‹ Une colonie féodale en Amérique [microforme]Chapitre 24 sur 63 · EE · texte numérisé non relu

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Mais si les origines et l'existence féodales de toutes ces

sn olonies sont parfaitement confirmées par les titres et par et de faits, il est non moins évident que les influences et les Ce aditions de la féodalité ne se sont point installées pariles oit vec la même puissance. Dans quelques contrées, elles Po vaient décliné rapidement; dans certaines autres, elles nn S ‘étaient consolidées ; il est même visible que le système es châtellenies simples a présenté une force de résistance urent °"t° particulière ; non-seulement il se maintint, mais dans RAR lusieurs endroits il se développa et fut un des facteurs aque lu progrès général.

dlis- Néanmoins, il est bien certain que, prises en masse, les eme Bpestitutions féodales subirent peu à peu en Amérique de la fn randes altérations, sous la pression des nécessités ét des E que abitudes qu’entraine tout établissement nouveau. Ceci, “ue du reste, n’a rien qui puisse nous surprendre; car «dans Europe elle-même, la féodalité avait déjà éprouvé et Lispa- ontinua d’éprouver de très-grandes modifications. ples, Il convient maintenant de remaïquer ici que ces transplantations féodales ne s’opérèrent point de la même façon créés Mputout. Dans les colonies anglaises. la seigneurie fut instala ée à la coutume anglaise : les manors, avec leurs caracdans Bts spéciaux; les basses tenures, avec la diversité de leurs ormes, et partout la Court-Baron, usage ir\ditionnel en da Angleterre, consistant en une réunion quasi périodique P ‘des tenanciers autour de leur seigneur en son manor. Dans cette réunion, le landiord psssait en quelque aan. Mise la revue de ses hommes, et conférait avec eux des HE intérêts généraux du canton. Instituée d’abord dans l’infew. MRtérèt du seigneur, la Court-Baron finit par être plus utile pré encore aux tenanciers ; elle devint pour eux une garantie te relle contre l'arbitraire, qui foisonnait dans le régime ss éodal anglais : tout le monde sait que ce fut du Coërt-

Roll de la Court-Baron que sortit une nouvelle ten:re

dite le Copy-Hold, qui a consolidé la situation fonciir d’une grande partie des paysans anglais.

Cette importante institution de la féodalité anglaise fu transportée en Amérique, et y devint l’origine de ces coun délibérantes que l’on voit surgir aussitôt dans toutes la seigneuries. Elles y prirent promptement la direction de affaires publiques, et en voici la cause :

Déjà nous avons signaié que la plupart des seigneur anglais ne passèrent pas la mer, abandonnant à des mar dataires l'administration de leurs territoires. En fait, c'était le renversement des principes de la féodalité, don

le but ctait de rapprocher, ou tout au moins de relirÿé

ensemble les différents échelons de la nation. Les relations familiales, traditionnelles, journalières,

qui existaient en Angleterre entre les seigneurs et leurk

tenanciers, rachetaient en effet, pour une forte part, le abus de l’organisation des fiefs. Le lord était forcé, par le: coutumes et la tradition, de se considérer comme wn

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tribu. C'était ce que M. le Play appelle si bien une auto rité sociale reposant sur un ensemble d'idées et d'intérêts, de sentiments et de souvenirs, communs entre lui et le vassaux. Mais lorsque le mandataire remplaca le seigneur, la situation changea complétement de caractère; celui-h

n'apportait avec lui aucun prestige, aucun cortége dk

coutumes ou d’affections partagées, aucuns souvenirs de vie commune. L'autorité sociale disparaissait, et il restait, à découvert, un gendarme ou un percepteur.

Aussi toutes ces cours féodales, à mesure qu'elles st constituent en Amérique, montrent-elles des esprits aigris, chicaniers, toujours mécontents; le mandataire du lord ignore ou néglige tout ce qui tendait, en Angleterre, à aplanir les petits conflits de basse féodalité ; le tenancier, d'autre part, devient aussitôt méfiant, exigeant, un esprit

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Voilà une des premières causes de l’amoindrissement des idées et des usages féodaux, dans les colonies anglaises ; mais au Nord, et surtout dans la Nouvelle-Angleterre, il s’y joignit un motif particulier ; les puritains poussaient le zèle

religieux jusqu’au fanatisme; le gouvernement devint peu

à peu entre leurs mains une oligarchie théocratique, qui substitua en toutes choses une hiérarchie puritaine à la hiérarchie féodale, et quand ces seigneuries, saisies par l’autorité royale, furent transformées en provinces, il n’y restait déjà presque plus de traces des usages féodaux qui avaient présidé à leur formation. Cependant il convient de noter ici que l’on eut encore, pendant de longues années (telle était la force de la tradition), le spectacle singulier d'une province puritaine (le Massachussetts), qui était seigneuresse de deux seigneuries achetées dans le territoire du Maine, et qu’elle gouvernait contre leur gré.

Dans le Sud, au contraire, la lutte s’établit d’abord entre les seigneurs des petits fiefset les landlords, qui possédaient de véritables provinces. Après la disparition de ceux-ci, les manors et les petites seigneuries constituèrent en fait une véritable aristocratie terrienne; mais ce qui défigura et altéra dans ce pays toute féodalité sérieuse, ce fut l’introduction de l'esclavage.

La féodalité hiérarchise en effet tous les éléments d’une société, mais elle n’en annule aucun. Le complément de la féodalité, en Europe, a été la libération de la glèbe, qui a fait passer les serfs à l’état de tenanciers; — jusque-là, la féodalité n’était guère qu’une ébauche. — Dansle système féodal complet, tous les féodaux sont solidaires; tous les

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rangs ont leurs droits et leurs devoirs, et il n°y a pas place, dans ces rangs, pour quelqu'un qui n’a pas la plénitude de sa responsabilité personnelle; c’est un heymatlosen, un déclassé. Du moment où l'esclavage des noirs devint un fait social, il n’y avait donc plus de féodalité proprement dite.

Tandis que dans les colonies anglaises, les institutions féodales elles-mêmes, comme la Court-Baron, contribuaient à la ruine du système, en jetant la désunion entre le lord et ses tenanriers, entre ceux-ci et la métropole; nous voyons au Canin. tout au contraire, la pratique du régime féodal resserrei plus étroitement les liens qui unissaient les seigneurs et les tenanciers, la colonie et la France.

Dans la seigneurie régnait ici une bonne harmonie; il était sans exemple qu’un seigneur canadien demeurût en Europe. La vie du gentilhomme était constamment mêlée avec celle de l'habitant ; assez pauvres tous deux, mais sans être misérables, ils s’accordaient aisément : il y avait accord pour l'extension des cultures, pour la distribution des familles ; accord sur les affaires intérieures des fiefs ; accord sur l’agrandissement du territoire ; accord surtout pour les expéditions militaires. Le seigneur, qui s’exercait toute sa vie pour la guerre, marchait toujours à la tête de ses hommes. Il se formait ainsi entre eux mille souvenirs communs de travail, de fatigues, de dangers, qui ne s’oublient jamais et qui préviennent les discussions. Les charges du tenancier étant d’ailleurs extrêmement légères, les questions d'intérêt étaient bien rarement assez graves pour ébranler les sentiments si puissants qui rattachaient ces hommes entre eux. Combien de tenanciers se souvenaient très-bien que leurs ancêtres étaient venus s'établir dans la seigneurie, en même temps que les aïeux du seigneur

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at ou tout ou moins d'alliance, entre tous les habitants de la e de mème seigneurie ; les idées qui naissaient alors étaient assez ie semblables à celles qui se rencontraient dans les clans de FE l'Écosse, et il semblait que, par ses traditions, chaque val famille se rattachât quelque peu à celle du chef. Par cette confiance réciproque, admirable et féconde, | naquit leur puissance et grandit leur progrès : le clergé a js présidé aux luttes pacifiques par lesquelles la nation étentrie dait ses conquêtes sur la nature sauvage ; mais ce fut cette que forte hiérarchie féodale qui l’entraina dans les luttes le ; ruerrières, alors que ces tenanciers héroïques, se rangeant du en bataille derrière leurs gentilshommes, couvraient de a sanglantes hécatombes les montagnes ravinées du Maine, t la les gorges de la Malengueulée et les escarpements de Caril- | lon : jusqu’au dernier et sanglant sacrifice, où tenansil ciers et seigneurs, gentilshommes et coureurs de bois, su tombant pêle-mèêle, se firent hacher derritre les abatis de 'lée leurs forêts, avant que l’Américain pût franchir la fronner titre sacrée qui couronnait de rochers et de bois le splennil dide bassin du Saint-Laurent.

les D'où venait donc cette habileté guerrière? D’où venait je cette énergie, à ce petit nombre d'hommes, assaillis penles dant tout un siècle par des ennemis qui se comptaient st vingt contre un? D'où leur venait tant de puissance, sinon "+ de cette cohésion sociale et de cette bravoure traditionss nelle qu’avaient produites chez eux les institutions tutéà laires de leur féodalité ?

dé Que faut-il donc conclure, dira-t-on, de résultats si contradictoires? Quel a été le véritable rôle de la féodalité en à Amérique ? Questions fort légitimes; et c’est pour les réss soudre que nous avons publié cette monographie de la pre- ) mitre colonie européenne fondée dans le nord de l’Amé-

rique. Là, nous pourrons voir sur le vif comment se sont

opérées les émigrations, ce qu'étaient ces émigrants et comment ils vivaient.

Nous étudions trop souvent le passé d’une manière, non pas historique, mais plutôt philosophique et abstraite; pour un certain nombre d'écrivains fort honnêtes, mais doués de plus d’imagination que de science, la formation des États-Unis n’a été que la matière d’un roman politique. On a ainsi jeté dans l’ombre les dix-neuf vingtièmes des colons européens, pour ne mettre en lumitre que ce petit nombre d’esprits bizarres qui se sont établis à New- Plymouth, et encore leur a-t-on fait dire bien des choses auxquelles ils n'avaient jamais pensé. Nous rendons toute justice aux vertus des Pilgrims, et nous concevons la plus haute estime pou leur caractère; mais ce n’était pas une raison pour les surfaire et semer dans la foule des préjugés qui rendent aujourd’hui les meilleurs esprits rétifs à l'acceptation des faits historiques les plus simples et les plus évidents.

N'oublions donc jamais que, pour bien juger les faits et les hommes du passé, au lieu de les amener à nous, il faut aller vers eux, nous mettre en leur place et nous pénétrer de leurs idées et de leurs habitudes. Or, en l’année 1700, les gens de toutes conditions, lorsqu'ils s’établissaient sur le sol, n'avaient d’autre pensée, en le travaillant, que de s'assurer, en même temps que le vivre, un droit terrien qui leur assignât un rang déterminé dans l’organisation sociale; leurs préoccupations n'avaient pas le même but que nos soucis; leurs méthodes de travail n'étaient pas semblables aux nôtres, et leurs procédés intellectuels ou sociaux évitaient les complications rêveuses où notre imagination aime à s’étaler, en s’égarant quelquefois. Peut-être avaient-ils trop de simplicité ; mais n’avons-nous pas nous-mêmes trop de prétention ?

Aujourd’hui, lorsque nous concevons le projet d’une

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