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c) — Les idées ecclésiastiques de Pierre de Joux en
Au point de vue ecclésiastique comme au point de vue dogmatique, il ne fait que tirer les conclusions logiques de ses affirmations antérieures.
En 1803, sa grande préoccupation est la « Réunion » de de tous les chrétiens ; le terrain d’entente qu’il propose est un credo que tout catholique peut accepter, — mais non pas tout protestant : et c’est à cela sans doute que de Joux a compris qu’il était catholique.
Il rêvait d’une Eglise universelle où tous penseraient la même chose et croiraient — sans discussion — les «dogmes fondamentaux ». Un beau jour il découvrit que l'Eglise de ses rêves existait : elle s’appelait l'Eglise catholique.
Du jour où cette conviction commença à naître dans son esprit, commencèrent aussi toutes ses incertitudes. Il repoussa cette idée comme une tentation. Il se débatit contre elle.
Puis peu à peu l’idée s’imposa avec plus de force. Même sans approfondir cette troublante question, laquelle des deux Eglises — protestante ou catholique — se rapprochait le plus de son rêve d’unité ? Pouvait-on seulement dire qu’il y eût une Eglise protestante P
« Où est votre Eglise P pourrait-on la voir P Ils ont imaginé de répondre : Elle est invisible ; elle se compose des individus de tous les siècles et de tous les lieux, qui ont cru, qui croient et croiront en Jésus-Christ. » (')
Ce n’était pas là ce qu’il cherchait : il voulait le Royaume de Dieu sur la terre ; l'Eglise universelle, visible et concrète.
Mais ce Royaume pourrait peut-être se réaliser par l’amour.
(:) Jtalie, tome I, lettre XXI, p. 291.
Mi
Les Eglises protestantes ont-elles l'amour comme lien? — Il fut bien obligé de s’avouer à lui-même qu’elles n’avaient même pas cette unité morale.
«Il n’y a plus entre elles de concorde et de paix: la désunion est leur devise: chaque pays, chaque siècle, que dis-je, chaque année, les voit se diviser, se subdiviser encore jusqu’à ce qu’elles ne forment plus au dehors aucune communion, ou qu’elles soient imperceptibles.» (1)
Son cœur de protestant dût en souffrir profondément. Longtemps encore il chercha,... il chercha avec angoisse si l'Eglise de Jésus-Christ n’était vraiment pas réalisable sur la terre ! Puis las de ces vaines recherches, il se réfugia dans l'Eglise qui s’approchait le plus de son idéal: il se fit catholique.
Mais jamais il n’abandonna son beau rêve, qu’il aurait pourtant dû comprendre irréalisable !
« Ne vous élevez-vous point à la pensée du retour possible à un ordre de choses où tous les peuples chrétiens seraient unis par une même foi, par les mêmes dogmes, par le même culte ?... Cet âge d’or... nesera-t-il plus désormais que le rêve des hommes de bien? sera-t-il impossible qu’il se réalisât de nouveau sur la terre ? J’ose décider, le livre de la révélation en main, qu’il se réalisera. Quand sera-ce ? .. Je ne sais. Je me prosterne avec humilité devant l'arbitre suprême de nos destinées et j'attends avec patience, avec un ferme espoir, que le règne de Dieu arrive et qu’il console l’univers. » (2)
Et cette unité se fera quand on se contentera de la foi simple ; sans chercher à ( ergoter »; sans vouloir « expliquer le comment des mystères inaccessibles à l’intelligence humaine. » Jusque là, nous ne pouvons que le suivre et
approuver. Mais le moyen qu’il propose pour atteindre ce
(*) Zd, tome I. lettre XXIV, p. 323.
(*) id. tome II, lettre XXVI, p. 24 et 25.
SUR Le
but est quelque peu simpliste : que tout le monde accepte l'autorité de l'Eglise, et toute difficulté s’aplanira !
Ne jugeons pas trop vite cependant. Pour de Joux autorité est synonyme de foi. Sa pensée profonde est : « Quand tous les chrétiens auront la foi, le Royaume de Dieu sera venu »; — et peut-être a-t-il raison. C’est bien là le fond de sa pensée car il prêche la concorde et la paix, comme moyens d'union. Il nous invite à penser à « la sage recommandation » de Joseph à ses frères lorsqu'ils rentrèrent en Palestine :
« Ne vous mettez point en colère ; ne vous disputez point pendant le chemin. » Tous également étrangers ici-bas, voyageurs vers le Canaan céleste, pourquoi nous disputerions-nous en chemin vers le séjour de l’éternelle paix P » (!)
Cette Eglise universelle qu’il avait tant souhaitée, il Pavait enfin trouvée. Il ne s’agit pas de nous lamenter sur cette conversion qui n’a été qu’une évolution logique et presque nécessaire. On peut s’étonner qu’elle ait été si longue ; mais on ferait preuve d’un cruel égoïsme protestant si l’on en voulait à Pierre de Joux d’avoir — quelques jours avant sa mort — découvert la solution d’un problème que, toute sa vie, il avait cherchée.
Jusqu’à présent nous n’avons fait que constater le développement de ses idées antérieures, au triple point de vue politique, dogmatique et ecclésiastique. Et la conclusion à laquelle nous arrivons c’est que ce développement a été parfaitement normal: à ces trois points de vue de Joux éfait depuis longtemps catholique ; il n’avait qu’à s’en rendre compile pour le devenir en fait. L’évolution de sa pensée devait donc le conduire au catholicisme.
Mais, à ces principes, qui furent en quelque sorte l’ossa-
ture de sa nouvelle foi, viennent se surajouter quelques
(*) Jtalie, I, lettre XX VII, p. 39.
Se
idées secondaires. Il disait lui-même dans sa lettre du 20 Janvier 1806 à Rabaut le Jeune :
« Ils ont ajouté les traditions comme les Pharisiens, le culte de la Vierge, leur prétendue infaillibilité du pape, la transmutation des espèces et l’adoration de l’hostie, la confession auriculaire, les Saints, en un mot les préceptes de leur Eglise, avec les cinq nouveaux Sacrements. » (!) |
Reprenons cette énumération et nous COAMAE NE le rôle à peu près nul de chacune de ces « traditions » dans la con-
version de Pierre de Joux.