L ETABLISSEMENT AGRICOLE LA SENEGALAISE O
sements de culture, aider à leur extension par des encouragèmënïsT" Le Gouverneur n'en négligea aucun. Par arrêté du 15 mai 1822, il régla la concession des terrains et les secours susceptibles d'être accordés en outils, instruments 'aTatotres7 armes, embarcations, vivres et graines. Un second arrêté, du 16 mai, accorda des primes aux plants de cotonniers dont la culture semblait, suivant l'affirmation du baron de Mackau, la plus facile et la plus productive. Il sut ainsi faire lever quelques initiatives. En avril 1823, c'est-à-dire un an après l'arrivée de Roger au Sénégal, on comptait 13 établissements portant 623.329 pieds de cotonniers" ;'deùi*ralitres créés au compte de la Colonie et le domaine royal de Koïlel en possédaient à eux seuls 510.395 pieds.
En avril 1824, les établissements privés, au nombre de 27, présentèrent 1.910.172 pieds et les trois établissements officiels 1.585.007. Dans l'intervalle, l'expérience avait prouvé que le coton n'était point le seul produit intéressant. Un arrêté du 24' avril 1823 détermina les primes accordées aux indigènes ; un second, du 23 avril 1824, ' encouragea la culture du palma Christi, l'exportation du café et du séné, l'importation des machines et instruments aratoires.
Néanmoins, on peut constater, en comparant l'importance des plantations existant sur les trois établissements du Gouvernement et sur les établissements privés, que la population de la Colonie ne répondait point à l'appel de l'Administration. N'ayant jusqu'alors vécu que de commerce, les habitants de Saint-Louis, habitués à gagner en quelques mois de traite ce qu'exigeait leur subsistance pendant l'année entière, se montrèrent peu disposés à tenter d'une exploitation directe dont le succès ne paraissait point encore assuré. Ceux qui s'y risquèrent furent séduits sui'tout par les encouragements pécuniaires considérables que fournissait le Gouvernement. Les primes distribuées atteignirent 23.700 francs en 1823 et 30.000 francs en 1824 ; c'est pour donner à la colonisation l'élan qui lui manquait que Roger résolut d'exiger de la Compagnie privilégiée en formation la fondation d'un établissement agricole.
88 LA COMPAGNIE DE GALAM Al' SÉNÉGAL
L'idée n'appartient pas à Roger. Elle avait été précédemment émise par le Gouverneur Lecoujjé (1). Une société à privilège lui semblait devoir réussir dans cette tentative mieux qu'un simple particulier, car elle disposerait de plus gros capitaux et montrerait nécessairement plus de persévérance. Souteiiue par le Gouvernement, elle pourrait obtenir un succès décisif pour l'avenir de la Colonie, l'exemple étant comnnmicatif. Roger, qui répugnait à la concession du monopole, vit dans cette obligation un moyen, sinon d'en restreindre les inconvénients, du moins d'en tirer quelque avantage. Il fut convenu que la nouvelle Société fonderait un établissement avec l'aide de l'Administration. L'entreprise de culture fut, aux termes mêmes de l'accord, inséparable de l'entreprise commerciale.
Par les statuts de 1821-, le Gouvernement mit à la disposition de la Compagnie un terrain à choisir, susceptible d'occuper journellement 150 ouvriers, et consentit à participer de moitié à toutes les dépenses de construction, d'entretien, de salaires effectuées pendant les quatre années, à fournir pendant les deux premières deux jardiniers, quatre laboureurs, les plantes, graines et instruments nécessaires ; par contre, connue un véritable associé, il concourait à la direction et à l'administration de l'établissement et jouissait de la moitié des revenus. A l'expiration du privilège, la Société conserverait en toute propriété l'habitation, sans toutefois })ouvoir en changer la destination (2).
L'assemblée des actionnaires délégua trois de ses membres qui, après avoir parcouru le Oualo, arrêtèrent leur choix sur un terrain sis près du village de N'Diaw, à une lieue en aval de Richard-Toll. On décida d'y fixer l'établissement, dont la direction fut confiée par le Gouverneur à un ancien élève de l'Ecole Polytechnique, résidant depuis longtemps au Sénégal, Bésuchet, qui a\ait
(1) Séii. I ; remise de pouvoirs, 28 févr. 1822.
(2) Sén. XIII 7 ; 5 août ]82t. — Il avait été priniitivenient eonveiui que la Compagnie pourrait durant l'année entière traiter la ponmie dans son établissement de cultures. Mais cette clause, dont l'application aurait lésé considérablement les intérêts des traitants aux escales, fut supprimée sur leurs réclamations. (Id. mai 1824).
l'établissement agricole "la sénégalaise" 89
déjà tenté, pour son compte, quelques cultures. L'habitation prit le nom de Comtoise, puis celui de Sénégalaise, qui prévalut.
Bésuchet était certainement l'un des hommes les plus capables de mener à bien l'entreprise. Energique, expérimenté, il déploya une telle activité qu'après sept mois d'existence, à la fin de IS'i-A, la Sénégalaise comprenait déjà un pavillon à étage, un mur d'un grand développement, un jardin planté et garni de plusieurs semis, environ 2.000 caféiers et 85 hectares couverts de cotonniers. Mais les travaux ayant été commencés en mai, c'est-à-dire quelques semaines seulement avant l'hivernage, on avait du défricher tout d'abord les terrains les moins boisés qui n'étaient pas toujours les meilleurs et donner au sol une préparation sommaire qui fut le plus souvent insuffisante. Les cotonniers ne réussirent qu'imparfaitement ; les caféiers dépérirent.
Ce premier insuccès ne découragea point l'actif directeur. Tout en poursuivant l'aménagement intérieur de l'habitation par la construction de cases en paille pour les ouvriers, d'un mur d'enceinte, et par l'établissement d'un parc à bétail, il continua les défrichements, créa une bananerie. La mort le surprit en plein travail, le 28 juin 1825, au retour d'un voyage en rivière entrepris pour le service de la Sénégalaise.
Un agriculteur-botaniste envoyé en mission au .Sénégal, Perrottet, lui succéda. Perrottet joignait à des connaissances encore plus approfondies une activité égale à celle de son prédécesseur. A la fin d'août 1825, toutes les constructions nécessaires se trouvèrent achevées. Les défrichements se poursuivirent avec méthode grâce à des attelages de bœufs dressés pour le labour. Une nopalerie fut installée. Enfin la main-d'œuvre, essentielle dans une telle entreprise, fut perfectionnée; la Compagnie acquit un certain nombre d'engagés à temps qvii formèrent un noyau expert et toujours disponible.
A cette époque se trouvait en voyage dans la colonie un indigotier-chimiste, Plagne, qui fit quelques essais heureux sur la fabrication de l'indigo. Après les premiers déboires donnés par les cotonniers, on vit dans les indi-
gofères un succès possible pour la colonisation. En avril 1826, la Sénégalaise en possédait 10 hectares 31 ares. Le Gouvernement fit construire une indigoterie à proximité de l'établissement pour assurer la manipulation de la récolte entière, quelque importante qu'elle fut.
Au début de 1827. c'est-à-dire après deux ans et demi seulement d'existence, la Sénégalaise comprenait une maison d'habitation avec étage, un grand pavillon à étage dont le rez-de-chaussée servait de magasin, des cases pour les ouvriers, le tout entouré d'un mur d'enceinte bastionné, armé de deux pièces de 4 ; un parc pouvant abriter une quarantaine de bœufs, un jardin fort bien entretenu, une bananerie d'une contenance de 20 ares, la plus belle de toute la colonie ; un terrain de 1 hectare 42 ares couAcrt de recouyers, une nopalerie d'une superficie de 1 hectare 6 ares, susceptible de recevoir des cochenilles, 38 hectares 94 ares d'indigofères, dont 28 hectares de l'espèce du Bengale, la meilleure connue ; enfin, une plantation de 42.000 cotonniers, dont 30.000 de l'espèce inférieure de Cayenne et 12.000 nouveaux de l'espèce du pays. Des digues avaient été construites pour protéger de trop fortes inondations. Par contre, seize bascules installées sur les bords du fleuve, facilitaient l'irrigation. Sur cet établissement, qui représentait 102 hectares de terres défrichées, travaillaient constamment 142 personnes, dont 82 engagés à temps et 60 ouvriers de louage (1).
Pourtant la Sénégalaise ne répondit pas aux espoirs qu'on avait fondés sur elle. Perrottet ne fut guère plus heureux que Besuchet dans ses tentatives. Dès son entrée en fonctions, au début de juillet 1825, il avait fait procéder à des semis d'indigofères sur 30 arpents. Un vent d'Est d'une sécheresse extrême survint trop tôt en saison. Les plantes ne purent atteindre leur parfaite maturité, elles ne donnèrent que 2.500 kilos de feuilles sèches.
En août 1826, on ensemença de nouveau 150 arpents en indigofères de Bengale. Les semis réussirent assez bien, néanmoins les résultats furent médiocres. Les parties hautes du terrain, qu'on ne pouvait irriguer, ne produi-
(1) Séii.Xlll7;4niaisl827.
l'établissement agricole ''la sénégalaise" 91
sirent rien ; les parties basses, bien arrosées par les eaux du fleuve, donnèrent, deux eoupes, en novembre et en février, qui Iburnirent 15.000 kilos de feuilles sèches. Mais la coupe de février était uniquement due à '< une pluie extraordinaire pour le pays > survenue les 23 et 'i-I- janvier, dans un mois où il ne tombe d'habitude pas la moindre goutte d'eau, et c'est grâce à cette pluie qu'on avait conserve la totalité des indigolcres. On ne pouv^ait espérer pareille chance les années sui\antes. D'ailleurs, les circonstances ne permirent même point d'utiliser la récolte entière. L'indigoterie n'étant pas encore achevée (1), on n'eut le temps d'en manipuler qu'une partie ; le reste fut détruit par l'inondation.
A la fin de l'année 1827, la Sénégalaise avait coûté à la Compagnie et au Gouvernement réunis la somme de 216.133 fr. 50 et au Gouvernement seul en jardiniers, outils,' plantes, graines, 50.170 francs, ce qui portait la dépense totale à 266.303 fr. 50. Par contre, la valeur de ses divers produits, coton, indigo, caïlcédra, atteignait 17.729 fr. 21, d'un déficit de 248.574 fr. 29, en trois années et demi d'exploitation. Le résultat était désastreux, de toute évidence (2).
Pouvait-on accuser la direction d'un tel insuccès ? Nullement, et un coup d'œil jeté sur l'état de la colonisation en général à cette époque le prou\'e amplement. Le mouvement de progression continu qui s'était manifesté de 1822 à 1825 s'arrêta en 1826. Au cours de cette année, sur 33 établissements particuliers 14 seulement, malgré les encouragements pécuniaires, augmentèrent leurs plantations ; le nombre des cotonniers diminua ; on n'ensemença que 28 hectares nouveaux en indigofères. La colonisation rétrogradait.
L'administration l'avait déjà compris, et, victime des ruses des planteurs, (jui n'hésitaient pas à user de procédés douteux pour toucher les primes offertes, elle avait pris, le 20 décembre 1825, un nouvel arrêté dont le but était non plus de pousser aux cultures, mais d'améliorer
(1) Elle ne le fut qu'en septembre 1827.
(2) Sén. XV, Sém-guluhc ; 25 août 1827 ; — XIII 7 ; pièces diverses.
92 LA COMPAGNIE DE GALAM Al SÉNÉGAL
celles cjui existaient. La iiieilleiire récompense fut désormais attribuée aux tra\aux les plus étendus et les mieux exécutés. D'autre part, la plantation des cotonniers fut définitivement abandonnée, car pour obtenir un bénéfice sufijsunt, il aurait fallu vendre en France 3 francs le kilo le coton qui en valait à peine la moitié. On se rejeta sur l'indigo, plus avantageux. En 1826, on construisit deux indigoteries et deux autres l'année suivante.
A la fin de 1827, pour une surface de 450 hectares cultivés, on ne comptait plus que 26 habitations dont 13 n'étaient que de simples cases en paille ; 18 appartenaient à des Européens et 8 seulement à des indigènes. Plusieurs se trouvaient presque abandonnées , trois étaient en vente, attendant vainement des acquéreurs. Déjà on prévoyait l'échec de la colonisation (1).
Di\'ers motifs y avaient contribué. Tout d'abord le choix des terrains n'avait pas été heureux. Les ciréonstances politiques en étaient en partie cause, qui avaient contraint Schmaltz à délaisser le Fouta fertile pour le Oualo plus aride, où les eaux restent salées une partie de l'année, où les plants sont desséchés par le vent brûlant d'Est qui souffle dans la vallée. Sur les terres hautes, on ne récolta lien faute d'eau. Là seulement où l'on put irriguer, on obtint de bons résultats ; mais les irrigations comportaient des frais énormes, qui firent reculer les plus acharnés. Perrottet, le directeur de la Sénégalaise, écrivait luimême : « Il est raisonnable de supposer, d'après les principes avoués par l'expérience, que le résultat de nos cultures ne sera jamais que très médiocre tant que le climat restera le même et nos efforts pour le changer resteront probablement longtemps sans succès » (2).
Les Français n'avaient d'ailleurs point trouvé auprès des indigènes du Oualo le concours espéré. Délivrés par eux du joug de leurs voisins, les Peuls du Fouta et les Maures Trarzas, ils ne leur en témoignèrent aucune reconnaissance. Non seulement ils ne les aidèrent point, mais
(1) Le domaine iovhI de Ko"lel avait à cette époque dépensé 216.500 francs et produit 1J.81 j francs, y compris 1.700 francs de primes à l'exportation du coton.
(2) Sén. XV, Hénégalaise ; 25 août 1827.
l'établissement agricole "la sénégalaise" 93
ils ne développèrent même pas leurs propres cultures, malgré les encouragements. Ceux d'entre eux, et ils furent rares, qui s'engagèrent sur les habitations des planteurs durent bientôt les abandonner, poursuivis et maltraités par les leurs. L'indigène apathique, paresseux, heureux de sa liberté relative, comme il avait été précédemment satisfait de son esclavage, regarda les colons travaille!-.
Enfin ces derniers restaient toujours sous la menace d'une attaque des Peuls ou des Maures, malgré les relations amicales entretenues avec eux. Quoique le fort de Dagana, maintenant achevé, comptât 50 hommes de garnison, la protection semblait à peine suffisante. Les deux établissements appartenant au service colonial, possédaient des postes permanents de 10 et 10 soldats ou canonniers. Sur les 20 habitations particulières, 12 étaient entourées d'un mur d'enceinte, véritable fortification pourvue de canons, de pierriers, derrière laquelle on pouvait faire une longue résistance. On voit combien manquait la sécurité, condition essentielle de toute bonne exploitation (1).
Tel était l'état de la Sénégalaise et de la colonisation en général lorsqu'expira le privilège de quatre années, concédé à la Société de 1824. Aux termes des statuts, celleci devenait propriétaire de l'établissement à la charge de n'en point changer la destination. Cette clause contraignait les actionnaires à conserver indéfiniment l'exploitation, à moins de l'aliéner sous la même obligation. Or, la mise en vente d'une habitation qui,' en l'espace de quatre années, avait coûté près de 280.000 francs, ne rapportant que des produits de peu de valeur, n'allait point sans difficultés. Bien qu'elle fût une des plus belles, sinon la plus belle de la colonie, elle risquait fort de ne point trouver d'acquéreur, même à un prix minime. C'eût été un coup mortel porté aux tentatives de culture.
Pour le parer, le Gouverneur en fonction, Jubelin, exigea de la Société suivante la prise en charge de la Sénégalaise. Afin de libérer la caisse coloniale de la forte contribution qu'elle fournissait actuellement, il voulut eoi\traindre les sociétaires à subvenir seuls, désormais, aux frais de l'éta-
(1) Sén.I; 25 août 1827.
94 LA (:omi'A<;mi-; dk (;ai,am \V si';m';(;al
blissement, avec l'obligation de l'entretenir en exploitation, mais aussi avec la faculté de réduire ou d'augmenter les dépenses au mieux de leurs intérêts. Cette plause, grosse de conséquences, effraya et les actions ne furent point souscrites. Le Gouverneur dut limiter ses exigences. On convint, dans les nouveavix statuts, q\ie le Gouvernement participerait aux dépenses et recettes pendant six mois encore, c'est-à-dire jusqu'au 31 décembre 1828, époque à laquelle la Compagnie continuerait pour son propre compte ou cesserait l'exploitation selon les chances de succès. Si elle conservait l'habitation, elle recevrait l'indigoterie de N'Diaw à la charge d'y accueillir les produits des planteurs % oisins ; si elle l'abandonnait, au contraire, elle emploierait annuellement, jusqu'à la fin de son privilège, une somme fixe de 10.000 francs à une entreprise connnerciale nouvelle, sur la Falemé, par exemple, ou au bas de la côte. Jubelin pensait que cette dernière obligation et les 25.000 francs que la Société prenante versait à l'ancienne comme prix de la Sénégalaise, serait une garantie suffisante pour que l'affaire ne fût pas abandonnée à la légère. D'ailleurs, parmi les principaux sociétaires se trouvaient les trois planteurs qui avaient jusqu'ici montré le plus de persévérance, Devès, Potin et Jay ; si l'exploitation pouvait être continuée, elle le serait (1).
Il faut reconnaître que la Société de 1^28 remplit scrupuleusement ses engagements. Elle fit un^ros effort pour relever l'entreprise. A la fin de la première année, les dépenses afférentes aux actionnaires atteignirent 12.930 fr. 66 et les recettes, tant en produits qu'en primes, 3.301 fr. 50 ; il en résultait donc une perte de 9.639 fr. 16. Néanmoins, les sociétaires décidèrent de persévérer pendant une année encore, en ne cultivant que les meilleures terres. En vérité, ils étaient un peu effrayés par la clause qui les obligeait de consacrer une somme annuelle de 10.000 francs, à une tentative nouvelle. Ils avaient en outre, sur l'habitation, 95 engagés à temps dont ils ne pouvaient se défaire sans pertes.
(1) Sén. I ; 10 août 1828 ; ~ XIII 7 ; 23 juillet 1828.
l'établissement a(;ricoli-; " la sknkcalalsk *' 95
Le succès ne couronna point ce dernier effort. Une terrible inondation vint tout détruire pendant l'hivernage, crevant les digues et arrachant les plants. A peine la récolte donna-t-elle 100 kilos d'indigo contre 300 l'année précédente, et pour remettre en état l'habitation ravagée, il fallait désormais d'énormes dépenses. Or, elle avait déjà coûté, à la nouvelle Société, 20.789 fr. 87, déduction faite des produits et des primes. On ne pouvait, à bon droit, en espérer des bénéfices ultérieurs. Comme d'autre part, la Révolution de 1830 avait entraîné la suppression des primes accordées jusqu'alors à la culture de l'indigo, l'assemblée des actionnaires, réunie extraordinairement le 2 janvier 1831, décida d'abandonner la Sénégalaise. Avec elle la colonisation expirait (1).
i' Il est des illusions contre lesquelles il est d'autant plus difficile de se défendre qu'elles satisfont à des vues élevées, à des sentiments généreux, écrivait, dès 1827, le Gouverneur Gerbidon, qui constatait déjà l'échec des projets de Schmaltz. C'est ce qui est arrivé aux personnes qui, les premières, se sont occupées de colonisation. Son succès pouvait procurer à la France des avantages presque sans limites et la gloire d'avoir porté la civilisation en Afrique. Elles se sont hâtées de croire aux apj)arences, à la possibilité du succès. Il leur manquait le bénéfice du temps, qui seul pouvait faire connaître la vérité )> (2).
(1) Nous n'avons pu savoir quelle somme la Société tira de l'habitation. Le 81 mai 1831 le Go\iverneur écrit : -> Il est douteux qu'elle en trouve plus de 2.000 francs . Or, elle l'avait payée 2Ô.000 francs. Quant aux engagés à temps qui lui avaient coûté plus de 22.000 fiancs, il les revendit pour 1 ô.OOO francs. La Société demanda en conséquence à être relevée de l'obligation de consacrer 10.000 francs à une entreprise nouvelle, elle ne put l'obtenir. Après avis du Conseil d'Administration de la Colonie, le Gouverneur l'invita à diriger sa tentative sur la Falémé afin de couper les caravanes de Gambie, le Haut-Sénégal étant d'ailleurs à cette époque troublé par les guerres intestines. Sén. Xlll 7. (Voir appendice IV).
(2) Sén.I ; 2,) août 1827.