‹ Une colonie féodale en Amérique [microforme]Chapitre 33 sur 40 · FE. C · texte numérisé non relu

FE. C

Montréal, 12 avril 1878.

FÉNELON, Lettres sur la religion. — Bossugr, Conférence avec le ministre Claude; — MarTiGNon, La liberté de l'esprit humain, etc. — La question du surnaturel. — Pir&NNE, Du fondement de la foi, etc.

Le siêge de la foi est dans l'esprit. L'homme la sent jaillir Je son intelligence et sa volonté l’accepte librement.

La foi est le ferme assentiment que l’esprit donne aux vérités manifestées par le ciel et proposées par l'organe infaillible établi pour cela sur la terre.

Pour croire il n’est‘ pas nécessaire de voir. En d’autres termes, la foi, pour être raisonnable, n’a pas besoin d’être à même de raisonner son objet. Croire et voir sont deux opérations de l'intelligence, deux rapports dans lesquels l'esprit peut se trou ver avec la vérité,

La vérité apparaît parfois directement à l’esprit, il la voit, il la saisit; ce n’est plus la foi, c’est l'intuition. Mais plus sou. vent elle se manifeste indirectement, dans un milieu qu’on appelle le témoignage. Si cet intermédiaire est sûr, l'adhésion n’est ni moins ferme, ni moins infaillible que dans le premier cas. Ainsi se manifestent toutes les vérités historiques et la plupart des vérités scientifiques.

Le savant cherche à comprendre quelque chose des vérités que son cœur aime : il croit pour comprendre, selon le mot connu de saint Anselme : Credo ut intelligam.

Le simple fidèle se borne à vérifier la valeur du témoignage. A l'endroit de la doctrine catholique, cette vérification est

püssible pour les plus ignorants ; elle est facile et.elle doit être

telie : catholique veut dire à {a portée de tous.

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Si Dieu à parlé, il va de soi qu'il faut se soumettre ; mais l'a-t-ilfait? voilà la question. Cette question doit être l'objet d’un examen sérieux et impartial. Tout homme doit une fois dans sa vie suspendre les croyances dans lesquelles il a été élevé, interrompre l'habitude de l'acte de foi et examiner si cette foi est fondée, si cet acte est raisonnable.

Ainsi parle le rationalisme.

Or, dans la religion catholique, le doute n’est jamais permis Lo catholique w’étudie les systèmes que pour les réfuter, avec un parti pris, avec une conviction, une certitude préexistante de leur fausseté. |

Qu'est-ce qui l’autorise à en agir ainsi ? Cette certitude anticipée, quelle en est la base ?

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Elle a d’abord une base surnaturelle, qui n’est autre que l’opé ration intérieure de l’Esprit-Saint : ‘ opération qui produit “en nous ce que l’on appelle la foi divine et affermit l’esprit & dans la vérité ; d’où il arrive que l’on peut avoir la foi sans “ penser actuellement aux motifs de crédibilité puisés dans la & raison humaine, et sans peut-être y avoir jamais pensé.” (Lersnrrz, Systema theol. XI.)

Là - dessus, il n’y a point de doute parmi les catholiques. On se demande si la foi n’a pas en outre une base naturelle, en prenant ce mot naturel comme opposé non - seulement à celui de grdce, mais encore à celui de science. Cette acception du mot nature n’a rien de contraire à l’usage : on distingue la nature de la grâce, la nature de l’art, de la science, de l’indus trie, etc. |

Je dirais que l’homme a une idée suffisante de la vérité religieuse pour la reconnaître lorsqu'elle se présente à lui, et qu’il n'a pas plus besoin d’être théologien pour être certain de sa croyance, qu'il n’a besoin d’être physicien pour être certain de sa marche. En religion comme ailleurs, la nature précède la. science et en est indépendante ; les fidèles croient sans avoir

étudié la théologie. Est-ce là exclusivement le fait de la grâce ? Je pense que c’est en partie le fait de la nature, qui a ses instincts dans l’ordre religieux et moral aussi bien que dans l'ordre physique, et qui, elle aussi, est un don de Dieu.

Il suflit, pour le prouver, d'établir les principes suivants :

— La nature d’un être, étant le fond même de cet être, est toujours bonne et peut être suivie ;

— L'homme croit naturellement ? à une religion surnatu relle ;

— La vraie religion surnaturelle est connue du simple fidèle. Or, ces principes s’établissent à l’aide des propositions suivan tes : |

PREMIÈRE PROPOSITION : La nature des étres est bonne. La nature est ce fond primitif qui constitue l'essence même des choses, qui les fait être ce qu’elles sont,

Or, tout ce qui est primitif est bon.

Le mal est essentiellement un second état. Le mal est une altération, et une altération suppose un fond, une substance, un ordre qui s’altère, mais qui, avant de s’altérer, était exempt de mal, était bon par conséquent. Avant le mal il y a donc le bien, comme avant le morcellement il y a la totalité, D'où il suit que le mal ne peut être principe d’une manière absolue et qu'il ne peut que s'attaquer à quelque chose d’existant ; or ce quelque chose d’existant dans chaque être, avant toute pertur bation, ce premier principe de l'être, ce fond de l'être, c’est la nature. Nos actes peuvent donc être mauvais, mais notre nature n’est pas mauvaise; au contraire, nos actes ne sont défectueux que faute d’être en harmonie avec notre vraie nature.

DEuxIÈME PROPOSITION : La nature humaine, quoique vicice, est encore bonne dans son essence.

2 Cette proposition bien entendué ne peut encourir le reproche de baïa -

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une ance, empt nc le ’où il ue et or ce rtur -

Le rationalisme exagère les forces de la nature; le protestan tisme prétend que la nature religieuse et morale de l'homme a été détruite par le péché.

L'Église catholique enseigne simplement que l’homme avait été placé dans un état de justice surnaturelle, qu’il en est tombé par sa faute et que sa nature elle -môme s'en est ressentie. Le péché originel à supprimé la grâce et affaibli la nature.

La nature n’est donc pas devenue mauvaise ; au contraire, elle est bonne dans son essence, mais elle manque de l'énergie nécessaire pour développer ce fond. La nature est malade, elle n'est pas morte.

TROISIÈME PROPOSITION : Agir naturellement, c'est agir raisonna blement.

S'il est vrai que l'élément mauvais introduit dans la nature humaine n’est pas une entité réelle, que ce n’est pas mème l'extinction de quelque faculté que ce soit, mais un simple affaiblissement de nos forces et un dérangement dans leur har monie naturelle, il s'ensuit qu’il est permis à l'homine de suivre sa nature !,

Il reste à savoir quelle est la vraie nature de chaque être.

QUATRIÈME PROPOSITION : La nature des étres a pour signes l'universalité et la perpétuité, et se découvre par l'observation.

Kant se plaint de ce que l'esprit de profondeur a failli se perdre en Allemagne, à cause d’une certaine liberté de penser qui s’est introduite sous prétexte de génie. Cette liberté de penser n'est autre que cet esprit moderne d’hypothèses gratuites, de systèmes a priori qui prétend expliquer la nature sans la con sulter 2. IL faut en revenir à l'expérience, observer comment la nature se comporte en tous temps, en tous lieux, et proclamer naturel, c'est - à -dire nécessaire, ce qu’on trouve constamment et universellement: Quod semper, quod ubique, quod ab omnibus.

1 De là,” :!: uvrale catholique, l'usage des opinions probables. Les actes des facultés humaines doivent Oôtre présumés bons jusqu'à preuve du contraire.

3 Par une bizarrerie qu'il faut noter dans l'histoire de l'esprit humain, la vraie méthode, la méthode d'observation, désertait les écoles philosophiques au moment où elle s’introduisait dans les études physiques, pour f:ire faire à celles - ci les progrès merveilleux qu'on sait.

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Appliquons le procédé à la question qui nous occupe. Partout et toujours le peuple a ses autels, ses mystères, ses miracles, ses prophéties, ses prêtres, en un mot. sa révélation et son église. C’est un fait qu’on ne peut contester.

Les philosophes re sont qu’une exception imperceptible dans la masse des hommes. L’incrédulité est un fait particulier à notre époque et à celle de la décadence romaine, et qui, d’ail-

leurs, n’atteint pas la classe populaire. La variété des cultes

n’altère pas l'unité du fond. Le fond est partout le même, il est commun à toutes les croyances religieuses, et les croyances religieuses sont communes à tous les temps et à tous les pays.

Ce fond est donc naturel. L'homme croit donc naturellement à

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l'existence de Dieu, aux mystères, aux miracles, à une révélation primordiale et à une autorité qui en est dépendante.

C’est la cINQUIÈME PROPOSITION. Il y a dans cette croyance un instinct, une tendance, un entrainement aveugle, sans doute, mais il y a aussi une idée, une persuasion qui appartient à l’intelligence. L'intelligence ne trouve rien de plus simple que de regarder l’ouvrier comme supérieur à son œuvre, et d’admettre que celui qui a tout fait selon sa volonté garde aussi la liberté de vouloir tout ce qui lui semble bon et raisonnable.

Cette proposition n’a pas hesoin de démonstration : les rationalistes se chargent de la démontrer sans s’apercevoir du ser vice qu’ils nous rendent.

Il ya de vrais miracles, disait Pascal, puisqu'il y en.a tant de faux.

Des idées uniformes, dit Vico, nées chez des peuples inconnus les uns autres, doivent aveir un motif commun de vérité. {Science nouvelle, 13e axiome.)

‘Toute croyance constamment univérselle est-vraie, et toutes les fois qu’en séparant d’une croyance quelconque certains articles particuliers aux différentes nations, il reste quelque chose de commun aux différentes nations, ce reste est une vérité. .(DeMaistre, Essai sur le principe générateur, X XX.)

Ce qui arrive partout et toujours est naturel.

Ce qui est naturel est bon et légitime.

Or, l’homme croit partout et toujours à Dieu, aux mystères, etc. ; donc il y croit naturellement. S'il y croit naturellement, ces objets existent. L'homme, « et: tout être, quel qu'il soit, peut

se fier à s: nature. Toute tendance -naturelle implique la réalité de son objet. Supposer le contraire, c’est le scepticisme universel.

Reste à mettre la nature ainsi disposée en présence de cet objet vers lequel elle incline de tout son poids. Il ne suffit pas que l’homme soit raisonnablement porté à croire une chose, il faut qu’il soit certain de l'existence de cette chose. Les simples fidèles sont-ils certains? C’est l’objet des dernières propositions.

SIXIÈME PROPOSITION : Le sèmpte fidèle a la certitude naturelle du fait de la révélation. Son bon sens lui suffit pour comprendre que le témoignage des siècles est la vérité, pour constater, vérifier et contrôler ce témoignage.

Il vit au sein d’une société civilisée à des degrés divers selon les temps et les lieux, mais partout et toujours à un degré suffisant pour posséder une histoire et une histoire écrite, re vêtue de tous les caractères de l’authenticité et de la véracité; il n’a pas de livres, mais il participe à la vie intellectuelle d’une société riche en livres ; il n’est pas savant, mais l’air qu’il respire est chargé de science et d’érudition et le mensonge historique n’y peut subsister, j'entends un mensonge aussi monstrueux que celui qu’il faudrait supposer ici Toute l'Église affirme l’authenticité des Écritures, et, par conséquent, la ré alité des miracles qui établissent la divinité de Jésus-Christ ; tonte l'Église effirme l’histoire de l’Église, et l’on y voit l'origine divine de celle-ci de tout temps et dès les premiers temps invoquée, reconnue, proclamée. De telles affirmations ne pourraient subsister si elles n'étaient vraies, et de telles affirmations sont vraies puisqu'elles se maintiennent ; elles sont vraies puis qu'elles se sont originairement fait accepter; on peut même uire et tout homme de honûe foi qui y réfléchira avouera qu'elles sont vraies puisqu'elles se sont produites. C’est ce que sent chaque fidèle et ce qui le dispense de toute recherche sur.les origines chrétiennes.

Toute société qui connaît la religion du Fils de Dieu jouit à son égard d’un tel degré de certitude, d’évidence, de clarté que chacun des membres qui la composent est dispensé de remonter aux sources historiques, comme on peut se passer de voir le soleil quand on a la lumière diffuse.

Le doute est possible, mais la certitude morale ne rend pas le doute impossible, elle ne le rend que déraisonnable.

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SRPTIÈME PROPOMTION : Le simple fidèle connaît avec certitude læ véritable Église.

La véritable Église doit être à la portée de tous. Or, le seul principe sur lequel tous puissent fonder leur croyance, c’est le principe d'autorité. Donc, la vraie Église est celle qui se base sur le principe d'autorité, et c’est l'Église romaine.

Diet, dit Fénelon, aurait manqué au besoin de presque tous les hommes, savants ou ignorants, s’il ne leur avait pas donné une autorité infaillible pour les garantir de l’erreur en matière de foi. L'homme qui connait la bonté de Dieu et qui sent sa propre impuissance doit supposer cette autorité donnée de Dieu et la chercher humblement pour s’y soumettre. Où la trouve ra-t-il ? Toutes les sociétés séparées de l'Église catholique ne fondent leur séparation que sur l'offre de faire chaque particu lier juge des Écritures, et de lui faire voir que l'Écriture con tredit cette ancienne Église. Elles se basent sur le principe du libre eramen. Le premier pas qu’un particulier se croit obligé de faire pour écouter ces sectes, serait de s’ériger en juge entre elles et l'Église qu’elles ont abandonnée ; or, quelle est la fem me de village, quel est l'artisan qui puisse dire sans ridicule et scandaleuse présomption: Je vais examiner si l’ancienne Église a bien ou mal interprété le texte des Écritures. Voilà néanmoins le point essentiel de la séparation de toute Lranche d'avec l’ancienne tige. Tout ignorant qui sent son ignorance doit avoir horreur de commencer par cet acte de présomption. Il cherche une autorité qui le dispense de faire cet acte pré somptueux et cet examen dont il est incapable. Toutes les nouvelles sectes lui disent, suivant leur principe fondamental : Lisez, raisonnez, décidez. La seule ancienne Église lui dit : Ne raisonnez, ne décidez point, contentez- vous d’être docile et humble: Dieu m'a promis son esprit pour vous préserver de l'erreur.

Qui voulez-vous que cet ignorant suive, ou ceux qui lui demantlent l'impossible, ou ceux qui lui promettent ce qui convient à son ignorance, à la bonté et à la justice de Dieu ?

Il ne lui faut que son ignorance bien sensée pour décider. Cette ignorance se tourne pour lui en science infaillible ; plus il est ignorant, plus son ignorance lui fait sentir l’absurdité des sectes qui veulent l’ériger en juge de ce qu'il ne peut examiner. (Cf. Lettres sur la religion. )

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i lui con -

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; plus urdilé texa-

les morts, etc., ils se marjuaient eux - mêmes au front du signe

On peut développer cette proposition d’une autre manière ‘encore.

Étant connu que Dieu a parlé aux hommes et qu'il a institué l'Église, il reste à discerner quelle est parmi les différentes -églises chrétiennes la véritable Église.

La véritable, c’est l’ancienne.

Pouvez - vous, dit Bossuet, vous y tromper? Ne voyez-vous pas que celle qui a toujours été, celle qui demeure toujours sur sa base, celle qu’on ne peut pas seulement accuser d’être séparée d’un autre corps et dont tous les autres corps se sont séparés, portant sur leur front le caractère de leur nouveauté, ne voyez-vous pas, encore un coup, que c’est elle qui est l'Église ? ( Élév. sur les mystères. Dix - huitième semaine, X VE élé vation. )

Ce raisonnement est simple et naturel: l'Eglise de Jésus - Christ et des Apôtres est celle qui remonte sans interruption à Jésus - Christ et aux Apôtres.

Réciproquement toute secte est reconnaissable à ce caractère, qu’elle ne peut fournir la chaîne, mais qu’au contraire on peut toujours lui marquer son commencement, c’est-à-dire le point où elle s’est détachée et où il y a entre elle et son fondateur solution de continuité. ÇCar toute secte naît d’une rupture avec le passé et cette rupture est constamment visible et manifeste. Elle est dans un de ces deux faits: ou bien il s’est. introduit des pasteurs qui n'étaient pas envoyés par les anciens, au bien des pasteurs anciens ont changé la doctrine.

Le premier de ces faits est un fait matériel, et qui saute aux yeux de chacun. Le second, s’il se bornait à ces parties de la doctrine qui n’ont pas toujours été clairement et formellement enseignées, serait moins grossier et passerait plus facilement inaperçu.

Mais il arrive, par la providence de Dieu, que les hérétiques ne se contentent jamais de repousser les développements de dogme qui leur sont contemporeins : une fatalité mystérieuse les pous-

se à se séparer mème de ce qu’il y a de plus explicite dans l’en -

seignement des premiers siècles. Si Luther et les siens n’en

avaient voulu qu’au canon des Écritures, il eût fallu de l’éru -

dition pour les réfuter ; mais s’attaquant à tout, rejetant pê le - mèle les bonnes œuvres, le culte des saints, la prière pour

de la nouveauté et du sceau de la rupture : il était trop mani feste que tout cela avait été pratiqué chez les premiers chrétiens. De plus, une fois qu'ils avaient été condamnés dans les for mes et qu'ils refusaient de se soumettre, ils contractaient, de tous les caractères, le plus anti - chrétien et le le plus anti - naturel ; ils étaient obligés, bon gré mal gré, d'en appeler au principe du libre eramen, ce qui les mettait en guerre avéc tout le chris tianisme.

Le particulier qui dans l'Église refuse de se rendre à la chose jugée, termine la querelle et supprime tous les doutes : il rompt manifestement avec l’ancienne doctrine et non - seulement avec l’ancienne doctrine, mais avec toute notion de reli gion ; il rend éclatant le signe de nouveauté ; il prépare aux plus simples le remède éontre ses propres artifices, et le princi pe du libre examen est entre ses mains ce qu'était autrefois, entre les mains du lépreux, la clochette qui annonçait son ar rivée et avertissait de fuir.

On dira que cette dernière observation est bonne à l'égard des hérétiques, mais non à l'égard des schismatiques, qui, eux, retiennent la règle de foi et toute la doctrine catholique, et ne diffèrent de nous que par un point de fait; ils veulent comme nous que chacun se soumette à la décision des pasteurs ; mais ils nient que leurs pasteurs soient illégitimes et sans juridiction : ce qui est une question d’histoiré ecclésiastique et de droit canon, où le simple fidèle ne peut que se référer à ce que lui diront de plus savants que lui.

Je réponds qu’en effet les schismatiques peuvent logiquement parlant s’en tenir aux faits et ne pas aller jusqu'aux principes. Mais ici de nouveau il se produit dans la pratique quelque chose qui n’est pas dans la nécessité du système ; la force des choses, Ja pente naturelle de l'esprit humain, que sais - je ? les circons tances, les hommes aggravent la situation plus que ne le demandait la logique, et ilse trouve à la fin que l'Église romaine

est de toutes les sociétés chrétiennes la seule qui et le prin-

cipe de l’infaillibilité, tout inscrit qu’il est dans l'Évangile, dans Ie cœur des peuples ët jusqué dans l'esprit des philosophes ui se réndent compte de la nature. dés peuples et des religions. Les Grecs bornent l'infailibilité aux sept premiers conciles œcuiéniques, par lesqels, disent -ils, toute la foi a été définie, de sorte qué, depuis lôt$, il n’y aurait plus dans la société que

Jésus-Christ a fondée ni développement des idées, ni autorité chargée de présider à ce développement. Il reste donc que l'Église romaine est la seule qui ait les caractères de l'Église primitive, et, parmi ces caractères, celui qui semble fait tout exprès pour éclairer et convaincre les peuples.

Ainsi le simple fidèle croit raisonnablement, sans pouvoir pourtant raisonner sa croyance. Toute certitude, dit Bergier, est fondée sur des motifs réels qui convainquent notre esprit sans lui laisser aucun sujet raisonnable de doute. Mais ces motifs peuvent agir sur l'âme et n’en être pourtant pas directement aperçus. Alors nous sommes bien entraînés par leur poids, nous sentons bien que nous ne pouvons pas raisonna blement douter, mais nous n’en sommes pas davantage en état de développer ces motifs, de les arranger en forme de démonstration pour convaincre les contredisants, en leur montrant le sophisme des arguments qu’ils nous opposent.

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Tout ce que nous avons dit sur les institutions de Colbert et sur les qualités éminentes des colons formés par ces institutions, est appuyé sur les plus sûrs témoignages. Nous pouvons invoquer ici non-seulement bon nombre des écrivains de l’ancienne monarchie, mais encore les auteurs les plus récents, tels que M. Clément, M. Jules Gourdault, M. Rameau, qui appartiennent à l’école nouvelle et qu'on ne peut accuser de trop de complaisance pour le XVIIe siècle. Mais comme on pourrait encore les croire suspects de partialité, nous ne nous arrêterons pas à leur autorité et nous irons chercher la confirmation de ce que nous avons exposé, dans les assertions de M. Parkman lui-même, malgré ses préventions contre les institutions monarchiques. On va voir ce que l’on trouve en cet écrivain, parfois si net et si judicieux, quand il ne se laisse pas influencer par des préjugés de secte ou des questions d'intérêt national.

D'abord aux pages 172, 218, 285 du livre The old régime, il juge Louis XIV aussi favorablement que nos propres auteurs.

‘ Le roi, nous dit-il, pendant quelques années au moins, a bien gouverné au dedans et au dehors.” Il ajoute, il est vrai, que ces années furent courtes, mais il ne peut contester que les principes posés pendant ce temps furent constamment suivis jusqu’au déclin du règne suivant. Il dit encore que le roi avait une connaissance très-juste des hommes qu’il employait, mais ‘quand il n'était pas aveuglé par la passion et l'amour de la flatterie” L’historien américain doit reconnaître que Louis XIV ne retira jamais la confiance qu'il avait donnée dès le commencement de son règne à Colbert, même lorsque celui-ci ne favorisait pas les penchants de son

2 Voir livraisons de décembre 1877, de janvier, février et mars 1878.

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pins, à st vrai, er que ment que le il empas in doit e qu'il olbert, de son

souverain au luxe et à la prodigalité. Les quelques nuages qui vinrent obscurcir à la fin son affection pour son premier minis tre, ne l'empêchèrent pas de lui laisser la direction principale dans les affaires.

L'historien, à la page 218, admire le système de colonisation par l’armée, et il observe que ce fut cette mesure qui donna au caractère canadien ‘une empreinte si forte et si durable.” Enfin, à la page 284, il admet que le gouvernement était vré ment paternel, plein de sollicite, et que si l'on avait un dé faut à lui reprocher, ‘ c'était un excès de complaisance et de bienveillance pour les intérèts des colons.”

Ce qui nous reste à dire est bien plus caractéristique : il s'agit des grandes qualités des colons canadiens.

Voici d'abord ce qu’on trouve dans le Old régime, à la page 398 :

“ Le système français avait au moins un grand avantage, il favorisait l'élément militaire. La population, formée en grande partie de soldats, était de plus renforcée systématiquement par ‘es recrues militaires. L’occupation principale de la population était un continuel apprentissage de la guerre dans les bois. Elle n’avait presque rien à perdre, et peu à faire, si ce n’est à combattre et à courir la forêt. Ce n’est pas tout : le gouverne = ment était essentiellement militaire. Le chef était un soldat gentilhomme, souvent un ancien et habile commandant; ceux qui l’entouraient prenaient son esprit et se laissaient entrainer par son exemple.

‘ Quant à la haute classe de la société, malgré: aullité poli tique, sa pauvreté, ses épreuves, ses habitudes mercantiles, elle était remplie de l'élan et de toute la fierté de cette brave noblesse, qui regardait la guerre comme la seule occupation digne d'elle, et qui estimait l’honneur plus que la vie.

‘“ Pour ce qui est de l’habitant, les bois, les lacs, les cours d'eau étaient son lieu d'étude, et là, il était pour le moins un habile écolier. Forestier consommé, adroit et hardi canotier, toujours prêt à combattre, servant souvent sans paye, ne recevant du gouvernement que ses provisions et son embarcation, il était prêt d'avance, en tout temps, pour toute périlleuse en treprise ; et dans la guerre d’escarmouche et d’émbuscade au milieu des bois, il y en avait peu qui pussent lui être comparés. Un pouvoir absolu disposait de lui, et des chefs expérimentés tiraient le meilleur parti de sa valeur redoutable.

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