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1 lisait l'avenir dans les entrailles palpitantes des victimes ; puis, l'Esprit le saisissait, et chaque goutte de sang semblait se convertir en un flot d’éloquence; chaque convulsion, chaque palpitation des chairs de l’holocauste semblait repousser devant lui les portes d’ébène au delà desquelles tout est lumière, car elles s'ouvrent sur l'avenir!
Quand Luern s’arrèta, Taliésin, debout au pied de la tombelle, priait tout bas, le front tourné vers le ciel ; les druides et les prètresses, silencieux et recueillis, attendaient l’'awen 1.
Tout à coup la voix du pontife se fit entendre ; il paraissait se parler ou parler à Dieu, car son regard restait fixé sur les nuages et ses accents étaient graves, mais n'avaient rien des intlexions passionnées de r’extase prophétique. Il disait :
. Quand ma création fut accomplie, je ne naquis point d’un père et d’une mère, mais des neuf formes élémentaires, du fruit des fruits, du fruit du dieu suprème, des primevères de la montagne, des fleurs des arbres et des arbustes! d’ai été formé par la terre dans son état terrestre...J’ai été marqué par Math (la nature) avant de devenir immortel. J'ai été marqué par le Voyant (Gwyon), le grand purificateur de la multitude des enfants de Math! Quand le changement (par le feu) se fit je fus marqué dans le monde primitif par le Souverain; j'étais à demi consumé. Par le sage des sages, je fus marqué dans le monde primitif, au temps où je reçus l'existence! de jouai dans la nuit, je dormis dans l’aurore! En vérité, j'étais dans la barque de Dylan, le fils de la mer, lorsque, semblable à des lances ennemies, les eaux tombèrent du ciel dans l’abîme. J'ai été serpent tacheté sur la montagne, j'ai été vipère dans le lac, j'ai été étoile chez les chefs supérieurs, j'ai été dispensateur des gouttes (de l’effusion du Gui), j'ai déjà revêtu les habits du sacerdoce et tenu la coupe! Il s’est écoulé bien du temps depuis que j'étais pasteur; j'ai transmigré sur la terre avant de devenir habile dans la science! J'ai transmigré, j'ai circulé ; j'ai dormi dans cent îles, dans cent villes j'ai dormi ?!...”
L Mot gaélique qui signifiait inspiration. Les trois conditions de l'awen étaient,. d’après les triades, un œil qui sache voir la nature; un cer. qui sache comprendre la nature ; un esprit qui ose suivre la nature.
2 Extrait du poëme symbolique intitulé ÆXad - Godden, le combat des arbres, attribué à Taliésin : Barzoz- Breiz, chant breton. — La Villemarqué.
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l'assemblée. On et dit que son regard cherchait quelque chose ou quelqu'un.
Comment cela se fit-il?... Fut-ce qu’habitué aux ténèbres de cette forêt,qu'il habitait depuis soixante ans et dont il connaissait pour ainsi dire toutes les branches, il put voir dans l'ombre ? ou fut- ce par divination, comme le crut toute l’assistan? Nous ne pourrions pas le décider, mais voici ce qui arriva :
Le barde rêveur, le pontife auguste, le philosophe stoïque s’'évanouit pour faire place au sacrificateur; ses traits prirent soudain une expression fatale, et tendant le bras dans la direction où se tenait Luern : ‘“ Qu'on m'’apporte l’enfant, ordonna -til” Et se tournant vers les druides envoyés par les nations pour l’interroger: ‘“ Maintenant que nous avons une victime, mes frères, implorez Diana afin qu'il inspire et qu’il éclaire son serviteur.” Puis, sûr d’être obéi, il gravit la tombelle et vint se placer devant l'autel en attendant qu'on lui apportât la victime à immoler.
Luern avait entendu et il avait compris la terrible signification de l’ordre du grand-druide, Fuir ou se défendre était également impossible ; désobéir à celui dont toutes les paroles étaient des oraeles, c’est-à-dire refuser l’enfant ou tenter d’attendrir le grand-prêtre d'Hésus était pareillement insensé ; lui crier : c’est le fils de Vercingétorix! c’est un enfant de ton sang! ne ferait probablement qu’exalter son fanatisme pieux ; d’ailleurs, l’aïeul pourrait-il sauver la victime que le grand prêtre avait désignée ? Sa foi, quand l’illumination troublait déjà son regard, et son orgueil, devant cette illustre assemblée, lui permettraient-ils de l’épargner ?.…
Toutes ces pensées envahirent en même temps le cerveau du Volke.
Cependant les druides se dirigeaient vers lui. Il fallait agir ou livrer le trésor conservé au prix de tant de travaux et de tant de douleurs. :
Il ne les attendit pas. Profitant de l'ombre qui égarait leurs
| rechérches, il s'élança vers Taliésin, ravit rapidement l'émi-
nence sur laquelle s'élevait l'autel, et remit l'enfant aux mains du grand - druide en lui disant à demi - -voix, mais avec un ac-
Il se tut ét ses yeux quittèrent le ciel’ pour faire le tout de:
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cent dans lequel se mêlaient une ironie amère et un désespoir profond :
&Taliésin, je t’apporte et je te confie l’orphelin que Vercingétorix t'a légué |”
Le vieillard dut être atteint au cœur, car son front toujours impassible se contracta violemment ; ses yeux inflexibles se troublèrent, et un cri sourd, mais rauque, bref et douloureux comme un sanglot, souleva sa poitrine. Luern épiait évidemment l'expression de son visage et attendait palpitant d’anxiété.
Son attente fyt courte, aussi courte que son angoisse était grande ! Il l’entendit murmurer: Le Grand- Inconnu veut une victime, ce n’est qu’à cette condition qu’il inspire son serviteur, et lui donner mon propre sang sera d’un grand exemple.
Alors toute trace d'émotion disparut de son visage ; il cria par deux fois : Hésus ! Hésus ! (Terrible ! Terrible). Était- ce une invocation? Était-ce une plainte? Nul ne le sut, Dieu seul pouvait lire dans cette âme profonde ! Il renversa l'enfant sur la table de pierre où l’on ne se couchait que pour mourir, et commença à lui arracher ses vêtements.
La pauvre petite créature tendit en pleurant ses faibles mains vers Luern, et se traina sur la pierre glacée pour se réfugier dans le sein de celui qui remplaçait sa mère. Taliésin le ramena brusquement au milieu de l'autel et prit son couteau d'or.
Il levait la main, il allait frapper l’innocente victime, quand Luern ârrêta son bras: Tue- moi à sa place... veux-tu ? demanda-t-il à Taliésin 1.
Un murmure qui devint une clameur indignée s’éleva dans l'assemblée, quand on vit le Volke interrompre le sacrifice et pousser l’impiété jusqu’à toucher le grand - druide, c’est-à-dire le distraire de ses fonctions sacrées. :
—AÀ continuer. | CouTE A. DE VERVINS.
1 Cette substitution dans les victimss vouées aux sacrifices volontaires était assez fréquente. .Voir à la fin de cette nouvelle la note IV, sur le mépris de la mort chez les Gaulois. ;
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D’aprè, Pie IX, d 9 français ricain, 1 L non pas d
Depuis la mort de Pie IX, le sacré collége a déjà perdu deux
de ses membres, le cardinal Brossais Saint -Marc, archevè -
| que de Rennes, et le cardinal Amat . Mais la perte de ces
; deux princes de l’Église, chargés d'années et de mérites, n’a
peut-être pas causé une aussi grande sensation que celle du
Père Secchi, cet illustre savant qui était une des gloires du catholicisme et de l’ordre auquel il appartenait.
Lorsqu’en 1870, les jésuites durent quitter le collége romain, le gouvernement italien ne put refuser aux réclamations du monde savant le maintien de l'observatoire du Père Secchi.. Cela en dit plus que des volumes sur la réputation et les travaux de cet astronome.
Né en 1818, il avait à peine 60 ans lorsqu'il succomba à une Ë cruelle maladie, le 26 février dernier. FA
La météorologie et l’astronomie se disputaient les précieux instants de cette grande existence, presque entièrement absorbée dans l’étude des phénomènes célestes. Un admirable instrument, connu sous le nom de météorographe, qu’il exposa à Paris LS en 1867, valut à son auteur une médaille d’or et la croix de la CAE ME légion d'honneur. Comme s’il eût voulu faire marcher de front UE 4 les deux sciences auxquelles il s'était dévoué, il venait de faire cie élever, sur l’ancien mont Albanus, un observatoire météorolo - ne | gique, qui devra être le pendaut de l'observatoire astronomique . de Rome. dot DE
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