‹ Une commune normande sous l'Ancien régimeChapitre 4 sur 101 · NOTICES SOMMAIRES SUR BEAUMONT ET SUR YIEILUES · texte numérisé non relu

NOTICES SOMMAIRES SUR BEAUMONT ET SUR YIEILUES

eaumont et Vieilles, sans avoir eu la même origine, se trouvaient reunis sous un maitre unique, au moins depuis Rollon, lorsque, vers l’an 1007, ces deux localités déjà anciennes, mais oubliées, reparaissent à la lumière de l’histoire, tout en gardant le secret de leur passé.

Pendant quelque temps encore leur vie est commune. Mais vers 1094, entre les enfants de Roger de Beaumont, se fait une séparation qui va durer des siècles.

Vieilles tombe d’abord en la puissance de la branche cadette (Henri, comte de Warwick), puis se trouve, on ne sait comment, dans la branche aînée, aux mains de Jeanne de Meulan qui le porte

dans la famille d’Harcourt, en épousant (vers i 1 79) Robert II. Vieilles reste ensuite dans la mouvance de Beaumesnil jusqu’en 1709 et même, pour la suzeraineté, jusqu’à l’époque de la Révolution.

Au contraire, Beaumont, échu directement à la branche aînée, reste le domaine des de Meulan, jusqu’à confiscation faite au profit de la Couronne qui, après constitutions et retours d’apanages, le cède aux ducs de Bouillon.

Ce sont là des fortunes bien différentes.

Dans les chapitres suivants, il sera parlé surtout de Vieilles, mais il est nécessaire que le lecteur puisse établir un parallèle entre les deux communes et connaître leurs évolutions respectives jusqu’à leur fusion, qui n’aura lieu qu’en 1825.

Je me trouve ainsi dans l’obligation d’accorder à Beaumont une courte notice qui préparera mon étude sur Vieilles.

Les terres de Beaumont et de Vieilles, divisées par la Risle, constituaient, au x" siècle, la propriété des ducs de Normandie. Richard II les donna à Judith de Brétagne en l’épousant (1007). Judith en dota (vers 1018) l’abbaye de Bernay, qui les céda à son tour, de 1025 à 1034, à Onfroi. Celui-ci prit le titre de seigneur de Vieilles ; il eut pour successeur Roger de Beaumont,

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son fils, qui épousa Adeline de Meulan (vers i 043), et mourut en joqq. Beaumont échut à leur fils aîné, Robert, et resta aux comtes de Meulan jusqu’à la conquête de Philippe-Auguste, roi de France, qui le réunit à la Couronne ( i 202-1204) et en dépouilla la maison de Meulan. — Beaumont fut constitué en apanage à un frère de Philippe le Bel, puis érigé en pairie en 1 028. — Confisqué en 1 3 3 1 au profit de la Couronne, il fut de nouveau constitué en apanage en i3q4, et cédé par Jean le Bon à Charles le Mauvais en 1 352.

Duguesclin assiégea Beaumont en 1878 (1) et fit démanteler le château fort.

La ville fut prise et ravagée par les Anglais en 1417, disputée entre Français et Anglais de 1437 à 1449.

A la fin du xve siècle, Beaumont fut réuni au comté d’Evreux, puis à la Couronne.

En 1392-1593, quelques hostilités y ont lieu au cours des guerres de la Ligue.

Un document inédit nous montrera les Anglais portant l’incendie à Beaumont, et aussi à Vieilles, dans la cour Adam.

(1) Voir ci-après un rappel de la capitulation de Beaumont, reçue par Bureau de la Rivière, chambellan de Charles V, et père de l’héroïque Perrette de la Rivière.

Enfin . dans 1 échange fait par les ducs de Bouillon, Beaumont figure avec le comté d’Evreux contre la principauté de Sedan ( 1 65 1 ) ; ce transfert fut révoqué par un décret de la Convention, en date du 8 floréal an IL et la forêt de Beaumont redevint alors ce qu'elle avait été autrefois, c’est-à-dire domaniale encore. (Voir Cassation, 6 février i83q, Sirey, 39. 1. 208 ; et sur le renvoi, Caen, 8 février 1843, Sirey, 43. 2. 242, et aussi, 42. 1. 342.)

Au chapitre xvm, il sera parlé du bailliage.

Je renvoie, pour les détails et développements sur Beaumont, aux ouvrages très intéressants de Gadebled (1840), Rateau et Pinet (1870), — Le Prévost {Dictionnaire des anciens noms de lieu du département de l'Eure ), — Charpillon et Caresme (. Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l'Eure ), — Saint-Denis, (1890).

Après cet aperçu général très rapide, j'ajouterai le résumé d'un document peu cité jusqu’à présent, et que j’ai trouvé à la Bibliothèque Nationale (Manuscrit français 8764), sous ce titre : Assignation ou assiette de la Comté de Biaumont (1 3 1 3).

Le sommaire de cette assiette sera comme une lueur projetée sur un fond obscur.

En tête du manuscrit on lit : Bailliage de

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Rouen , et au 3e feuillet : Seigneurie de Biaumont, en la vicomté de Pontaudemer.

On y mentionne : la ville la haute justice

la Prévosté de Beaumont la Prévosté de Vieil-

les (i).

Au nombre des revenus du Domaine royal on compte minutieusement :

« Quelques étaux et places au marché de Biaumont, alors considérable ;

« Les quatre moulins du roy (2) ;

« Le moulin tenneur , où l’on faisait moudre le « son » moyennant redevance ;

Les droits de passage, à l’entrée (l'ouraille) de la forêt, payés pour les bestiaux par la Prévosté de Vieilles;

Les corvées ou prières dùes par les possesseurs de chevaux et arbitrées par experts.

On y remarque ce passage : « En la garde du

(1) Quelques énoncés de ce document de 1 3 1 3 se retrouvent dans un autre manuscrit de i3oo, intitulé : Etat du domaine du Roy en Normandie , catalogue Frère, Bibliothèque de Rouen, avec rubriques : Vicomté de Pontaudemer, Sergenterie, Prévosté de Riaumont-le- Ro ger .

(2) Moulins dits de l’Etang, de la Fosse aux Ouins (Oswein), de l’Orme. Le Prévost, Beaumont (pp. 172, 2061; — Saint-Denis, Notice (pp. 249, 276, 277, 366, 367, 372, 376, 377, 383, 3y8, 399, 488, 490 et 53o).

CNE COMMUNE NORMANDE

verdier de la forêt de Beaumont , sont trois buissons de bois dont l'un appelé le bois de Barc le second buisson appelé le Bois-Guillaume et le tiers

buisson le bois du Parc (i). »

Ces bois sont devenus les bruyères du Bourg- Dessus et de Beaumontel pendant des siècles, et ces bruyères, qui ont servi aux évolutions de la garde nationale après i83o,ont été, depuis, vendues à divers et converties en cours ou herbages.

Enfin, dans l'état de i 3 1 3, on dénomme par catégories, sans désignations de biens ni détails circonstanciés, les nombreux tenanciers — près de 400 (2) — qui, alors, payaient au domaine du roi des rentes ou cens de quelques deniers (vi, vin, x, xii deniers ; quelquefois « ij (2 sols) (3) pour « choses fieffées ou non fieffées, pouvant être baillées « à ferme remuable (4), es paroisses de Barc , Biau-

(1) Voir Saint-Denis fpp. 25q, 3o6, 367 et 368).

(2) Soit environ 2.000 habitants à 3 par feu. Voir de Neuville, infrà, à la fin du chapitre ni.

|3) Sur ces sous et deniers, voir Troplong, infrà , chapitre IV.

(4) Ce qualificatif remuable , muable , par opposition à immuable, perpétuel, paraît s’appliquer aux choses, « fieffées ou non », susceptibles d être affermées à temps, ce qu’on appelle aujourd'hui bail (de Beaurepaire, Etat des campagnes normandes, p. 3g ; voir aussi ci-après, chapitre xii,

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« mont , Saint-Léonard , Bourg-Dessus , Beau-

« montel ».

Parmi ces noms, beaucoup sont inconnus ou inusités aujourd’hui.

D’autres se sont conservés pendant des siècles, puis se sont éclipsés, tels les Jehan du Pontrou ou du Pouron, les Enguerand, Vyart, Beneete, Gaillard, Poret, Dupré, Dirlande, un Piquart, un Dupont, un Mahiel, un Jehan Hue, Guillaume Le Prévost, Robert Delamare. Il est encore possible de rattacher à certains un fait, une alliance, ou une descendance que le public ignore.

Plusieurs de ceux qui subsistent ont été transformés, parles femmes mariées, en d’autres appellations, et il faut les chercher. Ainsi, des Le Granchier, qui étaient sept en 1 3 1 3 , on retrouvait sous H enri IV, avec l’orthographe modifiée, Guillaume Le Grancher, contrôleur (i), et Jehan Le Gran-

où nous retrouverons l’expression bail à ferme muable (6 ans). — Au contraire, d’après l’ancien coutumier, les termes mouvable, remuable, remuée, s’entendaient de choses mobilières, et les mots non muable des choses immobilières. (Voir la Coutume en vers, Houard, tome IV, supplément I, p. 66, n« 2, et p. 1 1 8, chapitre civ ; — Canel, Combat judiciaire, pp. 38 à 40.)

(1) Tabellionage Serquignv, 14 sept. 1593, document par

ticulier.

cher, procureur du roi au bailliage (i), dont la fille aînée Agnès épousa Jehan Adam (2) et dont une petite-fille se maria avec Joseph Deshayes d’Aclou (3). Le nom primitif se continua jusqu’au xvme siècle. Il s’étendit même aux héritages : cour, clos et croix Grancher (4), au Bourg-Dessus et pré Grancher à Beaumont (5).

Enfin les souvenirs s’effacent, les alliances s’oublient, les degrés s’éloignent ; et il n’y a plus aujourd’hui d'autres descendants certains des Le Grancher que : i° la famille Deshayes d'Aclou (6) ; 20 l’auteur de cette étude, et de rares collatéraux.

Le seul nom qui, venu des tenanciers de 1 3 1 3 , se soit ici conservé intact à travers six siècles, et qui, se faisant de plus en plus rare, se retrouve encore aujourd’hui, est celui de Cluche.

(1) De i5g8 à 1616. Saint-Denis (p. 275).

(2) Contrat de mariage, 1620. Document particulier.

(3 18 octobre 1093. Etat civil Bourg-Dessus. Inventaire de l’abbé Piel (tome II, p. 38 1, n» 460).

4) Aveu du Val de Beaumontel. Voir Saint -Denis p. 36g).

(3) Aveu J. -F. Le Grancher, 21 mars ij33. Archives de l’Eure. — « Etrange persistance des noms dans les mêmes lieux. » (Loti, Galilée.) — Voir les Boutry, à la Chapelle- Bayvel.

(G) Voir Saint-Denis (p. 53o).

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En revanche, on ne connaissait alors aucun des noms ci-après, qui, surgis plus tard, disparurent à leur tour, après deux, quatre ou cinq siècles, tels : les Beroult, Blanfuné, de Boisleveque, Chambellan, Chevestre, Darcv, Davout, Daupley, Dutemple, Dubois, Duval, Hinoult, Henry, Jouye, Lescachey, Lecarpentier de Montaigu — qui sont allés se fondre au Canada en i83q — de Mahiel, Nicolle et autres. Il est probable, toutefois, que plusieurs de ces noms, portés par mariages dans d’autres familles, ont des descendants ignorés.

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