III. — De 1816 à
Exclu des Eglises réformées de France, pour cause politique, il semble qu’il eût été tout naturel que Pierre de Joux cherchât une église dans sa patrie. Il n’en fit rien. Est-ce que ses aventures de Nantes l’avaient déjà écarté du protestantisme, ou simplement du ministère ? Nous ne possédons aucun document sur cette époque et ce qu’il dira là-dessus, une fois catholique, est tout à fait sujet à caution.
« Je résignai ce poste (de Président du Consistoire) qui ne pouvait plus me convenir vu que les fonctions publiques qu’il m’imposait éfaient contraires à ma foi... » (?).
Singulière façon de «résigner un poste » que de se faire mettre dehors ! Mais il y a peut-être quelque chose de juste dans ce souvenir vu à travers le prisme de sa nouvelle religion.
Peut-être fut-il heureux quand même de ne pas continuer un ministère qui était déjà entaché de mensonge ? — Peutêtre cette révocation fut-elle même une délivrance P Nous n’en savons rien. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’en 1816 il partit pour l’Italie. (*)
«On sait, dit la Revue Protestante, (*) on sait que ce fut en 1816 et 1817, que M. Dejoux fit son voyage en Italie. »
{) Registre consistorial II. n° 2,
(?) Zialie, av.-propos. p. XLVIII et suiv.
(*) cf. Jlalie, av. propos, XL et XLVIII et suiv. (*) Revue Protestante, tome III, p. 192.
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Et dans l’avant-propos de ses «Lettres », de Joux dit lui-même :
«€ J’ai prié Dieu à Rome en 1817 dans la chapelle irlandaise de St-Patrice. » (!)
Enfin, le numéro de la Revue Protestante que je viens de citer parle d’une lettre de Pierre de Joux écrite d’Edimbourg, le 1° Août 1819.
Il est regrettable que les Soirées Napolitaines de Pierre de Joux n'aient pas été éditées, car il y avait « tracé fidèlement la relation de son voyage en Italie. » (?) Tandis que les Lettres sur l'Italie ne sont qu’un panégyrique de l'Eglise catholique où les indications de lieu et de date sont extrêmement rares. Nous verrons plus loin — à propos de la conversion — le rôle de ce voyage en Italie, et nous chercherons les causes qui décidèrent de Joux à entreprendre ce pélerinage.
D’après les dates citées plus haut : lItalie en 1816 et 1817, lEcosse en 1819 ; il reste un intervalle d’un an — 1818 — pendant lequel il semblerait que de Joux séjournât à Genève. C’est du moins ce qui ressort de ces lignes de la Revue Protestante :
« La compagnie des pasteurs ayant égard à la position difficile de M. Dejoux, plutôt qu’à son âge (il n’avait alors que 66 ans !) lui accorda une pension qu’il a conservée... jusqu’au moment où il a quitté de nouveau Genève pour aller occuper une place dans une université d'Écosse. » (°)
Jusqu'en 1818 il fut recteur de l’Université de Brême ; mais il semble que ce fut plutôt un titre honorifique qu’une fonction réelle.
De 1819 à 1825, de Joux séjourna en Ecosse comme pro-
(‘) Z{alie, av.-propos, XXXV.
(2) italie, I, 332.
(%) Revue Proteslante, tome II, p. 233.
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fesseur de langues anciennes à Dollar (près de Stirling). Ce ne furent certainement pas les années les plus heureuses de sa vie, et avant de mourir il parlera avec amertume « du long et ennuyeux intervalle de sept ans qui s’écoulèrent pour moi en Ecosse, depuis mon retour d’Italie. » (')
D'ailleurs il eut plus d’une fois la nostalgie du ministère pastoral et la première année de son séjour en Ecosse, il écrivait, (dans sa lettre du 1” Août 1819, adressée à un pasteur de Bordeaux) :
« Mon sort est incertain et il ne serait pas impossible que je me rendisse dans vos belles contrées, si je pouvais v espérer une église, pour faible qu’elle fût. » ()
Pendant 6 ans, nous le perdons absolument de vue, pour le retrouver, mourant, à Paris, en Octobre 1825.
Le 11 Octobre 1825, il abjure entre les mains de l’Archevêque de Paris. Son ouvrage, Lettres sur l’Ilalie, est en train de s’éditer à l’Imprimerie Royale. C’est une petite joie qui vient ensoleiller ses dernières années de misère. Mais avant que l’ouvrage ne soit sorti de presse, il meurt le 29 Octobre 1825 « dans les sentiments les plus édifiants », (*) à Pâge de 73 ans.
Nous ne pouvons que répéter l’oraison funèbre — un peu froide, maïs si vraie ! — que lui adressa C. Coquerel, dans la Revue Protestante :
«€... Nous persistons à déplorer, que M. Dejoux obtint une pension et ensuite la perdit. Nous avons nos raisons pour persister encore à trouver fâcheux que M. Dejoux ait été à son âge, 70 ans au moins, sans place et sans pension. Il faut que les pro-
testants assurent la vieillesse de leurs pasteurs contre le besoin,
() Jtalie. Av.-prop. p. XL.
(?) Revue Prolest, III, p. 192.
(®) Réorg. Egl. Nanies, p. 82.
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même dans le cas où ils perdent la place qu’ils ont long-tems servie. » (!)
Pierre de Joux mourut pauvre, comme il avait vécu pauvre.
Une de ses filles, Joséphine de Joux, qui l’assista à sa mort, se convertit ensuite au catholicisme. Elle écrivit — peut-être sous la dictée de son confesseur — une Lettre impersonnelle et froide. Elle reçut ensuite une pension de 1500 francs. Il n’en fallut pas plus pour que lon contestät la sincérité et le désintéressement de Pierre de Joux. « St l’on a ainsi trailé la fille, que n’eut-on pas fail pour le père ! !!» (*) Je reviendrai d’ailleurs sur ces insinuations en étudiant la conversion.
De Joux eut du moins le bonheur de mourir sans enten-
dre les calomnies de ses coreligionnaires.
(‘) Revue Proleslanle, tome II, p. 192.
() id. tome II. p. 265.
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