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LA FONDATION DL: POSTE DE HAKEL

Au i^oint de vue politique, l'établissement à Cotera plaçait le comptoir sur le territoire du Kamera. Le tonka, réputé l'ami des Européens, ne l'était qu'en apparence. Plus civilisé que les autres chefs, il se montrait seulement plus habile et dissimulait mieux; il n'en restait pas moins aussi cupide, aussi exigeant. Son amitié promettait bien la venue de quelques caravanes de Bambaras, ses alliés, mais elle éloignait à jamais celles du Bondou. Or, si des circonstances fortuites, particulièrement la présence de l'expédition anglaise, avaient fait de l'almamy un adversaire, des signes certains laissaient prévoir que, Gray parti, les relations reprendraient sans tarder.

On convint donc de maintenir le fort à Bakel, sur l'emplacement choisi en 1818. La position du comptoir sur le fleuve, en communication assurée avec Saint- Louis pendant six mois de l'année, le désignait comme entrepôt indispensable. Il restait d'ailleurs susceptible de devenir, dans l'avenir, im centre de ravitaillement pour d'autres postes plus éloignés, soit sur le haut-fleuve, soit sur laFalémé (1).

Le 30 septembre, l'expédition redescendit vers Saint- Louis, emmenant l'enseigne de vaisseau Dupont et l'aspirant Dussault. L'enseigne de vaisseau Hesse les remplaça dans le commandement du poste (2).

Si les temps héroïques sont finis, l'ère des difficultés est loin d'être close. Il convient désormais de garantir la sûreté de l'établissement défendu par une garnison de

(1) Sén. IV 15 : 20 sept. 1820. — Chaque membre de la Commission d'enquête présenta un rapport particulier. Celui du lieutenant de vaisseau Leblanc a été publié par Claude l'\iurc ; Doctimeiiis inédits sur rhistoire du .'Sénégal (Corn . Trav. IHst., B. Gcogr., 1 914, t . 29, p. 80).

Cette question d'emplacement du fort devait être encore agitée à deux reprises, en 1822 par le gouverneur llogcr ému des plaintes de certains négociants, et en 1827. A cette dernière date le rapport de l'enseigne de vaisseau Lelieur de Ville-sur- Arec, chargé d'apprécier les avantages d'un transfèrement en amont, conclut une fois de plus au maintien du fort à Bakel(yén. IV, 1.5).

(2) Le Gouverneur avait adjoint au commandant du poste pour l'aider dans sa charge un conseil de poste composé du lieutenant de la garnison, du lieutenant de génie surveillant les tra\ aux et du commis de marine chargé du service de la comptabilité (Sén. IV 15 ; juill. 1820).

cinquante-trois hommes, dont trente noirs, sous les ordres d'un lieutenant, et d'en assurer la salubrité. A la fin de 1820, le poste ne comprend encore que quelques cases abritées derrière des remblais inégaux. Douze mois plus tard, l'enceinte est achevée en pierres sèches, faute de chaux, et flanquée d'un bastion et de deux petites tourelles. On bâtit une caserne et un hôpital de bois avec toitures de paille. Pcli après, on achève la construction d'un hôpital en pierre. On est encore loin d'une installation confortable, du moins l'indispensable est acquis.

Un autre problème sollicite l'attention du commandant. La mission anglaise séjourne toujours à Bakel, attendant le retour du docteur Dochard. Outre le préjudice moral qu'elle porte aux Français par sa présence, elle contribue à la dépréciation de leurs marchandises en répandant largement les siennes. Heureusement, celles-ci sont vite épuisées et Gray s'en trouve réduit à vivre aux dépens du poste, dont il épuise les réserves.

Un nouveau malheur frappe l'officier anglais. Un navire venant à son secours de Gambie coule en route. Gray doit alors renvoyer sur le littoral la majeure partie de ses gens ; il n'en garde que douze près de lui. Dans l'intervalle, le docteur Dochard est revenu sans avoir pu atteindre Ségou. Néanmoins, le major décide de poursuivre l'entreprise. Le 16 novembre, il quitte Bakel, mais s'arrête à Makana, où il séjourne plusieurs mois. Après une nouvelle tentative pour traverser le Kaarta, il redescend au comptoir français et profite dvi convoi de 1821 poiurevenir à la côte. Ses efforts, poursuivis pendant trois années, ont misérablement échoué (1).

Hesse n'a pas attendu le départ de l'expédition anglaise pour renouer des relations avec l'almamy de Bondou. En abandonnant une partie des exigences de Dupont, il s'acquiert la faveur du chef indigène, d'ailleurs satisfait des avantages que lui procure la présence des traitants.

(1) Sén. I : 20 oct. 1820, 27 avril et 12 oct. 1821. - Gray et Dochard, Travels in ivcslcin Afrkd in llic ijcars 1818-1820 fromthc river Gambiatn the Niger, trad. Huguct, Paris, 182(>, 2 vol. in-18.

LA FONDATION DU l'OSTE DE BAKEL

et, le 12 novembre 1820, un traité est signé, qui garantit la sûreté des transactions dans le Bondou (1).

A cette époque, le tonka du Tuabo fait preuve d'une cupidité insatiable. Il exige des coutumes pour la coupe du bois, le stationnement des navires ; il réclame même, avec une mauvaise foi insigne, le paiement des dettes antérieurement soldées. Ses gens enlèvent le troupeau du poste et refusent toute réparation. Enfin, comme Hesse lui résiste, il dresse contre lui un guet-apens. L'uniforme trompe les assassins et c'est le lieutenant Nona, commandant la garnison, qui tombe frappé à mort. Ce crime déchaîne la guerre. Les gens du tonka viennent camper devant Bakel, soutenus par les Bakéris du \ illage même, pendant que les N'Diayes restent fidèles. Ce sont des escarmouches quotidiennes jusqu'à l'arrivée de l'almamy, qui force les assaillants à rentrer chez eux.

Ce dernier voit là une occasion de réduire le Guoye tout entier et exige de Hesse une attaque commune contre Tuabo. Mais c'est en vain que les boulets de VArr^us ouvrent une brèche dans la tapade du village, les gens du Bondou, qui attaquent par terre et sont reçus à coup de fusil par ceux du Tuabo, s'enfuient lâchement, abandonnant blessés et prisonniers.

Le leçon est néanmoins suffisante et le tonka demande la paix. Par traité du 21 septembre 1821, il rend les bestiaux volés, chasse de son pays les assassins du lieutenant Nona, reconnaît les N'Diayes comme chefs de Bakel et livre deux otages, dont son propre fils. Si l'almamy, vaincu et dépité, garde un moment rancune de cet accord, qui a été conclu à son insu, il ne rompt point définitivement avec le comptoir (2).

D'un autre côté, les Maures Douaichs s'engagent, le 7 février 1821, à ouvrir en face de Bakel une escale pour la traite de la gomme, moyennant le paiement d'une coutume annuelle. Le roi du Kaarta, Modiba, envoie des émissaires jusqu'au poste pour préparer les échanges.

(1) Sén. IV 15, 12 nov. 1820.

(2) Sén. I ; 4 mars, 21 avril, 12 oct. 1821, remise de pouvoirs 22 févr.

En même temps que les relations s'étendent, l'autorité française s'affirme (1).

Cependant, le capitaine de vaisseau Lecoupé, successeur de Schmaltz, obéissant aux ordres formels du ministre, est parvenu à dissoudre la coalition formée contre le Gouvernement du Sénégal et à traiter successivement avec chacun des adversaires. Seul, le Fouta résiste, mais la paix semble proche et le passage des convois annuels est assuré. On est encore loin de l'ère de tranquillité parfaite. Toutefois, le commerce possède désormais une base solide, l'établissement de la France sur le haut-fleuve est définitif.

(1) Sén.,27avrn,3oct.l821,

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