CHAPITRE I«r LA SOCIÉTÉ DE
Le 22 octobre 184-6, après avoir pris coiiiiHissaiice d'un remarquable rapport de fin d'année présenté par le Directeur de la Compagnie de Galam, Beynis, le Conseil d'administration de la colonie décidait, une fois de plus, le renouvellement du privilège et nommait, pour ré\iser l^cje de socîete^lme ^TTlmission présidée pâiTordonnateur, chef du service administratif, et composée du contrôleur colonial, du directeur Beynis, d'un membre du Conseil général, d'un négociant et de deux habitants notables. Une telle procédure, bien que large dans sa manière, ne parut point offrir toutes garanties suffisantes. Lorsque le Conseil d'administration se réunit à nouveau, le 18 novembre, pour examiner le rapport de la Commission, il prit l'avis de douze autres personnes de Saint-Louis convoquées extraordinairement, huit négociants et quatre notables, et c'est seulement deux jours plus tard que, éclairés par toutes les discussions antérieures, ses membres élaborèrent les statuts, qui furent définitivement arrêtés le 5 décembre suivant.
Malgré des objections sérieuses formulées par des adversaires chaque jour plus nombreux, le principe de la concession du privilège fut maintenu, mais on cherchacèîïë
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fois eiict)re à en atténuer les eonséquenecs, en donnant à ehaque sociétaire une égale puissance quelle que fût sa participation financière et en facilitant l'entrée de l'association aux plus modestes capitalistes. On accorda voix délibérative, dans l'Assemblée générale, à tout porteur d'un titre et on réduisit le taux de l'action de 200 à 100 fr. Le fonds social fut élevé à un million, ce qui augmenta considérablement le nombre des actions, qui devinrent désormais cessibles, car la restriction apportée en IS^S pour empêcher l'accaparement était restée en fait inopérante.
Le point capital de la discussion avait été la question de la Casamance. Le Directeur Beynis, au nom des sociétaires en exercice, en avait énergiquement réclamé l'abandon. Les conditions d'exploitation étaient trop déplorables, selon lui, pour qu'ils pussent jamais en tirer quelques profits. C'était d'ailleurs l'avis général et particulièrement celui de la Conmiission, mais le Conseil d'administration, hésitant devant les conséquences de sa décision, n'osa point permettre l'abandon du comptoir ; il n'en exigea du reste pas davantage le maintien, et laissant toute initiative au Département de la Marine, il pensa seulement qu'en cas d'autorisation, il faudrait pour le moins réclamer de la Compagnie le versement d'une somme de 50.000 fr. représentant la perte approximative qu'elle pourrait subir durant les quatre années de son exploitation forcée, sinon la caisse coloniale serait libérée de toute participation à l'établissement des nouveaux comptoirs qu'on projetait de créer sur le haut -fleuve.
Ces comptoirs étaient au nombre de quatre : trois sur le Sénégal, à Makana, à Médine, aux chutes du Félou ; un sur la Falémé, à Sansandig. Ils devaient être flottants, en attendant la construction de magasins à terre. D'autre part, celui de Mérinaghen était conservé et une somme de 100.000 fr. y était consacrée, ainsi qu'à l'envoi de caravanes annuelles dans le Djolof. Le reste du capital, soit 900.000 fr., serait affecté en totalité au commerce de Galam, à moins que les transactions ne fussent poursuivies à Sédhiou ; dans ce cas, on en distrairait 150.000 fr. pour le trafic en Casamance.
La Compagnie se vit imposer deux autres charges, dont
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l'une sur sa dcniandc et qui t'ait honneur à son direeteur, Beynis, qui la proposa. Bcynis semble avoir été un administrateur habile et prévoyant, un de ces hommes qui eussent été capables de mener au succès une telle entreprise pour le plus grand bien de la Colonie toute entière. Il conseilla le sacrihce par les sociétaires d'une dépense annuelle de 10.000 fr. pour l'éducation en P'rance de deux ou plusieurs jeunes Sénégalais, qui deviendraient plus tard des agents commerciaux de la Com})agnie.
La seconde obligation était beaucoup plus onéreuse et elle souleva de violentes protestations. Rejetée une première fois par la Commission, elle fut imposée par le Conseil d'administration. Elle exigeait de l'association l'acquisition d'un bateau à vapeur dont la présence semblait indispensable avec un trafic de plus en plus important, mais dont l'entretien nécessiterait inévitablement des Irais considérables.
On voit combien étaient nombreux et lourds les engagements réclamés des sociétaires. L'Administration locale s'étonnait à son tour, comme s'en était étonnée dès 1843 l'Administration centrale (1), qu'une association aussi prospère ne développât point ses opérations. Il fallait renoncer aux anciens errements. La Compagnie, qui aAait si longtemps éludé ses promesses, devrait enfin les réaliser, au besoin sous menace de suppression. Ce n'est point que le Gouvernement envisageât volontiers cette dernière solution. Il croyait, au contraire, à l'absolue nécessité de la concession d'un privilège et il avait même songé, devant l'énormité des charges qui paraissait susceptible de détourner les souscripteurs, à leur en assurer la jouissance pendant ime plus longue période, huit années par exemple, mais le Conseil d'administration pensa que quatre campagnes sufiisaicnt à garantir des bénéfices importants et il maintint la diu'ée jusqu'alors accordée.
Le Gouvernement local était donc déterminé, en 1847, à une action vigoureuse auprès de la Compagnie et il cherchait à s'assurer de sa part une coopération bénévole et entière en l'invitant à diriger ses plus gros efforts vers le
(1) BB. lUU, p. 408 ; 28 avril 1848.
haut-fleuve, di)nl elle attendait beaucoup. Il comptait sur l'appât du gain pour exciter son zèle et afin d'augmenter son prestige, lui donner une force de vie, une puissance morale qu'elle n'avait jamais connue depuis sa création, il réclama pour elle, au lieu de la simple approbation ministérielle, la sanction d'Line ordonnance royale rendue sur avis du Conseil d'Etat. L'acte avait pour but de faire rentrer dans la légalité une Société qui, anonyme, avait vécu \ingt ans en dehors des règlements et qui ne pouvait y demeurer plus longtemps si on la voulait forte et active, mieux adaptée aux circonstances et aux besoins généraux de la Colonie (1).
Après avoir pris connaissance du rapport de la Commission et des différentes délibérations du Conseil d'administration, le Département de la Marine constata lui aussi que le moment n'était pas arrivé d'abandonner les transactions du haut-fleuve aux seules ressources de la concurrence et de la division des opérations commerciales (2). Mais s'il se montra non moins convaincu que l'Administration locale de la nécessité d'un privilège, il n'accepta pas toutes ses propositions. Il avait été saisi de plusieurs réclamations, dont les principales émanaient du baron Roger, l'ancien Gou\erneur devenu délégué de la Colonie, qui protestait un peu contre la lourdeur des charges et surtout contre l'illogisme de certaines d'entre elles. Pourquoi, par exemple, exiger de la Compagnie le versement d'une somme de 60.000 fr. qui serait affectée aux constructions du haut-fleuve, si elle abandonnait la Casamance ? Pourquoi, dans ce cas, cette subvention était-elle nécessaire à Galam et ne le restait-elle plus, si l'association maintenait le comptoir de Sédhiou ? Pourquoi, dans la première hypothèse, convenait-il de porter à 900.000 fr. le capital affecté au commerce du haut-pays, qui ne serait plus que de 750.000 fr. dans la seconde, d'autant plus qu'au cours des années précédentes on n'avait jamais réalisé qu'une somme de 450.000 fr. sur les 600.000 disponibles du fonds social (3) ?
(1) Son. 1 ; 10 déc. 18^(5 ;^XI1I 'J ; 17, 18 et 20 nov. ; 5 déc. 1846.
(2) BB. 214, p. 728, 23 avril 1843.
(3) Séii. XIII 9, 7 fév. 1847.
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Ces négligences dans la rédaction des statuts justifient l'intervention du Département de la Marine, mais on doit reconnaître que cette intervention n'avait jamais été jusqu'alors aussi énergique et aussi précise. Le Ministre enjoignit de restreindre à 700.000 fr. le capital, toujours susceptible d'ailleurs d'être augmenté par voie d'emprunt. Il exigea de la Compagnie le versement d'une somme de 60.000 fr. comme part contributive dans l'établissement des quatre comptoirs du haut-pays, mais il lui laissa l'entière liberté de conserver ou d'abandonner celui de Sédhiou suivant ses préférences. Par contre, il ne crut pas devoir imposer l'acquisition d'un navire à force motrice qui eût occasionné d'énormes dépenses pour un service de quatre ou cinq mois seulement. Il fut convenu que la station locale mettrait, sauf le cas d'empêchement majeur, un de ses vapeurs à la disposition de l'association pendant la période des hautes eaux, moyennant une indenmité annuelle de 25.000 fr. Craignant encore, malgré ces avantages, que la nouvelle Société eût quelques difficultés à se former, le Ministre autorisa la concession du privilège pour une durée de cinq campagnes, si besoin était (2).
Il est curieux de constater que l'Administration centrale ne jugea pas opportun de faire sanctionner la constitution de la Compagnie par ordonnance royale. En vérité, il y avait des précédents à sa situation, puisque les premières Sociétés avaient pu fonctionner sans cette sanction. Mais, depuis lors, avait été promulguée dans la Colonie l'ordonnance organique du 7 septembre 1840, dont l'article 20 portait que le Gouverneur - soumet au Ministre de la Marine les demandes ayant pom- objet l'établissement de Sociétés anonymes ». Cet article signifiait-il que les demandes présentées au Ministre devaient être par lui transmises au Conseil d'Etat, comme l'exigeait l'article 37 du Code de commerce ? L'Administration centrale ne voulut pas le croire. Elle argua que le temps pressait, qu'il fallait un renouvellement immédiat qui ne permettait pas un examen par le Conseil d'Etat, que, d'autre part, la Société de 184-3 avait déjà existé de façon identique et qu'enfin
(2) Séii. XIII 'J, lili avril 1847. —BB. 214, p. 72H ; lu. d.
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le cas n'était pas unique puisque la Société de batelage de l'île Bourbon, bien que cette colonie tut également régie par les lois, fonctionnait dans les mêmes conditions. En réalité, le Département de la Marine, pénétré de la nécessité du renouvellement du privilège, craignit que le Conseil d'Etat, habitué à voir dominer le principe de libre commerce, ne fit objection à la concession.
Les instructions ministérielles autorisant la formation d'une nouvelle Société pour une durée de quatre ans, et même de cinq, partirent de Paris le 23 avril IS-tT, et on pouvait croire engagé cet avenir, incertain déjà aux yeux des plus pei>ipicaces et que les événements de février suivant allaient profondément modifier. Il n'en fut rien, par suite d'une circonstance absolument indépendante des volontés : un simple retard dans la transmission. La dépêche, expédiée en double exemplaire suivant la coutume ancienne nécessitée par les risques de mer, ne parvint point en temps utile. Le primata dirigé sur Lorient resta longtemps au port, le bâtiment de l'Etat qui devait l'emporter ayant ajourné son départ. Le duplicata expédié jDar la voie du conunerce quitta Le Havre le 12 mai et n'arriva dans la Colonie qu'aux premiers jours de juin. Or, le 31 mai, une Société nouvelle avait été constituée (1).
Le Gouverneur Bourdon-Grammont avait longuement attendu la réponse ministérielle ; puis, comme la saison s'avançait, il avait convoqué le Conseil d'administration de la Colonie en appelant en séance sept habitants notables et le directeur Beynis. Il fallait, en effet, préparer la prochaine campagne et, sans ordres de la métropole, on n'entrevoyait que deux solutions possibles : ou proroger d'une année l'ancienne association, ou en former une transitoire connue il a\ ait été fait en 1842. On s'arrêta à cette dernière, car une fois de plus les titres se trouvaient groupés en un petit nombre de mains.
lia durée de la concession étant limitée à une année, on ne pouvait exiger de la Société la réalisation de toutes les charges imposées par les statuts du 5 décembre. On ne pouvait pas davantage l'autoriser à délaisser la Casamance.
(1) BB. 214., p. 774 ; G sept. 1847.
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On convint donc qu'elle continuerait à trafiquer dans tous les établissements exploités parla précédente: Bakel, Sénoudebou, Mérinaghen et Sédhiou, qu'elle rétablirait le comptoir flottant de Makana, relevé par suite de difficultés récentes. Le capital fut maintenu à la somme de 600.000 fr., dont 375.000 fr. réservés à Galam, 150.000 ir. à Sédhiou et 75.000 à Mérinaghen (1).
En somme, cette reconstitution n'inno^'ait rien. Ce n'était guère qu'une nouvelle répartition des actions. Toutefois, leur taux fut abaissé à 100 francs. 6.000 titres se trouvèrent émis ainsi et, malgré le maximum de 10 fixé pour chaque sociétaires, ils furent presque tous souscrits ; les listes révisées, 80 seulement restèrent disponibles, alors que les demandes en supplément affluaient. On les accorda de préférence, à raison de 10 chacun, aux cinq membres titulaires et aux trois membres suppléants du Conseil d'administration de la Compagnie, pour les dédommager de leurs peines et soins. Telle était, à cette époque, la confiance qu'inspirait l'exploitation du hautpays ; elle ne fut d'ailleurs point trompée et la campagne de 1847-1848 donna, comme les précédentes, de beaux profits (2).
Quelques jours plus tard, le Gouverneur Bourdon- (Trammont prit connaissance des instructions ministérielles. Sans délai, il se mit à l'œuvre pour assiu-er levu' exécution et préparer à loisir le succès des campagnes futures.
Puisqu'on était certain désormais de trouver dans la paix un conunerce lucratif, il fallait avant tout garantir la sûreté des communications avec le haut-fleuve et rétablir en Galam la tranquillité que quelques incidents avaient récemment troublée. Le Fouta était encore en guerre et cette même année, 1847, les goélettes des traitants ne piu'ent remonter jusqu'à lîakel. D'autre part.
(1) Sén.XIIl9;31 mai, 1 ",111111 et 4 déc. 1847.
(2) Sén. XIII 9 ; 29 juin et 19 sept. 1847. — Nous n'avons pu connaître les résultats exacts de cette campagne, mais il y a tout lieu de croire qu'ils furent très lavorables, d'autant plus (juc Thostilité du Fouta enipêcha la montée en Galam des petits traitants. S'ils eussent été mauvais, on n'eût point manqué de les rappeler au cours (les discussions qui naquirent pendant les années suivantes.
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la discorde avait éclaté de non veau entre le Gtioye et le Kamera. Barka, fils et successeur de Samba Yacine, accuse par SambÈF^f^mba du meurtre d'un de ses parents, restait en butte à ses attaques et l'attitude hostile de Sourakié. clief du ^illaa;e de Goutulé, envenimait les haines. Enfin Taliuamy deBondou. Saada, accusait la Compagnie de ne point exécuter avec conscience le traité de 18 iS, de lui régler ses coutumes en marchandises frauduleuses, ambre de seconde ([ualitc ou demi-pièce de mousseline, alors que les Anglais faisaient des cadeaux magnifiques et des promesses alléchantes ; jugeant ses réclamations insuffisamment écoutées, il s'axisa même, sous le prétexte qu'on avait mis des canons dans le blockhaus de Sénoudebou, alors que la convention ne le stipulait pas expressém.ent, de faire interrompre la construction des courtines et les travaux demeurèrent en suspens. Pour mettre fin par lui-même à toutes ces difficultés, Bourdon-Grammont quitta Saint-Louis dans les premiers joiirs de juillet 1847, en compagnie du colonel Caille qui, autrefois capitaine, avait reconniTT^premier, dans son exploration de 1839, l'importance du comptoir de Mérinaghen.
Le Gouverneur arrive à Bakel, le 19 juillet. Immédiatement il commence sjon œuvre de pacification. Il parvient î'i réconcilier les faniilles ennemies de Samba Yacine et de Samba Comba. Barka consent à payer le prix du sang ; la paix est jurée solennellement et les adversaires de la veille s'engagent à soumettre leurs conflits futurs à la décision du Gou\erneiu'. Sourakié a refusé de participer aux palabres ; mais, réduit à ses seules ressources, il ne paraît point dangereux. On décide donc de rétablir le comptoir fortifié dans le Kamera, sur l'emplacement de l'ancien fort Saint-Charles. Le plan en est élevé et les devis expédiés sans délai à l'approbation du Ministre (1).
Bourdon-Grammont se rend ensuite dans le Kasso, chez le roi Sambala, dont la sœur Sadioba, veuve de Duranton, l'accompagne depuis Bakel, pour négocier la fondation de l'établissement projeté. Sambala l'accueille avec enthousiasme et exige qu'il passe la nuit sous son
(l) Sén. IV 19: (août 184T),
LA socncir'; ni; 1S^»7 l.")i)
toit. Il demande avec insistance la construction d'un comptoir fortifié dans sa capitale et le Gouverneur doit lui promettre la venue immédiate d'un comptoir flottant.
De retour à Bakel,Bourdon-Grammontpart pourSénoudebou. Il y constate que les plaintes de l'almamy sont en partie fondées. I.a Compagnie apporte dans ses rapports avec les chefs indigènes la même lésinerie qu'elle apporte dans l'administration du poste, où les laptots manquent de mil, de riz, de sel, où les travaux sont poursuivis sans activité. La présence du chef de la colonie suffit à ramener la bonne entente. •( Tu m'as fait en venant ici, lui dit Saada, un honneur que jamais mon père n'avait reçu ; mes fils s'en souviendront et le rediront à leurs enfants, s
Au retour, le Gouverneur négocie a\'cc le Fouta. Les difficultés sont là plus grandes que partout ailleurs. Néanmoins, il y a lieu d'espérer une heureuse solution, si l'on rétablit enfin le fort de Podor, dont la nécessité semble absolue.
Bourdon-Grammont avait compris, mieux qu'aucun de ses prédécesseurs, tout ce qu'on pouvait obtenir des rois indigènes en allant délibérément à eux. Fiers d'une semblable visite qui rehaussait leur prestige aux yeux de leurs sujets et de leurs v^oisins jaloux, ils se montraient prêts aux plus grandes concessions et une telle politique aurait bien souvent aplani les conflits mieux que les palabres intermiiiables ou les expéditions militaires. Le Gouverneur l'avait faite sienne. Déjà, en mai 1847, il avait accompli un voyage analogue dans le Oualo et le Djolof, au cours duquel il était entré en relations avec les princes du pays et avait gagné la sympathie de la nouvelle reine, sœur de la princesse Gimbotte (1). Malheureusement, une semaine après son retour à Saint-Louis, Bourdon- Grammont expirait, victime de son devoir. Le colonel Caille, qui l'avait accompagné en Galam, prenait l'intérim: quelques jours plus tard, il succombait à son tour.
Ces deux disparitions subites auraient anéanti en grande partie les conséquences heureuses d'une telle ini-
(1) Sén. IV 18 ; 1'''' Juin 18-1.7. — Le poste de Méiiiiai^hen n'était paii entièrement achevé. Bovirdon-Graniniont apporta au plan une légère modification qui permit de loger dans ce fort vingt-cinci spahis et leurs chevaux. Le piquet de cavalerie était destiné à escorter les caravanes.
l6() I,A COMI'ACMK 1)K (iALAM AT SKNKGAt.
tiative si l'Administration métropolitaine, bien que mal informée, par suite de la brusquerie des événements, n'avait su apprécier l'excellence de l'œuvre entreprise et n'eut enfin compris qu'il était indispensable, si l'on voulait sortir de l'ornière, d'établir solidement l'autorité du Gouvernement sur tout le cours du fleuve et de réaliser le projet d'occupation que, depuis Schmaltz, les chefs de la Colonie avaient périodiquement représenté.
Sur son ordre et vme fois de plus, une Commission officielle partit de Saint-Louis le 6 décembre 1847, sous la direction du commandant Duchâteau, et parcourut la vallée pour déterminer l'emplacement des postes à créer. Mais la saison trop avancée et les fièvres, dont le chirurgien de l'expédition mourut, provoquèrent quelque précipitation dans les travaux. On dut négliger la Falémé et peut-être le Kasso. On dressa en hâte le plan du fort à construire à Makana ; on s'arrêta un peu plus longuement à Podor, but principal du Aoyage. Le 27 décembre, la Commission était de retour à Saint-Louis.
Pourtant, malgré la rapidité de l'enquête, le rapport, bien documenté, apporta de grandes précisions. Il concluait à la fondation inmiédiate d'un fort à Podor et au rétablissement de l'ancien fort Saint-Joseph, dans le Kamera. Mais, une fois de plus aussi, les difficultés financières, nées elles-mêmes d'événements imprévus, allaient en faire ajourner l'exécution pour plusieurs années.
Le nouveau Gouverneur Baudin n'avait pas attendu le dépôt du rapport poiu* reconstituer la Compagnie de Galam sur les l)ases indiquées précédemment par le Département de la Marine. Le 17 février 1848, des statuts étaient élaborés. La Société, d'une durée de cinq années, s'engageait à contribuer, pour une somme de GO. 000 fr., à l'établissement des quatre comptoirs projetés sur le hautfleuve, elle conservait celui de Mérinaghen avec l'obligation d'envoyer trois caravanes annuelles dans le Djolof; elle restait libre d'abandonner la Casamance. Elle recevrait, d'autre part, l'aide d'un vaj^eur de la colonie, moyennant iine indenmité annuelle de 25.000 francs (1).
(1) Sén. XIII î); 17 fév. 1848.
LA SOClÉTl': DK 1S47 1()1
Pendant que l'Administration locale pensait ainsi préparer l'avenir, le roi Louis-Philippe descendait du trône de France et la République était proclamée dans la métropole.