contient plusieurs allégations trés-contestaldes et même inexactes, entre autres : l'interprétation de la lettre de la reine Anne; l'histoire de Nicholson et l'administration du serment faite par Philipps en 1730. Quoi qu'il en soit, il en résulte, même en acceptant ses termes, que si JNicliolson, Vetcli , Hobby ni Philipps n'ont jamais présenté aux Acadiens un traité sans condition, (pe si le gouvernement anglais n'a jamais accepté ni reconnu un serment sans condition, il est non moins certain que jamais, d'autre part, les Acadiens n'ont accepté un serment sans réserve, et qu'on leur a toujours laissé croire qu'ils vivaient sous le régime d'un serment conflitionnel.

Une seule exception pourrait être opposée aux Acadiens : c'est le serment extorqué par Armstrong en 1725 aux gens d'Annapolis; mais les auteurs anglais eux-mêmes, tels qu' Halliburton et Beamish, reconnaissent plus ou moins ouvertement le caractère frauduhmx de cet acte.

Cette note nous laisse donc sous l'urgence d'un dilemme inévitable ;

S'il a existé un contrat synallagmatique entre les iVcadiens et la couronne d'Angleterre, il devait être respecté. Si, au contraire,

l'en^ïagement n'a jamais été accepté simultanément par les deux parties, les Acadiens étaient toujours sous le régime prescrit par la reine Anne, et ils avaient droit de se retirer quand ils le désiraient sur le territoire français. (Voir pièce X ci-après.)

Comment avorta le siège <V Annapolis par Duvivier, en septembre

Dans un mémoire déposé aux Archives de la marine et qui paraît être de Duvivier, il accuse de Gannes d'avoir voulu, malgré toutes ses observations, malgré le projet de capitulation pendant entre lui et le commandant anglais, partir tout de suite de Port-Royal, où étant arrivé le 2 octobre, il en partit le dimanclie 4, après une assez vive escarmouclie soutenue le 3 contre les Anglais, qui furent repoussés, et il alla d'une traite à Beaubassin, où il reçut avis, le 26 octobre, du départ des bâtiments envoyés de Louisbourg sur Port-Royal.

C'était ce même jour que les vaisseaux arrivèrent à Port-Royal ; mais il ne leur fît rien dire pendant les quatre jours qu'ils y restèrent. A Louisbourg, on a fait une information contre sa conduite, mais le sieur de Gannes est parvenu à esquiver toute enquête, et les choses en sont restées là. Mais c'est par sa faute que l'expédition est restée sans résultat.

Lettre de M, de Garnies pour se justifier.

« M. Duquesnel m'avait ordonné d'aller à l'Acadie prendre le » commandement de cinquante soldats et quatre officiers, et « soixante ou quatre-vingts sauvages. J'arrivai le 3 octobre 1744 « auprès de Port-Royal, où était M, Duvivier, avec environ deux « cents sauvages et soixante hommes de troupes. Il fut extrême- « ment surpris de mes ordres, il me dit qu'il avait envoyé un « habitant nommé Lemesgre, pour demander des forces.

« Le dit habitant, porteur de ces lettres, fut arrêté par un « corsaire anglais ; il fut obligé de jeter les lettres à la mer, et « quand il fut arrivé à Louisbourg, il dit à M. du Ghambon à peu « près la teneur de la lettre dont il était porteur; là-dessus M. du « Ghambon fit partir un vaisseau et un brigantin, le 20 octobre, « pour le Port-Royal.

« Aujourd'hui on prétend que j'aurais pu rester devant Port- « Royal pour les attendre, mais cela était impossible » (Il termine en exposant comment il lui a été impossible de rester plus longtemps en Acadie, n'ayant aucune nouvelle des navires envoyés, et qu'il va partir pour Louisbourg.)

« Le 8 novembre 1744.

" De Gannes. »

Nota. — De Gannes se justifie médiocrement; car il resta aux Mines sans rien faire jusqu'au 13 octo]jre.( Voir ^4rcA.iV.-£'., p. 135.) Il aurait pu aussi bien rester à Port-Royal , ou tout au moins demeurer aux Mines en conservant des communications constantes avec Port-Royal.

ni

Expédition et combat de la Grand' Prée, en 1747, sous les ordres de M. Coulon de V illier s.

Il existe plusieurs relations de cette expédition extraordinaire : 1*^ le rapport officiel de M. de Ramsay, commandant en chef du détachement, resté a Reaubassin à cause de sa blessure; 2" le rapport, officiel également, de M. le chevalier de La Corne, capitaine, qui commandait en dernier lieu l'expédition; l'une et l'autre pièce sont déposées aux Archives de la marine.

Le premier est déposé aux Archives de la marine sous cette rubrique : Journal de V expédition des Mines^ en 1747. Le second, déposé aussi aux Archives, est celui que nous reproduisons ici. Le premier renferme beaucoup de détails qui ne sont pas dans le second, entre autres, que les iVbénaliis de cette expédition étaient encore commandés par un Saint-Gastin ; peut-être était-ce celui-là même qui reçut en 1731 de M. de Reauliarnais une commission d'officier. (Voir Documents de Paris, p. 1026. Rroadhead). Il existe, assure-t-on, un troisième rapport : peut-être a-t-il été rédigé par M. Goulon de Villiers, qui a été en réalité la cheville ouvrière de l'expédition.

Enfin, nous avons les relations anglaises, rapportées par Beamish-Murdoch ; et, en dernier lieu, il a été publié, en juin 1887, par M. Archibald, dans une revue d'Halifax, The Halifax Critic, un récit de cette affaire, très-bien écrit. Je ne saurais trop louer la haute impartialité, l'élévation de la pensée et la générosité de cœur qui se montrent dans ce travail, mais je regrette que l'auteur

n'ait pas indiqué les sources diverses qu'il a consultées; rien n'est plus utile h riiistoire. Plusieurs de ces sources sont peut-être des traditions recueillies; elles n'en sont que plus précieuses; cette diversité dans les renseignements présente d'ailleurs un contrôle réciproque, aussi intéressant qu'utile; ainsi M. ArcKibald raconte la mort du colonel Noble, d'une manière tout à fait nouvelle pour moi; je ne sais d'où il tient ces détails.

J'ai reproduit ici textuellement le rapport du chevalier de Lacorne, à cause de son extrême simplicité : la sobriété de l'expression, le défaut absolu de toute fanfaronnade, la réserve très-modeste du récit, impriment à ce rapport une physionomie générale de naturel et de vérité qui en fait un modèle de style militaire.

Expédition de la Grand' Prée faite sur les Anglais, le ].\. février 1747^ par un détachement de Canadiens. — Relation du chevalier de Lacorne^ un des officiers du détachement .

« Le 8 janvier, un habitant arrivé des Mines rapporta à M. de « Ramzay, à Beaubassin, que les Anj»lais, au nombre de deux « cent cinquante environ, étaient arrivés à la Grand'Prée le 24 dé-

« cembre pour s'y établir M. de Ramzay assembla les officiers

« de son détachement pour délibérer sur le parti qu'il y avait à « preadre : tous furent d'avis de partir le plus promptement pos- " sible pour chasser les ennemis avant qu'ils ne se fussent établis

« solidement Ils étaient persuadés que les froids et les neiges

« nous empêcheraient de faire sur eux aucuae entreprise pendant M l'hiver; on fit donc un détachement de deux cent quarante " Canadiens dont douze officiers, avec environ soixante sauvages « maléchites ou micmacs ; M, de Ramzay en donna le comman- <i dément au capitaine de Goulon.

« Il nous fallut faire des traînes de clisses pour porter nos « vivres et équipages, chercher des raquettes pour tout notre « monde et rassembler nos sauvages. Nous ne pûmes donc partir « que le 23 janvier vers midi; après une marche de dix-sept jours, « plus fatigante par la quantité des neiges et les froids excessifs « que par la longueur du chemin, nous arrivâmes le 9 février à « Pigiguit, distant d'environ cinq lieues de la Grand'Prée; nous « passâmes la nuit dans la maison des habitants, après avoir mis u des corps-de-garde sur tous les chemins pour empêcher la com- « munication des nouvelles.

« Le 10, nous apprîmes par plusieurs habitants venus de la

370 QUATRIEME SEIUE.

« Grand'Prée depuis peu, que les Anglais y étaient au iiom]>re « crenviron six cents environ , sous les ordres du colonel Le « Noble; qu'ils étaient dispersés dans les maisons des habitants, « n'ayant pu se loger autrement pendant l'hiver, mais que les « habitants n'avaient pas voulu y rester avec eux, parce qu'ils ne « doutaient point que nous ne fissions tous nos efforts pour déloger « les ennemis, et qu'ils craignaient d'être confondus avec eux; ils « les avaient même assurés que nous irions; mais les Anglais ne le « voulaient pas croire, et ils se persuadaient que la rigueur de la « saison nous arrêterait.

« Cependant nous sûmes qu'ils avaient jour et nuit des seuti- « nellcs à chaque maison, et qu'ils se gardaient bien, parce qu'ils « craignaient quelques partis de sauvages

« Nous trouvâmes, comme on nous l'avait dit, les maisons bien « {jardées, mais les sentinelles ne nous découvrirent que lorsque « nous fûmes à la portée du fusil ' ^ le temps étant extrêmement « sombre; nous attaquâmes vivement, malgré le feu des ennemis, « nous forçâmes les maisons à coups de hache, et en très-peu de « temps nous nous en rendîmes maîtres, ainsi que d'un bateau et « d'une goélette de quatre-vingts tonneaux qui avaient servi à trans- « porter les effets des Anglais.

« Les Anglais eurent cent quarante hommes tués, tlont le

« colonel Noble et plusieurs officiers, trente-huit blessés <t cin- «< quante-quatre prisonniers. Les Canadiens eurent sept hommes « tués, dont deux sauvages, et fjuatorze blessés, dont M. de Gou- « Ion; on fit poiter ces blessés à la rivière Gaspareaux, où nous « avions laissé notre chirurgien, et le chevalier de la Corne, ca])i- « taine, prit le commandement

" Une suspension d'armes fut accordée jusqu'au lendemain « 12 février à neuf heures du matin, car nos hommes avaient « besoin de repos, nos hommes étant extrêmement fatigués d'une « longue marche et de plusieurs nuits que nous avions passées « sans reposer, lorsque nous faisions nos approches. Le douze, dès M le matin, je vis que les Anglais faisaient des amas de vivres, et

^ Il y a là peur-être quelque erreur de copiste, car l'opinion publique est que les sentinelles, au moins plusieurs sentinelles, purent être abordées à l'arme blanche.

« que plusieurs étaient sortis de leurs maisons pour y faire appro- « cher des bœufs et autres bestiaux appartenant aux habitants de « la Grand' Prée; j'envoyai au commandant anglais M. Lemer- « cier, officier, lui dire que s'il ne renvoyait sur-le-champ les « bestiaux et autres animaux qu'ils faisaient venir chez eux , la « suspension d'armes cesserait, et que j'allais faire main basse sur « eux.

« Aussitôt le commandant, avec un de ses officiers, vint à moi « m'assurer qu'il n'avait fait aucune provision, et qu'il avait fait « rentrer son monde, qui n'était sorti que pour aller chercher de « l'eau à un ruisseau; il demanda à capituler, et j'écrivis dans « l'instant a M. de Goulon

« Les Anglais quittèrent les Mines le 14 février, au nombre de « trois cent trente hommes, plus dix-huit officiers, chirurgiens, « commissaires ; je les fis accompagner par MM. Lemercier et Marin « jusqu'aux dernières habitations, c'est-à-dire pendant trois lieues, «t et je leur adjoignis vingt Acadiens pour aller avec eux jusqu'aux « premières habitations de Port-Royal.

« En arrivant à Beaubassin, le 8 mars, je trouvai un ordre de « M. le marquis de Beauharnais pour aller à Québec avec MM. de « Beaujeu (major du détachement), Lemercier et Marin, ce qui « a fait que je n'ai pu écrire en France par un bateau que M. de « Ramzay a fait partir de Beaubassin pour France, le 28 mars « dernier.

M Fait à Montréal, le 28 septembre 1747, Le chevalier de La « Corne. » [Ai^ch, mar,)

Histoire de Joseph- Nicolas Gauthier, fils d'un nommé Gauthier , natif d'Aix en Provence et capitaine d'armes pour le Roi a Port-Royal^ en Acadie; il épousa, en 1715^ Marie Alain de Port- Royal. (Voir les registres de l'église de Port-Royal.)

Lettre adressée a M. le comte de Maurepas , en 1749.

« Nicolas Gauthier expose qu'il est complètement ruiné par la « guerre, après avoir possédé plus de quatre-vingt mille livres de « bien , dans l'établissement appelé Belair, près du Port-Royal ,

372 QrATRIEME SERIE.

« dont les Anglais l'ont fait sortir après avoir brûlé les bâtiments «< et confisqué les biens.

« En 1744, lors de l'expédition de M. Duvivier, Nicolas Gau- K thier a fourni tout ce qui était nécessaire selon Tordre ci-joint « du sieur Duvivier, du 1*2 octobre 1744. En 1745, lors de l'expé- « dition du sieur Marin, le suppliant va le trouver aux Mines pour « lui donner les connaissances nécessaires. Les xA.nglais cbercbèrent « à l'arrêter, et ne le trouvant pas, firent conduire au fort de Port- « Royal sa femme et ses enfants, qui y sont restés dix mois les fers « aux pieds et aux mains et y seraient morts s'ils n'avaient pu •< escalader les palissades du fort dans le mois de février.

« Ledit sieur Marin a occupé à cette époque l'habitation de « Nicolas Gauthier, il y a établi son camp et fait faire des retran- « chements, on y a consommé quantité de bestiaux, vivres et « provisions appartenant au suppliant, comme il résulte du cer- « tificat du sieur Marin.

« Après le départ du sieur Marin, les Anjrlais envoyèrent quatre « cents hommes pour détruire les retranchements; ils ont aussi K démoli et brûlé les maisons du suppliant (bâtiments qui avaient « coûté 10,000 livres). Le suppliant se retira alors avec sa famille « dans une habitation qu'il possédait dans le haut de la rivière de « Port-Royal.

« En 1746, sur l'ordre de M. de Ramsay, il se rendit au bas de « la rivière de Port-Royal, pour s'embarquer sur l'escadre (d'An- « ville), commandée alors par M. de la Jonquières (^ordre ci-joint " du 14 octobre 1746), et il eut ordre de M. de la Jonquières de « se tenir à l'entrée du Port-Royal, pour entrer et piloter l'escadre « de Sa Majesté, et il s'est mis en état de l'exécuter, comme il « résulte d'un certificat ci-joint de M. de la Jonquières, du 27 octo- K bre 1746... Mais l'escadre n'ayant pu parvenir audit lieu de « Port-Royal et M. de Ramsay s'étaat retiré, les An{)lais, qui le « connaissaient, ainsi que sa fnjiiille, pour dévoué au service de « son prince, envoyèrent un détachement de cinquante hommes « pour l'arrêter, mais ayant été prévenu de leur dessein, il s'était « enfui avec sa famille à Beaubassin, où il est tantost avec les « habitants de ce lieu, tantost dans les bois pour se mettre à l'abri « des Anglais, se trouvant dénué de tout, l'ennemi s'étant emparé « de tous ses biens meubles et effjts et de tout le fruit de ses tra- « vaux

« Il est extrêmement dévoué au service du Roy et s'en fait gloire « ainsi que les siens dans toutes les occasions; deux de ses fils « ont servi dans les divers détachements contre les Anglais^ notam-

« ment dans l'affaire du mois de février 1747, où ils ont servi de « çjuides pour l'attaque et ont payé de leurs personnes, selon le « certificat de M. Goulon de Villiers.

« État de ses pertes ;

« 1° Habitation près de Port-Royal, 12,000 livres.

« 2^ Maisons et bâtiments dessus, 10,000 livres.

«i B^ Deux moulins à blé et un à scie 15,000 livres.

« 4» Meubles, effets et ustensiles, 4,000 livres,

« 5** Une goélette brûlée par les Anglais, 8,000 livres.

K 6^ Un bâtiment chargé de morue et de pelleteries perdu en « 1744, ci 6,000 livres.

tt 7« Habitation au haut de la rivière de Port-Royal, 10,000 li- « vres.

« 8** Et de plus, il a perdu pour plus de 20,000 livres de créances « et marcbandises.

« Nicolas Gautier. »

Voyage en kyver et sur les glaces de Ckedaïque a Québec, par le sieur Gauthier^ en 1756. (A?xMves de la marine, papiers de l'île Royale,)

« Les gouverneurs du Canada et de l'île Royale communiquent « pendant l'hyver par àes courriers qui vont et reviennent; ils sont « ordinairement trois, gens connus, pratiques de la route à tenir « et faits au genre de fatigues à essuyer.

u En 1756, il fut question de faire passer des paquets de la « cour^ de l'ile Royale à Québec ; à cet effet, on jeta les yeux sur « un nommé Gauthier, habitant de Vîle Saint-Jean, qui se trou- « vait pour lors à Louisbourg. La proposition qu'on lui fit de ce u voyage ne lui déplut point; quoiqu'il ne connût ni sentiers ni « chemins sur la route à tenir, il l'accepta dans la confiance d'en- « gager, en passant chez lui un Acadien à l'accompagner et de se « rendre ensuite en canot a Ghedaïque, où il se proposait de prendre « des sauvages pour guides et pratiques de ce voyage.

« Son arrangement eut son effet

« De Ghedaïque a la rivière Pécoudiak, c'est un portage de six " lieues et beau chemin ; il y a à ladite rivière six ou huit habitats tions françaises. Remonté ladite rivière environ deux lieues, fait « ensuite le portage nommé Ouaigesmock, aussi de six lieues, jus- «c qu'à une autre rivière qui doit être celle de Ghiamaristi. Point

37i QUATRIÈME SÉRIE.

« d'habitation dans cette traversée. L'on suivit cette rivière sur la « (ïlace jusqu'à Jemsek, village français de trente à quarante liabi- <« tations, situé un peu en deçà de son débouché dans celle Saint- « Jean, et à vin{it-cinq lieues du fort français établi au confluent « de cette dernière rivière dans la baie Française.

« Jemsek est situé sur la rive gauche de la rivière Saint- Jean. " Traversé ladite rivière et marché le long de la rive droite jusqu'à « Houtepack^ autre village français et de sauuacjes amalecites et « où se tient le père Germain, Jésuite, missionnaire de cette nation. « On estime dix lieues de Jemsek à Houtepack. (On dit habituel- « lement Ekoupag.)

* Du village d' Houtepack marchant toujours sur les glaces de la « rivière Saint-Jean, parvenus à celui de Medoctec, aussi iVAina- « lecitcs, établi de même que le précédent à la rive droite. On « estime la distance entre ces deux derniers villages de trente lieues, « on y a employé trois jours. De Medoctec passé au Grand-Sault, « partie sur les glaces et l'autre sur les terres, attendu que la « rivière était débordée et non gelée, fait trente lieues et employé « onze jours à cause des mauvais chemins. Le Grand-Sault est « une chute de cinquante à soixante pieds de haut, il y a un poste a français muni de vivres pour les voyageurs.

« Audit Grand-Sault fait un portage de demi-lieue, rentré en M dessus dans la rivière, fait trente lieues sur les glaces en trois « jours jusqu'au débouché de la rivière Madaouesca. Remonté « ladite rivière toujours sur les glaces et fait dix lieues en deux « jours. Entré ensuite dans le lac du nom de cette rivière, fait « quatre lieues et mis à terre à sa rive gauche, oit se ti^ouve autre « poste français. De là suivi la rivière du Cap à l'original qui « débouche dans le fleuve Saint-Laurent et fait vingt lieues. Par- « venu à son confluent, entré dans le grand chemin qui conduit " d'habitation à autre et tout le long du fleuve, à la pointe de Lévv, « fait trente lieues en carriolle,

« Longueur totale à la ville de Québec, cent soixante-onze lieues « trois quarts.

« Ce voyage est dur en hyver, et oblige à cabancr plus souvent « qu'en toute autre saison, et à se munir de vivres assez abondam- « ment, pour ne p.is en manquer, aux contretemps imprévus qui « ne surviennent que trop souvent.

« Puis retour de Québec à Louisbourg par la même voie. »

Correspondance générale du Canada, ÇÂrch, mar.) Extrait d'une lettre de M. de Vaudreuil au ministre^ du 8 septembre 1713.

« Je vous ai marqué l'envoi que le sieur de Gostebelle a fait ici du sieur de Pensens pour venir cliercher le dclacliement du sieur de Rouville; il a fallu à cet effet fréter pour quinze mille livres un bâtiment commandé par M. de la Boularderie.

(Gauthier ci-dessous doit être le père de Nicolas.)

« Je vous ai marqué par la même lettre, Monseigneur, les mesures que je prenais pour faire tenir vos lettres au sieur Gautier, et au

P. Félix, missionnaire en Acadie J'ai fait part ainsi au sieur

Gautier et au P. Félix, afin qu'ils puissent en informer eux-mêmes les habitants de F Acadie et les enga{jer par cette permission de vendre leurs immeubles, à ne pas rester sous la domination anglaise et à aller au plus tôt faire un nouvel établissement... »

Lettre de Mascarène à Alexandre Bourg ^ du 21 octobre 1743, extraite des Archives de la Nouvelle-Ecosse , page 127.

w Nous n'avons pas de nouvelles depuis la dernière que je vous ai écrite. Nous attendons Gautier de jour en jour; c'est tout à fait l'homme qui conviendrait pour signifier aux sauvages, en cas de guerre entre les deux couronnes, que cette guerre n'entraîneroit aucune conséquence contre les habitants ni contre les sauvages, s'ils restent paisibles à notre égard... »

Journal du P. de La Brosse en 1766 et suiv., tiré d'un registre paroissial de Chicoutimi et publié dans /'Union libérale de Québec, le 24 août 1888.

« ...De là je fus porté vers les Sept-Iles, ayant commencé le 16 juin 1772 la visite ordinaire des postes; de là je me rendis aux aux îles Jérémie et à Tadoussac, de là à l'île Verte, et je poursuivis ma route pour aller visiter les Acadiens et les Français. Après quelques jours, Joseph Gautier (Acadien et capitaine de navire) me transporta de ce lieu à Québec, et enfin à la baie des Chaleurs. J'arrivai le 10 septembre à Bonaventure... »

376 QLATIUÈME SÉRIE.

Extrait du registre du greffe du conseil supérieur de Louisbourg, isle Roy aile 1, du dix-septième jour de février 1755. — Mariage de Bogard de Lanoue avec Marguerite Guédry (jnétisse).

« Le sieur chevalier Bojjard de Lanoue a deuiandé, au commeri- «« cernent de J'année dernière, au sieur d'Aillebout, — pour lors « commandant en cette île, — la permission de se marier avec « une Acadienne, fille d'un nommé Gnédry, dit Paul Grivois, et « d'une métisse sauvagesse sa femme, habitants audit lieu de la « baie Espai^nole. Ce qui lui a été défendu, et même de retourner " a la baie Espagnole. Cependant il partit sur sa promesse de ne

« plus songer à ce mariage Mais une fois de retour à la baie,

« il obtint de l'aumônier de le marier av(;c ladite Guédry, sans " observer les rAgle.^ portées par les ordonnances du Roi.

« L'extrait dudit mariage est en date du 11 février 1754.

« Entre messire Toussaint- Marie de Lanoue, écuyer, fds de feu « Haut et Puissant Seigneur messire Toussaint-Marie de Lanoue, " chevalier, seigneur de Bogard, Laville Korne, Saint-Mermès, etc., « conseiller au parlement de Bretagne, et de dame Marie-Made- « leine Pressac, père et mère, natif de la paroisse de Quaissois, « évêclié de Saint-Brieuc, commandant pour le Roi à la baie « Espagnole, et demoiselle Marguerite Guédry, fille de Paul Gué- « dry et de noble dame Anne d'Entreinont, natif de la paroisse « de Sainte-Croix en la Cadie, évêché de Québec, habitant à la « baie Espagnole. L'information contre ce mariage est faite en la « maison du nommé Joseph Boutin, habitant de la baie Espagnole, « à l'effet de f lire casser ce mariage. »

En marge de cet extrait est écrit : « Cette Marguerite Guédry avait pour mère la fille d'une sauvagesse conculilne de Mius d'En~ treniont^ Acadien. »

Réclamation de Joseph Leblanc dit le Maitjre f^de 1744 à 1750), pour fournitures faites aux troupes française<:. (Archives maritimes.)

« Joseph Leblanc, habitant l'Acadie, de présent au port Tou-

louse, a ITionneurde vous représenter qu'en 1744, lors de l'expédition de M. Duvlvier et de Ganaes, etc., il s'est épuisé à fournir à Farmée française tous les secours en son pouvoir; plus, en l'an 1746, lors de l'expédition du duc d'Anville, il s'empressa de tout son pouvoir pour y porter des rafraîchissements, qui à la vérité lui furent payés ; mais M, Bigot lui ordonna de s'en retourner, et de mettre tout en œuvre pour acheter tous les bestiaux qui pourraient se trouver et les mener à Port-lloyal, oii l'armée devait se rendre peu de jours après.

« Il acheta quatre-vinj^ts bœufs et cent cinquante moutons, et se mit en route pour toucher ce qui lui était du audit lieu de Port- Royal ; mais il apprit en route que l'armée a relâché pour France, ce qui causa une perte de plus de 2,000 livres ; car étant obligé de fuir, les sauvages tuèrent ou dispersèrent presque tous ses bestiaux, d'où une perte.

« A la suite de tout ceci , les Anglais lui portant une haine mortelle l'ont fait arrêter et mettre au cachot, où il est resté six mois et six jours; il s'en est enfui par le secours de ses amis et s'est réfugié au port Toulouse, avec sa famille, en abandonnant tous ses biens, qui ont été pillés et ruinés par les Anglais.

« En conséquence demande et supplie le secours.

« Présenté a Louisbourg, le 20 octobre 1750. »

Joseph Leblanc, dit le Maigre ou le Mesgre, fut celui qui, envoyé par Duvivier en septembre 1744 à Louisbourg afin de chercher du canon pour le siège de Port-Royal, fut pris par un corsaire; il jeta à l'eau ses dépêches, parvint à se sauver, arriva à Louisbourg et rentra le 26 octobre dans le bassin <le Port-Royal. Toute cette activité fut perdue par la sottise du capitaine de Gannes.

Le 2 juin 1745, Anne Bourg, femme de Joseph Leblanc, dit le Maigre, demande à aller au fleuve Saint-Jean, et Mascarène le lui refuse. Le 31 janvier 1746, Marie, femme Gauthier, et Joseph Leblanc dit le Maigre, de la Grand'Prée, qui étaient en prison, s'échappèrent en passant par-dessus les palissades du fort. (Beamish, P- 85.)

Le 18 mars 1762, Joseph Leblanc dit le Maigre était à Halifax, — il recevait par la voie de Philadelphie des lettres d'Alexis Trahan, Tranquille Prince, Joseph Leblanc et Alexis Boudret, — lesquels correspondaient avec M. de La Rochette. Celui-ci s'autorisait du nom de M. le duc de Nivernais, alors en mission en Angleterre.

Joseph lo Maigre envoyait copie de ces lettres à Joseph Brossard, dit Beau-Soleil, qui était alors à Pisiguid (Windsor).

Journal de ma campagne de Louisbowg {le 9 mai 1758). — Corn,mandant de Boishébert. — Officiers : Catalogne , Boucherville, Lery et Simon; fonction d'officier par Montavville; cadets : Deplaine, Damour, Carquevilhy Couillard, La Durantais. (Beamisli^ p. 415.)

u Le 8 mai, je partis de Québec à dix heures du matin sur la goélette la Critique^ de cinquante tonneaux, ayant avec moi soixantedix liommes de mon détachement; le reste embarqué sur le bateau le Saint-Joseph^ commandé par M. de Lery, convoyant le bateau V Oiseau royal, charf[é des effets du roi pour le poste de la rivière Saint-Jean. J'arrivai a Miramichy le 9 juin, après plusieurs coups de vent; le bâtiment de M. de Lery fut oblif^é de relâcher à Québec. A Miramichy, j'auf^mentai mon détachement de soixante -(lix Acadiens et de soixante sauva^^es.

« Après avoir tout disposé pour la défense de la rivière Saint- Jean, en y envoyant M. de Niverville y commander pendant mon absence, je partis pour JédaVque, où j'avais prié M. de V'illejoint d'envoyer les plus petites voitures qu'il a en l'ile Saint-Jean, ainsi que les vivres qui lui étaient parvenus, de l'ortlre de M. de Drucoui't, pour mon détachement, ne voulant pas passer à son poste pour éviter le désordre que les sauva^i^es ont continué de causer en tuant les animaux des habitants, se croyant autorisés à le faire lorsqu'ils sont employés pour le service; j'appris a Jédaïque qu'il avait fait partir pour Louisbourg un détachement de cent Acadiens, sous les ordres de M. son fils, qu'il n'avait pu en envoyer davantafie par le défaut des vivres.

« J'arrivai le 26 au soir au passajifc Ganseaux ; je fus à la découverte avec mon canot armé de vin^ït hommes ; je vis deux frégates qui étaient mouillées à l'île aux Ours; de l'autre côté du passage, je pris toutes les précautions nécessaires pour les éviter, en marchant de nuit, et j'arrivai à Saint- Pierre le 28 juin à trois heures après midi, je fus obligé d'y rester campé deux jours, n'ayant point de pain de prêt pour mon détachement.

« Je partis du port Toulouse, et arrivai le 1^' juillet à Miré, oii je trouvai M. de Villejoint avec un détachement de deux cents hommes, qui n'étaient guère pourvus de ce qui était nécessaire pour faire des incursions sur des camps t^nnomis. ■>^

(Suit ici le détail Je ses opérations sur les derrières de l'armée anfjlaise, pendant huit pages, jusqu'à la capitulation de Louisbourg; puis il raconte son retour à Jédaïque.)

Le 8 août il arriva à Miramicliy, où il reçut des nouvelles de M. de Niverville, qu'il avait placé à la rivière Saint-Jean avec un détachement Le H août, arriva à Miramichy une goélette chargée de bœufs, qui avait été prise par la goélette la Cidtique,

« Me trouvant ainsi assuré de vivres, j'ordonnai de faire partir, « sitôt mon départ, les soixante prisonniers que j'avais faits et les « différents détachements que j'avais à Beauséjour, de préparer « ce (fui était nécessaire pour les familles de Vile Saint-Jean qui « se rangeraient a mon camp^ et les f"ffets qui seraient nécessaires « de porter à ceux qui resteraient sur Vile Saint- Jean ^ sur leurs « terres, dans des endroits inconnus à l'ennemi. Le 12, arriva une « goélette de l'ile Saint-Jean, qui m'apprit que M. de Villejoint « attendait le paquebot anglais qui venait le clierchcr.

« Alors, le 13 août, il quitta Miramichy avec trente hommes, laissant pour y commander M. de Catalogne.

« Fait à Miramichy, le 14 août 1758.

« Bois HÉBERT. »

Mémoire de 1753 sur la nécessité de Jîxer les limites de l'Acadie, (Extrait des Archives maritimes.)

État de la rivière Saint-Jean, — « Ce poste a pour comman- * dant M. de Gaspé, au fort de Menagouech, à l'embouchure de « cette rivière.

« Le missionnaiie de la rivière Saint-Jean est le P. Germain, « Jésuite, qui fait sa résidence à Ekouba, distant d'environ qua- « rante lieues du fort de Menagouech. Les sauvages du P. Ger- « main sont les Marechittes, et il a soin de plus de quelques familles « françaises qui se sont établies sur la rivière Saint-Jean. On a « envoyé depuis le mois d'août dernier le P. Adrien comme adjoint « au P. Germain

« A dix-huit lieues du poste du P. Germain, il s'en trouve un « nommé Medoktek, dépendant de la même mission et desservi M parle P. Loverga, Jésuite; cette mission devient de jour en jour

380 QUATKIEME SERIE.

« plus considérable, surtout en sauvages, dont la principale occu- « pation est la chasse.

« Les habitants français de la rivière Saint-Jean ont beaucoup « souffert par les dctaclienients canadiens et sauvaj^es, commandés « par M. de Montesson, officier canadien, auxquels il a fallu four- « nir la subsistance et pour cela donner jusqu'aux semences et les <' bœufs de labour, ce qui a même empêché les haljitants de cul- « tiver.

Etat de Beaubassin. — « Les Anf^lais ont établi un fort à Meja- « gouech, autrement Chignitou; les habitants, au nombre de cent « cinquante fiimilles établies sur la rivière des Mines, à Mécan, à « Nampan, à Weschkalv, aux Planches, à la Butte et à Mejagouech, « se sont J'otirés et ont passé du côté du fort Beauséjour.

« Les différents villa(i;e3 qu'occupent actuellement les anciens habitants du canton du fort Benuséjour sont au nombre d'environ seize cents iiommes, et les nouveaux qui s'y sont réfu}];iés, environ douze cents, sans compter ceux qui y passeraient chaque jour s'ils étaient sûrs de pouvoir s'y établir solidement et avec certitude.

u La baie Verte, au nord-est du fort Beauséjour, et distante d'environ cinq lieues, est sous la protection du fort de Gaspareaux; c'est dans ce port, situé sur le golfe Saint-Laurent, qu'arrivent tous les bâtiments de Québec et de Louisbourg.

" A une lieue et demie du môme fort de Beauséjour est un port nommé Vechkak, à l'extrémité de la baie Française, où les Anglais viennent mouiller et passer pour aller a M(?jagouech. A sept ou huit lieues de Beauséjour, sur la côte de la rivière Saint-Jean, se trouvent les trois rivières nommées Ghvpoudv , Petcoudiak et Memerancook. Ces trois rivières sont considérables pour le produit, par la quantité de blé qui y croît et le grand nombre de bestiaux qu'on y élève. On y compte environ deux cents familles.

De V Acadie, <jui se trompe actucUemcnt sous la domination des Anglais depuis leur établissement a Chibouktou. — u Les deux postes nommés le cap de Sable et le Tebocrj, qui comptent treize lieues de pays, sont encore actuellement lïabités par trente ou quarante familles françaises, parmi lesquelles se trouvent M""^ d'Entremont, d'extraction noble, qui forment d'eux-mêmes six familles et qui, par le nombre des enfants nubiles qui en sont sortis, pourraient actuellement en former trente.

« Il reste encore dans ces deux postes trente à quarante sauvages de la nation micmaque. Ces deux postes n'ont pïus aucun secours spirituel depuis que les Anglais se sont établis a Gliibouctou ; et cependant il n*eu est encore sorti aucune famille.

M Port-Royal contient encore 2,000 communiants' ; cette paroisse est desservie par M. Desenclaves, prêtre de Saint-Sulpice; il n'en est encore sorti que sept à huit familles, qui se sont réfugiées sur les rivières de Glûpondy, Petcoudiak et Memerancook, où elles avaient des terres. — La Rivière aux Canards, environ 500 communiants, desservie par M. Lechauvreux, prêtre de Saint-Sulpice, qui réside à la Grand' Prée. Il n'en est encore sorti que très peu d'habitants. La Grand'Prée avait autrefois 1,000 communiants, ce qui pouvait former 1,500 Français; il en est sorti environ 50 familles ou 300 personnes, mais les mariages qui s'y sont faits depuis ont rétabli à peu près le même nombre d'habitants qu'avant. — ^^0^' guik, en deux paroisses séparées par la rivière, contenait autrefois 1,800 communiants, par conséquent au moins 2,500 ou 2,600 habitants ; il en est sorti environ 100 familles, soit 5 à 600 habitants, mais les mariages faits depuis ce temps-là ont réparé une partie des vides. «

« Cobeguitk. — Cette paroisse avait autrefois 800 communiants, « dont il ne reste plus que 50 familles, c'est-à-dire 300 liabitants,

« de près de 1,200 qui y étaient en 1750 le surplus ayant aban-

« donné ce qu'ils avaient pour passer, la plus grande partie à l'île » Saint-Jean, le petit nom])re à Louisbonrg.

« Ce qui reste n'a de secours spirituels que par M. de Manach u (Miniac), qui s'y introduit quelquefois, surtout à l'occasion des « sauvages qui s'y trouvent et dont il a soin depuis que M. Girard « en a été enlevé par les Anglais pour être conduit à Ghibouctou, « au commencement de 1751, par un détachement de quatre-vingts « hommes, avec quatre de ses principaux habitants, don un a péri, « en sortant de prison, de toute la misère qu'on lui avait fait souf- « frir.

« La rivière de Ghikabenakady paraît appartenir aux sauvage? « micmacs, en vertu de la cession qui leur en a été faite par forme u de réserve pour leur chasse et leur pêche par le feu roi Louis XIV,

« Les sauvages micmacs ont toujours été si persuadés que la rivière

' Il y a là une erreur de moitié en trop au moins.

382 QLATIÎIEME SERIE.

u Ghikabenakady leur appartenait en propriété, qu'ils y ont fait des « concessions depuis plus de vinfjt ans et qu'ils y ont formé des « arrentements, dont lis touchent les redevances foncières et pres- « tations annuelles sans que les Anglais eux-mêmes v aient formé « aucune opposition, d'où il suit qu'ils ont également reconnu et M la propriété et la possession des sauvages.

« Tagarnigouche. — Ce poste est à huit lieues de Gobeguitk ; il y a « quelques familles françaises qui y attendent la décision des limites « pour y rester si ce poste et la baie qui y conduit restent à la France. »

Divers transports d' Acadiens au Canada, de 1756 à 1758. (Arch. mar.^

« Les Anglais de la Caroline en renvoyèrent cinquante à la rivière Saint- Jean. De la Virginie, on en envoya en Angleterre. A Louisbourg, on voulait les faire travailler comme esclaves; ils s'y refusèrent malgré toutes les menaces. »

{Lettre de Bigot, 2 juillet 1756.)

« En octobre 1756, deux petits bateaux apportent 200 Acadiens à Québec. L'intendance les distribue dans les habitations de l'île d'Orléans. Déjà auparavant il v en avait 400 à Québec,

« Vers Gaspé, les Anglais enlevèrent un petit bateau où il y en avait encore 80.

« Ils sont On leur donne la ration. »

{Lettre de Bigot, 27 octobre 1756.)

« Encore 1,500 ou 1,600 Acadiens sont à Québec. — 300 sont enlevés par la petite vérole. Plusieurs Acadiens meurent de faim à Miramichy, dans l'hiver de 1756. » {Lettre de Bigot, 15 février

Extraits des registres de Vile Royale {cap Breton). — Indemnité s et secours donnés aux Acadiens après la guerre, en 1749. {Arch, niar.)

« En 1749, on donna des secours à plusieurs familles qui ont souffert dans la précédente guerre, entre autres :

« A Jacob Maurice, habitant de l'Acadie, — a rendu beaucoup de services tant dans cette colonie qu'au Canada. — A Douville, habitant de l'île Saint- Jean. — A Joseph Gautier fils, de l'île Saint- Jean, — il s'est retiré de l'Acadie dans cette île et recommence à travailler. — Au sieur Gautier père, de l'île Saint-Jean, — c'est un bon serviteur, il s'est retiré cette année de l'Acadie à l'île Saint-Jean. — Au sieur Aman Bujeau, à l'île Saint-Jean, même cas. — Au nommé François Boudrot, dit Manne, habitant de l'île Saint-Jean, — cet homme a bien servi pendant la guerre, il est très pauvre, a été brûlé au port Lajoye et a perdu deux bâtiments au service du Boi. — A J. B. Galan, habitant de l'île Saint- Jean. — A Jean Petitpas, habitant du port Toulouse. — A Jean Commeau, habitant des îles Madame. — A Guillaume Leblanc, dit Lemai{Tre, habitant du port Toidouse. — A Jean Trahan, Acadien et à Laguetre ou LaguerrCy Acadien, établis à l'Indienne. — A Jean Cousin, Jean Lejeune et Joseph Guedi-y, habitants de Saint- Pierre. — A Abraham Dugas (Acadien) et consorts, établis au port Toulouse. — ^ A Nicolas Préjean , au port Toulouse. — Au sieur Joseph Dugast, Joseph Leblanc, Charles Pinet, etc. — A la veuve Barthélémy Petitpas, tous habitants du port Toulouse, son mari est mort dans les prisons de Boston . »

On trouve également dans les mêmes registres les comptes de payements faits à divers habitants qui ont fourni des navires et des bateaux pour le transport des familles acadiennes à la baie Verte, à l'île Saint-Jean et à l'île Boyale, pendant les années 1750 et 1751 .

Lettre de Louis Prévost^ commissaire oi^donnateur a Louisbourg ,

du %7 juillet 1750, dans laquelle il dit : « Il se retire toujours

« beaucoup de familles acadiennes à l'île Saint-Jean, et dès la fin « de mai il y avait déjà passé deux cents personnes pour lesquelles « j'ai acheté des subsistances pour un an »

Supplique des habitants de l'Acadie au roi de France^ en 1754. (Extrait des Archives d'Halifax, N.-E.)

« Sire, « Les Français Acadiens catholiques implorent la puissante protection de Votre Majesté : la péninsule qu'ils habitent a été cédée

à la couronne d'Anfifleterre par le traité d'Utreclit, confirmé par celui d'xAix-la-Gliapello. Par le premier traité, ils ont le libre exercice de leur reli(*ion dans le cas où ils resteraient dans cette province, et ils ont, pendant un an, la liberté de la quitter avec tous icnrs biens personnels.

« Loin de limiter ces conditions, le (gouvernement anfjlais en a même accordé de plus favorables encore. Premièrement, en ne demandant des habitants aucun serment ou en^ra^roment pendnnt les douze premières années qui ont suivi la paix d'Utreclit, mais plus encore par les clauses que le fjouvernement lui-même a insérées en 1727 dans le serment qu'il a demandé. Ces clauses ne peuvent être séparées du serment ; les habitants qui l'ont juré et le ffouvernement qui l'a accordé au nom du roi Geor^jes II, n'ont rien fait qui ne soit une conséquence naturelle du traité et en même temps conforme aux lois de la Grande-Breta{»ne, où les actes proposés par le peuple accjuièrcnt, quand ils sont approuvés par l'autorité royale, une force que le Roi lui-même ne s;uirait leur ôter.

« M. Gornwallis, le nouveau {jouverneur de l'Acadie, veut, malgré cela, obliger tous les habitants à prendre un nouveau serment sans conditions, et leur annonce en même temps une M^ne de conduite toute contraire à celle de ses prédécesseurs, à laquelle les pétitionnaires ont déclaré qu'ils ne pouvaient pa^ se soumettre.

« 1" En ce qui concerne la relififion, le gouverneur anglais veut avoir le choix des [)rêtres et ne veut pas que les nouveaux missionnaires qui viendront puissent reconnaître Tautorité de l'évêque de Québec, ce qui est le moyen de priver le peuple de prêtres.

(I 2^ Par l'oblijjation de porter les armes, qu'il veut nous imposer, il semble vouloir nous contraindre à faire la guerre aux sauvages, ce qui est contre tonte justice, car les sauvages ont toujours vécu avec nous en bons termes.

« 3^ En déclarant que l'année accordée aux habitants pour quitter le pays en emportant leurs biens expire en 1714, il semble vouloir ruiner ces habitants, qui ont été leurrés et endormis depuis ce temps par la tranquillité dans laquelle on les a laissés jusqu'en 1727 et par les conditions contenues dans le serment qu'on leur a fait jurer depuis.

M En conséquence, les habitants supplient Votre Majesté, nonseulement par son paternel attachement au nom français et à la religion, mais aussi par le droit qu'elle a de voir les conditions du traité d'Utrecht exécutées^ de réclamer du roi d'Angleterre la révocation des ordres nouveaux de M. Gornwallis et de maintenir lesdits habitants dans le libre exercice de leur religion et dans le droit

d'avoir des prêtres envoyés par i'évêclié de Québec, qui obtiendront, comme par le passé, des gouverneurs anglais la permission d'exercer leur ministère.

« De les faire exempter du service militaire.

« Gomme on ne peut pas douter que l'intention du gouverneur anglais ne soit de troubler leur conscience, et comme plusieurs d'entre eux ont déjà été proscrits sans aucune forme de justice, les habitants demandent que Tannée accordée pour quitter le pays avec leurs biens personnels commence seulement au jour de la publication du nouveau traité qui interviendra, ou du décret qu'ils espèrent que Sa Majesté Britannique voudra bien rendre à ce sujet.

« Finalement, ne pouvant pas savoir quels effets leurs représentations pourront avoir, ils placent leur entière confiance dans la bonté du Roi et ils demandent qu'il veuille bien ordonner qu'ils puissent être assurés de terres françaises proches l'Acadie, dans les mêmes conditions que Sa Majesté en a accordé aux habitants de l'île Royale. »

Diverses notes extraites des Archives de la marine, 1754-1755.

Mémoire de l'abbé de Vlsle-Dieu, 12 octobre 1754, — Il faudrait envoyer quatre missionnaires : l'un pour les sauvages micmacs de Labrador à la Sainte-Famille, à dix-huit lieues au-dessous de Louisbourg. Le second, pour les Acadiens-Français, qui sont encore au nombre de 7. ou 8,000 sur leurs anciennes habitations, dans la péninsule d'Acadie, sous le gouvernement anglais; les deux autres, pour les établissements nouveaux formés sous le fort Beauséjour et particulièrement aux rivières Ghipoudy, Pécoudiac, Beauséjour et Memerancook, où il y a 200 familles et par conséquent plus de 1,200 habitants.

Lettre de Vaudreuil, 18 octobre 1755. (Résumé de cette lettre.)

Suite de la prise de Beauséjour. — Persécutions des Acadiens... Les Anglais retiennent quatre cents pères de famille dans le fort. — Les familles acadiennes s'enfuient à travers les bois vers les Français. — Ils brûlent le village de Ghipoudy. — Échec que M. de Boishébert et les Acadiens font subir aux Anglais, à qui ils

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