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A XOltSIlOB ...» ALONDRIS.
Paris, le 13 avril 1825.
Une immense quantité de loisirs fut jetée dans la société finin« çaise, vers Fan 1770, quand on fut assez désabusé de la cour pour ne plus s'occuper exclusivement des cbances de cette espèce de jeu, et avant que les discussions relatives au bien public, qui parurent vers 1785, eussent fait leur début dans le monde. Jusque-là le théâtre avait été une source de distractions aimaktles; mais les gens composant la société s'en étaient tenus au rôle de spectateurs ; on eut Tidée, en 1770, de devenir acteiu*. C*est une vérité connue de tout le monde, que Ton peut jouer du violon et faire de la musique Instrumentale, pendant trois ou quatre heures, sans s'ennuyer; tandis qu'il est impossible de trouver du plaisir, pendant plus d'une heure, à la musique faite par les autres.
Les aimables Français de Tan 1770 trouvèrent fort amusant de jouer la comédie. Peu à peu, cependant, deux inconvénients se firent sentir: on voulait jouer les comédies qui, alors, passaient pour bonnes; par conséquent, ces comédies étaientcelles que les acteurs de profession reproduisaient le plus souvent au théâtre ; de là, une rivalité dangereuse. La bonne compagnie, en cela ju^e et partie, déclara bien à Vunanimité que les acteurs pris dans son sein avaient meilleur ton que les Mole, que les Monvel, que les Brizard, qui étaient les acteurs célèbres du temps. Mais, à l'égard du talent, de la chaleur, de l'effet produit, il fut malheureusement impossible de se faire la moindre illusion. Un homme delà société ne joue jamais bien que de la voix; l'habitude du corps, la manière de le poser, dément à chaque instant ce que la bouche prononce ; ou, si l'acteur de société fait attention à l'apparence extérieure de sa personne, à l'instant
LETTRES A SKS AMIS. ^
il retombe dans sa manière habituelle de parler, c'est-à-dire n'est plus acteur.
Si c'est une chose fort amusante que de jouer la comédie à la campagne, dans les châteaux, il y a donc beaucoup d'inconvénient à entreprendre de donner les mêmes comédies que tout rbiver on a vu jouer sur les grands théâtres de la capitale. Les ^ctateurs ont la sensation du médiocre et de Vinférieur en voyant jouer, par des personnages de la société, les rôles que les grands acteurs ont marqués de leur cachet. D'ailleurs, les pièces qu'on joue dans les salons sont faites comme \ejeu de société, pour suppléer à la conversation. H résulte de là qu'une pièce en cinq actes est trop longue ; on aimerait mieux trois pièces en un acte, car, après chaque pièce, on serait libre déparier, et la conversation profiterait des remarques qu'on a faites durant la représentation.
n résulte de tout ceci que le loisij* donna l'idée de jouer la comédie au déclin de la cour ; que bientôt la longueur inconvenante des comédies en cinq actes et l'inconvénient des comparaisons avec Mole et les autres grands acteurs comiques qui brillaient vers la fin du règne de Louis XV ou le commencement de celui de Louis XVI. donnèrent Tldée de composer de petites pièces en un acte.
Collé fut le héros de ce genre. La société de la fin de Louis XV n'ayant pas les mêmes idées que nous sur la décence, la Vérité dans le vin, Ce que Dieu garde est bien gardé, et les autres chefsd'œuvre de Collé, sont trop libres pour être joués maintenant. On donna le nom de proverbe à ces pièces, parce que, pour faire jouer autant que possible un rôle actif aux spectateurs, ils eurent à deviner un proverbe , que la petite comédie fut chargée de rappeler. Ainsi, après avoir vu jouer le chef-d'œuvre de Collé, les hommes s'écriaient : In vino veritas. Car, dans cette pièce, on voit un amant qui, étant un peu tipsy S prend un mari pour confident de sa passion pour sa femme ; et, comme les ivrognes sont tendres, cet amant, qui est, en même temps, Vami du mari, serepent de l'avoir trompé, et, les larmes aux yeux, lui en fait
' Gris.
des excuses. Heureusement le mari aussi est elevated^, et, quand ils revienneut tous les deux au bon sens» Tod persuade facilement au mari que la prétendue confideuce n'était qu'une mauvaise plaisanterie. Je suis fàcbé de ne pouvoir pas vous donner une analyse plus étendue.
Les proverbes composés par Collé étaient joués par de grands seigneurs, cbez le duc d'Orléans, père &Ègaliié C*est le même duc d'Orléans, calomnié dans les Mémoires de madame la comtesse de Genlis, dont il finit par épouser {a tante, madame de Hontesson. Madame de Montesson tira de la misère mademoiselle Ducresl, qui allait jouer de la barpe dans les maisons, moyennant quatre louis ; et cette nièce, devenue dévote, tourne en ridicule sa bienfaitrice. On trouvera beaucoup de détails sur les Proverbes de Collé dans les curieux Mémoires que cet homme gai a écrits sur sa vie. Collé eut le malbeur d'être jaloux de Voltaire ; à ce ridicule près, ses Mémoires plaisent infiniment; dans le genre léger, c'est une des lectures les plus agréables que l'on puisse faire.
Collé eut pour successeur dans le proverbe M. de Carmontelle *, qui eut moins d'esprit que lui, moins de gaieté, mais beaucoup plus de vérité. On a publié en 1811 deux volumes de proverbes de Carmontelle. Chacune de ces petites pièces a été jouée un nombre infini de fois. On prendra une fausse idée du mérite de Carmontelle, si on lit le recueil de ses ouvrages comme un livre ordinaire ; il ne faut lire qu'un proverbe par jour.
Ces petites comédies ont un fond extrêmement léger; la Vérité des détails, la ^râce du comique, en font tout le mérite. Ce comique rappelle la grâce décente de Térence. Le vis comica est exclu du genre des proverbes. Des situations énergiques demanderaient, pour n'être pas représentées d'ime manière ridicule, un degré d'énergie dans les acteurs que rarement l'on trouve dans le monde. Une grande moitié des proverbes de Carmontelle doit être inintelligible en Angleterre ; mais ceux qui
* Entre deuï vins.
' Mort en 1806. Madame de Genlis a publié en 1825 de nouveaux frû virbe$ dramatique» de Carmontelle.
tiennent aux passons, qui sont les mêmes partout, pour le fond, peuvent plaire, même dans les pays étrangers. Le Voyage de Rome, par exemple, et les Amants chiem, doivent faire rire partout. La Maison du boulevard est une excellente peinture du caractère d*uiie jeune veuve folie, abusant de la faiblesse qu'un oncle âgé et immensément riche a pour elle. Ce mérite est accompagné de Vavantage de donner une peinture parfaitement vraie de la société française telle qu'elle était vers 1778.
Une extrême légèreté était le vrai caractère de Tépoque; les chefs-d'œuvre de la littérature française d'alors devaient être peu goûtés hors de France. La Révolution, suspendue et non terminée par le despotisme de Napoléon et la théocratie des Rourbons, Qous a donné un sérieux qui nous met en rapport avec les Anglais, les Allemands et les autres civilisations étrangères. Je ne doute pas que les proverbes de M. Théodore Leclercq ne soient beaucoup plus goûtés en Angleterre que ceux de Garmontelle ou même que les chefs-d'œuvre de Collé. M. Théodore Leclercq n'a donné au public que trois volumes de proverbes, et, à la différence de la plupart des auteurs, il n'a Eut imprimer que les ouvrages dont il est le moins content. Qui le croirait? Il y a un rapport entre M. Leclercq et Shakspeare, entre le cèdre du Liban et Thysope. Gomme Shakspeare* en faisant imprimer un proverbe, M. Leclercq en perd, en quelque sorte, la propriété ; tout le monde peut jouer un proverbe imprimé. M. Leclercq est lui-même un excellent acteur ; il joue supérieurement dans ses proverbes. Comme, dans la société, beaucoup de personnes répugnent à prendre les rôles ridicules, de peur qu'il ne leur en reste un vernis peu agréable, H. Leclercq s'en est emparé. Je lui ai vu rendre d'une manière inimitable les rôles d'Allemands parlant mal le français, et les rôles diamants beinés.
M. Fiévée, écrivain distingué, persécute dans ce moment M. de Villèle et les jésuites; ce qui, certes, est très-hardi. M. Fiévée a fait deux fort bons romans : la Dot de Suzette et Fr^d^nc. Rien des personnes pensent que M. Fiévée a corrigé beaucoup des proverbes de sou ami, M. Théodore Leclercq. Quoi qu'il en soit, comme la censure ôte impitoyablement de
loutes les comédies qu'elle laisse jouer à Paris ce qui ressemble à la sociéCé aetuelle, les proverbes de M. Leclercq auroat une imporlaoce historique. Aujourd'hui, même, les étrangers qu! désirent avoir uoe idée des habitudes sociales des Parisiens ne peuvent rien faire de mieux que de lire les trois volumes de M. Leclercq. Mais souvenez-vous toujours, si vous voulez goûier le mérite de ces 9ortes de livres, qu'il n'en faut pas lire plus de cent pages le même jour. Les mœurs françaises étant devines plus graves, les petits tableaux de M. Leclercq seront beaucoop plus intéressants et surtout plus intelligibles pour les étrangers que les esquisses de Garmontelle.
Le proverbe qui peint le mieux le mélange de l'ambition avec Tancienne légèreté française est intitulé le Duel. Un Français ne tolère pas devant Ini des plaisanteries piquantes sur le ministère qui a acheté son opinion. Il faut rendre justice, en passant, à M. de Villèle, c'est lui qui, depuis quatre ans, a introduit cette corruption générale dans la nation , depuis l'employé à douze cents francs jusqu'au pair de France, qu'il achète à trente mille francs pièce, pour faire passer la loi du sacrilège. Un Français ainsi acheté a toujours peur d'être méprisé ; il se sent brave; à la première plaisanterie piquante, il répond par un duel. Dans ce même proverbe, il y a un personnage d^hypocrite àou" cereux, qui fait sa fortune par Montrouge ( le quartier général des jésuites). Ce personnage achève de peindre les mœurs actuelles.
J'ai hésité longtemps si, pour donner une idée du genre des proverbes, si fort à la mode à Paris en 1825, je traduirais le Duel, ou lePto beaujourdela vie. Je me suis enûn décidé pour cette dernière esquisse; j'ai craint que le Duel, qui, d'ailleurs, est beaucoup moins gai, ne fût inintelligible hors de France. Le Plus beau jour de la vie s'appelle ainsi par ironie. C'est un pauvre jeune homme qui se marie, à qui tout le monde répète : Ce jour est le plus beau de votre vie, au moment où il est victime de cent vexations. La cérémonie du mariage est une des plus ridicules des mœurs françaises. On a compté jusqu'à cent petites attentions, chacune desquelles, si on y manque, peut devenir le sujet d'un reproche; ou, encore pis, la cause d'un ridicule. Je
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ne doute pas que, comme nous avons des manuels de physique et de pharmacie, Ton ne publie bientôt le manuel de Thomme qui se marie.
On joue les proverbes sans aucun préparatifs : deux paravents font les deux coulisses, deux vases de fleurs et deux bougies forment la rampe et séparent les acteurs du public. La mode est de les jouer sans aucune exagération de gestes; c*est ainsi que les joue M. Leclercq lui-même. Le bon ton est de n*avoir Tair de faire aucuns frais, de faire tout naturellement.
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A MONSIEUR ..., A LONDRES
Paris, le 21 avril 1825.
D y a, dans ce moment, une traduction d'Hérodote sous presse, et deux autres que Ton va imprimer. Le M. Larcher dont Voltaire s'est tant moqué, à cause de sa traduction du père de Thistoire, bien loin d'être un pédant en us, était un pauvre courtisan des courtisans de Louis XV, et n'a rien trouvé de mieux à faire que de prêter les petites élégances musquées de la cour de ce roi aux vieux héros grecs, dont il conte les faiis et gestes dans un style souvent aussi inculte que ses héros. 11 ne faut pas s*en étonner; Hérodote fut le premier à essayer d'écrire eu prose; on n'avait fait que des vers avant lui. Son style est souvent embarrassé ; la construction de ses phrases est souvent incertaine.
C'est le style d'Hérodote que Ton retrouve , surtout dans la Lraduction de M, Paul-Louis Courier, vigneron, ancien canonnier à cheval, récemment sorti de Sainte-Pélagie. Tels sont, en effet, les titres et particularités d'un des meilleurs écrivains que la France puisse opposer aux savants étrangers. M. Courier est peut-être l'écrivain vivant qui connaît le mieux sa langue, toutes ses finesses et toutes ses délicatesses.
La traduction de Longus, qu'il vient de publier dans le style ancien d*Âmyot, est un chef-d'œuvre ; on croit que son Hérodote sera encore supérieur à Longus. Cet ouvrage aura trois volumes, et M. Courier Fa corrigé pendant dix ans. Il est parvenu à donner à sa traduction non-seulement la couleur du style du vieux Hérodote, mais encore exactement la même étendue que ce texte ; de manière que, si on Timprimail en regard du français, Ton ne verrait jamais de blanc dans la page grecque pour donner le temps d'arriver à la paresse de la langue moderne.
M. Courier, comme capitaine d'artillerie à cheval, a fait les campagnes d'Egypte et d'Italie : mais, comme il était libéral dès cette époque, et dix ans avant que cela fût de mode en France, il fut pourchassé par le gouvernement d'alors; maintenant il vient de passer deux mois à Sainte-Pélagie. C'est que M. Courier est petit-être l'homme de France qui, depuis Voltaire, a écrit le pamphlet avec le plus de piquant, de malignité, et surtout avec une verve de plaisanterie qui ne permet jamais à son lecteur de ne pas pouffer de rire aux dépens du pauvre diable qu'il a entrepris de ridiculiser.
V Honnête homme f ou le Niais, roman par M. Picard, de l'Académie française.
L'hypocrisie est le grand trait des moeurs actuelles en France. Cette hypocrisie est enseignée par les jésuites et pratiquée à leur profit. Ce qui se passe à Rouen (en avril 1825) en est une preuve évidente , et le midi de la France est témoin d'entreprises bien autrement condamnables. L'hypocrisie et les jésuites ont commencé sous Napoléon, dès Tamiée 1804. D'un autre côté, la publicité est un des traits des mœurs françaises. Chez un peuple qui aime à parler, l'hypocrisie doit être une des choses les plus vile remarquées : elle prête au ridicule.
Le roman de M. Picard donne l'histoire de l'hypocrisie dans les mœurs françaises. L'auteur n'a pas beaucoup d'esprit, de profondeur et d'imagination ; mais c'est peut-être pourquoi il a de la vérité. Dans ses romans, comme dans ses comédies, M. Picard rend ce qu'il voit comme un miroir. Ce genre de mérite donne peu de plaisir aux personnes qui habitent le pays, mais doit être fort précieux aux étrangers, La vérité des habi-
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tudes sociales reproduites dans VHonnéte homme, ou le Niais esi telle, que je ne doute pas que rhistorien futur de la Restaura- , lion de la famille de Bourbon ne soit obligé d'emprunter plusieurs traits à M. Picard. Ce que cet auteur dit des élections, entre autres choses, est d'une vérité parfaite. Le titre du roman de M. Picard lui a été fourni par le dialogue connu de Fonché avec Camot, après la reddition de Paris, en 1815. Fouché avait irafai et vendu sa patrie. Gamot lui dit : « Où puis-je me retirer, tnltre? — Où tu voudras, imbécile! » Le niais de M. Picard n'est imbécile qu'à la manière de Gamot. Gette donnée était excelleuie ; le roman eût été un chef-d'œuvre si M. Picard avait de la force dans son talent.
Histoire de Chiistophe Colomb, par M. Bossi, de Milan, traduite par M. Uraoo. 2*" édition. Un volume.
La pauvre littérature italienne est tombée bien bas. La cen* sure autrichienne n*est pas le plus grand de ses malheurs : elle a pris la funeste habitude de noyer un très-petit nombre de pen* sées dans un océan de paroles. Cependant cette littérature italienne a un certain caractère de bonne foi et de consciencieuse recherche, qui manque tout à fait à la littérature française du temps actuel. On ne trouve pas dans les opuscules italiens ce caractère de fatuité et de profonde ignorance qui brille dans les petits ouvrages publiés à Paris. Vous lirez avec un certain plaisir le livre de M. Bossi sur Colomb. Vous y trouverez un tableau du monde au milieu duquel vécut ce grand homme et des obstacles qu'il eut à surmonter pour obtenir un vaisseau. M. Bossi est un chanoine de Milan, protégé par Napoléon, et maintenant obligé à écrire pour vivre.
Vita di Canova, scritta da Missirini. Firenze.
C'est de cette vie de Canova qu'ont été extraites de curieuses conversations de ce grand sculpteur avec Napoléon. M. 'Missirini est de Florence, je crois ; raison de plus .pour abonder en paroles et pour songer à l'élégance de la phrase beaucoup plus qu'à la justesse de Fidce. Toutefois il règne en Italie un bon ^ens général, dans ce qui regarde les arts, qu'on ne trouve nulle put ailleurs. Les étrangers, en parlant de peinture, de sculpture ou de musique, sont toujours des barbares. Quand on est curieux
de coDoailre U vie de CaooTa, il faut doDC la chercher écrite par nu Italien. Mais il est Ûcheux qae, coniine M. Missirini, cet Italien ne place qae trois ou quatre Idées dans chaque feuille d*impression, composée de seixe pages. €e qull y a de mieux sur Canova, ce sont ses lettres, dont les premières fourmillent de Êiutes d'orlhographe.
Chroniques neustritrmes^ ou Précis de Vhiitoire de Normandie, par M. Marie Dumesoil. Un volume.
L'histoire est à la mode en France, et, je Tai dit souTenl, c'est Quentin Durward et Ivarûioé qui ont créé cette mode. MM; Guizot et de Barante Talimentent par de grands ouvrages; de jeunes écrivains, par des résumés. H est fort à désirer que ces petits ouvrages soient traduits en anglais; on pourrait les donner à Londres pour deux schellings, et ils rq[MuidraieDt de fort bonnes idées. Un des meilleurs parmi ces précis est celui que M. Marie Dumesnil vient de donner sur la Normandie; c'est an digne complément du magniâque ouvrage de M. Thierry sur Guillaume le Conquérant.
Histoire des ducs de Bourgogne^ par M. de Barante. Troisième livraison.
Je vous conseille fiirl de lire dans le sixième volume de cet ouvrage le récit de la mort de Jeanne d'Arc et de la mission que cette fille singulière remplit en France. Ce morceau est excellent. M. de Barante est le premier auteur qui ait écrit Thistoire de France d'une manière amusante et vraie. En général» il se borne à faire l'extrait des deux ou trois chroniques les plus marquantes de chaque siècle. Mais peu importe à qui appartiennent les idées qu'il présente; on trouve le plus vif plaisir à les lire.
Poésies de Clo tilde de Surville, poète français du quinzième siècle, publiées par Cliarlos Yanderbourg.
Je ne conçois pas comment M. Yanderbourg n'a pas eu 4'eS' prit de se donner la célébrité de Macpherson. Les poésies eu vieux l:\ngage qu'il nous a données sous le nom de Clotilde de Surville sont extrêmement touchantes ; il ne manque à mon plaisir, quand je les lis, que de les croire âgées de trois siècles. Gomment M. Yanderbourg; qui fait si bien la poésie gauloise,
nVt-H jamais fait devers français passables? Voilà un pro~ blême que je présente auiE psychologistes. Il est certain que la langue parlée, en France, avant le règne de Louis XIV, était beaucoup plus propre à la poésie que celle dqpt nous nous servons depuis ce roi, qui déclare non nobles un tiers des mots les plus utiles de la langue.
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A MOnSIBUR ..., A LONDRES.
Paris, le 20 juin 1825.
Malgré tout le blâme jeté par certaines gens sur les petits livres historiques aujourd'hui de mode, je vous recomniAnde €elui qui a pour titre :
Résumé de V histoire de Russie, par M. Rabbe^ Un volume iD-18.
C'est un excellent abrégé. M. Rabbe nous montre les Russes tels qu'ils sont : à peine plus civilisés que leurs voisins les Turcs, et très-inférieurs aux Turcs par leur mauvaise foi. Un grand seigneur russe, nommé M. de Tolstoy, a attaqué M. Rabbe et lui a reproché que Rabbe, en esclavon, voulait dire esclave. Une revue, fort ennuyeuse et encore plus servile, la revue de M. Julien, a accueilli les attaques du seigneur russe, trop heureux d'avoir à tomber sur un homme de lettres estimable, qui vit de sa plume et non de ses paysans. Je conseille Touvrage de M . Rabbe i tous les lecteurs qui veulent prendre, en quelques heures, une idée juste de la Russie.
Le Dernier chant de Childe-Harold. Un volume in-S"*.
Chant du Sacre, Un volume in -S"*. Par M. de Limartine.
De ces deux poèmes, qui ont paru presque en même temps, le {Hremier a été vendu neuf mille francs, et le second six mille francs. Gespnx sont énormes pour la France. Quand le fameux tragique
* M. Rabbe est mort i Paris, le i^ janyier 1830.
Duds fit l'édition complète de ses œuvres, il y a dix ou douze ans, elles ne lut furent payées que trois mille francs par volume, et il n'y eu avait que trois.
hek deux poèmes de M. de Lamartine ont éprouvé une espèce de chute. Le Chant du Sacre n*a pas eu de seconde édition, et Childê'Harold n^en a eu que quatre, peut-être même qu'une. Car maintenant L... et les autres libraires charlatans de Paris font des éditions de quatre cents exemplaires. Ces deui poèmes de M. de Lamartine manquent totalement d'idées. Celles qu*on y trouve sont vagues, communes, et de plus fort obscures.
M. de Lamartine avait entrepris de faire l'éloge de la liberté; il s^emparait ainsi d*une quantité de belles idées qui courent les rueii dans ce pays ; mais ses bons amis du parti ultra lui ont représenté qu'il perdrait la faveur de ce parti, et il s'est hâté de supprimer ses transports eu faveur de la liberté. Au sacre, il la faisait oindre de Thuile sainte en même temps que le roi.
Voilà bien des griefs contre M. de Lamartine; il n^en est pas moins le second ou le premier poète de la France, selou qu'oo voudra mettre M. de Déranger (auteur des chansons) avant oa après lui. M. de Lamartine rend, avec une grâce divine, les sentiments qu*il a éprouvés. Ces sentiments, vagues et mélancoliques, partagés par beaucoup de jeunes gens riches de l'époqae actuelle, sont tout simplement l'effet de l'oisiveté. Napoléoo faisait remuer cette jeunesse; de son temps, ou connaissait peu renuui mélancolique. C'est cependant à cette époque qu'en a été faite la plus belle peinture : je veux parler du petit roman de M. de Chateaubriand, intitulé René, Il y a huit ou dix passages charmants dans le dernier chant de Childe-Harold; je vous conseille de les \iTe.
Histoire de Reri^ d' Anjou ^ roi de Naples, duc de Provence, par M. le vicomte de Yilleneuve-Bargemoni. Trois volumes in-S".
Les aïeux de cet historien servirent le roi René, qui a laissé des notes sur leur^aractère. Je m'attendais à trouver une histoire bâtie avec uwt adresse jésuitique, de manière à déguiser les torts des temps aficiens, une histoire dans le genre de celle de l'ennuyeux Lacretflle. J'ai été surpris bien agréablement en trouvant dans M. de\ Villeneuve un homme de bon sens, qui
paraît avoir fait des recherches coQsciencieoses. Son histoire D'est point uq chef-d'œuvre. Lord Byroo disait que, quand on se mêlait de faire des vers, il fallait en faire tous les jours. J'appliquerais cette maxime à tous les genres de littérature. 11 faut maintenant pour être lu, dans le genre historique, une certaine profondeur de philosophie et de bon sens qui ne s'acquiert point en quelques mois d'étude. Le métier d'historien ne peut être un pis-aller, comme paraissent le croire plusieurs écrivains, qui, repoussés de la politique par les rigueurs du ministère, se mettent à lire, pendant un au, les vieux monuments d'un pays, et puis nous eu donnent intrépidement l'histoire.
A HONSlEOft LE BABON DE M..., A HONFLEUR.
Paris, lois juillel 1825.
Cher ami, je reviens à Paris pour partir. L'heure de la malleposte me presse; ainsi, pocas palabras.
Mademoiselle ... est grosse, dit-on, chef-d'œuvre de M. de ... — Le général Gourgaud, dans sa réfutation de M. de Ségur ^ a, dit-on, insulté ledit Ségur ; on parle beaucoup d'un duel à la Bourse. — Cousin nous a dit que c'était pour demain. — Quatre millions sont convertis ; on pense que l'opération est manquée ; mais on dit que les 75 peuvent èlre à 78, un moment. Il y a dégoût pour la rente. Les étrangers, tracassés, n'en veulent plus. Cependant l'avis des gens sages est de garder. J'ai un ami genevois, le plus sage des hommes, il me dit : « Gardez ; » et je garde.
J'ai prêté tous mes Globe *. N*ayez aucun regret, ils sont plus pédants que de coutume.
' Auteur de VBittoire de Napoléon et de la grande armée en 1812. * I.e journal le Qlobe.
M. Girard, d'Egypte» offre de faire ud canal sons ehaqoe me de Paris, moyennant huit millions.
M. Jacques Laffilte offre, ou offrira en 1826, de faire la rue de la porte du Louvre à réléphanl de la BastiUe; on lui laisserait la plus-value des maisons. 11 faut une lot, bien entendu.
M. Romieu a lu, à Sautelet, des proverbes romantiques qui Font enchanté.
Galli, arrivé le 10, va nous faire rire. Il prend les r61es de Buffo, invisibles dans les mains de Graziani. La divine GioditU ai loué une belle maison à Suresnes ou Puteaux, à dix minutes du pont de Neuilly. — Le bon D... est toujours égotiste. — Le docteur Edwards est à Londres. Nous vous attendons de pied ferme .le 6 août.
Tout avons,
COLLINET DE GrEMME.
A HONSIBOR LE BARON DE M ..., A PARIS
Paris, le 21 août 1SS5.
Mon cher ami, la G..., comme vous savez, prétend être insen. sible aux lettres d'amour ; essayons. Voici une lettre que je yobs supplie de faire copier sur beau papier vélin. Un amant tel que M. Edmond de Gharency ne néglige pas ces accessoires.
Composez aussi une lettre; si celle-ci ne réussit pas, nous lâcherons la seconde ; mais il faut une adresse. Donnez celle de Tami Porte sous un nom supposé; cherchez uu nom inconnu. Par exemple, si vous mettiez : M. de Gharency, chez M. Dubouchage, me Neuve-de-Luxembourg, n^.... Enfin, pour s'amuser et pour rire, il faut agir. Que pensez-vous de ma prudence? Ce n'est que dans la seconde lettre que je demanderai qu*elie m'envoie une feuille de jasmin pour réponse. N'oubliez pas qu'il faut Viago à Reims, au lieu de Viaggio.
Si cela prenait entre vous et moi, nous ririons.
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Si eela allait bien, nous chercherions un beau jeune homme de DOS amis, à qui nous dirions : c YoiUez-vous jouer le rôle d'amoureux, d'une femme célèbre? — mais il faut une discrétion du diable. »
PORCHBRON.