EXTRAIT DE NOTES FAITES PENDANT UN TOYAGE EN ITAUE
Milan, le 4 noTembre 1813.
Voici ce que Beyie se disait à soi-même, en sortant du sal* d'une femme pour laquelle il éprouvait une forte passion :
<r En arrivant de chez elle au jardin public, à quatre heur< en apercevant les montagnes couvertes de neige qui produise un effet si romanesque, je me dis qu'avec deux règles de ce duite j*éviterais les chagrins que TefTet que je produis sur m voisins a pu me donner jusqu'ici.
c Dans ma conversation, me retenir. Par exemple, la premiè fois que^je suis présenté aune madame Doligny, ne pas chercb à briller. Pour que ce projet pût avoir une apparence de succè il faudrait que les gens qui m'écoutent eussent une âme enflai mée. Pour être aimable, je n'ai qu'à vouloir ne pas le paratti
Ce qui s'est passé dans la société de madame la comtesse S
en est un exemple frappant. Ma supériorité est tellement sûi que moi seul peux la faire méconnaître en me faisant taxer d'es géré. Parler, mais parler peu les premiers jours, et au bout < mois, la supériorité, ou, ce qui vaut mieux, une belle égalité trouve établie. D'ailleurs, la société est une coquette qui cou après ce qu'on a l'air de lui refuser et dédaigne ce qu'on 1 offre. Ne jamais craindre d'être taxé, avec quelque raison, • froideur et de stérilité; donc, les premiers jours, côtoyer ces d fauts sans crainte.
« Je crois aussi avoir trouvé hier pourquoi les peuples < Midi, qui sentent si vivement l'amour, aiment le genre de M rini : la recherche dans l'expression de ce sentiment, duquel sont les meilleurs juges. C'est que l'expression naturelle le semble trop aisée à trouver; elle manque pour eux de cet i grédient du plaisir qui vient du sentiment de la difficulté vai eue. Un parterre composé de Florian, Besnaud, etc., trouve de ce sentiment de la difficulté vaincue dans l'action d^invent l'expression du sentiment. Ces âmes froides, qui ont eurareme
quelques petits accès de chaleur momentanée, sentent qu'il doit élre diablement difOcile dlnvenler le sentiment qui agite Phèdre dans ces yers :
Que ne suis-je assise à l'ombre des forêts !
f Les Italiens ont cherché le sentiment de la difficulté vaincue en donnant une finesse exagérée à la peinture de Tatnour, oubliant que dans le genre dramatique par excellence Thomme passionné n'a pas le temps d'avoir de l'esprit. Ce mauvais goût a passé facilement de la peinture de l'amour à celle des autres passions, moins communes à rencontrer. J'ai eu cette idée autrefois; elle me revient à la lecture d'une mauvaise rapsodie du Moniteur, Ai-je raison d'expliquer ainsi cette circonstance singulière : le peuple qui sent le mieux Tamour est celui qui l'a peint le plus mal. »