‹ Une conspiration au LouvreChapitre 15 sur 24 · A LA YILLA DE L ANTIQUAIRE · texte numérisé non relu

A LA YILLA DE L ANTIQUAIRE

Le jeudi suiTant, les diligences qui s'arrêtent à la station d'Asnières avaient épuisé les billets au bureau du chemin de fer. M. Bonchatin, conseillé par sa (ille, n'avait pas voulu rester au-dessous de M. Belliol, et, avant le coucher du soleil, les invités, au grand complet, circulaient déjà dans Yimpluviiim et le bois sacré de la villa païenne. Il était aisé de voir que bien des amours étaient en voie de progrès , et que nos douze conspirateurs n'avaient perdu ni leurs contredanses , ni leurs promenades , ni leurs temps.

— Mes amis, disait Arthur, je vous recommande surtout d étudier les pères de celles que vous aimez ; faites lacouraux pères, et vous épouserez les filles ; résignezvous à de longs entretiens avec les auteurs bourgeois de toutes ces œuvres divines ; mettez-vous au courant de leurs goûts, de leurs fantaisies, de leurs petites passions , et exploitez honnêtement ces carac-

tères, quand ils vous seront bien connus ; notre but est honorable et légitime, cela suffit. Qu'importent les moyens? l^ous voulons inventer un troisième état de jeunes gens, et faire, pour l'exemple, un faisceau de vingt-quatre heureux.

En arrivant à la villa de l'antiquaire, Arthur avait provoqué un entretien fort court, mais significatif, avec mademoiselle Eugénie Bonchatain. Les plus jeunes femmes sont merveilleuses dans ces occasions {{ui font trembler un homme.

— Mon père, dit Eugénie en rendant à Arthur le salut d'arrivée, mon père a remercié le hasard qui nous a fait rencontrer, dimanche, au chemin de fer.

— Oui, mademoiselle, dit Arthur en demandant à ses pieds un peu d'assurance pour sa tête, le hasard amène de singulières rencontres. Aussi l'a-t-on nommé le hasard.

— 11 a fait bien d'autres miracles , le hasard, ce* jour-là, dit avec un sourire espiègle la jeune fille; il a traduit, à la même heure et en latin, une phrase de mon père. *

— Vraiment! dit Arthur, en écrivant le vers du bout de sa canne sur le sable de l'allée. Le hasard a encore fait cela, il est capable de tout... et cela, sans doute, vous a donné de l'inquiétude, mademoiselle'^

— De l'inquiétude, non, mais de l'élonnement. faisant une menace amicale avec sa petite mai ajouta :

— Une autre fois nous ferons bonne garde, monsieur.

Et la jeune demoiselle courut rejoindre ses amies sur la terrasse de la villa.

Arthur prit Félix par le bras, et, l'entraînant sous les arbres du parc :

— Eh bien! lui dit-il, tout marche à merveille. Mon équipée hardie de dimanche a réussi. Eugénie ne s'est pas formalisée. C'est que nos affaires étaient furieusement compromises si elle eût déchiré mon manuscrit du chapeau de paille. Maintenant notre terrain est bon et sur. En avant!... A propos, Félix, voici le cri de l'esclave derrière le char de triomphe; écoute : j'ai trouvé ce matin une lettre de mon père...

— Et moi aussi, Arthur.

— Il a reçu la pendule de 85 francs; mais il est «étonné de ne m'avoir pas reçu , moi , par la même

occasion. Je lui ai répondu que je ne voyageais pas en roulage, comme les pendules. Il m'appelle à grands cris ; M. Estève l'avoué m'attend ; mon fauteuil de cuir est déjà placé devant mon bureau...

— Pauvre fauteuil, dit Félix.

Un bruit de crécelle, car il n'y avait pas de cloche chez M. Bonchatain, se fit entendre dans la cour orede l'impluvium, et tous les invités coururent ^ppel. L'antiquaire, revêtu du laticlave, et le vert du pilens, ouvrit les deux battants de

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son salon , invita du geste à s'asseoir , et dit :

— Soyez les bien-venus dans mes domaines. Je voudrais, en commençant cette fête, vous donner les chœurs du Carmen secidare ou le Pervigilium Veneris, mais les barbares ont tout détruit, . .

Puis, s'adressant à Arthur, il dit :

— Jeune homme, déroulez votre papyrus.

Et Arthur lut ce qui suit :

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