DIFFÉRENTS TYPES DE FÉODALITÉ
Depuis Laboulaye, et antérieurement à Fustel et Jullian, le vicomte Louis de Neuville a publié dans les Mémoires de la Société archéologique du Midi un travail très intéressant, intitulé : Les trois types de la féodalité en France , et dont il voulut bien me donner un exemplaire.
M. de Neuville fait une distinction par régions.
Il voit deux féodalités, diverses dans leur caractère, dans leur origine, ayant coexisté, ayant quelquefois réagi l’une sur l’autre, ayant donné naissance l’une à la seigneurie directe, l’autre à la seigneurie de haute justice (p.72).
La seigneurie directe dériverait de la grande et moyenne propriété gallo-romaine aux derniers temps de l’empire. Les rapports entre le seigneur et le vassal ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui existaient alors entre le propriétaire et ses colons.
(1) Laboulaye, Condition civile et politique des femmes, p. 206.
(2) Laboulaye, Histoire du droit de propriété , p. 456.
ORIGINES DU RÉGIME FEODAL
La féodalité de haute justice , qui exerçait, de pair avec la féodalité directe et sur les mêmes colons, une action simultanée, prenait sa source dans un ordre de choses tout différent. D’après Troplong, elle était un démembrement de l’autorité publique (i) arraché à un pouvoir souverain en dissolution
Partageant la France en trois régions : le midi, le centre et l’ouest, M. de Neuville classe :
i° Dans le midi, les deux sortes de féodalités. Elles y coexistent et se pénètrent réciproquement.
2° Dans le centre (Orléanais, Ile-de-France), encore les deux féodalités, mais sans distinction importante, la seigneurie de justice y ayant absorbé la seigneurie directe. C’est là le type de féodalité le plus ordinairement décrit, et qui a été le plus oppressif du xe au xvie siècle. C’est aussi dans le ressort du Parlement de Paris, grâce au relèvement du pouvoir royal, que disparurent plus rapidement les abus féodaux spécialement attachés à la seigneurie de haute justice (2).
3° Dans l’ouest, la féodalité avait un tout autre
(1) Voir article de Ch. Mortet, Grande Encyclopédie, Féodalité.
(2) Voir de Tocqueville, Ancien régime , pp. 290, 291.
caractère. Il ne s’agit point d'un corps puissant tenant le reste de la nation assujetti.
Cette féodalité fut, à elle seule, la société du moyen âge tout entière... On n’avait point intérêt à y distinguer la seigneurie directe de la seigneurie de haute justice, car on peut dire qu’il n’y eut rien qui n’y fût fief.
C’est une tendance qui a été générale dans cette région, que de pourvoir à tous les besoins publics ou particuliers par la création de fiefs auxquels était attaché un quelconque office à remplir...
M. de Neuville montre que, « longtemps avant « que la domination romaine eût fait place à « d’autres, la vie sociale s’était retirée de cette « malheureuse contrée, sans cesse harcelée par « les pirates saxons, dépeuplée, transformée en « désert. Les belles forêts de la Normandie et du « Perche cachent depuis quinze siècles un nombre « infini de débris gallo-romains», déclare-t-il.
Ainsi s’explique l’oubli qui s’est fait, jusqu’en 1007, sur Beaumont et sur Vieilles, sur la disparition des Vetulce villæ , qui avaient donné leur nom à Vieilles. On retrouve dans la forêt, soit dit en passant, des endroits où pullulent des buis , vestiges de jardins qu’y possédèrent des maîtres
inconnus.
ORIGINES DU RÉGIME FÉODAL