DURE LL
rassurant, quant aux tendances et aux sympathies du peuple américain. Avec la forme de gouvernement qui régit la répu blique voisine, avec ce qui s'est passé à l'égard d’autres pays limitrophes et même à notre égard, on sait ce que peuvent valoir, dans l’occasion, des sermons comme celui qui vient à la suite du passage que nous allons reproduire :
‘ Si la guerre a véritablement lieu, dit le Herald, nous ne doutons point que les sympathies du peuple américain soient avec la Russie, comme elles l'ont été jusqu'à présent dans cette guerre pour le christianisme, et comme elles l’étaient dans une précédente guerre & vec la Grande- Bretagne. Ayant, dans nos propres guerres avec l'Angleterre, fait l'expérience de son arrogance, de son injustice et de son dédain de la simple humanité ; ayant apprécié au temps de nos embarras ce qu'est son mauvais vouloir, et ayant appris combien toutes ses pompeuses déclarations touchant la neutralité et les vertus cardinales sont un pur masque à un esprit malfaisant et mercenaire, la sympathie de notre peuple se porte instinctivement et irrésistible ment du côté qui est contre elle. C'est là un fait que nous n'avons pas à expliquer, Notre sympathie sera à qui il nous plaira de la donner; mais nous n'avons pas la même liberté en ce qui concerne les actes qui pourraient être faits sous l’impulsion de ce sentiment. Il ne faut pas abuser de notre bonne volonté envers la Russie de la façon dont on rapporte que quelques aventuriers se préparent déjà à l'utiliser. ”
Puis vient une longue remontrance au président et à toutes les autorités, leur inculquant les principes du droit international, et les exhortant à se montrer plus fidèles à l’observer que l’Angleterre ne l’a été, lors de la guerre de sécession, et à lui donner par là une généreuse leçon.
Le tout se termine par un appel à des sentiments moins dé-
‘ sintéressés, et qui prouve que le Frère Jonathan a toujours,
comme il dirait lui-même, an eye to business.
“ Notre politique, ajoute le Herald, est d’être neutres dans la guerre et impartiaux dans notre empressement à fournir aux deux belligérants les cartouches, la poudre, les grains, provisions et tous autres produits de ce pays qu'ils désireront acheter. C’est ainsi que nous devons être utiles à nos amis et à nous-mêmes. Mais si nous nous écartons de ces transactions correctes et que nous permettions à quelqu'un de nos conci-
na rver et à
toyens de gagner 50, 60 ou même 100 pour cent en construisant «t équipant de nos ports des bâtiments de guerre ou corsaires russes, non-seulement nous perdrons l'avantage légitime pouvant résulter d’une grande impulsion au commerce et à l'in dustrie, mais de plus nous nous placerons en relations désagréables avec notre ancien ennemi de 1812 et de 1776.”
Comment trouvez-vous, chers lecteurs, cet état en partie
double des sentiments chrétiens qui font pencher les Améri eains du côté des Russes d’une part, et des profits à faire en leur vendant de la poudre impartialement à eux et à leurs enne mis ; des grands principes de droit international dont il faut donner une leçon à l'Angleterre, et de l’autre côté des profits de 50, 60 où même 100 pour cent que l’on peut réaliser en se faisant corsaire ? |
Ne formerez - vous pas des vœux ave moi pour que les profits de la poudre et des munitions impartialement vendues, fassent équilibre aux sentiments chrétiens en faveur des Russes, et à la bonne petite rancune, pas du tout chrétienne et encore moins filiale, que l’on conserve contre l'ancienne - mère patrie ; pour que la leçon de droit international ne soit pas trouvéo plus légère dans la balance de l'équité américaine que les cent pour cent que peuvent rapporter les lettres de marque ?
À moins qu’il n’en soit ainsi, nous courons un certain risque, aux premiers coups de canon tirés dans la mer de Marmara, de voir envahir notre frontière par des /éniens ou des maraudeurs d’une catégorie quelconque.