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LA COUR DE RÉCRÉATIUN

qu'ils ont laissée dane notre âme ne serait pas aussi profonde, et ne se retracerait pas dans la suite d’une manière aussi prompte- De là, nous pouvons inférer que les jeux de la cour de récréa tion sont des forces d’une très-grande puissance.

Ge ne sont pas, néanmoins, tous les jeux qui jouissent de ce privilége, mais bien ceux qui renferment les éléments de la lutte, ceux dans lesquels, les élèves combattant les uns contre les autres, la victoire est un honneur, et la défaite une honte.

L'influence de ces jeux pour le bien ou pour le mal ne consiste pas dans ce qu'ils sont des amusements, mais dans ce qu'ils sont une peinture de la vie réelle : ils possèdent tous les caractères de ces luttes, plus importantes peut-être, mais non plus véritables, que l’homme rencontre sur le chemin de la vie.

Le bien physique qui découle de luttes aussi ardentes, dans lesquelles il se déploie tant de vigueur musculaire et tant d'une ie, et les avantages intellectuels qui résultent de la ré paration des forces du cerveau et des nerfs, sont, il n’y a pas à en douter, les moindres avantages du jeu, si on les considère à notre point de vue actuel, celui de la lutte. C’est la lutte qui donne au jeu des avantages moraux et sociaux, bien au- dessus de la grâce, de l’agilité, de la force physique ou de la vigueur intellectuelle qu’on y peut acquérir. Il y a dans la lutte des influences à l’œuvre qui préparent l'enfant pour son avenir, pour un avenir de combat continuel, d’alternatives de triom phes et de défaites.

Le courage de lutter contre les difficultés, de s’exposer au hasard d’une “iéiuite, de courir quelque danger, est certaine ment alimér nur les combats de la cour de récréation, les quels sont propres à raire déployer la plus grande énergie, puisqu'ils renferment, &:: général, des éléments de lutte. Mais ces éléments sont les mêmes que ceux que l’on rentontre de.ns les combats de la vie: ils exigent souvent une forte dose de courage moral, surtout lorsqu'on a la conscience de l'incertitude dans l'issue, de la difficulté et du danger dans l’action.

"œuvre de l'école, avec son enseignement, ses devoirs, ses examens, !2i comparativement peu pour donner à l’enfant une coi:::'s5ance exacte de lui-même. Dans son instruction, l'élève doit presque tout à son maitre, aux irçons qu’il reçoit: ce qu’il est réellement demeure, pour ainsi dire, à l'état latent jusqu’au jour où il entre dans les luttes de la vie.

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« Mais il n’en est pas ainsi des enseignements de la cour de récréation. Là, il apprend à se connaître lui-même ; il se compare avec d’autres enfants, et découvre que, parmi ses condisciples, il en est qui lui sont supérieurs, et d’autres qui lui sont inférieurs. Puis, tout en admettant que chez ses supérieurs se trouve une plus grande somme de mérite que chez lui, il ap- | prend à faire reconnaître son propre mérite par ses égaux et ses inférieurs.

Un autre avantage qui résulte des luttes de la cour de récréation, c’est celui d’habituer l'élève à mesurer ses forces avant de rien entreprendre, ou de tirer le meilleur parti pratique de la position dangereuse où il peut se trouver. Il

s'aperçoit alors qu’il existe une infinité de choses qui dépassent Il de beaucoup ses facultés phisirues, et que. parfois, ses con - re disciples arrivent au outauqu. s'efforce vainement d’at- su teindre. IL voit aussi que certains incidents se passent autre - : ou ment qu'il ne l'avait prévu, et qu’il est de son intérêt de ne d'a point murmurer contre ce qu’il ne saurait empêcher. Vit

D’après ce qui précède, on comprend facilement cette supé - que riorité pratique de la cour de récréation sur la salle d'école, mo

comme révélatrice du caractère. non-seulement pour le maître, mais pour les élèves eux-mêmes. Dans la cour de récréation, chaque enfant se montre tel qu’il est. Ses forces physiques, son adresse pratique, la vivacité de son esprit deviennent visibles. Ce qu’il fait, il le fait volontairement, car il n’agit que d’après son propre mouvement. S'il échoue, il ne doit rechercher ia cause de son insuccès que dans son insuffisance !.

J.-O. CASSEGRAIN.

1 Voir Papers for the Sehoolmaster, t. IL, p. 4.

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