‹ Une commune normande sous l'Ancien régimeChapitre 66 sur 101 · V. — Dans le régime féodal, la rose joue un rôle · texte numérisé non relu

V. — Dans le régime féodal, la rose joue un rôle

Elle figure souvent dans les redevances. (Chéruel, Dictionnaire des institutions, impartie, p. 409; — Léopold Delisle, Classes agricoles , pp. 91 et 492 ; — de Beaurepaire, Etat des campagnes nor-

(1) Ce mot était synonyme de vassal, et non de serf, dès le xic siècle (Léopold Delisle, op. cit., p. 22), et c’est du reste ce qu’entend Damours : « mes hommes vassaux ».

(2) Bestes ou choses gaives (Léopold Delisle, op.cit., p. 406).

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mandes au moyen âge , p. 70 ; — Le Prévost, Dictionnaire de l'Eure, tome II, pp. 91, 460.) ;i).

Selon quelques coutumes, la fille n’avait plus rien à demander à ses frères sur la succession paternelle; quand le père l’avait dotée, ne fùt-ce que d’un simple chapel de roses. (Edouard Laboulaye, Condition civile et politique des femmes . p. 2 p ; Coutumes de Bretagne, article 217 ; Anjou, 241 ; — Ginoulhiac, Régime dotal et communal , p. 272 ) (2).

Spécialement en Normandie, où les filles n’hé-

(1) «deux chapeaux de violette de mars, et ung autre de « roses vermeilles à la Pentecôte»; hommage au Roy, par « Charlotte des Ursins, -baronne deFerrières, ib juin 1604». (Le Prévost, II, 91.)... Poivre, amandes, chapeaux de roses... aveu au Rov, par Yves de Viez Pont, seigneur de la baronnie du Neubourg, du 10 novembre 1403, où tout n'était pas roses ; le seigneur y disait : « J’ai le droit de « pugnir et faire pugnir par mes gens et officiers tous ceux « qui, en toute la bourgeoisie du Neubourg appellent les «femmes p..., sous peine de 9 livres d’amende ou d’être mis « en une esthielle par trois jours de marché » (Le Prévost, II, 4591 ; c’est-à-dire mis 3 jours « de potence ou au gibet ».

(2) Où il cite le Roman de la Rose :

Chapel de fleurs qui petit couste Et de roses à Penucouste Y ce puet bien chacun avoir Qu’il ne coûte pas grand avoir.

ritaient qu’autant qu’elles n’avaient pas de frères ou de descendants d'eux (Article 248, Coutume ), si le père ou la mère, en mariant leur fille, lui donnent « un bouquet de fleurs » (Godefroy, sur article 363), c’est parce qu’ils le veulent bien. Pourvu qu’ils la marient, ils ne sont pas tenus de la doter. (Basnage, sur article 200.) « Si rien ne lui fut promis lors de « son mariage, rien n’aura », dit l’article 260, Coutume normande. (Voir aussi l’article 363, op. cit .)

Les filles, non mariées du vivant de leurs père et mère, pouvaient demander à leurs frères « mariage avenant » (Article 249, Coutume ), c’est-à-dire le tiers de la succession pour elles toutes (Articles 254 à 267, idem).

Heureusement lesmœurs tempéraient la rigueur du principe. Le père pouvait, en mariant ses filles, « les réserver à sa succession et de leur mère pareillement » (Article 258 ibid). La réserve à partager était un droit d’hérédité, un droit à une quote-part de la succession (Rejet du 12 décembre 18D9). Ce fut une conquête sur les anciens usages qui excluaient les soeurs, « coutume impie », disait Marculphe dans sa formule du viie siècle qui commence ainsi : « A ma très douce fille » (1).

(i)Voir cette formule dans Laboulaye, Propriété Joncière, pp. 426 et 5o5 ; Condition civile et politique des femmes,

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VI. — Les anciens, malgré leur dureté de cœur, ont trouvé des accents attendris pour leurs filles. Voir à ce sujet le beau livre de M1Ie Bader, la Femme Romaine , Etude de la vie antique. « Comme « Cicéron, dit-elle à la page 2 1 8, bien des Romains « eurent à pleurer leurs filles. Nous en voyons un « touchant témoignage dans les inscriptions funè- « bres... de ces jeunes vierges dont la mort pré- <( maturée arrachait des larmes à Ju vénal lui-même « (satire xv, vers 1 38 et 189). Il savait, le poète, « qu’un fils est cher... et cependant il trouvait une « fille plus douce encore, filia dulcior » (satire v, vers 1 39).

Je me suis permis de rectifier ici une erreur de renvoi, une confusion échappée à Mlle Bader qui donne ce passage, filia dulcior , comme étant de la

p. 101 ; — Chéruel, Ditcionnaire, Ahriman ; — Michelet, Origines du droit , chapitre ni, p. S2; — Fustel de Coulanges, de l'Alleu, p. 141.

Cette conquête, la réserve à partage, n'est devenue générale qu’après des siècles d’injustice. C’est la loi des 8i5 avril 1791 qui a aboli toute inégalité résultant des qualités d’aîné ou puîné, de la distinction des sexes, ou des exclusions coutumières. Il n’était pas inutile d’entrer dans ces explications, pour saisir ce qu’il y a de vrai et de faux dans cette parole trop absolue, que l’on répète encore : autrefois les filles n’héritaient pas.

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satire xv, vers 1 3g, tandis qu’il appartient à la satire v, vers 139.

Qu’on me pardonne de m’être attardé à ce sujet. Il est si cherau cœur d’un père que la mort d’une très douce fille aînée a rempli de tristesse et d’amertume !

VII. — On voit, aux archives de l’Eure, la copie d'un contrat passé au tabellionage de Quillebeuf, le 17 mai 1607, où ledit Damours vend à Guy (1) d'Aché , sieur de Fonteney, Marbeuf... et du Montde-la-Vigne, et à dame Madeleine de Mailloc, dame desdits lieux, son épouse, demeurant à Marbeuf, mariés le 17 juillet 1 583 , d’après la Chesnaye des Bois :

« Le plein fief noble et sieurie du Hom, sis à « Vieilles, consistant en une motte close de fossés, « sur laquelle il y a deux pavillons, et le fonde- « ment du manoir, avec la belle cour aussi close « de fossés et les granges et bâtiments dessusétant, « le tout borné d’un côté le grand chemin tendant « à la forêt, d’autre côté la pasture, d’un bout le « pré de la Bayasse et d’autre bout ladite pasture « avec les autres droitures de colombier et rentes

|i) Prénommé à tort Gilles par la Chesnaye.

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« seigneuriales et redevances audit fiel et paroisse « de Vieilles et autres circonvoisines, tenue et « mouvante delà baronnie de Beaumesnil, par foi « et hommage, droits et devoirs seigneuriaux,

« quand un eschoit, et tous et autant que ledit ven- « deur en aurait acquis de noble homme Louis -< Viard, par contrat d’échange devant les tabel- «< lions de la Bonneville, le 4 août 1597.

« En outre, ledit Damours vend aux mêmes les « héritages suivants, réunis au corps dudit fief du « Hom, la première, etc. »

VIII. — Ce Guy d’Aché était le troisième fils de Jean a'Achej ', seigneur de Marbeuf et autres lieux, qui, le 19 février 1 047 ou 1046 d’après la Chesnaye, avait épousé Renée Leconte de Nonant et qui, lieutenant de Fervaques à Lisieux, excitait les huguenots à commettre des désordres.

La famille d’Aché, très ancienne et très ramifiée, descendant des d’Harcourt et des Mauvoisin, s'était alliée auxTournebu (1),

Notre Guy d’Aché, devenu seigneur de Marbeuf

(1) Sur les d’Aché, le grand Gallois, le petit Gallois, voir Caresme et Charpillon, article Bernay (Carentonne), pp. 334 et suivantes. — C’est le nom d’Aché qui a prévalu. (Le Prévost, Dictionnaire, tome III, p. 480.)

en i595, par donation de son père, avait épousé Madeleine de Mailloc. (Voir ci-après, aveu Adam.)

Il mourut le 3o décembre 1608, des suites d'une amputation nécessitée après onze ans de souffrances par une blessure reçue au siège d’Amiens, en 1097. Il fut inhumé dans l’église de Marbeuf, où l'on voitencore son tombeau (Le Prévost et Charpillon).

Le 1 7 juillet 1610, mon septisaïeul Jehan Adam, fils Jehan, à Vieilles, reconnut tenir nûment de ladite Madeleine de Mailloc, veuve de feu noble homme Guy d’Aché, tutrice et gardienne des nobles enfants issus d’eux, à cause du fief du Hom, deux portions de pré, situées à Vieilles, triage des Planchettes, contenant ensemble 3 vergées, anciennement plantées et a logées ï> (formant aujourd’hui la partie en amont du pré nos 83, 86 E du cadastre), tenues de faire de rentes seigneuriales 23 sous, 1 chapon, et 1 o œufs par an, avec reliefs, treizièmes, aides franches et coutumières pour toutes rentes et charges.

A propos des Planchettes , expliquons qu’avant la route actuelle de Bernay et le pont construit en 1844, et à la place même de cette chaussée d’une hauteur démesurée, l’ancien chemin de Bernay était au niveau des prairies. La rivière de Bave se

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traversait à gué, avec seulement, pour les piétons, une passerelle en bois qu’on appelait « les Planchettes » (les grandes).

Sur le cours d’eau parallèle, nommé laGeorgette, et qui se passait aussi à gué, les piétons avaient les « petites planchettes », qui furent remplacées, vers 1825, par une voûte en maçonnerie.

Il va devenir difficile, pendant quelque temps, de suivre la filière des possesseurs du Hom. Plusieurs prennent concurremment le titre, tantôt de sieurs , tantôt de seigneurs du Hom ; mais comme, en général, ils naissent, vivent, ou meurent à Vieilles, ils nous appartiennent, ou plutôt, d’après Damours qui disait « mes hommes », c’est nous qui leur appartenons.

IX. — De Guy d'Aché et de Madeleine de Mailloc on trouve, dans la Ghesnaye, trois fils :

i° Jacques d’Aché, aussi seigneur de Marbeuf et du Mont-de-la-Vigne et qui épousa le 14 juin 1616 Margueritede Luzerne. Une fille de Jacques d’Aché épousa Guy Fermanel, lieutenant particulier au bailliage, le 1 5 février 1 638, à Beaumont. (Saint- Denis, Notice , p. 289) ;

20 François d’Aché, seigneur du Hom ;

3° Robert d’Aché, le jeune, seigneur de Fontenay.

La terre du Hom se trouva appartenir à Pierre d'Aché, chevalier, seigneur de Marbeuf.

X. — Le 14 août 1678, le curéde Vieilles fit lecture, à l’issue de la messe, d’un contrat passé devant le notaire de Pont-de-l’Arche, le 24 juillet précédent, par lequel le dit Pierre d’Aché avait vendu à Guy d'Aché , chevalier, seigneur de Dommarais, « la terre, fief et seigneurie du Hom, conte sistant en domaine fieffé et non fieffé, situé à « Vieilles, relevant de Beaumesnil, moyennant le « prix de 16,000 livres, constitué en 800 livres de « rente foncière. »

Le 24 novembre 1681, à Vieilles, Charles d’Erneville, écuyer, sieur de Bigards-sur-Nassandre, fut, avec Françoise de Pommereuil, fille du sieur du Moulin-Chapel, parrain de Françoise, fille de Guv d’Aché et de Elisabeth Loitville.

Les Daniel, sieurs du Val-Saint-Martin (1), ont dû s’allier aux d’Aché.

Le 8 octobre 1695, devant le notaire de Beaumont, une dame d’Asseville, pour elle et pour ses amis, fonde une basse messe, le jeudi suivant la Saint-Simon, Saint-Jude, jour auquel est décédé,

(!) Fief qui, depuis, a appartenu aux Vottier, puis à Bertrand.

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le 28 octobre 1694, le feu sieur Guillaume Daniel, escuyer, sieur du Val-Saint-Martin, son père probablement. (Voir Saint-Denis, op. cil. p. 335. Elle donnait au trésor une rente de 35 livres 14 sous 2 deniers.

Anne Daniel, épouse de Louis d’Aché, escuyer, sieur d’Asseville, mourut à Vieilles le iq mars 1704, et ledit Louis d’Aché, âgé de soixante ans, y fut inhumé le 23 avril 1709.

Le 22 ou 23 avril 1723, décès à Vieilles, à l’àge de quatre-vingt-six ans, de François d'Aché , sieur du Hom. Il était marié avec Anne d'Orteuil.

Sa veuve mourut à Vieilles sept ans après. (Saint-Denis, op. c/7., p. 35o.)

Tous deux furent enterrés dans l'église de Vieilles.

XI. — Le 16 avril 1711, eut lieu, à Vieilles, le mariage de Marie-Madeleine d'Aché, fille de Guy- François d’Aché, susnommé, et d'Anne d'Orteuil, avec François d'Aché , escuyer, fils d’Antoine d’Aché, sieur de Varenville.

Ledit François d’Aché rendit aveu au duc de Bouillon, pour le moulin Louvet, le 5 novembre 1729, (Saint-Denis, op. cil., page 365.)

Le 27 février 1737, décès constaté à Vieilles, de

ladite Marie-Madeleine d’Aché, âgée de soixante ans environ, veuve de François d'Aché, seigneur de la Haie et du Hom, décédée à la Communauté, à Paris.

XII. — François d'Aché et Madeleine d’Aché eurent de leur mariage Pierre-François- Placide d'Aché, chevalier, qui mourut avant 1709(1), ayant épousé Anne-Louise Leblanc du Roullet de la Croisette (2), décédée à Vieilles le 2 février iy38 (3).

Du mariage de Pierre-François-Placide d’Aché, seigneur de Marbeuf, le Hom, et autres lieux, et de Anne-Louise Leblanc, on trouve issus :

i° Gabriel-Louis , qui fut curé de Saint-Jacques de Lisieux (1730-1742) (4) ;

20 Marie- Anne-Gabrielle d’Aché, qui épousa, en 1732, Baudot, seigneur de Barville (5) ;

3° René d'Aché , capitaine au régiment royal des vaisseaux qui, en 1746, épousa Jeanne-Henriette-

(1) L’abbé Piel, Inventaire , tome III, xv, p. 45o.

(2) Sur les Leblanc du Roullet de la Croisette, voir Annuaire de l'Eure, pp. 72 à 78 ; — Charpillon et Caresme, article Acquigny.

(3) Saint-Denis, Notice p. 371.

(4) L’abbé Piel, op. cit. tome III, xv, p. 450 ; xvm, p 344. (3) L’abbé Piel, op. cit. tome III, xv, p. 1273.

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Françoise de Heusté, fille de Léon-François de Heusté, seigneur de Lamberville, etc., et de Louise Asselin, de Boissy (1).

40 Charles-Gabriel d'Achej', chevalier de Saint- Louis, seigneur de Marbeuf, du Hom, et autres lieux, qui, le 29 avril 1749, fit son contrat de mariage avec Charlotte-Madeleine de Houdetot, fille puînée de Charles, sire marquis de Houdetot (2).

Charles d'Achey (probablement Charles-Gabriel), seigneur du Hom, mourut à Evreuxle 2 5 janvier 1768 ; son corps fut rapporté et inhumé à Vieilles.

XIII. — Au registre des vingtièmes de Vieilles qui existe aux Archives de l’Eure, on a porté sous le n° 82, Vottier, comme « acquéreur d’Aché ».

Dans les comptes de la fabrique de l’église de Vieilles, présentés par les trésoriers Hue à Adam ( 1 769), — Adam ( 1 770), — Bolon à Angot ( 1 786), on trouve « que les représentants de Charles-Ga- « briel d'Aché , seigneur du Hom, étaient débiteurs « envers la fabrique d’une rente de 8 livres 10 « sous, dont 3 livres pour fieffe de banc dans l'é- « glise et 5 livres 10 sous de rente foncière en

(1) L’abbé Piel, op. cit., tome III, xx, p. 22g.

(2) Communication de M. Réautey.

« vertu de contrat notarié à Beaumont, le 6 « février i 7 j 8. »

XIV. — Le domaine du Hom fut vendu, pour la majeure partie, le 2 août 1780, par Anne-Charles- René, marquis d’Aché, à René Hervieu, avocat au Parlement de Normandie, l’un des signataires du mémoire Chambellan contre de Chambor, dans le procès de 1770, et pour une autre partie (comprenant probablement le titre du fief, la seigneurie), à Guy Chambellan, l’ancien greffier du bailliage, gendre de Nicolas Blanfuné.

Ce Guy Chambellan, dont parle Saint-Denis, (op. cit. pp. 384, 3q8 et 403), avait acheté, dès 1 766, la seigneurie de Bigards-sur-Nassandre, saisie sur les frères d’Lrneville.

On le trouve, pour 13,891 livres, au nombre et en tète des créanciers opposants du marquis de Prie, dont les biens furent vendus en 1777. ( Notice de Lambert sur la seigneurie de Courbépine,

Il prit le titre de seigneur du Hom , de Bigards et autres lieux.

Le 23 juin 1786, aveu fut rendu audit « Guy « Chambellan, seigneur des nobles fiefs, terres et « seigneuries de Bigards, Belleau,le Hom-Fonte-

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« ney et autres lieux, par Lebigre, oncle et tuteur « des cinq mineurs Adam, enfants de Pierre Henry << Adam mon bisaïeul, à cause de partie de pré, « située à Vieilles, triage du Pressoir Bosquet, tenue « nùment et sans moyen, dudit seigneur, en son « dit fief du Hom-Fonteney ; bornée d’un côté la « Bave, d. C. la rue du Pouron, tendant à la Cha- « pelle Saint-Laurent; d. B. le chemin de Bernay, » et d'autre bout lesdits mineurs par pré relevant « de la seigneurie de Vieilles. »

« A cause duquel pré est dù, etc. » (répétition de l’aveu rendu auxd’Aché, en 1610). Ce pré est resté depuis aux mains des Adam, que je représente en ligne directe.

A noter que ce pré dépendait alors de deux seigneuries distinctes. Il vivotait. Aujourd’hui que les propriétés sont franches et libres comme les personnes (loi du 6 octobre 1791, article ier), nous avons, à Vieilles, «la servitude sous l’apparence de la liberté », nous avons la féodalité administrative qui nous accable d'impôts, de vexations sous diverses formes, alignements, voirie, curage, baignage, police des eaux sur trois rivières parallèles, Risle, Bave et Georgette, règlements qui « anéan- « tissent le droit sous prétexte de l’organiser». (David, Cours d'eau , tome II, 594, n° 1, 2e édition.)

C’est par la liberté que les peuples commencent ; c’est par la réglementation qu’ils finissent.

On attribue cette réflexion à Laboulaye et je crois y reconnaître sa manière, sans pouvoir en retrouver le texte.

Guy Chambellan était fils de Zacharie, petit-fils de Guy, arrière-petit-fils de Charles et de Marie Jouye, et descendait, par eux, de Jean Chambellan, qui vivait en 1549, d’après une généalogie de la famille.

Il figura dans la liste des membres de la noblesse qui se réunirent à Evreux, le 1 6 mars 1 789, pour l’élection des députés aux Etats généraux (Catalogue publié en 1864, par Delarocque et Barthélemy).

Ce Guy Chambellan eutun fils, Pierre Guy, qui, processif comme son père, et comme Blanfuné, son grand-père, intenta et perdit le procès en clameur lignagère contre de Chambor en 1775 et qui, plus tard, étant célibataire, quitta Bigards en 1808, dit la généalogie Chambellan.

XV. — On a vu ci-dessus, qu’une partie du Hom avait été achetée par René Hervieu, avocat.

Hervieu, quelquefois cité dans Flaust et dans Houard ( 1 ), était fils de Thomas Hervieu, capitaine

(1) Houard, Fief, p. 3~o.

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des milices gardes-côtes et de Jeanne le Griffon. (Publication de mariage à Rouen, mai iybi.)

Le domaine entier du Homse trouva plus tard appartenir à René-Pierre-François Hervieu,fils du précédent, « sieur du Hom », avocat, maire d’Harcourt, où il résidait, tant par succession de son père que probablement par achat, soit de Guy Chambellan, soit de Pierre Guy Chambellan fils.

Il avaitépousé Marie-Louise-Françoise Lizot, fille de Pierre Lizot, avocat du roi au bailliage de Beaumont. (Publications de mariage à Rouen, 17S8.)

Il mourut à Vieilles, au Hom même, le 28 décembre 1820, écrasé sous un arbre qu’il y faisait abattre.

Il eut deux fils : l’un, qui a laissé un nom dans l’Enregistrement, et a publié des ouvrages de droit sur les hypothèques (Sirey, 55. 2. 41 3), le second, qui a habité Harcourt avec sa mère.

XVI. — Le Hom devint lapropriétéde Dupont de l'Eure au moyen d’une souscription des « libéraux » du temps. D’après la législation d’alors, il fallait payer d’impôts 3oo francs pour être électeur (loi du 5 février 1817); i.ooo francs pour être éligible (loi du 25 mars 1818), et cela depuis plus d’un an (article 4, loi du 29 juin 1820).

Ces temps sont loin. Aujourd’hui, on est électeur, éligible, élu, sans payer un centime d’impôt.

Dupont de l'Eure, qui n’avait pas complètement quitté Rouge-Périers, habita peu de temps le Hom. Nous l’y trouverons dans l’été de 1825. 11 y venait par intervalles, vivant simplement, se livrant avec passion à la pêche à la ligne, qu’il avait apprise d'un maître, Pierre Hamelet, dit Thomas, auquel il donna son portrait gravé. N’ai-je pas promis de parler aussi des petits, des humbles ? Hamelet était le fils d’un ancien soldat de Lafayette, en Amérique, prisonnier des Anglais sur les pontons. Il s'en souvenait fort bien, à quatre-vingts ans passés.

L’histoire a de ces retours.

La haine des Anglais, née sur le sol de Vieilles et du Hom, se retrouva chez leurs victimes.

La politique aussi a de ces ironies.

Elle installe dans l’ancien manoir féodal des d’Aché, le lauréat, le grand prix, l’idole de la démocratie !

Dupont de l’Eure s’y trouva-t-il bien à son aise et bien à sa place ?

Je n’ai pas à faire ici une relation, même succincte, de sa vie. Il est cependant nécessaire de dire quelques mots de cette personnalité qui vint, en passant, illustrer notre Vieilles.

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Dupont, né au Neubourg le 27 février 1767, est mort à Paris le 3 mars 1 855, et a été inhumédans sa ville natale. Il fit partie du Conseil des Cinq- Cents, de la Chambre des députés en 1814; et, de 1 8 1 6 à 1 849, fut élu par les collèges de Rouen, Louviers, Pont-Audemer et de la Seine.

Toutes les formes dithyrambiques ont été épuisées en son honneur. Bérangeii'a chanté dans le Tretnbleui' { 1)., et flatté en maints passages. Lamartine, Arago. l’ont exalté (27 février 1848). Ses amis politiques l’appelaient: « le vertueux (2), le vénérable (3), le patriarche de Rouge-Périers (4), l’Aristide des temps modernes (3), espèce de Romain, mais des premiers temps de la République (6). »

Beaumont a plus d'une fois donné sa note en ces concerts enthousiastes. Dans un discours sur Pollard, prononcé le 17 septembre 1843, au concours agricole tenu à Beaumontel, de Reynal terminait ainsi, avec son lyrisme habituel : « Pourquoi n’avons-nous pas, au milieu de nous, notre digne

(1) Petite brochure delà Société : Aide-toi, le ciel t'aidera ( 1 83 1 ).

(2) (3) De Reynal.

(4) Davy d’Evreux, les Conventionnels de l'Eure.

(3) Picard, Banquet du Neubourg, 12 décembre 1847, brochure.

(G) Legendre, Etude, vers iSSy, que je cite de mémoire.

représentant h la Chambre des députés et au Conseil général, le vénérable Dupont de l’Eure ?... Il vous dirait : Beaumont fut grand dans le passé... Il peut , il doit redevenir grand dans V avenir W...

Il en était ainsi, à chaque banquet de juillet : « Que n’avons-nous au milieu de nous... ? » mais nous avions l’image, pieusement accrochée au mur, et, en fait, la présidence d’honneur, institution dont on ne parlait pas encore et qui a bien pu être inventée à Beaumont.

Ça tournait au fétichisme. Les Beaumontais ne furent pas seuls à pratiquer ce souvenir. Paris s’en mêla aussi. On lit, à ce sujet, un passage humoristique dans le Moniteur universel du 21 septembre 1874 (page 1284) : « Le Parisien s’est engoué de « Cagliostro, du baquet de Mesmer, de la Girafe, « du chien Munito, de Lafayette, de Dupont de « l’Eure » (article Revue des journaux).

Cette admiration, peut-être un peu excessive, n’a pas été sans contradicteurs. Il ne m’appartient pas de juger. Je me bornerai à citer le curieux article de l’académicien Thureau-Dangin, article par lequel il apprécia un peu durement Dupont de l’Eure, dans le Lendemain d'une Révolution. (Voir Correspondant, 1881, 2e livraison, pp. 2o5 et suivantes.)

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Dupont de l’Eure était, à peu près, inattaquable dans son fief électoral. En 1842, lorsqu'il s’agit d’élire un député au collège de Brionne. qui comprenait alors Beaumont, Brionne et 3 cantons de l’arrondissement de Pont-Audemer (Loi du 19 avril 1 83 1 ) , Dupont eut pour concurrent Guenet, maire de Brionne, porté par un courant de popularité né de la position qu'il avait prise en faveur des Charités. Les esprits étaient montés (Voir brochure Hurel), au point que beaucoup d'enterrements civils avaient lieu.

Cette candidature rivale, d’une nature toute particulière, sui generis , échoua, moins heureuse que d'autres qui réussissent pour les considérations les plus futiles. — L’insuccès du maire de Brionne, homme du reste fort honorable, donna lieu à l’épigramme suivante :

Astre brillant de la Mairie,

Napoléon des Charités,

De la Chambre il eût fait partie Si, de son temps, la confrérie Avait nommé les députés.

Dupont de l’Eure posséda très peu de temps le Hom. Il le revendit en 1820, dit Charpillon (Beaumont, p. 202) à M. de Clercq, aujourd’hui représenté par Madame de Boisgelin, sa fille.

C'est donc par erreur que Lottin de Laval (Berna/ et son arrondissement ), faisant une description très exacte, au point de vue archéologique, ajoute : « après avoir abrité un membre du Gou- « vernement provisoire, l'un des maîtres de la « France, le manoir du Hom maintenant... » Il y avait déjà plus de vingt ans que Dupont de l'Eure n'était plus propriétaire du Hom, quand éclata la Révolution de février 1848. « Regrettant son chaume », selon le vers plus figuré que véridique de Béranger, il était retourné à Rouge-Périers, commune du canton de Beaumont-le-Roger.

C’est également à tort que, tout récemment, on a dit et répété, dans quelques journaux, et dans une partie du public, que Mademoiselle Dupont vivait retirée à Rouge-Périers (où elle est morte le 29 mars 1893), « dans la propriété donnée par « une souscription nationale à son glorieux père »

( Lexovien , article de M. Groult). Il y eut là une confusion.

C’est le Hom, et non Rouge-Périers, qui fut acheté avec le produit de la souscription.

Voilà comment la légende prend souvent la place de la vérité, et arrive même à lui être préférée.

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L’auteur du Manuscrit de Rouen cite, aux environs, plusieurs châteaux, anciens et modernes : Beaumesnil, Moulin-Chapel, Romilly, Harcourt, Thevray, Origny, Menneval, la Vacherie et le Hom.

Le Prévost ( Dictionnaire de l'Eure, a.YÛc\e Beaumont), après une revue très succincte, termine ainsi : « Le château actuel du Hom, gracieuse « construction du xvie siècle, subsiste encore, « ainsi que sa chapelle... et justifie complètement, « par son entourage de fossés pleins d’eau, la « dénomination Scandinave de Hulmus (lieu ente clos entouré d’eau '-. C’est une charmante et poète tique Thébaïde enchâssée entre la verdure des « bois et la verdure des prés. »

Dans une brochu re (i857), publiée par Bordeaux, secrétaire de la Société d’Archéologie, sur une séance tenue au Neubourg, le ier octobre 1 8 5 5 (pp. 5 2 et 53), on lit: « M. F. Lenormant dit un « mot du petit manoir de Vieilles, qui existe tout « près de la station du chemin de fer, à Beaumont. « Cet édifice a conservé le caractère du xvie siècle, « ses grilles de fenêtre, etc., etc. »

Il s’agit évidemment du Hom, et il est fâcheux que Lenormant et Bordeaux aient été aussi sobres de détails.

Un peu plus haut, à la page 5o de sa brochure, Bordeaux rapporte qu’à la même séance, « M. Ga- « debled avait dit un mot (toujours un mot, c’est « peu d'une ancienne verrerie qui avait existé au « Hom. M. Loisel avait promis une notice à ce « sujet. »

Il n’y eut jamais de verrerie au Hom. Celle à laquelle on faisait allusion fut éphémère (1644- 1643). C’était la verrerie du curé Lefranc.

Citons aussi quelques lignes d’un enfant de Vieilles, dont je tiens à rappeler le souvenir, Théophile Doucet, qui appartint au Génie, et fut inhumé à Beaumont. Il raconte ainsi ses promenades du jeune âge, avec son ami Jules Prior : « Tantôt « nous parcourions les prairies du Hom, im- « mense nappe verte où se déroulent en rubans « d’argent des eaux froides et rapides, où se dres- « sent en foule, comme autant de points d’admi- « ration, des peupliers gigantesques... » (Préface des Veilles d'un artisan , p. 23.)

(Voir aussi ce que dit Lottin de Laval dans sa brochure: Berna/ et son arrondissement).

Les châtelains aimaient les distiques. On lisait, il y a cinquante ans, dans une des pièces du manoir, cette maxime, toujours vraie, toujours mélancolique, depuis Ovide :

LE HOM

« Donec eris felix, multos numerabis amicos :

« Tempora si fuerint nubila(i), solus eris. »

Les d'Aché avaient-ils prévu les nuages, les malheurs qui viendraient fondre sur leur fief, et la solitude qui le frapperait un jour? On pourrait le croire.

Aujourd’hui, le manoir, le château, si Lon veut, est occupé par un garde et par la meute de M. de Boisgelin (2).

(1) Le texte de l'inscription portait nvriia, ce qui est une faute du copiste.

(2) En face du Hom, sur la rive droite de la Risle, au pied du coteau, non loin du moulin de l’Orme, dans cette grosse maison originale du xvne siècle, vint habiter quelque temps, après i83o, un homme qui eut une célébrité d'emprunt, Constant Very, l’ancien valet de chambre de Napoléon le.

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