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e désordre d’une ints se serraicent solation dans les rdente leur don.
eux encore à la 1 de leurs chefs, it-il cette phrase isères que nous
de Dieu et de mercie Dieu de e d'y être venu, , même si j'avais jamais je ne me nsi que se créent qu'à établir de ls mettaient leur vie modeste, et he et une nation
con prodigieuse, i furent, durant rtaine gaucherie e la moitié de la en qu’ils eussent us d’Angleterre -mêmes envoyé Sud.
ation, pour être Dons jours; dans gentilshommes, nanciers ou des r sur leurs fiefs
et sous leur patronage. Cette immigration fut encore souvent fort bonne ; mais on ne saurait en dire autant du recrutement des engagés célibataires, qui dans ces colonies formèrent promptement la majorité des immigrants. Ce recrutement, qui s’opérait d'abord directement par les seigneurs, pour le peuplement de leurs seigneuries, tomba bientôt dans le domaine commercial. Les capitaines de navires engageaient, moyennant une prime, des hommes qui consentaient à aller travailler dans les colonies, en aliénant d’avance leurs services pour un temps déterminé (de trois à cinq ans); en arrivant en Amérique, les capitaines se remboursaient de leurs primes et de leurs frais de transport en cédant aux colons leurs contrats d’engagement, avec un certain bénéfice. Tant que ce transport d'engagés fut très-limité, il ne présenta que des inconvénients médiocres; l’appât du gain étant minime, les capitaines n’enrôlaient guère que ceux qui se présentaient spontanément ; mais les profits étant devenus assez considérables pour que le trafic des engagés prit des proportions toujours croissantes, il ne tarda pas à en sortir de trèsficheux excès.
On enlevait dans les ports de mer des enfants de quatorze ou quinze ans, et même des valétudinaires; on embarquait tous les vagabonds et repris de justice, qui sentaient le besoin de s’éloigner des lieux où ils étaient trop connus', et sur les cûtes du nouveau monde, la vente de ces contrats, qui souvent n'étaient que fictifs, offrait un spectacle encore plus révoltant : c'était en réalité l’organisation de la traite des blancs, en une servitude temporaire; de là à la traite des nègres pour une servitude indéfinie, il n’y avait qu’un pas; il fut promptement franchi.
« En 1619, dit Hildreth, il arriva en Virginie douze
1 Carlier. — Bancrofft.
« cents immigrants ; il y avait parmi eux cent vagabonds ou « repris de justice qui furent vendus comme les autres, ct « aussi vingt nègres qui furent amenés et vendus par « un capitaine hollandais : c’étaient les premiers! » Voilà comment s’opéra la transition.
On enrôlait aussi et même on enlevait quelquefois des jeunes filles qui se vendaient très-bien en Virginie : en 1620, un premier convoi de quatre-vingt-dix jeunes filles, recrutées par un capitaine adroit et industrieux, fut vendu à raison de 100 livres de tabac par tête; un exemple si profitable fut promptement suivi, et l’année suivante une nouvelle cargaison atteignit les prix de 150 livres de tabac par tête de fille.
Le gouvernement anglais, éclairé par ces habiles manœuvres, songea alors à se débarrasser de ses prisonniers de toute nature, en réalisant un double bénéfice : en les déportant, en effet, on s’épargnait les frais de leur entretien, et en vendant leurs services à titre d'engagement, on se procurait de l'argent. Ces envois furent fréquents, et cette déportation des criminels conduisit bientôt, par extension, à la déportation de tout ce qui était qualifié prisonnier; on joignit aux prisonniers ordinaires les prison: niers politiques, et les dissensions civiles de l’Angleterre devinrent une des sources les plus importantes qui alimentèrent l’immigration d'Angleterre en Virginie; commerce honteux qui s’étendit peu à peu dans les autres colonies, et jusque dans la Nouvelle-Angleterre :
« Ce trafic d'hommes de race anglaise devint si commun, « que non-seulement les Écossais faits prisonniers à la « bataille de Dumbar furent expédiés en Amérique pour « y être réduits en servitude, mais encore les royaux qui « tombèrent au pouvoir des parlementaires à la batailie « de Worcester, ainsi que les chefs de l'insurrection de « Penruddor, furent embarqués pour les colonies. En
ent vagabonds ou me les autres, ct , et vendus par remiers ! » Voilà
L quelquefois des en Virginie : en -dix jeunes filles, trieux, fut vendu e; un exemple si née suivante une 50 livres de tabac
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Amérique pour re les royaux qui ires à la batailie l'insurrection de es colonies. En
« Irlande, les exportations de catholiques irlandais étaient «nombreuses et fréquentes, et accompagnées de traite «ments si cruels, qu'ils le cédaient à peine aux atrocités « de la traite africaine. En 1685, près de mille prisonniers, « compromis dans l’insurrection de Monmouth, furent con- « damnés à la déportation; et aussitôt plusieurs hommes
| « influents à la cour se disputèrent cette proie, comme une
« marchandise de grand profit". »
Ce fléau d’une immigration mercantile, forcée, détestable, s’étendit bientôt partout, jusque sur les rivages de la Nouvelle-Angleterre elle-même, où la colonisation anglaise, qui jusque-là avait donné d'excellents résultats comme moralité, prit un tout autre caractère. Il est vrai que cette influence fut en partie la cause de cet accroissement si prompt de la population anglo-américaine ; mais cette promptitude eut sa compensation dans l’affaiblissement matériel et moral, qui en résultait sous d’autres rapports : cette grande multitude d'hommes subissait des déchets considérables après son débarquement ; la colonisation anglaise ne fut obtenue, comme certaines victoires, que par un sacrifice énorme de vies humaines; déportés par force ou par ruse, et brutalement vendus à des maitres grossiers, ces engagés étaient traités d'autant plus mal que les colons les considéraient comme Îe rebut de l'humanité. La mortalité était done grande parmi eux; beaucoup ne se mariaient point et vivaient dans le libertinage. Ce furent là les causes de cette disproportion, que nous avons signalée, entre le croit naturvl des Anglais et celui des Français en Amérique,
Il venait moins d’émigrants, il est vrai, au Canada ; mais la population établie se muitipliait plus régulièreinent
Act plus vite; cette ienteur dans le peuplement était sans
1 Carlier, — PBancroft,
D A D a DER ma ee et minons 0
MED re
aucun doute regrettable, surtout pour les intérêts francais: mais en se plaçant à un point de vue plus élevé, plus général, ce grand retard était moins préjudiciable que la précipitation inconsidérée des Anglais. Il en est ainsi, du reste, dans presque tous les progrès sociaux; rien ne remplace l'influence du temps pour la qualité de l’œuvre, ct mieux vaut encore une extrême lenteur qu’une extrême promptitude.
Un autre résultat plus fâcheux encore de cette vicieuse immigration fut d’altérer la virilité, les qualités sociales et le caractère de haute moralité que présentaient les colonies primitives; cette société en devint moins forte, moins intelligente, moins propre aux grandes choses. Enfin nous ne pouvons pas quitter ce sujet sans faire remarquer avec quelle légcreté et quelle ignorance on attribue communément à l’habileté et à l’activité du gouvernement anglais le développement si prompt des États-Unis; ce qu'il y eut de bon dans cette nombreuse immigration fut tout à fait indépendant de son action et de ses calculs, tandis que tous les mauvais éléments qui la corrompirent furent directement le fruit de ses vices et de sa sottise. Si, dans l’histoire de nos colonies, on retrouvait souvent la trace de pareils abus et de désordres si détestables, Dieu sait quek flots d’imprécations on eût dépensés en cette matière! Et cependant la colonisation anglaise a été portée aux nues par ces mêmes idéologues qui eussent prodigué leurs malédictions emphatiques et déclamatoires contre le gouvernement francais.
Pour nous, nous conclurons plus simplement que ke gouvernement francais eut grand tort de ne point profiter des ressorts puissants qu’il avait sous la main pour active l'immigration; mais nous trouvons le gouvernement ar glais bien coupable, non-seulement d’avoir toléré, mai plus encore d’avoir suscité cette traite odieuse des blanc
intérêts francais; élevé, plus généciable que la préen est ainsi, du aux ; rien ne remité de l’œuvre, ct r qu'une extrême
> de cette vicieuse qualités sociales et sentaient les colonoins forte, moins hoses. Enfin nous re remarquer avec attribue commurouvernement anats-Unis; ce qu'il migration fut tout ses calculs, tandis rrompirent furent a sottise. Si, dans souvent la trace de es, Dieu sait quel cette matière! Et ; portée aux nue,
ires contre le gou-
simplement que le e ne point profite main pour activer gouvernement at avoir toléré, mai dieuse des blanc
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qui devait conduire à la traite des noirs, et vicier dans leur source les qualités précieuses dont cette société nouvelle avait été dotée à son berceau.
SECONDEMENT. Nous devons maintenant appeler l’attention sur la différence d'activité, d'aptitude, d'intelligence ct d'énergie, qui donnèrent alors aux Canadiens-Français une grande supériorité sur leurs voisins. Une telle
| assertion peut aujourd’hui nous sembler étrange; mais au
seizième et au dix-septième siècle, elle eût paru fort naturelle.
Nous ne voyons aujourd’hui les Anglo-Américains et les États-Unis qu’à travers le mirage de leur progression extraordinaire et de leur merveilleuse fortune ; nous admirons l’audace qui leur est venue avec l’habitude du succès ; mais l’Anglo-Saxon de 1650 à 1750 était très-différent de celui d'aujourd'hui.
Trés-religieux, très-timides, même dans la Nouvelle- Angleterre, plus vertueux peut-être et plus réellement sociables que leurs descendants, il faut avouer pourtant que rien n'était moins audacieux ni plus casanier que les pioneers anglais de cette époque : leur esprit, pourvu de peu d'initiative, était faible et timide; impropres à manœuvrer au milieu des sauvages, peu habiles dans la formation des nouveaux établissements, nous les voyons partout, dans leurs débuts, aussi bien au Nord que dans le Sud, succomber en masse sous le coup des privations, des souffrances, de la misère, contre lesquelles ils ne savaient ni se précautionner ni se défendre; ils possédaient moins d'esprit de ressource, moins de hardiesse, moins de ressort que les Canadiens et les Acadiens; pour apprécier toutes ces différences à leur juste valeur, il suffit de parcourir leurs chroniques primitives, les lamentations des Pèlerins, les désastres de la Virginie, et de les comparer avec les Mémoires de Champlain, les Chroniques de Montréal par
l'abbé Faillon, et surtout avec ces récits naïfs et énergiques de Lescarbot, dont nous avons donné quelques extraits.
« Si l’on compare le colon francais et le colon anglais du dix-septième siècle, ce rapprochement donne lieu à un nouveau contraste : le colon anglais était principalement dominé par l'amour de la liberté et la passion du commerce et des richesses. Tous les sacrifices pour obtenir ces trois objets, vers lesquels ses pensées tendaient sans cesse, étaient peu de chose pour lui, car en dehors il n ‘oyait «ue ruine et abjection... Les Canadiens, peuple ‘: ‘‘boureurs, de chasseurs et de soldats, les Canadiens essent triomphé, quoique plus pauvres, s'ils avaient été seulement la moitié aussi nombreux que leurs adversaires! Leur vie à la fois insouciante et agitée, soumise et indépendante, était plus chevaleresque, plus poétique que la vie calculatrice de ces derniers. C’étaient des chercheurs d’aventures, courant après une vie nouvelle, des vétérans brunis par le soleil de la Hongrie et qui avaient pris part aux victoires des Turenne et des Condé; c’étaient des soldats qui avaient vu fléchir, sous le génie de Luxembourg, le lion britan-
« nique et l’aigle autrichien. La gloire militaire était leur idole, et, fiers de marcher sous les ordres de leurs seigneurs, ils les suivaient partout au risque de leur vie, pour mériter leur estime et leur considération. » (GARNEAU.
Ajoutez à tout ceci un esprit viril, une intelligence prompte
et étendue, et vous aurez complété le portrait des Canadiens.
Malgré leur grand nombre ct les centres considérables qui
se formèrent tout de suite à Boston, à New-Ilaven, à Pro-
vidence, etc., les Américains n’aimaient point à s’écarter de la proximité de la mer ; on peut dire même qu'ils redour taient non-seulement les établissements, mais les excur. sions dans l’intérieur. Jusqu’en 1764, époque de la coloni
aïfs et éncrgiques elques extraits.
t le colon anglais nent donne lieu à s étail principaleé et la passion du s sacrifices pour ses pensées tene pour Jui, car en tion... Les Canaeurs et de soldats, que plus pauvres, aussi nombreux fois insouciante et t plus chevalerestrice de ces derrentures, courant runis par le soleil aux victoires des soldats qui avaient rg, le lion britanmilitaire était leur dres de leurs seie de leur vie, pour ion. » (GARNEAU.
elligence prompt ait des Canadiens.
s considérables qui ew-Haven, à Pro-
point à s’écarter nême qu’ils redous, mais les excur poque de la colon!
sation du Kentucky, aucune de leurs colonies ne se hasarda bin du littoral ; c’est tout au plus si l’on entrevoit çà et la, dans leur histoire, quelques expéditions commerciales ou militaires, traversant les montagnes Bleues et atteignant furtivement, à peine, les lacs inférieurs Ontario et Érié. Le Mississipi, les grands lacs occidentaux, et à plus forte
l'raison les prairies et les plaines de l'Ouest, n'étaient connus
des Anglais que confusément, par l'écho des relations francaises ; cette ignorance casanière survécut même à la conquête du Canada’; on peut donc considérer les Alléghanys comme ayant été pendant cent cinquante ans la borne de leur horizon, ultima Thule !
Les Franco-Canadiens, au contraire, se montrent tout de suite pleins d’entrain et de hardiesse, disons même aventureux à l'excès; ils étendirent dès l’abord leurs investigations et leurs opérations jusqu’à l'extrême Ouest. Champain visitait les grands lacs avant qu'aucun Anglais eût songé à perdre de vue le rivage de la mer; en 1660, nos traitants de pelleteries et les coureurs de bois parcouraient déjà tous les ans, et en grand nombre, ces contrées reculées ; en 1680, ils exploraient en amont et en aval la vallée du Mississipi, et ils établissaient partout des postes de commerce, dont la série échelonnée finit par relier le Canada et la Louisiane* ; les travaux des missionnaires sont encore bien plus surprenants, si on les fait entrer dans les termes de la comparaison, puisque dès 1625 nous voyons des moines récollets pénétrer dans les forêts de l'intérieur, seuls, sans appuis d'aucune sorte, connaissant
1 The Pioneer History of Illinois, by John Reynolds, p. #1 et #7. — Journal de l'expédition de Rogers sur Détroit, en 1763. — Lire aussi la Relation originale de l'expédition de Lewis et Clarke dans l'Illinois en 1775.
? Garneau, Histoire du Canada. — Ferland, idem. — Vauban, les Oisivetes.
à peine quelques mots des langues indiennes, et parcourir par terre, de tribu en tribu, les montagnes sauvages qui séparent l’Acadie du Canada. Quand un de ces prêtres audacieux, le P. Druillètes, vint à Boston en 1650, le pasteur anglais Elliott, qui s’occupait des Indiens du Massachusetts, fut saisi d’étonnement ct de respect, en voyant ce missionnaire «qui parlait les langues sauvages aussi « bien que les indigènes; qui avait passé plusieurs hivers « dans les cabanes enfumées des Oumamioucks et des « Papinachois, à trois ou quatre cents milles des habita- «tions françaises; qui venait de traverser d’épaisses et « interminables forêts, et dont l’habit ainsi que l’équipage « le rapproch: : nt plus d’un sauvage que d’un Français « de médiocre condition ». Elliott se prit d'affection pour lui, et par une « contradiction étrange, ce ministre qui, « au conseil des Elders, prohibait les prêtres catholiques « sous peine de mort, voulait le retenir pour qu'il passit « l’hiver avec lui! ».
Quoi qu’il en soit et pour conclure, il y a un fait incontestable et péremptoire qui tranche la question qui nous occupe, c’est que, en 1740, alors que l’intérieur de ce vaste continent était presque inconnu des Anglo-Américains, les Canadiens avaient fondé depuis quarante, cinquante et soixante ans, pour le soutien et le développement de leurs opérations commerciales, plusieurs colonies, à cent, deux cents et jusqu’à quatre cents lieues de la mer dans l’intérieur du continent : telles étaient Frontenac, Détroit, Michillimakinac, la baie Verte, Vincennes et les colonies si curieuses et si peu connues de l'Illinois, qui datent de 1680°, et dont les premiers registres de baptême et de mariage sont de 1695.
1 Beamish, page 11%. — Ferland, page 391 à 395.
? Broadhead, Documents de Paris. — Dillon, Histoire de l'In-
nes, et parcourir es sauvages qui de ces prêtres en 1650, le pasdiens du Massaspect, en voyant sauvages aussi plusieurs hivers mioucks et des iilles des habitaer d’épaisses et si que l’équipage e d’un Francais d'affection pour ce ministre qui, tres catholiques our qu'il passät
a un fait incon- Lestion qui nous ’intérieur de ce es Anglo-Améri- S quarante, cinet le développeusieurs colonies, lieues de la mer ient Frontenac, Vincennes et les e l'Illinois, qui gistres de bap-
Histoire de l'In-
Cependant à cette époque (1749) les Anglo-Américains comptaient déjà 800,000 âmes, et recevaient chaque année de nombreux émigrants, tandis que les Canadiens n'étaient que 43,000 et ne reccvaient de la métropole que des renforts insignifiants. Telles étaient néanmoins l’activité et la hardiesse de ces derniers, qu'ils offrirent alors de
jeter 8,000 colons à Détroit, pour dominer tout l'intérieur
du continent, si le gouvernement francais voulait, pour compenser ce vide, faciliter l'envoi d’une nombreuse immigration française au Canada’. Si ce plan aussi intelligent qu’audacieux eût été agréé, il est probable que jamais les Anglais n’eussent conquis nos colonies!
Les Francais du Canada présentaient donc, dans leurs explorations et dans leurs entreprises, une perspicacité, une résolution, un esprit de ressource auxquels les Anglo- Américains étaient complétement étrangers ; il est facile dès lors d’apprécier comment l’action, les défrichements et la population se développèrent ct se répandirent, toute proportion gardée, dans le Canada, avec infiniment plus de rapidité et d'intensité que chez les Anglo-Américains, infin, si l’on tient compte de la quantité d’immigrants que recevaient l’un et l’autre pays, le calcul nous démontre en outre que les Canadiens se multipliaient plus vite que les Américains, malgré la dispersion et la déperdition considérables qu’entrainait le commerce des fourrures dans les solitudes de l'Ouest, et c’est encore ce que l’on peut observer aujourd’hui*.
diana. — Smith, Histoire du Wisconsin. — Reynolds, Pioneers of Illinois. — Rameau, Notes sur la colonie du Détroit, — Archives de la Marine. — Actes de l'église de Kaskaskias. — Actes de l’église de Sainte-Anne au Detroit.
1 Mémoires et lettres de M. de La Galissonnière. (Archives de la marine.)
* Les États reçurent, de l’année 1600 à 1700, plus de 100,000 émigrants; de 1700 à 1750, ce nombre fut dépassé ; le Canada et
Dans tout ceci, où voit-on la supériorité du colon anglais, et quel est celui de ces deux pionniers de la société chrétienne qui nous semble le mieux doué pour porter dans le désert la civilisation et le progrès?
TrotstÈMEMENT. Était-ce donc par l’organisation sociale que les établissements anglais l’emportaient sur les colonies françaises? Certes, sur quelques points, la condition des Anglais était préférable, mais sous d’autres rapports ils étaient moins bien partagés, et la balance finale, ainsi que nous le verrons, n’est peut-être pas celle que l’on présume communément. En tout cas, il est fort douteux, aujourd’hui, que ces circonstances sociales ou politiques aient exercé l'influence exagérée qu’on leur a attribuée, sur la fortune des Anglo-Américains et sur la chute du Canada. Si les Canadiens, en effet, eussent été aussi nombreux que leurs adversaires, ils eussent conquis toutes les colonies anglaises dès les premières années du dix-huitième siècle; et si les Anglo-Américains n’eussent jamais recu plus d'immigrants que le Canada, ils n’auraient pas encore aujourd’hui franchi le premier versant des Alléghanys; c’est ce que nous allons montrer dans les pages qui suivent.
Chacune de ces deux sociétés possédait en réalité des qualités et des défauts qui lui étaient propres, sous des formes variées, et dans l’une ct l’autre se rencontrent des abus considérables, dont les plus grands n’étaient peutêtre pas ceux dont on parle le plus. Que n’eût-on pas dit, en effet, et que ne diraient pas aujourd’hui nos déclama-
l’Acadie recurent 6,000 émigrants durant la première période et #,000 pendant la seconde, c’est-à-dire le vingtième de l’immigration américaine. Or, en 1750, les États-Unis comptaient 1 million d’âmes, et la population française du Canada, de l’Acadie et des colonies dispersées dans le Far-West atteignit alors 75,000 habitants. — Voir les recensements divers, et notamment le tome IV du recensement canadien de 1871.
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ment le tome IV
teurs et nos sophistes, s’ils’était produit dans nos colonies le dixième des excès dont l'immigration a été entachée dans l’Amérique anglaise? Cela s’est vu une fois chez nous, en Louisiane, mais ces excès se sont reproduits cent fois dans les États, et cela a duré plus de cinquante ans.
Le fond de la question est celui-ci : dans la situation
{prédominante de nombre, de puissance, de richesse,
qu'une émigration surabondante et des circonstances fortuites avaient créée dans les colonies anglaises; celles-ci ont-elles profité de ces avantages pour développer une société plus policée, mieux ordonnée, plus intelligente, plus expansive dans ses progrès et ses établissements? Ontelles joui d’une plus grande harmonie à l’intérieur, montré plus de virilité et de puissance à l'extérieur, produit plus de richesses par leur travail ?
Certes, les Américains l'ont emporté dans ce dernier article, de même que dans le commerce, et encore cette supériorité n'est-elle pas entièrement le résultat de leur propre génie, car il faut tenir compte des facilités de toute nature qu’une population plus considérable leur a fournies dès le principe, pour les opérations du grand commerce et pour l'établissement de l’industrie. Mais leur société était-elle plus policée, mieux ordonnée, plus intelligente? Il est permis d’en douter, surtout sur ce dernier point, car les Canadiens possédaient, dès 1675, deux excellents colléges de hautes études, l’un à Québec et l'autre à Montréal, qui à cette époque étaient infiniment supérieurs à celui de Harvard dans le Massachusetts ; quant à l'ignorance de la Virginie, elle fut, jusqu’à la révolution de 177%, proverbiale chez tous les Anglais, et Berkeley, leur gouverneur, disait en 1650 : « Nous n’avons dans la colonie ni écoles libres ni imprimeries, et J'espère que nous n’en aurons pas d'ici à trois siècles. »
Le hasard nous a transmis à ce propos un témoignage
Re rep reme
Le
précieux à conserver et à reproduire ; c’est celui de Kalm, naturaliste suédois, qui fut envoyé pour étudier la flore américaine vers 1750. Tout en étudiant les plantes, ce savant ne laissait pas que d'observer les hommes ; il se loue beaucoup de l’accueil qu’il recut des Yankees, mais il déplore en même temps chez eux la grossitreté et la vulgarité de l'intelligence : il considère la population canadienne comme très-supérieure : « J’y rencontrais, dit- «il, des conversations beaucoup plus satisfaisantes et d’un «ordre plus élevé; les âmes y sont plus ouvertes aux « choses de la science et de l'esprit, les fonctions intellec- « tuelles s’y montrent plus délicates, les connaissances « plus variées, ete., etc. » L’appréciation de ce savant distingué a d'autant plus de valeur, qu'il était à la fois trés-compétent et très-impartial ; nous nous croyons donc autorisé à répéter après lui, que parmi les Canadiens le développement intellectuel Pemportait sur celui des Yankees :
Yankees doodle but smart.
Chacun de nous voit ses qualités s'adapter graduellement au but qu'il poursuit : or, dans leur éducation, les Françcais trouvaient, en une proportion plus raisonnable, ces éléments supérieurs et généraux de l'instruction humaine, qui élèvent l'âme et élargissent les horizons de l'esprit. Enfin cette société a-t-elle montré plus de virilité et de puissance à l'extérieur? C’est ici surtout que se manifestent, par l’infériorité visible des Anglo-Américains, les résultats logiques des observations que nous avons énoncées plus haut : ces colons, moins entreprenants, moins alertes, moins intelligents que les Canadiens, devaient être nécessairement hors d’état de lutter contre eux, homme pour homme et à égalité de forces; or cette présomption logique s’est réalisée en effet si complétement
st celui de Kalm, r étudier la flore t les plantes, ce s hommes; il se 8 Yankees, mais grossièreté et la population cana- ‘encontrais, ditsfaisantes ct d’un us ouvertes aux nctions intellec- S Connaissances on de ce savant ‘il était à Ja fois us croyons donc i les Canadiens it sur celui des
Tr graduellement ation, les Franaisonnable, ces action humaine, is de l'esprit.
de virilité et de . que se mani- Américains, les us avons énon-
renants, moins liens, devaient Tr contre eux, rces; or cette complétement
dans les faits que, malgré le nombre considérable et disproportionné des Anglais, ils ont eu presque constamment le dessous dans leurs luttes continuelles contre les Canadiens. Déjà vaincus par ceux-ci en 1690, ils réunirent, pour attaquer l’Acadie de 1705 à 1707, trois armées successives qui furent battues; puis une quatrième en 1710, laquelle ne put être victorieuse qu’en enrôlant deux fois plus de soldats que le pays ne contenait d’habitants; ils se trouvèrent du reste partout, à cette époque, refoulés par les Canadiens, et l’on vit ce spectacle étrange d’un petit peuple de dix-huit mille âmes repoussant une nation de deux cent soixante mille habitants, envahissant celle-ci au contraire, et maintenant pendant plusieurs années toutes les frontières sous le régime de l’épouvante et de la terreur, de telle facon qu'il s’en fallut de fort peu que la moitié des colonies anglaises ne fût subjugée à cette époque ?.
En 1744 survinrent une nouvelle guerre et de nouvelles défaites pour les Anglais, partout où les Canadiens se mesurérent contre eux. Mais ce fut surtout dans la dernière de ces guerres, en 1756, que la supériorité des Canadiens se montra avec évidence, Pendant trois années, les Anglais subirent des défaites désastreuses, effroyables. Dans leurs armées, ils étaient trois, quatre et cinq contre un ; leur population était seize fois plus nombreuse que celle du Canada*, et cependant, si l’État de New-York ne fut pas envahi et conquis en 1758, après la bataille de Carillon, cela tint uniquement au petit nombre d'hommes dont pouvait disposer le général français *.
Enfin on vit se renouveler, la quatrième année, le phé--
1 Mémoire du chevalier de Callières. (Archives de la marine.)
? Franklin, cité par Garneau, t. 1I,p. 220.
3 Dussieux, le Canada sous la domination francaise, — Garneau, etc., etc,
nomène singulier que présenta en 1710 la conquête de l’Acadie : les Anglo-Américains mirent sur pied des armées qui, toutes ensemble, étaient plus nombreuses que la population totale du Canada. La petite armée des Francais, décimée par quatre années de victoires, ne recevant aucun renfort de la métropole, réduite à cinq ou six mille hommes, fut attaquée par soixante-dix mille soldats; elle ne put résister à ce flot d’envahisseurs; c’est ainsi que notre dernière colonie fut conquise !
Voilà les faits saillants et extraordinaires qui dominent la situation et l’histoire des deux peuples; voilà comment il se fait que, pendant soixante ans, un petit peuple dont la population a varié de 18,000 à 70,000 âmes, a pu résister à l'ambition ardente et à la haine acharnée d’une nation qui, dans les mêmes temps, comptait de 260,000 à 1,200,000 habitants!
Résumons-nous ici : l'explication de ces victoires et de cette glorieuse résistance s'établit facilement pour tous ceux qui étudient sérieusement l’histoire de l'Amérique ; elle serait comprise de même par tout le monde dès la première vue; si nous n'avions pas l'esprit obscurci et aveuglé par la séduction du succès et par les passions politiques, qui nous dominent depuis un siècle, avec leur cortéve inévitable de préjugés, auxquels il est difficile de se soustraire. En réalité, l’histoire nous montre que les colons francais étaient :
Plus vigoureux de corps, plus énergiques d'esprit et plus ingénieux que leurs voisins; ils étaient même, ce qui heurte bien plus encore l'opinion commune, plus entreprenants et plus intelligents; leur société était plus virile.
Plus entreprenants, car, abandonnés et délaissés par la métropole, sans direction et sans secours, c'est par leur esprit d'entreprise que, s’étendant dans l’intérieur dès l'origine, ils s’assurèrent une grande influence sur les sau-
) la conquête t sur pied des ombreuses que mée des Fran- 8, ne recevant ny ou six mille le soldats; elle ‘est ainsi que
qui dominent voilà comment tit peuple dont unes, a pu récharnée d’une it de 260,000
es victoires et ent pour tous le l'Amérique ; monde dès la t obscurci et r les passions cle, avec leur st difficile de ontre que les
s d'esprit et nême, ce qui , plus entreit plus virile.
élaissés par la ‘est par leur intérieur dès e sur les sau-
vages, et une situation topographique prédominante ; c'est en effet par cette expansion bien calculée qu'il leur fut possible de cerner en réalité les frontitres anglaises, avec un très-petit nombre d'hommes, en multipliant leurs points d'attaque. Cet avantage de position, dû à leur habi-
autant qu'à leur génie audacieux, était décuplé, dans son effet utile, par la prodigieuse mobilité de leurs mouvements.
Ils étaient plus éntelligents, car ce fut par la supériorité de leur intelligence qu'ils surent se concilier l'alliance des sauvages et dominer autant que possible leur esprit inconstant et vagabond; ce furent eux qui imaginèrent, avec une merveilleuse sagacité, ce genre de guerre que seuls ils surent manier, où l’on combinait l'élément européen avec l'élément indien, en tirant un parti ingénieusement calculé de la furie désordonnée de ceux-ci et de la solide “scipline de ceux-là. Enfin, s’il est un point où éclata
‘out leur intelligence, ce fut dans la juste appréciation «a topographie et des circonstances locales qui les entouraient, dont ils tirèrent constamment un si excellent parti ; cest par là qu'ils parvinrent à se soutenir dans leur défense et à faciliter leurs attaques. La sûreté et la rapidité du coup d'œil, l’habileté des combinaisons, la promptitude de la résolution, l’énergie de l’action ne le cédaient en rien, chez eux, à la vigueur du tempérament, à la souplesse du corps, à la sobriété et à la rusticité des habitudes. Le travail de l'intelligence se joignait donc à l’œuvre de la nature pour former en ce pays une race d'élite à laquelle rien n’a manqué, excepté la fortune, et le concours de la mère patrie !
Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni!
Il faut bien vraiment que ces gens-là aient été de notre sang et de notre parenté, pour que nous les ayons ainsi
méconnus; nous sommes les derniers à nous apercevoir de leur gloire et de leur héroïsme, alors qu’il n’est pas une petite peuplade dans le monde, luttant pour la patrie ou la liberté, à laquelle nous n’ayons prodigué le lyrisme de notre sympathie et la pompe de nos dithyrambes. Les Américains ne s’y trompaient point, et le très-clairvoyant Franklin disait en 1755 : « Tant que le Canada ne sera pas conquis, il n’y aura ni repos ni sécurité pour nos treize
colonies. » Il avait raison; mais quel aveu dans la bouche de cet homme, dont les compatriotes étaient vingt contre un vis-à-vis des Canadiens !! Ceux-ci cependant furent abandonnés par la France, tandis que ce même Franklin fut porté en triomphe dans les rues de Paris et dans les salons de Versailles.
Mais nous sommes ainsi faits, que nous passons à chaque instant d’un chauvinisme absurde au besoin ridicule de fronder tout ce qui se fait chez nous; dès qu’il s’agit surtout de louer les gens qui flattent les passions et les préjugés à la mode du jour, nous foulons aux pieds sans hésiter nos ancêtres, nos frères, et à plus forte raison nos cousins ! On sympathisait alors avec les États-Unis, avec les lois et la société américaines : telle était la mode, et pour y satisfaire, contre vents et marées, en dépit de la vérité historique, de l’équité et du patriotisme le plus simple, on jeta par-dessus bord les malheureux Canadiens, sans même les examiner * !
1 Franklin, cité par Garneau, t.Il, p. 220.
3 Non-seulement on perdit le Canada sans regret en 1763, mais,
sous l'influence néfaste des mêmes hommes et des mêmes idées,
on dédaigna de le ressaisir en 1778; le 6 février de cette année,
M. de Vergennes avait la galanterie un peu naïve de promettre à
Franklin, cet ennemi mortel et hypocrite du nom français, de « renoncer à toute prétention sur le Canada, si l’on voulait bien | accepter l'alliance de la France ». Les États-Unis nous firent alors la grâce d'accepter nos soldats et notre argent, Ah! Franklin savait
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Que pourrions-nous ajouter maintenant? Il nous semble que pour déployer une résistance si extraordinaire, avec si peu de soutien au dehors et si peu de ressources chez eux, malgré la rudesse du sol et du climat, il a fallu que ces Acadiens et ces Canadiens possédassent plus de ressort, plus de savoir-faire et plus d'énergie que leurs riches et puissants ennemis; il leur à fallu plus d’habileté dans le maniement des circonstances et dans le groupement des hommes, plus de valeur propre en chaque individu et dans l’ensemble de leur société, Nous l’affirmons, mais les faits l’affirment encore avec bien plus de puissance que notre faible voix, car toute leur histoire ne serait qu’un impossible roman, s’il n’en eût point été ainsi !
Cependant nous irons plus loin, nous demanderons à tout lecteur impartial, qui aura étudié le mémoire de M. de Callières en 1689 et celui de d’Iberville en 1702, à quiconque aura lu le livre si remarquable de M. Dussieux sur la guerre de 174%, et sur la guerre de Sept ans qui la suivit?, nous lui demanderons de se poser ces questions dans son esprit : Que fût-il arrivé en 1690, en 1706, en 1756, si les Canadiens, au lieu d’être un contre vingt, eussent été seulement un contre cinq, ou si même la France eût secondé leur vaillance et leur habileté par un secours convenable? On ne peut se faire d’illusion à ce sujet : les États du Nord eussent difficilement échappé à une occupation au moins partielle.
Que fût-il done arrivé si les rôles eussent été renversés, bien que les États-Unis étaient perdus si, après leur scission avec l'Angleterre, le Canada eût été de nouveau réuni à la France; mais M. de Vergennes jouait le rôle de M. Dimanche : « Vous me faites trop d'honneur, monsieur, de vouloir bien emprunter mon argent!» — Voir Cornélis de Witt, Vie de Washington, p. 138, et Claudio Jannet, les États-Unis contemporains.
1! Mémoires manuscrits. aux Archives de la marine. — Garneau. 3 Dussieux.
ct si les Canadiens eussent été plus nombreux, ou même simplement égaux en nombre aux Anglo-Américains? On peut affirmer sans crainte que leurs colonies n’eussent pas vécu vingt ans, côte à côte avec le Canada, sans être absorbées par lui. Où donc était l'intelligence et l'énergie si vantées des colons anglais? Où trouve-t-on dans tout ceci matière à ces louanges exagérées et emphatiques, qui ne tiennent compte que des résultats sans vouloir étudier les circonstances ni les causes? Où sont donc les effets de cette influence souveraine des institutions et des KL: ? et si cette influence est réellement si grande, où se montre donc la supériorité des institutions et des lois, dans les colonies anglaises ?
Que de préjugés et de présomptions légères! Que de mirages, de dissertations vaines et d’erreurs routinières remplissent ces nombreux volumes, où beaucoup de Français ont passé tant d'heures et de travail dans des travaux ridicules, qui abaissent et humilient leurs compatriotes et leur pays! Ils édifient, avec d'innombrables erreurs, les louanges imméritées de peuples étrangers, sur des mérites imaginaires, ce qui est une absurdité; tandis qu’ils méconnaissent nos qualités propres, nos aptitudes, notre véritable gloire, ce qui est la plus plaisante sottise qui puisse couronner de si laborieux efforts!
Rien n’est plus énervant, rien n’est plus funeste pour une nation que ces illusions décevantes du raisonnement pur et des théories à la mode, par lesquels on conduit les hommes, avec beaucoup d'imagination, peu de science, et sans aucune expérience, à mépriser les traditions conformes à leurs aptitudes, en leur faisant chercher, dans des essais précaires, les aventures pour lesquelles la nature n’a rien préparé chez eux.
Beaucoup de gens s’étonnent de certaines faiblesses de notre société; plusieurs appréhendent d’y reconnaitre
eux, ou même méricains? On s n’eussent pas da, sans être ce et l'énergie -on dans tout phatiques, qui rouloir étudier ac les effets de tt des KL ’ et où se montre lois, dans les
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quelques-uns des symptômes qu'offrent les décadences : n'est-il point à craindre que ces aberrations de nos théoriciens ne soient une des causes fâcheuses de cette situation compromise? Les efforts de la raison pure mis au service des secrètes faiblesses de notre âme exercent toujours une influence funeste, mais surtout quand nous cherchons à nous appuyer sur des exemples du dehors ; car, s'ils peuvent être quelquefois utiles à consulter, ils sont presque toujours disparates et dangereux dans la pratique.
Nous venons d'exposer par quelle supériorité morale et intellectuelle les Canadiens purent maitriser si longtemps la supériorité matérielle du nombre : quant aux rauses sérieuses de la perte et de la ruine de notre colonie américaine, on peut les résumer en quelques lignes. — Primo. Le développement exagéré de l’idée de l'État, et l'influence de la cour, qui anéantirent insensiblement parmi nous l'esprit d'entreprise chez les particuliers, surtout dans les hautes classes ; de là la disproportion énorme des émigrations, comme nous l’avons exposé. — Secundo. L’impardonnable incurie de cet État central, si démesurément gonflé; négligence et aveuglement qui s’étendirent à la fois sur le peuplement des colonies, sur le commerce, sur l'administration militaire, sur la défense du territoire. — Enfin la France, entièrement absorbée par des préoccupations trop exclusivement européennes, laissa constamment dénués de tout secours métropolitain le Canada et l’Acadie, qui lui étaient si dévoués. La Grande-Bretagne au contraire, aisément dégagée des luttes continentales par sa situation, prodigua ses soldats et ses finances pour seconder les milices de ses colonies : voilà la troisième cause,
La force de notre colonie était tout entière dans la société vigoureuse que nous avions créée par delà les
mers, et toute sa faiblesse provint de la légèreté de nos mœurs, de la sottise de notre administration et de nos rêveries !
Le gouvernement francais, dans ces temps difficiles, se trouva en effet entouré des plus tristes conseillers; ces sophistes spirituels, éloquents et impuissants, par lesquels le dix-huitième siècle a été le fléau de notre pays et la honte de son histoire, étaient incapables d'apprécier les forces saines et vigoureuses par lesquelles grandissent les peuples; eussent-ils pu les comprendre qu’ils n'auraient pas su en user. Grands admirateurs de tout ce qui brillait, de tout ce qui flattait les passions de l’homme et leur vanité particulière, ils estimaient peu les qualités les plus fécondes, quand elles restaient sans éclat; leur intelligence était myope et leur volonté énervée. Nos colonies de l'Amérique du Nord étaient des pays pauvres et glacés; ces Canadiens si vigoureux, si actifs, si intelligents, avaient l'écorce rude et les apparences sauvages. Les Parisiens admiraient done l'Américain riche et rusé, qui flattait leur amour-propre; ils dédaignaient au contraire l'énergie rustique de ces Canadiens qui méprisaient la sénilité de leur bel esprit; et quand Voltaire déclara qu’en cédant à l’Angleterre tous ces arpents de neige la France y gagnait encore, il fut très-réellement, comme toujours, l'interprète de son époque!
En dehors de ces conseillers intimes et immédiats, ce gouvernement ne manqua point cependant d'avis salutaires : les gouverneurs du Canada furent souvent des gens habiles, actifs et clairvoyants, qui étudièrent avec fruit le fort et le faible de cette contrée; ils n’épargnèrent point à la cour les renseignements judicieux, les avis salutaires. Il suffit de citer MM. d’Avaugour, de Frontenac, de Callières, de Beauharnais, La Galissonnière, de Vaudreuil, etc. Les Archives de la marine, en nous trans-
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mettant leurs rapports, nous ont légué d’impérissables regrets. Ils furent eux-mêmes secondés souvent par des agents aussi actifs qu'intelligents. Tandis que les gouverneurs des provinces anglaises nous montrent l'ignorance la plus grossière, la plus inqualifiable, sur le Canada, sur les Canadiens et sur l’intérieur de l'Amérique ; les nôtres connaissaient les colonies anglaises, leurs mœurs, leurs ressources, leur état militaire, leurs côtes, leurs fortifications même; tout le fort et tout le faible de la situation, avec une sûreté de renseignements et une justesse d’appréciation qui nous étonnent.
Encore aujourd'hui il nous est aussi facile de nous renseigner, aux Archives de la marine, sur l’état militaire des colonies anglaises, qu’en consultant les auteurs américains eux-mêmes. Nous y voyons que la Nouvelle-Angleterre pouvait en cas d'urgence, à la fin du dix-septième siècle, mettre six mille hommes sous les armes; New-York et les pays voisins, trois mille; la Virginie, mille à deux mille hommes ; on y ajoute même que la Pensalbanie (Pensylvanie) fournira peu de monde, parce que les Couacres (quakers) ne veulent pas se battre !.
En effet, les colonies anglaises eussent pu facilement, en 1700, mettre neuf à dix mille miliciens sur pied; mais rien ne pouvait émouvoir ni éclairer le gouvernement francais! La Nouvelle-France tout entière ne contenait pas dix-huit mille âmes; on aurait à peine trouvé seize cents hommes en état de porter les armes; on n'aurait pas pu en mobiliser plus de huit cents; quant à la métropole, elle entretenait cinq cents réguliers au Canada et cent cinquante en Acadie. C'est dans de telles circonstances que la guerre aliait s'engager entre les deux nations !
! Mémoire de La Mothe-Cadillac. (Archives de la marine.)
Vois ces vieux bataillons qui traversent la ville Avec leur drapeau mutilé!
(Vicror Huco.)
Nous avons laissé les Acadiens travaillant comme une ruche industrieuse au perfectionnement de leurs établissements ; tandis que leurs familles patriarcales essaimaient de toutes parts, avec une activité persévérante, dans des cantons nouveaux où déjà surgissaient la vie, la fécondité, l’ordre et le progrès. Quand on considère ces effets merveilleux et patients du travail humain aux prises avec la nature sauvage, rien n’est plus triste que de voir ce généreux essor contrarié et ruiné par le choc violent des passions qui agitent l'humanité. Nous n’avons jamais pu voir, sans faire de mélancoliques réflexions, l’écroulement d’une fourmilière sous le coup de pied d’un passant brutal et indifférent : que de travail perdu! que de combinaisons ingénieuses renversées par la fantaisie d’un moment!
Mais que penserions-nous, si c'était une partie des fourmis qui renversât l’œuvre des autres? Voilà cependant ce qui allait arriver à ces communautés actives, intelligentes, qui se multipliaient avec une si admirable rapidité! Déjà nous avons raconté quelles inquiétudes avait inspirées en 1702, au vieux Thibaudeau et aux gens de Chipody, la rupture de la paix entre la France et l’Angle-
terre, ces inquiétudes étaient générales et elles étaient d'autant micux fondées que les colons anglais étaient alors extrêmement irrités contre les Francais, et parlaient ouvertement de porter en Acadie une véritable armée d’invasion,
Les progrès néanmoins continutrent encore à se développer : les travaux assez importants que le gouverneur, M. de Brouillan, fit exécuter pour la construction du fort, pour les réparations de l’église, attivèrent un certain nombre d'ouvriers de tous états et de simples engagés; pendant plusieurs années, il vint de France plus d’immigrants qu'il ne s’en était vu en Acadie depuis le temps de d’Aulnay. De 1701 à 1709, on peut évaluer à environ 80 le nombre des colons nouveaux qui s’établirent à Port-Royal; quelques-uns étaient des soldats licenciés de la garnison qui se marièrent dans le pays, mais la plupart vinrent directement d'Europe, surtout de Rochefort !. Malheureusement, presque tous étaient célibataires, car en consultant les recensements on n’apercoit qu’un très-petit nombre de noms nouveaux parmi les femmes; c’est à peine si l’on trouve quatre femmes qui ne sortent point des vieilles souches acadiennes.
En juillet 1701, il s’ouvrit à Port-Royal une école sous la direction d’une religieuse venue de France, la Sœur Chausson, qui appartenait à la Congrégation de la Croix *. Jusque-là, les prêtres des Missions étrangères, qui tenaient les cures de l’Acadie, avaient enseigné à lire et à écrire à quelques jeunes gens de bonne volonté (on en trouve la preuve dans les actes et les documents). Mais depuis les Pères Récollets, qui tenaient une sorte d’enseignement public dans leur couvent, à l’époque de d’Aulnay, on n'avait pas vu d'école régulière en Acadie.
1 Etats et devis de l'ingénieur Labat. (Archives de la marine.) — Recensements.
? Faillon, Histoire de la Sœur Bourgeois.
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L'existence, du reste, y était facile : le nécessaire abondait, les familles très-nombreuses s'y multipliaient à vue d'œil, et la population y semble heureuse, d’après la description de Diéreville, qui y demeura au commencement du dix-huitième siècle, Les denrées communes y étaient à fort bon compte : le froment valait 40 sols le boisseau de 40 livres ; le bœuf sur pied, de 30 à 40 livres la pièce, et au détail 2 sols la livre; le mouton, 8 sols la livre; le lard, 2 ou 3 sols; les œufs, 5 sols la douzaine; une paire de poulets, 10 sols, ete., ete. !.
Le côté faible de l’Acadie était le peu de sécurité que présentait cette contrée en cas de guerre. Les vieux forts de Jemsek et de Nashouak, sur le fleuve Saint-Jean, avaient bien été restaurés légèrement par Villebon cinq ou six ans auparavant; mais, délaissés depuis lors, ils étaient tombés dans un grand état de délabrement. Le fort de Pentagoët n’était plus qu’un vieux débris, dont toute à force consistait dans les tribus abénakisses, inféodées à Saint-Castin; enfin à Chedabouctou, à l'extrémité nord de la presqu'ile, il y avait un méchant fort en bois, pour abriter et protéger les pêcheurs qui fréquentaient en été les parages de Campseau.
Les gouverneurs de Port-Royal, pour suppléer à la faiblesse de leurs moyens de défense, avaient attiré un grand nombre de corsaires et d’aventuriers, qui faisaient de ce port leur lieu de refuge et le centre de leurs opérations. Par sa situation, Port-Royal était en effet comme une sorte d’embuscade maritime d’où ils surveillaient la sortie de tous les ports de la Nouvelle-Angleterre. Plusieurs flibustiers, parmi lesquels s'étaient distingués Francis Guyon, le beau-père de Cadillac, Maisonnat, dit Baptiste, et quelques autres, avaient exercé de grandes
1 Mémoire de M. de Villebon. (Archives de la marine.)
déprédations au préjudice des Bostonnais, Mais ces avantages passagers offraient au moins autant de dangers que de profits pour la contrée : c’étaient en effet ces dépré. dations qui surexcitaient l’animosité de la Nouvelle. Angleterre, tandis que la situation de Port-Royal, quoiqu'elle fût très-prisée par les corsaires, ne mettait point la place à l'abri d’une attaque régulière.
Ses ressources défensives étaient si médiocres, qu’elle était en quelque sorte à la merci de toute agression sérieusement conduite. Malgré les soins et l’activité de M. de Brouillan, secondé par le sieur de Labat, ingénieur militaire, le nouveau fort offrait à peine un ensemble complétement fermé. On avait destiné 20,000 livres à ce travail, mais une partie de ces fonds avait été distraite pour acheter diverses munitions; la modicité des ressources avait donc retardé les constructions, et obligé l’ingénieur à n’édifier que des fortifications très-grossières. I y avait trois bastions : Dauphin, Bourgogne et’ Berry, plus un ravelin disposé sur le versant du glacis de manière à battre la rade; mais tous ces ouvrages étaient en terre, soutenus à leur base par des rangs de pieux très-forts, le tout complété, coordonné et fermé par des palissades et autres appareils en grosse charpente; à l’intérieur seulement se trouvaient quelques édifices en maçonnerie pour les logements et magasins; les fossés étaient convenables, mais les glacis étaient réduits presque à rien en certains points, par la trop grande PORTE de quelques maisons et clôtures".
Ce genre de fortification avait une certaine valeur durant les premières années, mais les boisages qui en formaient la base se pourrissaient promptement, ce qui occasionnait dans le corps de la place des éboulements fréquents, qui
! Rapports de M. de Labat. (Archives de la marine.)
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étaient le prélude de véritables brèches !, On possédait un matériel d'artillerie assez respectable, mais le personnel chargé de la défense des remparts était tout à fait insuffisant ; on n’entretenait en cffet en Acadie que quatre compagnies d'infanterie de marine, dont l'effectif nominal était de cinquante hommes par compagnie, mais qui en réalité formaient rarement un total de cent cinquante hommes.
En dehors des fortifications et de la garnison, quelles étaient les ressources de l’Acadie pour sa défense? La milice des habitants; les renforts venant d'Europe ou du Canada ; et enfin les sauvages du pays.
L'état statistique qui suit nous fera connaitre quelle pouvait être l'importance de la population européenne et de la milice, dans les divers cantons acadiens?,