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IX. — La colonne Moreau emportera sept jours de vivres

La colonne Gérard emportera les vivres nécessaires pour la marche de chacun de ses groupes, et, en surplus, un premier approvisionnement de huit jours à laisser à chacun des nouveaux postes.

X. — Jusqu'à Cho-Don inclus, les évacuations se feront sur Bac-Kan et à partir de Cho-Don par le Song-Gam sur Tuyen-Quang.

Le 29 avril 1895.

Le Colonel commandant les colonnes, Gallieni.

Je n'insisterai pas sur les détails de cette marche de Bac-Kan à Daï-Thi; elle demanda six fortes journées, très pénibles, en raison des difficultés du terrain et de la nécessité de débrous-

sailler constamment le chemin h frayer ou de suivre le lit rocheux des arroyos.

Le programme du général commandant en chef fut résolu de point en point, et, à la clôture des opérations, les trois cantons de Xung-Ha, Nung-Thuong et Dong-Yien étaient reconquis sur les bandes et occupés par nos postes; la liaison avec le 3^ territoire était établie.

CONCLUSIONS

L'établissement des postes militaires du haut Song-Cau, la constitution de la ligne militaire Bac-Kan — Yen-Tinh, l'armement des villages et la liaison établie par une forte colonne entre les 2^ et 3® territoires ont amené des résultats immédiats.

Les bandes désorganisées, prises dans les mailles d'un filet, viennent donner dans tous nos postes:

a) Le 6 mai, deux jours après le passage de la colonne à Yen- Tinh, une bande de 200 Chinois, comprenant 80 fusils à tir rapide et commandée par un frère de Luong-Tam-Ky, Tran-Duc- Chang, cherche à se frayer un passage vers le nord. Le capitaine Deniel, à la tète du nouveau poste de Yen-Tinh, l'attaque, prend deux hommes, un fusil, des cartouches, cinq drapeaux, du riz, et la rejette au sud ;

b) Le 10 mai, les troupes du nouveau poste de Cao-Ky s'emparent de la mère de Ba-Ky, font deux Chinois prisonniers et prennent un fusil Remington ;

c) Le 12 mai, une embuscade du poste nouveau de Déo-Than, sur le sentier de Taï-Yan, tue deux Chinois et prend un fusil Remington ;

d) Le lo mai, une reconnaissance du poste de Cho-Moï rejette dans les bois une petite bande qui cherchait à gagner le sud et lui tue deux hommes ;

e) Le même jour, près de Cao-Ky, une reconnaissance prend un Chinois qui est reconnu par M. Sabot pour un de ceux qui le détenaient, et un fusil 1874;

/) Le 18 mai, Kou-No, lieutenant de Ba-Ky, qui levait habituel-

lement pour lui des contributions entre Van-Lang et Gue-Duong, vient à Cho-Moï se rendre h discrétion en apportant dix fusils;

g) Le 20, le lieutenant Banal, avec quinze partisans, capture encore, vis-à-vis de Déo-Than, un petit groupe des Chinois de Ba-Ky ;

h) Le 23, des partisans de Nung-Thuong, armés depuis trois jours seulement, dans un engagement h Cao-Pa, tuent un frère de Ba-Ky, nommé Phuong-Dang-Khéo et prennent un fusil ;

i) Le 26, à Thac-Muc, entre Cho-Chu et Cho-Moï, une embuscade de vingt partisans tue six Chinois et prend trois fusils.

Les pirates sont à bout de forces et de ressources ; pour la première fois leurs communications sont coupées et le terrain manque sous leurs pieds. A ce sujet, rien n'est plus significatif que la reddition de Kou-No.

Tout révèle chez eux, désormais privés de leurs centres d'approvisionnements principaux, la lassitude finale, et certainement après Ké-Thuong nous aurions pu tirer un parti plus complet de la situation et très probablement prendre Ba-Ky lui-même et délivrer M. Carrère qui est gardé dans la région de Linh-Dam, si nous ne nous étions pas journellement heurtés à cette barrière toute conventionnelle du territoire de Luong-Tam-Ky, devant laquelle nos poursuites étaient contraintes de s'arrêter, tout comme devant une véritable frontière politique.

Le 15 mai, un télégramme du colonel commandant le 3^ territoire a fait connaître qu'il tenait de deux sources différentes que Luong-Tam-Co, autre nom de Luong-Van-Son, avait été blessé de sept balles (probablement à Coc-Tem) et que les pirates accusent dans les différentes affaires une perte de 370 tués.

Sans accepter ce chiffre, contentons-nous de calculer que les 27 hommes tués à Lung-Kett, que les 20 tués à Ké-Thuong, les 25 tués à Hoa-Muc, les 13 tués dans les engagements ci-dessus donnent déjà le nombre de 85, sans compter ceux qui sont tombés aux assauts de Coc-Tem, à Déo-Than, à Lung-Than. On est donc certainement au-dessous de la vérité en évaluant le total des pirates tués à 120. Il est resté entre nos mains un fusil Lebel et 26 fusils 1874 ou Bemington.

Voilà pour le résultat matériel.

Comme résultat moral et politique, la piraterie chinoise, tolérée jusqu'ici dans le Tonkin central, a reçu un coup mortel. La puis-

sance et le prestige de Ba-Ky sont complètement détruits. Déjà, depuis moins d'un mois, commencent à se repeupler les riches plaines que les brigandages de sa bande avaient fait abandonner et qu'il faut avoir parcourues pour se rendre compte de l'état de désolation et de ruine où des régions jadis fertiles et populeuses avaient pu tomber. La ligne de pénétration du Song-Cau est rouverte; le ravitaillement de nos postes, jusqu'ici si difficile, se fera pour la prochaine campagne dans de bonnes conditions.

Quant aux pirates de la région de Cho-Chu, accoutumés à communiquer librement avec la Chine, à en tirer leurs munitions et leurs subsides, soit par Bac-Kan, soit par Yen-Tinh, ils sont désormais enserrés entre les 2« et 3^ territoires militaires par une ligne de postes.

La piraterie centrale paraît donc désormais restreinte à deux groupes, séparés l'un de l'autre par notre nouvelle ligne : le groupe du sud, dans la région de Cho-Chu ; le groupe du nord, dans la région de Bao-Lac.

Ainsi divisés, ils ne sont plus bien à craindre, et les événements de la campagne de 1896 ont prouvé que la solution était proche : en moins de trois mois, leurs dernières bandes ont été bousculées, détruites ou rejetées en Chine. La question pirate était réglée.

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