II. B
A NADAIIB ... ^
Paris, mardi, sept heures du soir, 1834.
i A présent que je le connais, ai-je trouvé en lui ce que je pensais y trouver, lorsque je le voyais seulement dans le monde et que j'y jouissais de son originalité, de son esprit eide sa beUe taille? »
Voilà, ma chère amie, la pensée qui t'occupe. J'ai gagné mon procès en première h^stance à Paris; le gagnerat-je encore à la cour d'appel de M...? Faites-moi part de la sentence. Je prenais
' Cette lettre fut renvoyée deui jours après, avec une réponse.
46 ŒUVRES POSTHUMES DE STBNDHàL.
la clMMe pins au tragiqoe qoe ça ce matio, âi me promoiani Tia-à-râ oette église dont oo r^jiare la façade, et qui s'appelle Saint-LaureDt.
Théodore dioe aujourd'lim cfaei Avgusie. Le mari d'Auguste loi fera lire ma acte qui prouTC que Ton n'est pas ÎDjnste envers celle charmante fille. Le mari m'avait donné on rendea*voos; comme le contrat Toccupait, j'ai eu on tète-à-téle d*nne heure avec Augnste, ce qui fera bien gémir Mélodramei quand il Tapprendra.
Si je continuais, ma ..«, je toniberais dans la teiMkesse la plus tendre, et si la cour d'appel décide que je ne vaux rien, ma tendresse serait ridicule. Adieu, tout m'est insupportable depuis que je sais qoe tu n'es plus ici. l'avais un dîner délicieux hier, où se trouvaient neuf hommes d'esprit et mol. Quel malheur ! je n'ai point été brillant du tout. J'àl peu pG»rlé, et ce peu était lourd. Cette catastrophe va agiter ma grande àme. Peut-être qu il faudra que je renonce à l'amour ; car, ne pas briller! comment s'accoutumer à ce malheur? Il est vrai qu'il me reste la beauté et Topulence. Mais je ne sais, j'aimais mieux les succès de mon esprit; ils étaient plus moi.
Le soir, j'ai appris l'histoire d'une pauvre femme amoureuse, à la passion, du mari de son intime amie, et ce mari l'adore. Le mari de la première est un homme féroce, qui n'aime dans sa femme qu'une dot immense et qui serait ravi de la déshonorer, de la reléguer à la campagne, et de jouir seul à Paris de quarante mille francs de rente. Cette histoire dura une heure; elle m'a profondément ému.
J'étais sombre au café de Foi/, à minuit ; je venais de faire l'amour à l'espagnole, sous les fenêtres de ma belle ; je n'avais point de guitare ; aussi ne l'ai-je point vue. Adiéù.
P. S. Ne va pas me mépriser parce que je plie mal lâa lettre ; c'est exprès. *
LBTTBCS A ses AMIS. 47
CXXXYII
i MADAME J...S A SAINT-DENTS,
' Paris, le... janvier 1826,
Pourquoi, madame, ne m*avoir pas fait dire que vous étiez encore à Paris? Un mot bien court par la petite poste suffisait. Sans doute, dans une seconde visite, je vous aurais rendu Compte de l'impression produite par les Souvenirs \ Le ton gé* néral me semble un peq celui de la complainte.
La mort d'Alexandre' est.. maintenant regardée comme un bonheur pour TEurope. Ce pauvre homme entravait Tadministration de la justice en Bussie, etc.
Cet ouvrage, publié sous le ministère Villèle, eût pu obtenir un succès d*estime; aujourd'hui, je crains que. le Glol^ef les débats, le Constitutionnel, ne lui montrent les dents.
J'aurais dû^ aimable Jules, vous dire tout cela il y a quinze jours,
La vie de Paris fait qu'on n'a le temps de rien; trouvez celui de me croire le plus fidèle ami.
. . Beue.