CHAPITRE III
Lorsqu'en juillet 1818 Fleuriau, sans instructions de Paris, hésitait devant l'envoi des goélettes en Galam, les négociants de Saint-Louis l'avaient supplié de ne point faire perdre une nouvelle année au eoninierce, et c'est autant pour satisfaire à leur requête que pour prévenir les menées anglaises qu'il prit l'initiative d'une expédition (1). Sa décision fut accueillie avec enthousiasme. « Nos préparatifs, écrit-il, ont mis beaucoup d'activité dans l'île. On ne trouve plus aujourd'hui d'incrédules sur le succès des projets adoptés... La plupart des négociants européens établis à Saint-Louis partent pour la France afin de se pourvoir de ce qui sera nécessaire pour former des établissements ou étendre leurs relations commerciales. C'était bien ce que j'attendais de la reprise de Galam (2). » Le 17 août 1818, les bâtiments du roi, qui mirent à la voile, fin-ent donc accompagnés d'un grand brick de commerce et de plusieiu's goélettes de traitants. Les principaux négociants s'étaient groupés en association pour affréter le brick dénommé Commandant-Fleur iau en l'honneur du gouverneur intérimaire ; ils en confièrent la gérance à un ancien officier fixé au Sénégal, Alain.
On connaît les difficultés matérielles qui assaillirent le comptoir des sa fondation ; les opérations s'en ressentirent. L'hostilité de certains royaumes, connue leBondou, le priva des caravanes qui devaient emprunter leurs
(1) Sén.I ; 20 juin. 1818.
(2) Sén.I ; 24 août 1818,
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territoires pour le joindre. D'ailleurs, les indigènes avaient perdu l'habitude des éehanges. Les Maures Douaïchs refusèrent longtemps de eroire qu'ils pouvaient désormais troquer à Bakel les produits qu'ils portaient préeédemment à l'escale du Coq ; il fallut que le fils du roi visitât par lui-même les magasins du poste pour que ses sujets consentissent à apporter 80.000 livres de gomme (1). Un petit entrepôt, établi par Alain dans le village de Makana, ne recueillit en quatre mois et demi qu'un peu d'or et de morfil, par suite d'une guerre qui sévissait alors entre le Kaarta et le Kasso. Néanmoins, les noirs se montrèrent heureux de la présence française et ils acceptèrent à bon compte le sel dont ils étaient privés depuis longtemps (2).
En décembre 1818, lorsque les petites barques redescendirent à la côte sous l'escorte de l'aviso Colibri, les traitants se déclarèrent satisfaits de la campagne. Le Commandant-Flcuriau ne quitta Bakel que le 12 août suivant. Les négociants qui l'avaient armé redoutaient une perte sensible à cause des frais énormes qu'avaient entraînés l'affrètement du navire et son séjour d'une année dans le haut-pays. Cependant, les comptes liquidés, les actions se maintinrent au pair. Comme les sociétaires en avaient fourni le montant en marchandises, ils gagnèrent encore environ 20 « /o (3),
Trois faits avaient nui particulièrement aux transactions en contribuant à la dépréciation des marchandises : les échanges opérés à titre privé par les ouvriers et laptots du poste qui touchaient leurs salaires en nature ; la présence de l'expédition anglaise ; la concurrence entre les traitants et l'association. On s'efforça, pour l'avenir, de supprimer le plus possible cette dépréciation néfaste, qui profitait aux seuls indigènes et, dans ce but, on décida que dorénavant les employés du fort percevraient leur salaire à Saint-Louis même. On sait, d'autre part, que si le major Gray prolongea son séjour à Bakel jusqu'à la fin de 1820, il en fut bientôt réduit à vivre sur les réserves du poste
(1) Sén. IV 15 ; 10 avril 1821.
(2) Sén. IV 15 ; 10 avril 1821.
(3) Sén.I ;27nov, 1818. li sept, et 29 oct. 1819.
LES SOCIKTKS ANNUELLES 45
français. Enfin, on songea, dès ce moment, à l'établissement d'un monopole de commerce.
La campagne de 1819 fut nulle, puisque les goélettes, ainsi que le convoi qu'elles accompagnaient, ne purent remonter jusqu'en Galam. Or, autant la traite de 1818 avait été bomie aux escales du bas-fleu\^e, autant celle de ISnri'nt^^ésastTelBèrETicoTif'âgés par les gains de l'année précédente, les négociants avaient accumulé les matières d'échange. li'arrivée en droitiu'c de l'Inde, au moment de l'ouvertvu'e de la traite, d'im navire chargé de guinées et son admission malgré les règlements jeta sur la place un stock énorme de marchandises. La concurrence, qui sévissait déjà en temps ordinaire, fut acharnée et ruineuse. Les plus sages perdirent jusqu'à 20 ^ Jq. Tous les traitants s'endettèrent (1).
Il est indispensable de savoir comment s'opère, à cette époque, le commerce aux escales pour comprendre les raisons qui ont fait choisir le système du privilège pour l'exploitation du haut-pays. Il consiste uniquement dans le troc de la gomme contre les objets recherchés par les Maures sous le régime de la libre concurrence, c'est-à-dire que rien ne limite ni le nombre des embarcations expédiées de Saint-Louis, ni la nature de leurs cargaisons, ni les prix d'échange. Mais, d'après une habitude consacrée par le temps et de\'enue une sorte de règle, la traite est faite exclusivement par les indigènes du Sénégal. Parmi ces traitants, les uns, et ce sont d'abord les plus nombreux, montent aux escales pour leur propre compte avec des marchandises achetées à crédit à des commerçants de Saint-Louis, qu'ils s'engagent à rembourser entièrement au retour, qu'ils les aient ou non écoulées en totalité. Les autres, dont le nombre s'accroît chaque année, ne sont que les gérants des cargaisons expédiées directement de Saint- Louis par les négociants européens qui détiennent les marchandises d'échange. De là naissent aux escales deux sortes de conciu-rence, l'une que les traitants se font entre eux avec l'imprévoyance et l'incurie de gens qui n'ont point donné de gages sérieux et qui ne compromettent
(1) Sén. XIII 7: 2.> juin. 1820.
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que leur crédit et non pas leurs capitaux : l'autre faite aux traitants par les gérants de cargaisons, celle-là d'autant plus fatale qu'elle pro\'ient en réalité des négociants qui approvisionnent à la fois les traitants et leurs propres commissionnaires. Or, la production des gommes, sous ce climat si changeant, est entièrement variable ; telle année fournit .3 millions de kilos et telle autre n'en fournira que 500.000 à peine. L'abondance et la rareté du produit n'en est pas moins l'élément régulateur des bénéfices ou des pertes. Le traitant veut écouler toute sa marchandise. Désireux de se procurer assez de gommes pour payer ce qu'il doit, et pressé par le terme fixé de la traite qui s'avance de jour en jour, il n'est pas de sacrifices qu'il ne s'impose. Si les gommes sont rares, il en est réduit à offrir plus, même à perte, et il s'endette.
On voulut remédier au mal en fixant un prix minimum d'échange de la gomme contre la guinée. C'est le régime du compromis. Les traitants violent alors les règlements en envoyant des messagers au devant des caravanes ou en donnant des présents qui augmentent le prix d'achat. La surenchère existe malgré tout, plus redoutable encore pour certains, qui ne vont même plus' aux escales et confient leurs intérêts à des captifs qui les volent. Les traitants courrent presque tous à la ruine ; leurs efforts n'aboutissent qu'à retarder sa venue.
Donc, à la fin de 1810, le commerce de Saint-Louis traversait une période de crise. Pour comble de malheur, la coalition qui se forma contre les Français au début de l'année suivante empêcha toute traite aux escales durant le printemps de 1820. A Dagana seulement, sous la. protcstion des canons, on put échanger quelques milliers de gomme.
La cause du mal n'était que trop évidente. Elle fit envisager pour Galam un mode d'exploitation différent de celui du bas-fleuve. Le ministre lui-même suggéra l'idée d'une Compagnie privilégiée (1). A l'instigation de Schmaltz, les représentants des trois principales maisons de commerce (2)
(1) Sén. XIII 7 ; 25 juin. 1820.
(2) Les maisons Bourgerel, Potin et Devès.
se réunirent, en juin 1820, pour élaborer un plan d'association. On convnit d'une Société formée pour un àrîTinaquêllc pourraient participer indistinctement tous les négociants et habitants de Saint-Louis et qui jouirait du monopole de la traite de la gomme, les autres denrées restant en libre concurrence. On prévoyait une mise de fonds de 90.000 francs en argent de France, répartie en 180 actions de 500 francs chacune, payables en guinées bleues de l'Inde estimées, suivant leur qualité, aux prix de 25, 27 fr. 50 et 30 francs. Un directeur, recevant 1° /o sur le produit brut du retour, dirigerait les opérations sous le contrôle de deux inspecteurs aux fonctions purement honorifiques. Le gérant de l'association, en Galam, serait choisi par l'assemblée des actionnaires. La Compagnie affréterait un bâtiment qui séjournerait toute l'année sur le haut-fleuve ; elle pourrait, si elle le jugeait utile, établir un comptoir à Makaiia.-
Il y eut quelques objections, principalement de la part des traitants, qui voyaient avec crainte s'établir le système du monopole. Néanmoins, la solution semblant être imposée par les circonstances, l'association fut formée et les statuts approuvés le 28 juin.
Schmaltz voulut réunir toutes les chances de succès. Il avait Tinferîëurënïént chargé^e commandant du poste de Bakel de recruter, par engagement à temps de quatorze années, deux cents captifs destinés à compléter les effectifs du premier bataillon d'Afrique et de la compagnie de sapeurs indigènes. Afin de laisser la Compagnie entièrement maîtresse du marché, il lui confia le soin du rachat moyennant une indemnité de 150 francs pour chaque esclave. Par contre, pour empêcher qu'elle n'abusât de son monopole et qu'elle n'en vint par sa trop grande cupidité à détourner les Maures du comptoir, il prescrivit que seules seraient autorisées pour la traite des gommes les barriques à la mesure de Bordeaux, cerclées de fer et estampées de la marque du roi, à l'exclusion de toutes autres caisses, paniers ou barils de dimension frauduleuse, qui auraient permis aux commis d'acheter à meilleur compte en trompant les vendeurs. La Société fut également tenue d'accorder au roi des Douaichs, par millier de
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gommes échangé, la valeur d'une pièce de guinée qui remplacerait les droits multiples créés au cours des siècles antérieurs : droits de bonjour, d'ancrage, d'habillement, de souper, d'adieux, etc. (1).
Au convoi de ravitaillement parti le 5 août 1820, la Compagnie joignit deux bâtiments, le cotre La Sophie et la goélette La Marianne (2).
Grâce à l'habileté de Dupont, qui avait su maintenir d'heureuses relations avec les indigènes, les affaires de la société prospérèrent. Les échanges dépassèrent même de beaucoup les prévisions et bientôt les stocks furent épuisés. Pour ne pas interrompre les opérations, le Gouverneur permit par deux fois à la Compagnie de puiser aux marchandises tenues en réserve dans les magasins royaux de Bakel. Les navires ramenèrent à Saint-Louis 315.029 livres de gomme, 78 1/2 gros d'or, 2.190 livres dé morfil et 964 livres de coton. Les actions, émises à 430 fr. 77, donnèrent en répartition 1.492 fr. 22, laissant, tous frais déduits, un bénéfice de 247 o /o (3).
Le résultat était splendide et, bien qu'il fût en partie accidentel à cause de l'état de guerre de la colonie avec les Maures Bracknas, qui avait provoqué la fermeture de l'escale du Coq et fait refluer sur Bakel certaines des gommes qui s'y traitaient, il présageait lui avenir favorable.
Dès avant la liquidation des comptes, on avait prévu les bénéfices et préparé activement la campagne prochaine. On s'en tint au système qui donnait d'aussi fructueux profits. On étendit même le monopole de la traite à tous les produits, sauf les vivres. Le capital de la nouNclle association fut porté à 120.000 francs, divisé en 240 actions de 500 francs, payables en argent ou en guinées.
(1) Sén.XIIlT :28juin, 22ct25juill.l820.
(2) Sén. IV 15; juin. 1820.
(.3) Sén. I ; remise de pouvoirs, 28 févr. 1822. — On avait émis 225 actions au taux de 4:30 fr. 77. Ce eapital fut jjorté à 154.87Ô fr. 21 par les avances de l'Administration. Les recettes atteignirent 535.316 fr. 1)6. soit un bénéfice de 380.441 fr. 75. D'après une lettre du Gouverneur au
On ne changea rien au mode de direction. La Compagnie resta libre d'établir des comptoirs aux environs (1).
Loin d'écouter les rares voix qui s'élevaient en faveur du rétablissement du libre commerce, le Gouverneur Lecoupé, successeur de Schmaltz, avait songé un instant à donner à la nouvelle Société plus d'une année d'existence. Un avenir assuré aurait, en effet, permis de construire des magasins à terre, de supprimer par conséquent le stationnement permanent d'un navire sur le haut-fleuve et de diminuer les dépenses de personnel et d'affrètement. Le Compagnie, certaine d'écouler au cours des campagnes suivantes les marchandises non échangées aurait pu s'approvisionner plus largement, acheter directement en France et lutter ainsi avec avantage contre les Anglais de Gambie, qui recueillaient encore la majeure partie du morfil et de l'or du Bambouk. Mais la décision était d'importance et Lecoupé n'osa point la prendre sans autorisation métropolitaine ; il se contenta de proposer au ministre de faire durer cinq années la Société à constituer en 1822 (3).
Sans être aussi fructueuse que celle de l'année précédente, la traite de 1821-1822 procura 250.000 livres de gomme, 3798 de morfil et 976 1 /2 gros d'or. Pour une mise de fonds de 168.360 fr. 50, les retours donnèrent 311.740 fr. 70, ce qui assura, tous frais payés, une somme liquide de 239.673 fr. 13, soit un bénéfice de plus de 60o/o(4).
Ces deux succès, surtout celui de la campagne de 1820- 1821, provoquèrent un revirement dans les esprits. Galam apparut comme l'Eldorado où le commerce de
commandant de Bakel, du 2!) nov. 1821, conservée aux archives du gouvernement de l'A. O. F. et qui nous a été communiquée ])ar M. Monteilliet, les résultats auraient été légèrement différents, un envoi de 145.000 francs aurait procuré un retour de 4t.).00() francs et donné un bénéfice net de 225.000 francs, soit enxiron 155 ° ,'". Ces chiffres ont sans doute été rectifiés postérieurement.
(1) Sén. XIII 7,7 août 1821.
(2) Sén.I ; 7 août 1821.
(;î) Sén.I ;11 nov. 1822.
(4) Sén.I ; G août 1822.
Saint-Louis .semblait désormais assuré de trouver des débouchés énormes. Si, dans le cours des derniers mois, la production des gommes avait diminué, par suite de la réouverture de l'escale du Coq, celle de l'or et du morfil s'était, par contre, considérablement accrue. On pouvait sans doute attendre mieux encore. Les petits traitants indigènes espérèrent réparer là-bas, par un commerce lucratif, les pertes qu'ils subissaient trop souvent sur le bas-fleuve ; ils réclamèrent la libre concurrence. D'autre part, les négociants européens n'étaient pas sans désirer réaliser, chacun pour soi, de plus gros bénéfices. Le rappel en France du Gouverneur Lecoupé et son remplacement, ilt^ à la d^i'cction duSénégal, par l'avocat Roger facilita la tiausitifjn. ~
Roger arrivait dans la colonie féru de libéralisme. Il vit avec complaisance se manifester la tendance nouvelle et, bien que ses instructions présentassent la reconstitution de la Société comme la seule solution possible, il ne fit rien pour la provoquer. Au début de juin 1822, c'est-àdire à une époque déjà fort avancée, il interrogea les principaux actionnaires de l'association en exercice, et comme, après de longues délibérations, ceux-ci déclaraient ne pouvoir tomber d'accord, Roger avertit la population que les expéditions en Galam seraient désormais libres. C'était, selon lui, un moyen certain d'étendre le commerce tout en procurant à de plus nombreux habitants la facilité de gagner leur vie ou d'accroître leur bien-être (1).
Sans aucun doute dans le succès d'une entreprise que les résultats de deux années consécutives semblaient garantir, les négociants de Saint-Louis firent des préparatifs monstrueux. Chaque maison importante arma un , bâtiment particulier. Un sieur Potin fréta deux grands bateaux ; il expédiait à lui seul presque autant de marchandises que n'en avait expédié la Société. Il est vrai qu'il avait admis à participer à son envoi tous ceux qui s'y étaient offerts. On conciliait ainsi les avantages de l'association avec ceux du commerce libre. Au lieu des deux navires antérieurement tenus par la Compagnie sur
(1) S»'n,ï : Il nov. IS'i'J,
le haut-fleuve, il y en eut cinq qui passèrent l'année entière en Galani (1).
A Paris, la déeision de l'administration loeale surprit un peu. Le ministre saisit de la question les conseils du commerce et des manufactures. Ils répondirent qu'aucun motif puissant n'apparaissait de reconstituer une association privilégiée que l'expérience du passé semblait condamner, puisque la colonie tout entière réclamait sa suppression (2).
Mais la campagne de 1822-1823 ne donna point les résultats espérés. Avec une gomme assez abondante, les bénéfices restèrent minimes, car pour une même quantité de produits les marchandises d'échange s'étaient trouvées beaucoup plus nombreuses ; nécessairement, elles se déprécièrent. L'épreuve d'une seule année suffit à convaincre le commerce sénégalais qu'il s'était trompé dans ses calculs. Au début de 1823, les négociants de Saint- Louis furent unanimes à réclamer le rétablissement d'une Société à privilège et, reprenant l'idée de Lecoupé, demandèrent pour elle une existence de cinq années (3).
Roger lui-même dut reconnaître son erreur. Il avait pens^e^uènâ concurrence développerait différentes branches du commerce. Or, la gomme seule continuait à être recherchée presque exclusivement. « Pour ce genre de marchandises, écrit-il, à la différence des autres, la concurrence ne sert qu'à élever le prix sans augmenter les produits. C'est un mal que la gomme fasse ainsi oublier les autres productions, mais ce mal n'est pas propre à Galam, il affecte tout le Sénégal. »
On assiste donc, pour la campagne 1823-1824, à la formation d'une Société nouvelle à laquelle Roger ne voulut, sans autorisation ministérielle, accorder plus d'une année d'existence. Il fit d'ailleurs ajouter aux statuts précédemment en viguciu' une clause d'une importance capitale destinée à restreindre, autant que possible, les conséquences du monopole : le privilège de la Compagnie
(1) Sén, XII 7 ; 23 janv. 182.3.
(2) Sén.I :14aoûtl82;î.
(P.) Sén. I ; 9 août 1824.
DJ la compagnie de GALAM au SENEGAL
qui s'étendait désormais à toutes espèces de produits, y compris les vivres, fut suspendu pendant cinq mois de l'année, du l*^"" août au 31 décembre. Or, cette période correspond à la crue du fleuve, qui seule permet aux goélettes de remonter jusqu'en Galam et d'en descendre. Le traitant que le troc aux escales occupe de janvier à juillet peut partir pour Bakel dès les premiers jours d'août, c'està-dire quand les eaux commencent à grossir, et il quitte le comptoir à la fin de décembre, non point seulement à cause des règlements, mais parce que la décrue le contraindrait à passer l'année entière dans le haut-pays, ce que lui interdit l'insuffisance de ses ressources. Avec le système de la suppression du privilège, il lui est permis de traiter pendant tout le temps où sa présence est possible sur le haut-fleu\'e ; ses intérêts sont donc sauvegardés. Par contre, les actionnaires assurés d'un monopole exclusif durant sept mois de l'année, y trouvent aussi leur avantage.
On tomba d'accord sur ce compromis. Une Compagnie fut constituée qui, à la fin^ d'août 1823, expédia quatre bâtiments en Galam. (1). ~ ~~~
Dès lors, la question est définitivement tranchée. Le monopole apparaît comme indispensât^te. On hésite seulement sur la durée de sa concession. En effet, aux raisons précédennnent invoquées par Lecoupé s'en ajoute une nouvelle qui révèle le danger de l'annualité. Les indigènes, comprenant que la Société doit nécessairement écouler en quelques mois toutes ses marchandises, élèvent les prix d'échange et menacent, si on n'accède pas à leurs désirs, d'attendre la prochaine campagne. Avec plusieurs années d'existence, l'association pourra déjouer leurs manœuvres, en acceptant au besoin des sacrifices momentanés dans la certitude de plus gros gains à venir. La durée de quatre années semble offrir cet avantage, tout en limitant la jouissance exclusive à un temps relativement court.
Mais, aux yeux du Gouvernement comme aux yeux du public, la Compagnie qui va bénéficier d'un privilège exigé par les circonstances, doit une compensation à
(1) Sén.I;Uaoûtl8'ig.
LES SOCIETKS ANNUELLES
ceux qui ne participent pas directement à ses profits. Il faut dès lors lui imposer certaines oblioations ou charges dont l'exécution est d'un intérêt général et utile à la colonie tout entière. Ce principe, admis au premier jour, a été maintenu jusqu'à l'abolition du prixilège. Les charges discutées en Conseil d'administration ont été incorporées dans les statuts constitutifs des Sociétés ; elles ont varié avec les époques, pèsent plus ou moins lourdement, mais n'ont jamais été supprimées.