PROGRAMME A REMPLIR. — SITUATION LE 20 OCTOBRE
Les instructions de M. le gouverneur général, que m'avait transmises M. le général commandant en chef, indiquaient la ligne de conduite à tenir vis-à-vis du dé-tham. Elles recommandaient : 4" de n'agir contre lui que si tout autre moyen de l'amener à se soumettre échouait; 2° de l'empêcher en même temps de faire quelque tentative, comme en 1 894, contre la ligne ferrée où il était si facile d'exécuter un enlèvement d'Européens.
J'adressais donc au dé-tham une lettre qui avait pour objet de lui faire accepter le remplacement à Bo-Ha et à Nha-Nam des forces de milice par les troupes régulières et en même temps de lui faire comprendre que nous étions décidés h prendre nousmêmes les mesures nécessaires pour empêcher ses bandes de continuer leurs pillages en dehors du Yen-Thé.
Comme toujours, il protesta de ses bonnes dispositions à notre égard ; mais les faits contredirent ses paroles et il semble que, à partir de ce moment, son but ait été d'éloigner de lui les troupes régulières qui commençaient l'investissement de ses forêts en envoyant, sur leurs derrières, des petites bandes tenter des coups de main sur des villages amis.
Le 10 octobre, la bande du Doc-Thu, signalée dans la forêt de Yen-Tien, non loin de Bao-Loc, infligeait un échec aux partisans et miliciens du résident de Bac-Giang.
Le 13 octobre, les bandes de Tong-Luan et Tong-Tru, qui avaient leurs repaires dans la région du Tam-Dao, au sud-ouest de Thaï-Nguyen, attaquaient plusieurs villages dans le Phu-Da- Phuc.
Le J7 octobre, la même bande du Doc-Thu, qui cherchait à se rapprocher du Yen-Thé pour y conduire son butin et tenter quelque coup contre la ligne ferrée, recevait à coups de fusil une forte reconnaissance de milice envoyée contre elle, lui tuait un homme, lui en blessait trois et ne se retirait que devant l'approche de renforts réguliers, amenant avec eux une pièce d'artillerie.
En même temps, les postes de la ligne ferrée, entre Phu-Lang- Tuong et Bac-Lé, signalaient la présence de plusieurs partis pirates dans la région boisée à l'est et à l'ouest de la ligne.
En somme, le 20 octobre, quelques jours à peine après l'occupation par nos troupes des postes de Bo-Ha et Nha-Nam, la situation était la suivante :
Le dé-tham, avec 300 de ses partisans environ, tous armés de fusils perfectionnés, se tenait toujours dans les repaires du Yen-Thé, répondant avec empressement aux lettres qui lui étaient adressées, mais refusant de fournir des explications sur les agissements de ses lieutenants.
Ceux-ci, Doc-Thu, Linh-Luc, Tong-Luan, Tong-Tru, etc., parcouraient les pays voisins du Yen-Thé, étant une source d'inquiétude persistante pour le chemin de fer entre Phu-Lang-Thuong et Bac-Lé et tenant tous nos postes sur le qui-vive.
Toute la région, au sud de Thaï-Nguyen, au nord de Bac- Ninh et Dap-Cau, au nord et à l'est de Phu-Lang-Thuong, était complètement inféodée au dé-tham et se renfermait, vis-à-vis des autorités françaises et indigènes, dans une abstention manifestement hostile.
NOUVELLES MESURES PRISES A PARTIR DU 20 OCTOBRE POUR REN- FORCER LES TROUPES D'OCCUPATION DU YEN-THÉ ET INVESTIR LE TRIANGLE BO-HA— MO-TRANG— NHA-NAM.
Pour faire face à cette situation et en même temps pour me conformer aux instructions générales reçues, je prends les mesures suivantes :
La brigade de garde civile du chemin de fer est renforcée de ISO hommes pour permettre de protéger plus sérieusement la ligne entre Bac-Lé et Kep et de créer deux postes importants à Lang-Than et à Lang-Phan, couvrant de ce côté les abords de la ligne;
2» Une colonne comprenant 150 miliciens, 100 tirailleurs et une pièce de 80™°^ de montagne avec un soutien de 15 hommes d'infanterie de marine, sous les ordres du capitaine Barrand, de
l'artillerie de marine, va déloger de Phu-Do. à l'est de Bo-Ha, la bande du Doc-Thii et la rejeter loin du chemin de fer;
Ce résultat obtenu, le détachement de miliciens rejoint ses postes sur la ligne, le détachement de tirailleurs (peloton Miiller de la 7^' compagnie du 2^ tonkinois) et la pièce de 80™!" montagne vont à Bo-Ha ;
40 La garnison de Bo-Ha, laissée ainsi libre, est reportée à Nh a-Nam ;
S^'Le capitaine Grimaud fait occuper, le 22 octobre, le nouveau poste de Dinh-Tep. Cette occupation a lieu sans coup férir:
6° Le capitaine Adeline, du JO^ de marine, venant des Sept- Pagodes et Phu-Lang-Thuong, rejoint également Bo-Ha où, ralliant le peloton de tirailleurs Millier, il constitue un groupe complet qui est chargé, par l'occupation des blockhaus de Song-Soï et de Phuc-Dinh, de se relier au blockhaus des partisans de Luoc-Ha et de garnir ainsi ce tronçon de la route de Nha-Nam à Bo-Ha, le capitaine Grimaud étant chargé de surveiller la route jusqu'à Nha-Nam ;
70 Ce même officier se relie à Dinh-Tep par l'occupation de :
La pagode de Luc-Gioï, 100 partisans Thos,
La pagode Monin, 25 tirailleurs.
Tous les villages situés sur cette ligne sont brûlés et leurs habitants sont ramenés sous les murs de nos postes de Bo-Ha et Nha-Nam, après avoir reçu l'autorisation de ramasser leurs récoltes;
De nouvelles lettres sont adressées au dé-tham pour lui expliquer que ces mesures sont prises dans le but d'empêcher les incursions des bandes en dehors du Yen-Thé et afin de le laisser dans l'indécision sur nos projets.
Ces mesures étaient encore très insuffisantes si nous voulions espérer pouvoir peser sur le dé-tham et empêcher la circulation des bandes importantes entre le Yen-Thé et les régions environnantes, servant de théâtre ordinaire d'opérations à ses lieutenants. Ici, comme pour les grands chefs soumissionnaires Ba-Ky et Luong-Tam-Ky, la méthode devait être la même, à savoir : isoler autant que possible les repaires du dé-tham des régions d'où il tirait ses vivres et son bulin, de manière à l'affamer et à le réduire à demander merci. Malheureusement, la nécessité d'agir vite pour pouvoir disposer vers le nord des forces nio-
menlanément dirigées sur le Yen-Thé, ne permettait pas de tirer de ce système tous les fruits désirables. Les villages situés entre Dinh-Tep et Bo-Ha avaient bien été détruits et leurs rizières mises à l'abri des pirates; mais ceux-ci, outre qu'ils pouvaient continuer à récolter le riz dans l'intérieur du triangle Bo-Ha — Mo- Trang— Nha-Nam, avaient encore toutes leurs communications libres entre Bo-Ha et Mo-Trang d'une part, Dinh-Tep et Mo- Trang d'autre part. La ligne Bo-Ha — Mo-Trang notamment traversait une région des plus difficiles, longeant, à peu de distance, le Song-Soï, derrière lequel étaient établis les principaux forts du dé-tham. C'était du reste par cette ligne que les bandes du Yen-Thé menaçaient le plus directement le chemin de fer, dans sa partie la plus dangereuse, entre Kep et Bac-Lé. Il était donc nécessaire d'occuper cette ligne très solidement.
Notre frontière du Quang-Si, entre Lang-Son et That-Thé, étant alors parfaitement calme et pouvant d'ailleurs être momentanément dégarnie et protégée par nos partisans, les forces nécessaires pour achever l'investissement du triangle Bo-Ha — Nha-Nam— Mo-Trang, furent prises dans le cercle de Lang-Son.
Trois groupes, composés chacun de 50 légionnaires et 100 tirailleurs, étaient donc constitués à Lang-Son, Dong-Dang et Na-Cham et acheminés successivement par voie ferrée sur Bo-Ha pour aller garnir la ligne Bo-Ha — Mo-Trang,
Le groupe de Grandmaison occupait Cho-Keï le 27 octobre.
Le groupe Domee, renforcé d'une section de 80"^"^ de montagne sous les ordres du lieutenant Jacquet, occupait le point A le 30 octobre.
Le groupe Bichemin occupait Mo-Trang le l^'" novembre.
Enfin, un quatrième groupe, le groupe Savy, formé avec un peloton d'infanterie de marine, venu d'Hanoï sous les ordres du lieutenant Grivois et d'un peloton de tirailleurs de la l^^^ compagnie du 2e tonkinois, venait occuper Cau-Ré, en arrière de la ligne Nha-Nam— Mo-Trang, le 5 novembre.
De plus, une section de tirailleurs à 50 fusils, sous les ordres du lieutenant Dussault, venu de Cho-Moï, venait relever le 28 octobre à Mona-Luong le détachement de milice qui s'y trouvait.
Les groupes Tiffon et Lesol restaient placés sous les ordres du capitaine Grimaud; les groupes de Grandmaison, Domec et
Bichemin étaient mis sous le commandement du commandant Hoblingre, du 2^ bataillon étranger; les groupes Adeline et Savy étaient placés provisoirement sous mes ordres directs.
Le tableau suivant indique comment étaient réparties, à la date du o novembre, les troupes chargées de l'investissement du haut Yen-Thé :