‹ Une Conversion au Catholicisme: Le Pasteur Pierre de JouxChapitre 30 sur 41 · ER TRES · texte numérisé non relu

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lettres d’exégèse (XXX VI à XXXVIII). Comme il s’agit de Apocalypse, je vous laisse à penser à quel point cela est divertissant. Les trois lettres suivantes traitent du purgatoire, de la Vierge, des Saints, de la pénitence et de la confession. Et de la Chapelle termine le volume par une lettre sur des questions personnelles.

Si l’on y tient on peut encore trouver un plan.

1° Questions religieuses : l’autorité indispensable à la foi, et la largeur religieuse (XXV à XXVIII); — enfin le pape (XXIX).

2 Questions artistiques : Rome (XXX à XXXV).

3° Questions d’exégèse : XXXVI à XXXVIII.

4° Questions de rites : XXXIX à XLI.

Conclusion de l’ouvrage : XLII.

De véritable plan, il n’y en a pas d’autre que les changements de nom des rédacteurs.

La lecture de ces lettres surprend au premier abord. Ce ne sont que discussions intellectuelles, démonstrations de la vérité du catholicisme. Les seuls souvenirs d’expériences religieuses sont ceux que j'ai cités plus haut. Or, Pierre de Joux lui-même ne leur donne pas une importance décisive, car ses véritables préoccupations sont d’un autre ordre : ce sont des préoccupations intellectuelles, et les mêmes que lors de la publication de sa Prédication du Christianisme. Il énonce toujours les mêmes théories ; mais elles sont arrivées à leur conclusion logique, sans heurt et sans secousse. Sa conversion ne fut pas une «révolution », mais seulement

une Qévolution. »

1. — Les raisons intellectuelles qui firent de Pierre de Joux un catholique.

Si dans les Lettres nous opérons un classement méthodique nous voyons que les idées de Pierre de Joux, catholi-

que-romain, sont sur les questions politiques, dogmatiques et ecclésiastiques la mise au point des idées de Pierre de

Joux, pasteur orthodoxe.

a) — Les idées politiques de Pierre de Joux en 1825.

Son conservatisme politique n’a fait que s'épanouir. Il voit toujours dans l’esprit d’indépendance la véritable cause de la Révolution.

« Assez d’évènements ont instruit le procès... Disons-le, il était réservé à la grande révolte, prédite par St-Paul aux Thessaloniciens, de démasquer toutes les ambitions ; il lui était donné d'apprendre au monde... que la cause unique de toutes les calamités et de tous les crimes, c’est la haine de Dieu, c’est l’esprit d'indépendance, qui, dans son fol orgueil, ne veut reconnaître aucune autorité, se soumettre à aucune autre loi qu’à celle qu’il lui plaira d’établir. » (1)

Mais voici ce qu’il a enfin découvert : cet esprit d’indépendance s’appelle de son vrai nom l'esprit protestant !

« J’ai reconnu que la révolution religieuse du XVI siècle est la cause principale du bouleversement politique qui a éclaté en 1789; je me suis convaincu en un mot que l'esprit du protestantisme, essentiellement ami de nouveautés, de l’indépendance et de la liberté des opinions en matière de foi et de gouvernement a produit la révolution française, le plus vaste système de destruction de l’ordre social qui ait été offert au monde épouvanté, et dont un concours inouï de conjectures, sur lequel est empreint le doigt de Dieu, a pu seul nous délivrer. » (2)

Ce n’est pas tout. Si protestantisme est synonyme de révolution et d’anarchie, catholicisme signifie ordre et

unité. Et comme toute sa vie il a vu et rêvé « grand, » (*)

(!) Italie. I. lettre VIII p. 109.

(*) Z{alie, avant-propos p. XXV. C’est le passage qui selon M. Durand- Gasselin figure dans la Prédicalion du Christianisme.

() Il voyait par exemple un auditoire de 1000 personnes dans un temple qui peut tout au plus en contenir 600.

il entrevoit maintenant une espèce de tribunal d'arbitrage international. Ce tribunal serait à Rome ; le pape en serait le juge suprême et exercerait ainsi sur le monde son magisière spirituel.

« Il préviendrait les guerres entre les Etats», en «enchaînant toutes les nations par les liens célestes de la charité ». (‘)

L'Eglise et l'Etat, qui ont le même but, se doivent donc un appui mutuel ». Et l'Eglise travaille, au point de vue politique, à « s’opposer à l'anarchie, à la subversion de l’ordre établi, parce qu’il n’est aucune domination légitime qui ne soit émanée de Dieu ; que c’est par lui que les rois règneni et que les magistrats exercent la justice. » (*)

Pour de Joux seule l'Eglise catholique détient une autorité authentique ; donc elle est le roc sur lequel repose tout édifice religieux ou social.Cet autoritarisme politique, incompatible avec les principes protestants, s’adapta sans aucune peine aux théories catholiques. De Joux avait d'avance une mentalité romaine.

Et ceci est encore plus frappant lorsque nous étudions

ses idées dogmatiques.

b) — Les idées dogmatiques de Pierre de Joux en 1825.

Il est curieux de rappeler maintenant les affirmations de la Prédication du Christianisme à propos de l’autorité en matière de foi. « Nous devons croire sans hésitation et sans discussion», voilà la formule de son orthodoxie protestante.

Mais n’avait-il pas maintes fois constaté que le protes-

{*) Jlalie, tome Il, lettre XXIX, p. 12.

(*) id, tome I, lettre VIII, p. 98. Ce n’était pas, pour de Joux, une idée nouvelle: l’union de l'Eglise et de l'Etat est déjà un principe anglical symbolisé, aux yeux de Ch. Bastide, par le voisinage de l’abbaye de Westminster avec le palais du Parlement. (cf. sa brochure sur l’Anglica-

nisme, introduction, p. 3 et 7.)

tantisme n’adoptait plus ce point de vue P Bien des protestants, et — ce qui est plus grave — bien des pasteurs se « permettaient de trier » et usaient de libre examen ! Pierre de Joux réclamait une autorité infaillible et absolue en matière de foi, et il trouvait cette autorité dans la Bible. Mais il n’avait qu’à ouvrir les yeux pour voir que là n’était pas la méthode du protestantisme au commencement du XIX: siècle !

Tandis qu’en face se dressait une autre confession qui offrait cette autorité extérieure infaillible : c’était le catholicisme. D’ailleurs le catholicisme ne ruine pas l’autorité de la Bible ; au contraire il l’établit — et même sur une base plus solide et plus large. La Bible n’est qu’une petite autorité, un € moment » historique d’une autre autorité, plus grande et plus sûre, garantie par sa durée et par son origine : cette autorité c’est l'Eglise ; l'Eglise qui puise sa force en Jésus-Christ qui l’a fondée ; tandis que la Bible n’est que l’œuvre des disciples. Nous autres protestants, nous méprisons la tradition ; mais qu’est-ce que la Bible sinon la tradition figée, à une époque donnée ?

€ Il ne faut pas confondre la religion chrétienne et la Bible, comme s’il n’y avait pas eu de chrétiens avant l’existence de celle-ci : ce n’est qu’au IV* siécle qu’on a pu songer à un Nouveau Testament complet ; mais avant cette époque on a vu le christianisme... se répandre dans toutes les provinces de l’Empire. » (1)

Soyez logiques, semble nous dire Pierre de Joux ; s’il ya une autorité absolue en matière de foi, ce n’est pas la Bible, mais l'Eglise qui nous a donné cette Bible. Et, comme s’il voulait faire le procès de son ancien illogisme, il rappelle avec ironie celui de Luther.

« Luther soutint avec la confiance d’un martyr que chacun relativement aux dogmes avait le droit de ne s’en rapporter qu’à

{*) id. tome I, lettre IV, p. 42

—Jl—

sa propre raison (s’il disait : « conscience », ce serait peut-être plus exact),... mais il n’eut pas plutôt détaché ses crédules sectateurs de la domination pontificale qu’il les contraignit d’adopter ses opinions et leur forgea des chaînes bien plus pesantes. » (')

La critique est très juste ; mais que prouve-t-elle P Que le besoin d’autorité extérieure n’est, dans le protestantisme, qu’un reste de catholicisme ! Et cette autoritarisme protestant est encore plus insupportable parce qu’il n’a même plus le mérite d’être logique.

Ainsi, loin de modifier sa notion d’autorité, il n’a fait qu’aller jusqu’au bout de ses principes. Et ces principes sont naturellement les mêmes :

« Le caractère de la vérité c’est la certitude absolue, c’est Pimmutabilité. » (?)

Même langage qu’en 1803; seule la conclusion diffère quelque peu.

Au lieu de se livrer « au scepticisme, au doute et à lirreligion » — il dirait aujoud’hui « au subjectivisme » — il vaut mieux s’en reposer sur l’Eglise, qui étant infaillible, a une autorité certaine.

« Heureuse nécessité, boulevard des croyances salutaires, centre consolateur, guide sûr, fidèle, éclairé, sans lequel lesprit incertain de l’homme flotterait çà et là à tout vent de doctrine, et ferait naufrage quant à la foi! Oui, à dogme rassurant de linfaillibilité de l'Eglise, si tu n’existais pas de tout temps, il faudrait te créer ! » (°)

C’est peut être ce qui est arrivé.

Sur un détail pourtant, Pierre de Joux n’a pas vu juste, et il est très excusable, car plus d’un catholique, jusqu’au concile du Vatican, en fera autant: il n’a pas compris que

l'Eglise infaillible reposait sur le pape infaillible.

(t: :d. tome I, lettre III, p. 31.

(2) id. tome IL, lettre XXV p. 38.

(5) éd. tome II, lettre XXV. p. 17.

« On vous assure que nous enseignons que le pape seul est infaillible. Qui vous a dit cela ?... ceux qui ne connaissent point la doctrine chrétienne ou qui voudraient perfidement la ridiculiser (sic). C’est l'Eglise universelle présidée par son chef,

.. c’est l’assemblée auguste des évêques .... qui forme ce tribunal infaillible, dont le souverain pontife est le chef. » (‘)

Il rêve d’une église qui serait l’église catholique gallicane et non romaine ; et il prend ses rêves pour la réalité, On retrouve malgré tout le protestant catholicisé. Mais à part cette erreur de détail, l’évolution de la pensée de Pierre de Joux fut parfaitement logique.

G. de Félice a dit, en parlant justement des projets de « Réunion » de cette époque :

« Entre l’autorité absolue en matière de dogmes, à laquelle Rome ne veut pas renoncer et le droit d'examen, dont la Réforme ne veut pas davantage faire le sacrifice, où est le point de jonction P Les plus ingénieuses combinaisons ne peuvent pas suppléer au défaut d’un terrain commun. » (°)

De Joux n’avait jamais songé qu’il ne pût pas y avoir de « terrain commun. » Son protestantisme tendait la main au catholicisme ; maïs c’est aussi que ce protestantisme basé sur une ( autorité absolue en matière de dogmes » était déjà catholique. En se convertissant il ne faisait que « rentrer dans le giron de l’Eglise » selon la formule consacrée. Et l’on s’étonne que certains protestants, persuadés, comme de Joux, de la nécessité d’une autorité extérieure absolue, n’aient pas le courage de suivre son exemple ; à moins qu’il ne leur manque la clairvoyance de Pierre de Joux.

Par ses idées dogmatiques de Joux avait donc été catholique avant la lettre. Nous faisons la même constatation si nous étudions ce qu’il pense de l'Eglise.

(‘) ëd. tome II, lettre XXV. p. 17.

(?) De Félice. op. cit. p. 615.

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