VISION
L' en ona noce di piCi indiavoUa
Scur corn in bocca al loff : no »e sentiva
Una pedana
E* 1 po?er merit che V è minga don
Te me )* hann costringiuu là in don canton.
A MONglEUR JM RÊDACTBim DU GtOBE, A PARIS.
Paria, le 6 décembre i825.
Monsieur,
Quaud on a une mauvaise cause, il faut écrire eu style d>scur, et surtout adopter le genre emphatique si respecté des sots. Les gens qui croient avoir raison ne sauraient être trop clairs et trop lucides ; ils cherchent à écrire avec les mots et les tours de phrases employées par la Bruyère, Pascal et Voltaire.
Mais cependant, quand il se présente une idée nouvelle, il faut bien un mot nouveau. Ainsi est venu en usage le mot de budgeU inconnu du temps de Voltaire, temps heureux pour les favoris, où il n'y avait point de budget, mais de temps à autre un abbé Terray et une jolie petite banqueroute.
Je propose au public d'adopter le verbe poffer (du mot anglais puff), qui veut dire vanter à toute outrance, pr6ner dans les journaux avec effronterie. Ce mot manque à la langut, quoique la chose se voie tous les jours dans les colonnes des journaux à la mode, auxquels on paye le poff en raison du noflobre de leurs abonnés ; car, je dois Tavouer, monsieur, avec le verbe
LETTIIKS A SliS AMIS. 3Ô
poffer(s9Miev eft'roiuémeul et à toute ootrauce), je propose aussi le substantif poff. Ce mot serait bien vite reçu, et avec joie, si (oos vos lecteurs pouvaient comprendre le langage du personnage dePtf/jTdans la charmante comédie du Critiqua de Sberidan. M. PofT, moyennant une légère rétribution, vante tout le monde dans tous les journaux. Il a de Tesprit, surtout nulle vergogne de son métier, et raconte plaisamment comment il 8*y prend pour faire réussir un poème épique comme Philippe' Auguste, 00 un nouveau cirage pour les bottes, un nouveau système d'industrialisme, ou un nouveau rouge végétal.
 reprit près, je vois tous les jours à Paris des personnages de ce caractère. C'est une nouvelle industrie. Bientôt M. B .. L...ne sera plus obligé de se vanter lui-même, et tel bomme éminerament utile, qui s'intitule lui-même le Mybe français daas les articles de sa main qu'il envoie an Censtituiiannel, pourra avoir autant de modestie que de science.
Convenez, monsieur, que nous avons besoin du verbe poffer* Qn'estHse que M. Ladvocat, libraire, fait pour madame de Genlis?
J ai l'honneur, etc.
Polybe LoTE-PuFF.
GXXXl
A'MONStEDR 8..., 8..., A LONDRES. *
Paris, le 24 décembre 1825,
Exettses» mon cher ami, la petite discussion philosophique qui n suivre ; c'est un besoin pour moi de la produire d'une ma* mère qn^eloonque, et vous serefe la victime immolée à cette in^ tempérâièe de plume.
Les gens qui ont de» millions^ et dont les aïeux sont allés à là erdisade» sont devenus les juges naturels de ce qui est devenu de bon um^ c'est^irdire de. ce qui est agréable entre hodifférenta»
Leur empire a été agrandi» sans mesure, par Louis XIV et Louis XV. Dans les dernières années de Louis XV, cet empire fut immense. Âujourd'hiii, la violence avec laquelle le gouvernement des deux chambres s*iutroduit dans la politique tend à détruire rinOuence morale des gens descendant des croisés et de ceux possédant des millions.
Cependant, quelle que soit mon estime pour l'empire de la bobine et des machines à vapeur, k mon avis, le bon ton restera à la classe où chaque individu, dès Tâge de dix-buit ans, n'a d'autre affaire que de s'amuser.
Cette classe abuse de son pouvoir, dites-vous, et qui n'eu abuse pas? Le petit prince comme le philosophe, le duc de Modène comme d'Âlembert. Si Frédéric II eût été seul au monde et n'eût pas craint le mépris, il eût fait couper des tètes comme le Grand Turc actuel , qui certainement n'est pas un méchant homme, car on dit qu'il a eu l'honneur d'avoir une Française pour mère.
Les gens de bon ton, abusant de leur pouvoir, se sont dit : « Déclarons de mauvais goût, non pas seulement ce qui est emphatique, affecté, bas* révoltant, etc., mais encore tout ce qui énoncera des vérités désagréables pour notre vanité. Ce qui sera du plus mauvais goûl, c'est ce qui atta(|uc une classe prise parmi nous. Citer comme exemple de vanité puérile un vieux duc sera déjà fort mal ; mais, si l'on va jusqu'à ne pas nommer ce vieux duc, si le reproche parait pouvoir tomber sur toute la classe, alors l'auteur aura un ton exécrable. »
Les sols, qui, comme ailleurs, sont en majorité parmi les gens à millions et à croisade, se sont dit : c Nous avons inventé la bonne manière de monter à cheval, de boutonner son habit, de plomber ses pantalons, et il a été déclaré que tout ce qui s'éloigne de ces habitudes*làest de mauvais goAi. Allons plus loin, les peuples étrangers qui auront le malheur de monter à cheval on boutonner leur habit d'une manière différente de la n6tre seront aussi de mauvais ton ; du moins, nous les plaindrons %e n'être pas nés à Paris. Si pourtant ils viennent à Paris, comme pour rendre hommage, s'ils ont de l'esprit naturel, s'ils nous amusent, nous pourrons finir par leur pardonner ; nous voulûmes bien
traiter aiusi, dans le bou temps, David Hume, Horace Walpole, le roi de Suède. Mais malheur à récrivaio qui viendrait nous parler des manières de prendre du tabac ou de monter à cheval, non d'usage à Paris ! Pour cet homme, rien ne pourrait le sauver du mépris. Quoi ! si son livre allait prendre, nous ne serions plus les modèles uniques des belles manières et du bon goût? Le bourgeois enrichi ne nous- imiterait plus avec vénératloa? Son fils, millionnaire, ne nous demanderait plus à genoux notre petite fille bossue et ruinée ? »
Un homme de bon sens, à qui je témoignai hier le désir de donner une nouvelle édition de Bome, Naples et Florence en 1817, m'a fait cette réponse brutale :
c Si vous avez une telle rage de voyager et d'imprimer, imitez M. de Freycinet ou M, le baron de Humboldt ; allez à Madagascar, à Tombuctoo, décrivez des mœurs de sauvages. S'il n'y a quelque rapport entre eux et nous, peut- être serons-nous assez bons pour vous pardonner! Jadis, les pantalons que portent sous le bras les courtisans du roi de Tonquin ont pu nous faire rire. Soyez plaisant, décrivez les gambades des sauvages autour de leur fétiche, je pourrai souscrire à votre livre sous le nom de mon valet de chambre. Maïs aller décrire les mœurs de l'Italie, d'un pays où l'on va en quatre jours et qui produit des Ganova et des Rossini, fi l'horreur ! Allez, monsieur, vous étesde maunift goût! *
Je n'avais pasd*antre intention cependant que de donner à qui littranquillement, auprès du feu, quelque idée de cette Italie qui n'est, à vrai dire, qu'une occasion de sensations.