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CHAPITRE II Sur l’origine de Vieilles

§ Ier. — COMMENT NAIT UN PEUPLE? — MYSTÈRE!

(V. Hugo, les Mages.

eureux les peuples qui n’ont pas d'histoire ! Si cette parole était vraie, notre commune, depuis ses débuts ignorés, jusqu’en l’an 1007, aurait fourni une longue et tranquille carrière. Il n’en a pas été ainsi. Le silence fait sur son nom prouve que les malheurs, les guerres, les dévastations ne lui ont pas été épargnés. Les documents, « les ruines même ont péri p.

L’histoire parle nommément de Vieilles, pour la première fois, en 1007 ( infrà , chapitre v). La nuit est demeurée complète sur les périodes qui ont précédé cette époque.

J’essaierai de soulever un coin du voile et d’éclairer faiblement l’obscurité, en cherchant un rayon de lumière dans le nom même de Vieilles. C’est un peu traiter la question par la question, l’ancienneté par l’ancienneté.

D'après Auguste Le Prévost ( Dictionnaire , tome III, P- 374), et Charpillon et Caresme (tome I, p. 583), le nom celtique vieu signifiait un gué .

Tel a pu être, à des époques reculées et douteuses, le nom de notre village ; mais rien ne le prouve, et, entre le celtique et le français, le latin qui s’imposa aurait dit vadum pour désigner un gué.

D’autres appellations ont pu exister aussi, se succéder, se perdre ou être remplacées.

Ce que nous cherchons, du reste, c’est la cause, le départ, l’étymologie du nom actuel, et nullement des noms précédents, inconnus ou hypothétiques.

D’après un archéologue de mes amis (1), il faudrait voir dans Vieilles (en latin Vetulæ ) comme pour Veules, Veulettes, une corruption de Vittulœ , diminutif de vitta, herbe folle, poussant sur des prairies vaseuses. Cette opinion se rapproche de la traduction de Guizot, parlant d’Onfroi de Veules.

(1) Georges Touflet-Dumesnil.

sur l’origine de vieilles

Quoi qu’il en soit, Le Prévost, Canel, Charpillon, Caresme, et, en général, tous ceux qui se sont occupés de la question, ont dit : Vetulæ , Vieilles, Onfroi de Vieilles ; adoptant ainsi dans chacune des deux langues, latine et française, la triple forme, qualificative, plurielle et féminine.

Charpillon et Caresme (. Dictionnaire , article Beaumont ) disent : « Vieilles, en latin Vetulæ, exhale un parfum de haute antiquité. Ce nom appartient à l’époque romaine ; mais déjà Vieilles était , pour les maîtres du monde , un village très ancien. »

J’ai lu quelque part que les mots vetula , vetulæ , vetulum, appartenaient à la basse latinité. Cela nous rajeunirait un peu dans l’affirmative ; mais c’est une erreur, puisque le mot a été employé par Cicéron pour « vieillot , un peu vieux, qui vieillit » (Chapsal).

Plus tard, en 1 3 1 3, trois siècles seulement après les chartes de Richard II (1007 et 1026), énoncées ci-après, chapitre vi, alors que les traditions étaient fraîches encore et qu’il pouvait y avoir des documents écrits, on trouve le nom de Vieilles , bien accentué, bien orthographié, écrit en bon français, comme aujourd’hui, dans Y Assiette de la Comté de Biaumont, rapportée suprà, chapitre ier, p. 4.

Mais Vetulæ , Vieilles , ce n’est là qu’une partie du nom primitif, ou plutôt ce n’en est que le qualificatif. 11 manque le nom même qui existait à l’origine et qui se sera perdu dans la suite des temps. Les moines et les officiers de la Chancellerie royale ont dù donner l’expression entière, l’état, la physionomie du lieu. Ils ont dù dire vetulæ villæ, « vieilles maisons », « vieux domaines», peut-être même « déjà » vetulæ ruina , « vieilles ruines >*.

Puis le nom villœ ou ruina aura disparu par abréviation, ou bien à la suite de bouleversements irrémédiables. Comme il arrive que le nom survit à la chose, l’adjectif Vetulæ sera seul resté, de même que le qualificatif français Vieilles a seul subsisté, sans rien qualifier depuis des siècles.

Nous trouvons une analogie grammaticale dans le cas de la commune de Voisines (Yonne), l’ancienne Vicinia (i) ; mais le français Voisines , forme qualificative actuelle, ne rend pas le latin Vicinia qui était non pas un adjectif, mais bien un substantif signifiant le voisinage, la communauté, le voisiné, les voisins qui jouaient un rôle

(i) Fustel de Coulanges, L'Alleu et le Domaine rural (PP- 228, 229).

sur l’origine de vieilles

dans la vie municipale (i (Voir infra , chapitre xvi, §§ i et 4.) De sorte qu’aujourd’hui, pour des causes différentes, et par déviation du latin, il y a dans les noms français Voisines, Vieilles, un sousentendu où l’adjectif employé substantivement est devenu le nom. Il est à remarquer, d’ailleurs, que tous les noms propres des localités ont été, à l’origine, des noms communs. (Larrive et Fleury, III,

na 40-)

Dans un livre récent, sur l’origine etla signification des noms de lieux, par Peiffer (Nice, Librairie Gauthier), on trouve au singulier : « Vieille, même « signification que Viala; — Viala, transformation « de Villa. » La question de l’adjectif disparaîtrait et nous arriverions à la Villa. Comment concilier cela avec la dénomination Vieilles, donnée en français, dès i3i3,dans Y Assiette de la comté de Biaumont? (Voir supra, chapitre 1, p. 4.) — Passons.

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