‹ Une colonie féodale en Amérique [microforme]Chapitre 15 sur 40 · RER NET · texte numérisé non relu

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liques, encore plus maltraités que les presbytériens, vinrent s'installer dans le Maryland, au nord de la Virginie, au nombre

de 40,000.

Depuis 1631 jusque vers 1650, ces deux émigrations formèrent une population de près de 80,000 âmes, lorsque la colonie iran qaise ne possédait que 2,000 habitants. En présence d’un groupe si considérable, l'Angleterre vit bientôt le parti qu’elle pourrait tirer de l’occupation complète de cet immense littoral, et elle décida d'y envoyer tous les détenus politiques et tous les prisonniers de guerre après la défaite de Charles II, en 1650, et la ruine du parti de Jacques II, vers 1680. Elle prit aussi une mesure qu’elle regarda comme très - économique : ce fut d'y transporter les malfaiteurs détenus dans les prisons de l'État, Ainsi elle n'avait plus à s’occuper de l'entretien des prisonniers ; elle vendait leurs services aux colons qui avaient besoin de bras, de telle sorte que, vers 1700, les colonies an glaises comptaient une population de 260,000 colons, tandis que les possessions françaises n'en avaient que 20,000. Mais cet accroissement hâtif eut de funestes conséquences ; les colonies anglaises en furent singulièrement amoindries.

La plupart des nouveaux déportés, vivant dans le désordre et le libertinage, firent baisser le niveau de la moralité générale. La santé, la force diminuérent en proportion, et les grandes qualités que présentaient les colonies primitives des presbytériens et des royalistes, ne se trouvèrent plus que par exception dans les populations nouvelles.

En même temps, cette société démoralisée devenait moins intelligente et moine propre aux grandes choses.

La colonie française, au contraire, qui ne se recrutait que len tement, conservait les mêmes principes de religion et de moralité. L'on n’y envoyait toujours que des familles choisies, ayant l’idée d'aller concourir à une œuvre morale et religieuse. Et c’est ainsi que continuèrent à se recruter l’Acadie, le territoire de Québec, et la colonie defMontréal. Or, si cette population était petite en nombre, elle était assez considérable pour répondre au but que l’on s’était proposé. Les colons français,

pleins d'énergie et de courage, s’étendirent en peu de temps

sur tout le continent américain.

Si l’on avait à reprocher au gouvernement français de ne

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pas activer davantage la colonisation, oh avait bien plus à re procher au gouvernement anglais d’avilir les colonies et de compromettre leur avenir, en y envoyant une population dé gradée, et en viciant dans leurs sources les qualités précieuses dont les premiers colons avaient doté la contrée à son berceau.

De là résulte un fait qui peut paraitre inadmissible à bien des esprits prévenus, mais qui est affirmé même par les écrivains anglais: c’est que, sous le rapport des qualités morales et des qualités intellectuelles, les colonies anglaises étaient vraiment inférieures à la colonie française, tandis que, sous le rapport de l'activité, de l'intelligence et de la bonne organisation, la colonie française égalait toute les colonies anglaises réunies.

Et d’abord, au point de vue moral, la colonie française, avec ses habitudes de religion, d’attachement à ses principes, nv connaissait rien du dévergondage qui existait chez ses voisins si mélangés; puis, au point de vue intellectuel, elle n'avait rien à envier à ses voisins. Les Canadiens avaient deux colléges de hautes études, dont le premier date de 1635, comme le seul collége américain d'Harvard, et ces colléges formaient des missionnaires intrépides et des officiers capables de lutter contre toutes les entreprises de leurs voisins. De Bienville, d'Iberville, de St- Hélène, trois frères dont la famille fournit sept officiers distingués — nous dit M. Rameau — Hertel, de Portneuf, Jon caire, de Villiers, le Ber de Senneville, de Tilly étaient nés an Canada et y avaient été formés. On sait ce qu'ils devaient aux établissements protégés ou fondés par l'autorité souveraine. Enfin ils avaient les qualités les plus propres à la vie des colonies. Au loin, en France, par exemple, on a pu le méconnaitre ; mais ici, c’est ce que les ennemis de la colonie francaise ont le plus admiré. D’après leur propre témoignage, les colons an glais, sous ce rapport, n'étaient pas comparables aux Canadiens.

Ils étaient lourds, apathiques et casaniers; ils avaient peu d’i nitiative. Ils ne pouvaient traiter avec les'sauvages : ils ne sa vaient ni lesérejoindre, ni les attirer, ni les gagner. Ils ne sa vaient pas former de nouveaux établissements. Ils avaient peu d'énergie et de ressource d'esprit. La recherche des satis factions matérielles les rendait timides, lents dans les opéra tions, maladroits à attaquer, malhabiles à se défendre. (C’est ce qui r'essort,des assertions mêmes de M. Parkman, qui seront reproduites tout à l'heure. Mais les Cunadiens, qui subissaient

la sainte influence que l'on réprouve quelquefois, étaient toujours disposés à payer de leur personne, et ils pensaient qu'ils

w’avaient rien de mieux à faire que de donner leur vie pour Île 7 triomphe de la vraie foi, et cette vie de labeurs et d’entre . prises les trouvait toujours dispos et dévoués. L Aussi, l’œuvre de ces quelques Français en Amérique, depuis ‘ 1660 jusqu” à 1760, est bien autrement considérable que celle de | le leurs voisins dans le même espace de temps. de Les Américains sont restés sur les bords de la mer et ne se no sont pas aventurés au-delà des Alléganys. Les Canadiens, qui du dès 1625, avec Champlain, visitaient Les grands lacs, s’en allaient d’e avec leurs trafiquants jusqu'aux [llinois, en 1660, et, en 1680, ils E étaient rendus au golfe du Mexique. Ils fondaient des établis - ren sements, à deux, trois et quatre cents lieues de la mer: Fron- me: tenac, Détroit, Michillimakinak, la baie Verte, enfin sur tout | PAc le cours du Mississipi, au centre de chacune des nations rive- de À raines et dans les positions les plus avantageuses. Ils de- old r vaient ces succès à un esprit &e ressource, à une force de réso - # lution qui leur étaient propres. Et ces établissements n'étaient LM:

pas temporaires, Comme on pourrait le croire, ni seulement des comptoirs de traite, mais les missionnaires accompagnaient toutes ces expéditions. Dès 1624, les récollets avaient évangélisé les tribus établies entre l’Acadie et le Canada ; les années sui vantes, les jésuites avaient atteint l'extrême Ouest. En 1660, les sulpiciens s’avancent jusqu'aux Illinois. Depuis 1664, les colons de Montréal s’établissent sur le Mississipi et fondent des paroisses sur tout son parcours. Enfin, vers 1700, les Montagnais et les Attikamigues äu nord avaient été évangelisés : ; au «entre, les Iroquois et les Algonquins ; à l’ouest, plusieurs tribus, et enfin tout le parcours du Mississipi.

C’est ainsi que les Canadiens, si disciplinés, si chevaleresques, et guidés par les plus hauts principes, occupèrent rapidement ce vaste continent. En même temps qu'ils faisaient preuve d’une habile et puissante organisation, ils avaient trouvé moyen d’environner les frontières anglaises, sur toute leur étendue, avec des postes admirablement choisis, suivant le cours des eaux, les plateaux, le confluent des vallées. Enfin, pendant qu'ils s'attachaient les nations sauvages, qu'ils les disciplinaient et en tiraient le meilleur parti possible, pendant la paix comme pen dant la guerre, ils n’ont jamais laissé entamer leur territoire,

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.quoiqu’ils eussent à lutter un contre cinq. Voilà ce que l’on contemple pendant un siècle, c'est-à-dire pendant tout le temps que les principes de Colbert ont dirigé le gouvernement fran çais et conduit les affaires de la colonie.

Tel est le résultat de cette organisation dont Colbert a été. le chef et le premier inspirateur. C'est elle qui a fait la force des Canadiens jusqu’à nos jours, et qui leur à conservé cette noblesse de sentiments et ces qualités morales que les prôneurs du progrès moderne devraient s’efforcer d’imiter, piutôt que d'en nier l'excellence et la supériorité.

Et si l’on doutait de la réalité de ces faits, nous pourrions renvoyer notre contradicteur aux considérations que M. Rameau a si bien exposées dans le 7° chapitre de son histoire de l'Acadie ; nous pouvons aussi les confirmer par les assertions de M. Parkman lui-même dans ses deux volumes intitulés : The old regime et The New France under Louis XIV.

d 4% — À continuer.

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