‹ Une Conversion au Catholicisme: Le Pasteur Pierre de JouxChapitre 37 sur 41 · La Revue Protestante du mois de Juin · texte numérisé non relu

La Revue Protestante du mois de Juin

Nous avons vu (‘) que le numéro d’Avril 1826 de la Revue Protestlante citait une lettre de Pierre de Joux écrite d’'Edimbourg en 1819. — Le numéro de Juin en tira la conclusion :

«... Si, même après son retour d’Italie, le sort de M. Dejoux

étail encore incertain, s’il conservait encore le désir et manifestait le vœu de redevenir pasteur en France, ce n’est donc pas ce qu’il

(‘) Revue Prolestante, tome II, p. 148.

(*) Revue Prolestante. (1825) tome II, page 265.

(*) Particle est signé L. M. pasleur; peut-être Mestrezat ou Marron, pasteurs à Paris.

(4) même ch. p. 75.

y avait vu et entendu qui l’a engagé à se faire catholique. (‘) Qu'est-ce donc qui a pu l’y déterminer? Je crains que ce ne soit largument irrésistible pour beaucoup de gens, surtout quand il est assaisonné de louanges... Je sais qu’à peine avait-il prononcé son abjuration qu’il est descendu dans la tombe; mais déjà son livre avait été imprimé, en grande partie, à l’imprimerie royale. Déjà M. Dejoux, avait été accueilli, fêté, caressé, encensé par des personnes du plus haut rang et lorsque la mort est venue, si mal à propos, s'opposer à ce qu’on réalisât à son égard les promesses qui lui avaient été faites, sa fille en a recueilli l'effet. Elle a eu l'honneur d’être admise à présenter l’ouvrage de son père à une personne auguste, et, peu de jours après, les journaux ont annoncé qu’il lui avait été accordé une pension de 1.500 francs, sans doute parce qu’elle était la fille de M. Pierre Dejoux et qu’elle avait imité son exemple! Si l’on a ainsi traité la fille que n’eut-on pas fait pour le père!!! Je ne sais si je me trompe mais il me semble que toutes les circonstances que je viens de rappeler laissent planer sur cette conversion des soupçons qui en diminuent un peu le mérite et permettent de l’attribuer à des motifs qui rendent au moins suspects les éloges qu’on lui donne. » (°)

Enfin nous voilà sur un terrain solide; ce ne sont plus des insinuations, ce sont des arguments. Et pour traduire en français ce que dit la Revue Prolestante: on a payé Pierre de Joux pour qu’il se convertisse au catholicisme; ce qui le prouve c’est :

1° la pension de 1500 francs accordée à sa fille. 2 l’accueil qu’il reçut une fois converti.

3° l'impression de son livre à Imprimerie Royale.

1°. Si la fille de Pierre de Joux a touché une pension, à la mort de celui-ci, cela provient de ce que son père était trop pauvre pour lui rien laisser et que les personnes qui s’étaient

{‘) Je suis arrivé à la même conclusion en discutant ces textes (même chapitre p. 77.) mais notre accord s’arrête là.

() Revue Protestanie, tome III, p. 265. Juin 1826.

intéressées au père ne voulurent pas laisser la fille sans ressources. Encore est-il que 1500 fr. ne soient pas une fortune et que Joséphine de Joux dut avoir juste de quoi vivre. Mais, même si l’on prouvait que Mlle de Joux s’est convertie pour toucher cette pension — ce qui n’est pas prouvé — je ne vois pas en quoi cette accusation peut atteindre Pierre de Joux.

2, Mais dira-t-on, ce qui prouve que c'était le père qu’on récompensait en donnant cette pension à la fille, c’est que de Joux fut «fêté, caressé, encensé etc... » lors de sa conversion. — Là encore, je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de compromettant pour de Joux. Il reçut un chaleureux accueil ? Mais comment voulez-vous qu’on ne le reçut pas à bras ouverts ? qu’il ne fut pas d’autant mieux accueilli que sa conversion était plus sincère, et que — en sa personne — l'Eglise catholique célèbrait une de ses plus belles victoires? On le fêta, on le caressa, etc... il y avait pourtant un peu de quoi!

Mais quand la Revue Protestante dit: «il fut fêté, caressé... » elle voit plus qu’un bon accueil ; elle devine la promesse d’une récompense en argent : l’argument irrésistible. Quelques lignes qui précèdent celles citées plus haut le font clairement entendre. Il paraît que lorsqu'il fut plongé dans la misère, et qu’il n’eut pas trouvé, à Genève, les « secours qu’il aurait cru pouvoir attendre », on lui aurait fait savoir (qu’il serait plus heureux en se tournant d’un autre côté. » (‘) On se rappelle qu’à l’âge de 64 ans, de Joux fut mis en demeure de trouver de quoi vivre pour lui et sa famille. J’espère que ses treize enfants n’étaient plus à sa charge. Il fut pourtant obligé, pour vivre, d’aller en Ecosse enseigner les langues anciennes ; car l'Eglise de

(") Revue Protestante II, p. 264.

Nantes ne lui fit pas de retraite et la pension qu’il toucha à Genève ne lui fut versée qu'un an ou deux. Il paraît qu’alors on lui fit savoir « qu’il serait plus heureux en se tournant d’un autre côté. » Si cela est vrai, je ne comprends pas pourquoi de Joux aurait mis tant de temps « à se tourner d’un autre côté ! » Son départ de Nantes et son voyage en Italie auraient suffi à expliquer cette « conversion. » Pourquoi donc vécut-il misérablement pendant 7 ans, à enseigner le latin, là-bas au fond de lEcosse, alors qu’à Paris le trésor royal s’ouvrait largement à ses mains avides ? Et il attendit, le malheureux, d'être à la veille de sa mort pour se laisser convaincre par cet € argument » ! Comme il eut été plus facile, plus agréable surtout, d’avoir une vie assurée, sans souci du lendemain, consacrée toute entière à la rédaction de son ouvrage !

La Revue Prolestante eût mieux fait de se taire que de rappeler, à la honte de l'Eglise protestante, le sort d’un vieux pasteur, sans église et sans ressources, que de propos délibéré on avait jeté en pleine misère !

3° Mais son livre « fut imprimé à limprimerie royale » ! — Voilà la seule base tangible de tout cet échafaudage de soupçons. On lui a imprimé son ouvrage! Il vaut certes la peine de renier toute une vie de protestantisme pour la suprême gloire d’être «imprimé à lImprimerie Royale » !

Seul un aveugle parti-pris, produit par la haine ecclésiastique, peut empêcher de voir l’absurdité d’une pareille accusation |

Non. Si l’on étudie la vie de Pierre de Joux, sans vouloir à toute force découvrir « l’argument irrésistible, » on est bien obligé d’avouer qu’on ne le trouve pas.

On voit un homme, attiré par la force d’unité, de cohé-

sion et d’autorité, que présente le catholicisme ; mais qui

lutte pour ne pas se laisser convaincre. Chassé de son église, comme il dut avoir la tentation de se jeter dans ces bras prêts à le recevoir ! Il résista encore. Il voulut encore réfléchir ; et pendant 7 ans il chercha loyalement, avec impartialité, et quand enfin, vaincu par ses propres raisonnements, il dut s’avouer catholique, il se rendit. Voilà quel

fut « l'argument irrésistible. »

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