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massacré les cinquante janissaires de garde. Voyez, leurs têtes sont coupées sur le mur: il y en a cinquante !.…
— Combien sont-ils eux - mêmes ?
— Douze, dit-on.
— Et qui sont ces vaillants ?
— Des coulouglis, commandés par Hamed - ben - Ali. — Malheur aux janissaires, alors !
Ce dialogue était répété à tous les coins de rues, à tous les carrefours, sur les terrasses, au sommet de toutes les maisons, entre voisins, réveillés brusquement par La marche des janissaires et le bruit des lourdes machines de guerre qu'ils trainaient avec eux, pour reprendre la casbah sur douze hommes! Car le peuple ne répondit pas à l'appel de ces héros! Il s’écartait avec crainte devant les bataillons pressés des soldats turcs ; les plus braves avaient un murmure, mais c'était tout! La population entière maudissait tout bas les étrangers ; tous faisaient des vœux pour les coulouglis, mais pas une voix ne leur cria: courage! pas un bras ne se leva pour les aider ; un grand vide se fit autour de la forteresse, car chacun redoutait de se trouver pris et écrasé dans le choc formidable qui allait résulter de l’attaque d’une armée contre ces douze hommes !
Hamed avait raison: la lâcheté du souverain avait fait le peuple lâche! Ibrahim était un poëte !.. Mais, au moins, la noblesse, elle, était à son poste 1...
La casbah, contruite sur une hauteur, n’est accessible, c’est à-dire attaquable que d’un côté. Les janissaires ont déjà tenté trois fois d’arriver jusqu’à la porte, mais trois fois ils ont dû reculer sous la pluie de projectiles de toutes sortes que les assiégés précipitent du haut des murs.
Ah ! si le peuple attaquait en ce momént le palais du dey, ou si les timariots, les spahis, toutes les troupes indigènes assaillaient les janissaires par derrière !.. Hamed dut le croire un instant, car l’on entendit à la casbah une décharge de mousqueterie, vers le bas de la ville. Les défenseurs de la forteres -
se poussèrent un hourra d'espérance et d'encouragement; mais
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c'était seulement un bataillon de janissaires qui fusillaient une femme! Les femmes ont souvent plus de courage que les hommes dans les temps troublés. La pauvre créature avait dit à un groupe d’Arabes : ‘“ Malheur et honte sur vous! Vos coulouglis se font tuer pour vous racheter et vous arracher à la tyrannie de ces soldats étrangers, et vous devisez au coin des rues, au lieu de voler à leur aide. … Vous êtes des lâches ! ”— Les janissaires l’entendirent et leur chef la fit fusiller.
Cependant, douze hommes ne pouvaient pas défendre la cas bah contre toutes les troupes du dey. La porte finit par céder sous les attaques multipliées, et les turcs s’élancent dans la for teresse, qui fut reconquise, à partir de ce moment, sans, pourtant, que le combat fût fini, car les coulouglis défendaient cha que porte, chaque corridor, chaque escalier, avec le courage du désespoir, l’acharnement de la haïne et l’héroïsme du patrio tisme le plus exalté. Ils n’espéraient plus vaincre, ils ne comptaient plus sur le peuple, mais ils tuaient les janissaires avec volupté ! Leur généreux sang coulait sans qu'ils s’en aperçus sent, mais ils tressaillaient de bonheur chaque fois qu’un soldat tombait !
Reculant pied à pied, les coulouglis, dont le nombre était réduit à cinq, tous blessés, excepté Hamed, qu’Allah protégeait visiblement, les coulouglis, dis-je, arrivèrent sur la plate - for me. Ce drame sanglant touchait à son dénouement ! La forte resse contenait alors plus de deux mille janissaires, qui, se ré pandant sous les hautes voûtes en poussant des cris de victoi re, s’acharnaient, comme les bêtes du désert, sur les cadavres criblés de blessures de leurs ennemis tombés.
Dans ce moment, Ibrahim, déjà blessé, reçut à l’épaule une blessure qui le renversa: ‘Hamed, s’écria-t-il, Hamed, achève-moi, je ne veux pas tomber vivant aux mains de ces maudits !”
Hamed ne parut pas l'avoir entendu, car il ne lui répondit pas et se pencha dans un créneau pour regarder au: dehors : le dernier bataillon des janissaires s’engouffrait sous la voûte d'entrée comme les iorrents se précipitent, et le peuple, ce lâche peuple pour lequel ils allaient mourir, croyant tout fini, osait enfin se rapprocher de la forteresse.
“ Hamed, répéta Ibrahim d’une voix lamentable, frère, achè ve-moi!”
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