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au présent de ce qui n’est que futur. Quand il dit : l’universalité des Chrétiens ; il faut entendre: ceux qui demain formeront l’Eglise chrétienne universelle. De Joux oublie qu’il est protestant pour penser seulement qu’il est chrétien ; il est parti du calvinisme pour arriver à ce que nous appelions le « catholicisme évangélique ». Quelques années plus tard son catholicisme sera romain.
Mais c’est surtout au point de vue dogmatique que l’évolution s’accuse. Et justement sur le dogme le plus protestant : la doctrine du salut.
Le point de départ est d’un protestantisme authenthique. Presque tous les premiers sermons sont des sermons dogmatiques à affirmations très protestantes.
Et même dans le choix des sujets, l’on peut déjà noter une évolution. Tous les sermons « protestants » sont du début ; et plus nous avançons, plus les sermons traitent de sujets moraux. À partir de 1797 il n’y a plus un seul sermon dogmatique.
Sur les 4 sermons datés de 1782, un seul est un sermon de morale chrétienne. Les 3 autres traitent, l’un de la mort de Jésus, lPautre du salut gratuit, l’autre enfin de la foi. Et tous les trois nous parlent de la « grâce ».
« Rien ne vous empêche de recevoir réellement dans vos cœurs les grâces invisibles si renonçant à votre propre justice () vous reconnaissez que c’est par grâce (‘) que vous êtes sauvés ». (°) (1 sermon) — «... Grâce; mot qui désigne proprement la rémission de nos péchés, cette faveur gratuite, libre et non méritée, que Dieu nous accorde ». (*) (2° sermon).
« Croyez au Fils de Dieu mort et ressuscité pour vous et dès cet
instant vous passerez de la mort à la vie ». (‘) (3° sermon).
{‘} C’est moi qui souligne,
(2) Juin 1782. Prédication. tome II, p. 246.
(*) Août 1782. sd. tome II, p. 288.
(4) Août 1782.5:d. tome II, p. 488.
De plus les bonnes œuvres ne peuvent absolument rien pour notre salut : elles sont « trop défectueuses pour mériter le ciel » (‘) (1 sermon).
— & ...Mais il n’y a point en moi de mérite, ajouterez-vous peut-être ; je n’ai aucune vertu, je n’ai point à offrir de bonnes œuvres, assez parfaites pour mériter ce don inestimable de mon Dieu ! Hé bien! mon frère, vous avez précisément tout ce que ce Dieu de charité exige de vous, le sentiment de votre démérite, de votre imperfection, de votre néant ! » (*) (2° sermon).
Ce salut n’a rien d’extérieur ni de magique.
« ...Aïnsi se commence, ...se conduit par degrés, ...s/achève œuvre divine de notre salut, cette grande révolution dans l’âme (*) de l’homme ». (‘)
On comprend par là, que le salut c’est la conversion.
Enfin les œuvres ne sont que le résultat de la foi. (*) Quoi de plus protestant et de plus paulinien ?
La conclusion logique de tout cela c’est l’expiation, que de Joux nous expose en 1783. (7° sermon). (‘)
En 1789, c’est toujours la même dogmatique ; mais les termes employés nous étonnent parfois et sont comme imprégnés d’une étrange odeur d’encens.
« Offrez-lui pour expier vos péchés, .. offrez-lui les mérites infinis du Rédempteur ! » (15° sermon). (°)
Et plus loin :
« ...Reposez-vous dès lors sur le sacrifice infiniment méritoire du Seigneur. » (!).
(*) id. tome II, p. 247.
(*) Août 1782. id. tome II, p. 304.
(5) C’est moi qui souligne.
(4) id. tome II, p. 299.
(5) id. tome II, p. 490.
(f) id. tome II, p. 160.
(T) éd. tome III, p. 527.
(5) ëd. tome III, p. 529.
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Enfin dans ce même sermon nous voyons «le fidèle offrant à son Dieu le sacrifice d’une vie sainte ». (!)
En 1790 la pure doctrine paulinienne s’altère considérablement. C’est toujours Jésus-Christ qui nous sauve ; il « voulut mourir pour... satisfaire à la justice de Dieu ». (*) (19 sermon). Mais les bonnes œuvres commencent à avoir un rôle actif ; elle ne sont plus seulement les (fruits » de la vie chrétienne ; elles deviennent « moyen de salut ». De Joux parle alors de « la nécessité de la répentance, de la foi en Jésus-Christ et des bonnes œuvres pour être sauvé ». (‘) (18° sermon). Il dit la même année :
« Les souffrances infiniment méritoires de Jésus nous obtiendront le pardon de nos offenses si, par la vivacité de notre foi, par notre repentance sincère et par nos bonnes œuvres nous devenons capables de recevoir un si grand salut ». (4) (19° sermon).
Les bonnes œuvres sont devenues nécessaires au salut. Et cette note s’accentue toujours plus.
C’est en 1793 que, pour la première fois, nous voyons les souffrances d’un homme lui donner accès à la vie éternelle.
« ...Non ! ïl n’est pas jusqu'aux plus déchirantes afflictions, aux outrages les moins mérités, les plus sanglans et les plus perfides, qui ne fassent arriver plus tôt et plus sûrement ceux qui les ont endurés avec patience à la gloire et à la béatitude des cieux ». (23° sermon) ().
Non point qu’il ait renoncé un seul instant au salut par la foi en Jésus-Christ ; mais on dirait que cette notion s’efface
progressivement. En 1800 il dira encore que la vie éternelle
(t) id. tome III, p. 575 (*) id. tome II, p. 341.
(3) id. tome III, p. 81.
(*) id. tome II, p. 362.
(*) 1793, id. tome I, p. 54.
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« nous est acquise par le sang précieux de Jésus-Christ » (:) (27° sermon) ; et dans le 32° sermon, le dernier en date, il parlera encore du « sang précieux » qui nous rachète de la « grande condamnation ». (*) Mais ces affirmations sont de plus en plus rares et en 1802 il écrit :
« Croyez... que sans la pratique assidue de tous les devoirs que la religion nous impose, sans la sanctificaïion, personne ne verra le Seigneur ; et que ce n’est pas en fuyant par anticipation cette terre... que nous pouvons conquérir le ciel, dont les bonnes œuvres, dont la justice seule nous ouvrent l’accès ». (*) (29° sermon).
Et dans ce même sermon :
« ...Vos bonnes œuvres vous suivront dans la maison de votre éternité ». (‘)
La même année il dit encore :
« .. Dans la personne des pauvres il (le chrétien) prête à Dieu qui récompensera ses œuvres de charité, qui lui fera grâce et miséricorde, parce qu’il aura exercé la bénéficence et Ia miséricorde ». (*) (30° sermon).
Enfin dans la préface, qui date de 1803, de Joux note encore le rôle de Jésus comme Sauveur, mais il ajoute :
« L’homme étant devenu dissemblable à son Créateur par la désobéissance, devait redevenir semblable à lui, par le renoncement au péché, par le recours à la miséricorde, par la foi, par les bonnes œuvres et par l’amour de Dieu ». (‘)
La foi et les bonnes œuvres sont exactement sur le même plan.
Partant d’une notion très protestante, très paulinienne
() 1800. zd. tome I, p. 403.
(2) 1803. id. tome II, p. 81.
(*) 1802. id. tome I, p. 122.
(*) id. tome I, p. 186.
(5) id. tome I, p. 188.
(‘) éd. av.-propos, p. LXVI.
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du salut, Pierre de Joux en arrive insensiblement à accorder une grande importance aux « bonnes œuvres »; au même titre que la foi, elles contribuent à notre salut.
Nous ne sommes qu’en 1803.N’avez-vous pas, comme moi, l’impression d’être en face d’un catholique? — catholique par les principes et déjà parles doctrines.Mais de Joux ne s’enrend pas compte ; il comprend très bien qu’il n’a rien de spécialement protestant ; ne serait-ce pas parce qu'il est plus « chrétien » P Au lieu de s’attacher aux petites divergences, il plane plus haut, et du point où il en est arrivé, il voit plus juste. Sa foi contemple maintenant l’Église universelle unie dans un même amour pour le Christ. « Père qu’ils soient un»: voilà la prière de son cœur. Et sans comprendre combien il est déjà catholique par l'intelligence, il se sent seulement un grand amour pour tous les chrétiens, sans distinction, et un cœur assez large pour les contenir tous. Aussi, sans tenir compte de « telle ou telle théologie », il prêche uniquement le « Christianisme ».
Et comment voulez-vous qu’il comprenne que son Christianisme s’appelle de son vrai nom catholicisme ? Il ne voit pas lui-même les contradictions qu’il pourrait y avoir entre ses premiers et ses derniers sermons. En réalité, il n’y a pas de contradictions ; il y a simplement des additions.
Et puis comment pourrait-il se douter qu’il va droit au catholicisme P À propos de la conversion du pasteur Latour au catholicisme — conversion peu intéressante d’ailleurs — la Revue Protestante, elle-même dit :
« Nous recommandons aux personnes qui se sentiraient faiblir de prendre connaissanee des sermons éloquens de M. de Joux (!)
ancien pasteur à Nantes. Ils y verront clairement la conformité
{‘) Remarquez que tant qu’il est protestant la Revue Protesiante écrit : M. de Joux ; une fois catholique ce sera un vulgaire M. Dejoux.
du protestantisme avec l'Evangile (') et s’étonneront beaucoup que jamais on puisse penser à croire le contraire et revenir sur l’évidence » (2).
Cette réclame ne manque pas de saveur quand on songe que celui qui aurait dû ramener au protestantisme les esprits hésitants donnera lui-même l’exemple de la désertion !