CXLI
A IfOKSIBVR P Il , ▲ PARIS.
Parts, le '23 décembre i826.
Il y a beaucoup plus d^Oliviers* qu'on ne croit. Une femme que vous Toyec le lundi a im Olivier. Dans le charmant petit fragment des Mémoires de taduehesfe deBrancas, publiés par le feu duc de Lauraguais et que de M... vous prêtera, il y a deux Oliviers, viz • :
M. de Maurepas, ministre, et M. le marquis de la ToameUe, le premier mari de la duchesse de Chàteauroux. l'ai aussi étudié Swift dans la Biographie des romanciers par sir Walter Scott.
J'ai pris le nom d'Olivier, sans y songer, à cause du défi. J'y tiens parce que ce nom seul fait exposition et expositicm non indécente. Si je mettais Edmond ou Paul, beaucoup de gens ne devlneraientpas le fait de babilanisme (mot italien pour le cas de M. de Maurepas).
Je veux intéresser pour Olivier, peindre Olivier. Le dénoâment que vous proposez avec la "surprise de lord Seymour, etc., vient bien d'une bonne tète dramatique ; mais, en fin de compte, mon pauvre Olivier est odieux. Les gens sages diront : Que diable! quand on est babiUm, on ne se marie pas. Olivier vieia gêner sa femme et lord Seymour, etc.; qu'il s'en aille! bon voyage !
Le babilanisme rend timide, autrement rien de mieux que de faire l'aveu. Ce mari du lundi, M. de Maurepas, H. le marquis de la Toumelle l'ont bien fait. M. de la Tournelle est mort dés* espéré et amoureux fou de sa femme.
< OHvitr est le titre d*un roman de M. de la Touche, sur le même sojet que YArmance de Beyle. (R. G.) • Savoir :
Je suis 8ûr que beaucoup de jeunes filles ne savent pas précisément en quoi consiste le mariage physique.
Je suis également sûr de ce second cas, beaucoup plus fréquent : L'accomplissement du mariage leur est odieux, pendant trois ou quatre ans, surtout quand elles sont grandes, pâles, élancées, douées d'une taille à la mode. H est vrai que j'ai copié Armance d'après la dame de compagnie de la maîtresse de M. de Strogonoff, qui, l'an passé, était toujours aux Bouffes.
J'ai, comme vous, les plus grands scrupules sur la lettre écrite par le commandeur. Mais il me faut une petite cause pour arrêter l'aveu. Mon expérience m'a appris qu'une fille pudique aime beaucoup mieux mettre ses lettres dans une cachette que les donner à son amant de la main à la main. On n'ose pas même regarder cet amant, quand on sait qu'il vient justement de lire la lettre qu'on lui a écrite.
Malwert est le nom de mon village, Bannivet était le nom de l'amiral Caivori de François I". S'il eût fait race, Bonnivet serait, comme Montmorency, à peu près et mieux que Luynes ou Sully.
Ce roman est trop erudito, trop savant. A-t*il assez de chaleur pour faire veiller une jolie marquise française jusqu'à deux heures du matin ? That is the question. Voilà ma sensati<>n en recevant votre lettre. Madame d'Aumale c'est madame de G^*% que j'ai faite sage.
Mais je reviens à la question de chaleur; vous ne me dites rien. Est-ce mauvais signe? Si ce roman n'est pas de nature à foire passer la nuit, à quoi bon le finir?
Une jeune femme s'intéressera-t*elle à Olivier ? J'ai à faire une scène d'amour ; Armance dira qu'elle aime. Olivier usurperait sur le caractère du comutOf s'il se tuait à cause de cet accident ; cela retomberait dans le Meynau de Misanthropie et repentir.
Le vrai babilan doit se tuer pour ne pas avoir l'embarras de faire un aveu. Moi (mais à quarante-trois aus et onze mois) je ferais un bel aveu ; on me dirait qu'importe ? Je mènerais ma kame à Rome. Là, un beau paysan, moyennant un sequin, se chargerait de me remplacer avec avantage^
58 (EUVKES POSTHUMES DB STENDH/LL.
il«i8 celle Térilë en do neniredecelleB qoelapelnlarepv du noir et du blanc, la peiiiliiie^ par rii—finalkm du speeu* leur, ne penl pas rendre.
Que de choses naiea ipii sérient des nMjrens de rarl! Par exemple, Tamoiir inspiré par on homme sans bras ni Jambes, coonme Unilme caricature qui déshonore toire bureau.
Il me semble donc que le bahiUm ne doit {Mis être le c&rmUû, Le frai beau comuto e&i Emile, qui s'est marié par amour et estime. ÂTca-TOUS vu cette suite û'Êmile. Le Dean Swift ne tgoI»! pas se mmrier pour ne pas faire faven ; il se maria, sollicité par sa mattresse, mais jamais ne la tU en tète à tète, pas plus après qu'avant.
Dans le salon d'un comte, pair de France, noble en 1500, ei iùti riche, j*ai froid près de la fenêtre quand !1 y a vent du nord. Votre objection provient de la vérité probable, mon asseifirâ de Vétudedelanature,
Votre objecUon serait par&itê en Angleterre. ,
J*ai relu votre lettre. QommI même Armance, dememrant coojugalement avec Olivier, à Marseille, serait éKmnée :
1® Bile Tadore et se contente de peu ;
S* Par timidité, par pudeur féroiniDe, elle n'oserait rien dire.
Hais Tamour seul suffit pour tout expliquer.
Le genre de peinture dont je me sers, le genre noir sur du blanc, ne me permet pas de suivre la vérité. En 2826, gî la citi* Hsatton continue et que je revienne dans la rue Duphot, je n* conterai comment Olivier se tira d'affaire.
Quand on est songe-creux, homme d'esprit, élève de Técole polytechnique, comme Olivier, voilà ce qu'on fait.
Il faut que vous sachiez qu'il passait sa vie chez les filles; c'est ce que j'ai cherché à indiquer modestement: Ârmancelui conte cette calomnie que l'on fait sur son compte.'
Mais, pour Dieu ! répondez-moi sur Tarticle chaleur. Gardez ma lettre, nous en reparlerons peut-être en 1828.
Comte de Ghadetelle.
LETTftES A SRS AHIS. 59
A MOU SIEUR LE BARON DE M , A PARIS
Florence, le 19 novembre 1827.
« Sartottti quand tous écrirez à M. de M«.., ne manques pas de lui dire combien nous pensons à lui ; il venait soutent passer Tavant-soirée avec nous, à Paris» »
Voilà ce que me disait hier madame de Lam.
Rien de plus magnifique quelesbals qne nous donne le prince fkffghèse; il a trente-cinq salons de plain-pied, meublé» avec une fin^heur et un goût que rien ne surpasse. Il y avait bien quatre-vingts Anglaises à la dernière soirée dansante, et trois Ilaliemies, mesdames Roccella!, toujours sémillante et charmante, et Nencini, encore, et
Ce que j'ai eu de mieux, depuis que je vous ai quitté, c'est nue navigation de douze jours, sans mal de cœur. J'ai vu Porto- Ferrajo pendant deux jours, Gapo d'Anzo, etc. J'ai passé dix jours en pension chez un paysan de Gasamiccia, dans File d'Ischia ; c'est une idée que je dois à G^ ; remerciez-l'en de ma part ; c'est délicieux. Tous les matins j'allais à Furia ou à Iscbia, à ftue. — J'ai passé un mois à Naples et trois semaines à Rome. M. de Laval a été parfait pour mot.
Remerciez M. D. du plaisir que m'ont fait ses deux articles 8Qr M. Hanzonî ; j'ai connu ledit grand poète à Gènes. —Figurez-vous un marquis fort riche, Gian Carlo, c'est ainsi qu'on l'appelle, qui a la plus jolie villa de Gènes, sur le rempart du Nord. Là, chaque $oir, le marquis di Negro reçoit tout ce qu'il y a de distingué; c'est comme la société de M. D., plus des femnies. Le 5 août, par une chaleur étouffonte, il nous a fiait dtner
' L'aUnaMc et spirituel M. di Fîofe, dé NapIeS; fixé k Paris depuis 1800. (B.C.)
m ŒUVRES POSTHUMES DE STENDHAL.
dans une groile de son jardin, de laquelle on volt la mer, la e6ie deSaranno, etc. H. Tabbé GaliafB y fat charmant, quoique poète latin; il improvisa à table une éplgranmie contre les Anglaises.
A propos d^improvisateur, les gens d'Arezzo font des nûra^ clés pour M. Sgricci, qui a dit une tragédie intitulée Cmpo, ce qui ne veut pas dire le Crispin, mais un parent de Constantin, et
ensuite Tieste. Ce vénérable est eiécré par jalousie, à
Florence.
L'église de Saint-François de Paule, à Naples, de M. Blanchi n'est qu'une pauvreté ; c'est la Bot<mda (le Panthéon) de Rome, plus les deux colonnades du Bemin, devant Saint-Pierre. Les maisons de Pizzo Falcone, qui paraissent derrière, sont plus hautes que S. Francesco et l'écrasent.
Un nouveau composi, Peniam, a eu beaucoup de succis à Florence et à livourne; peut-être est-ce un suceessaur pour Rossini. La plus belle chose, en fait d'arts, a été une éniptioB du Vésuve, à la fin de YUUimo giamo diPompêî: c'est une dé* eoration de Sanquirico ; on m'a conté cela, je ne l'ai pas vu.
Joseph Ghaerin.
GXLUI
A MOKSIEUa S... S..., A LONDRES.
Paris, le 6 décembre i8i7.
Voici, mon cher ami, le résumé de notre situation politique. Excusez l'âpreté que vous pourrez remarquer de temps en temps dans mon langage; je n'ai pas trouvé d'autres exprès* sions pour être toujours clair et rigoureusement exact.
La plupart des personnes qui entreprennent de tracer un tableau moral ou politique de la France se hâtent de présenter des conclusions générales bien tranchées. J'ai cru plus instructif et surtout pUis intéressant pour le lecteur, de donner le plus de faits possible: seulement, comme souvent les faits narrés avec
les déCails nécessaires pour leur laisser ieilr physionomie eussent occupé trop de place, je me sois contenté de rappeler le fait, en indiquant le document où on pourra le rencontrer ^ Voici donc les traits principaux de la position actuelle de la France, circonstances qui auront certainement la plus grande influence sur la France d'abord, et, par elle, sur TEurope; ear, dans la guerre générale que tous les peuples ont déclarée à tous les rois, pour en obtenir des constitutions, le parti que prendra la France, la conversation et la aillera ture de Paris seront toujours décisifs en Europe.
Un roi incapable de lier ensemble deux idées, vieux libertin usé par une jeunesse très-orageuse, non exempte de lâchetés et même de friponneries, adorant les principes ultra, ayant le mépris le plus sincère pour tout ce qui n'est pas noblesse de eour, mais ipie la peur force à courtiser bassement le peuple, 06 pensant pas, parce que les organes sont usés, les trois quarts de la journée, et alors assez bon homme, n*ayant surtout rien de rhypocrisie de son firère *. Tant qu'il aura peur, Charles X coDseryera les apparences de Ja justice et une sorte de fidélité i la Charte. Par faiblesse, il ne fera rien sans consulter son fils.
Un dauphin sans éducation, d'une incroyable ignorance, mais fort honnête homme, mtoie honnête homme jusqu'à Vhéroisme, si Ton considère que, jusqu'à trente-six ans, il a vécu dans sa petite cour composée des hommes les plus bétes de l'Europe, et dont l'unique occupation était de calomnier le peuple français et la Révolution. Ce prince est parfaitement raisonnable; son estime pour MM. Portai et Roy est un fait notoire. Son adminisiration, si jamais il règne, sera dans la couleur qu'on appelle, à Paris, eenire droit* U tiendra de bonne foi à ses serments, s'il ea fiut jamais. Sous ce rapport, sa piété sincère sera utile à la France. H a de Téloignement pour les scandales ; malheureusenient, il tremble devant son père. La même raison solide
' On ]>6orrait supposer, d'après ces lignes, que Beyle s^était occtopé d*iui ln?ail plas considérable sur le même sujet ; il n'a pas été retrouvé dans Kspapiers. (R.G.)
* Louis XVllI.
(^ ŒUVRES t^OSTUUMES DB STENDUiL.
caractérise la condoîleet la conversation de sa fiemme, UmU^ère d^avoir pour mail un guerrier illustre^. Malheureusement, la daophine a une tète étroite; elle voit peu de choses à bfois; les circonstances les plus frappantes dans les faits, elle ne les voit pas d'elle-même ; elle a besoin qu'on les lui fasse apercevw, et encore son esprit ne peut les saisir qu'une à une. Mais quand, enfin, elle a conçu une idée, elle y tient pour toujours. Elle déplore quelquefois que la haute noblesse ait si peu d'esprit et de courage, et qu'il foille toujours et pour tout avoir recoiffs au tiers état. EUe rappelle le trait de M. le vicomte d\.., lieutenant général depuis longtemps et qui, à Bordeaux, ea 18i4, refusa, parlante h princesse elle-même, d'aller prendre le commandement d'un fort, où il aurait pu être exposé à voir l'ennemi. Madame la dauphine déplore pareillemeot la bêtise incroyable de M« le duc M.... Les ^cès du parti oMn que le dauphin a vu en Espagne ont fait sur lui l'effet que Vilote ivre prodalsadt sur le jeune Spartiate.
Le duc d'Orléans, homme fin, rusé, assex avare» possède od grand fonds de raison ; son adminIstratioD comme régent pendant la minorité du duc de Bordeaux, serait centre gauche. D a de Téloignement pour le parti ultra du faubourg 9aint*6emiain, qui, encore aujourd'lmii rappelle jacobin. Son esprit a tonte la tournure d'un pair anglais wÂt^trèsHBodéré. Il aime la noblesse et a de Téloignement pour le tiers état. Il a du goét poorle système de la bascule entre les deux partis, entre les blana et les bleus.
Tout ce qui a fe temps de penser en France^ tout ce qni a Quatre mille firancs de rente en pmvinee, et six mille francs à Paris» est ceMre gauche. On veut l'exécutioD de la Charte safis secousse, une matche lente et phidente vers le bien; qaesll^ tout le gouvernement se mêle le moins possible du comniMce, de rindustriej de l'agriculture; qu'il se borne à faire adminis^r la justice et à faire arrêter les voleurs par ses gendânnesi L'iaimense msjdrité des gens dont }e parle en ce nioment
^ Cê fui au âiget de sa campagne d'Espace, es avril 1M3, qu'on jeti ce ridicule ènr le dUc d'Angoulémê. (R. G.)
espère beaucoup en Louis XIXS et regarde le gouvernenieiil de Charles X comme un mal nécessaire. On s'attend à voir Charles X se déclarer contre la Charte, du moment qu'il n'aura plus peur. H smiflîre que le clergé commette tous les excès. Les gens dont je parie> tout en avouant que M. de Villèle n*a d'autre objet que de conserver sa place*, lui sont attachés comme le moindre mal aa<|ael on puisse s'attendre sous un tel prince. On désire que M. de Villèle tienne, parce qu on a une peur affk-euse du successeur que la cabale Jésuitique peut lui donner.
Tout ce qui est paysan» petit négociant, jouit des fruits de la Révolution. Pour ces geos-là, la partie est gagnée, et complètement gagnée depuis i79@. Quand les libéraux de la classe que je viens de peindre veulent alarmer les paysans, ceux-ci les croient fous r c II y a bien ces coquins de p. . . , » disent les paysaps quand on a su leur inspirer de la confiance ou que, le dimanche après dîner, ils sont gris, « mais un joiur ou Tautre nous leur dooaerons le tour (nous lea tuerons). »
dXLlV
ir NÂDANJS J..., A mBNAY (.MAB^li).
Paris, le 6 août 182^.
Vous avet bled jUgéde mon cœur^ chère et aimséle Jules. Je défie personne d'avoir été plus sensible que moi à votre bonheur. Savais été profondément affligé de vous voir désespérer lors de votre à^^i. Depuis, votre petite sœur que j'ai rencontrée en omnibus, m'avait dit que rien n'allait mieux. Vous voyeiÉ-que cette bonne nouvelle a eu pour moi toutes les grâces de l'inlprévu. J'ai lu votre lettre hier soir, en arrivant de la campagne;
* Telle était alors Vofinion à Tégard du duc d'Angouléme. (R. C.)
* M. de Villèle était préâdent du conseil et ministre des finances. [R.G. ]
j^éiais si tnmsporlé que je Q^ai pas osé vous écrire, isakUre aurait eu Taîr de celle d'un amant.
Ne manquei pas, je vous en prie, de m'annoncer votre arrivée à SaÎDl-Deois; j'irai bien vite vous voir; nons coorrons easemble les bois d'Andilly. Ils sont toujours pour moi ce qu'il y a de mieux aux environs de Paris. »
A propos, il y a un an, le libraire vous a-t«il envoyé un roman qui s'appelle Àrmance? G*est Tbistoire d^un monteur qui ressemble à H. de G.... Ce n^est pas à dire qu^il soit d^uté. .
Ce pauvre général G... se meurt toujours, mais ce n^est phis de la poitrine, c'est des entrailles. Grozet a la goutte. A<bea, aimable Jules, bien des compliments à M. 6... et des respects à madame voire mère.
Vous savez que la grosse madame de P... accompagne une petite princesse S que j'aime à la folie. Ce sont les gardes d'honneur à cheval qui aiment madame de P...; ei comme elle est plus corsée que la duchesse, ces provinciaux la prennent pour la princesse, et partent de là pour se croire aûiés à Tauguste famille des Bourbons. La vertueuse duchesse de R... sèche de dépit et de vertu.
Si madame la comtesse de T... se souvient de moi, présenteslui les hommages les plus respectueux, et vous, madame, comptez à jamais sur ce qu'il y a de plus tendre et de plus dévoué dans rame d'un philosophe de quarante-cinq ans.
71, rue Richelieu.
A MONSIEUR •.., A LONDRES
Paris, le 15 janvier 1829.
Les Mémoires de M. Fauche-Borel, imprimeur à Neuchâlel, en Suisse, et pendant vingt ans espion employé par les Bour-
* Madame la duchesse de Berri.
bons, obtieunenl un succès de scandale, il est inoai que les ministres de la iamille régnante n'aient pas acheté le manuscrit de cet agent indiscret.
Il dit ce que beaucoup de personnes savaient déjà, que, lorsque Bonaparte s'empara du pouvoir au 18 brumaire, la France était vendue aux Bourbons, par le directeur Barras, moyennant une somme de douze millions de francs.
Ce qu'il y a de plus curieux dans les Mémoires de M. Faucbe* Borel, c'est lui-même. Quel intérêt a pu engager un imprimeur ricbe, sujet du roi de Prusse, et ayant une bonne maison à Neuf* cbâtel, à s'exposer aux plus grands dangers, pour l'intérêt de princes malheureux, dont jamais il n'avait été le sujet? Ce problème a occupé la malice des Parisiens, et voici ce qu'ils ont découvert :
Quelques émigrés fort malheureux passèrent par Neufchfttel ; ils furent accueillis par MM. Fapche, riches imprimeurs, avec une humanité parfaite. Ces émigrés s'avancèrent en Suisse, mais ils signalèrent la maison Fauche à leurs amis pauvres , comme une ressource assurée. Ces émigrés, quoique fort malheureux en apparence, étaient rieurs; ils trouvèrent un peu lourdes Ici manières des riches imprimeurs deNeufchâtel. Ces braves gens, si charitables, n'étaient pas sans vanilé ; quelques émigrés eu proOtèreut pour persuader à M. Fauche-Borel que tes services qu'il rendait à la bonne cause étaient si grands, qu'aussitôt que le roi serait rentré en France, si lui Fauche-Borel voulait venir s'établir à Paris , il serait fait prévôt des marchands el, par la , suite, cordon bleu. Personne, alors, ne doutait, eu Suisse, du prochain rétablissement de l'autorité absolue en France. La perspective du cordon bleu avait compléienient tourné la tête à M. Fauche-fiorel; de là, les entreprises héroïques de celui qui publie ses Mémoires.
Dans Thiver de 1814, M. Fauche-Borel partit en poste de Neufchàtel, pour venir recevoir à Paris la récompense de son dévouement héroïque ; il voyageait par un temps très-ft'oid avec M. le marquis de La H... S un des émigrés protégés par sa famille.
* Mort en 1827, à Lyon, d'une alUque d'apoplexie , il Tenait de Ho- II. 4
L*émigré, toujours rieur, se mit à parler avec gaieté ies aiiuées qu'il avait passées à Neufchàtel : e Ou dioalt fort bien ches vous, mon cher Fauche, et l'amour se chargeait de me consoler de mes chagrûis, » dit-il tout à coup. A ces mots, la figure du Fauche se couvre d^un nuage« t J*entends, monsieur le marquis, répondit-il presque sérieusement; vous vouliez bien faire la cour à quelque petite fiUe de la campagne. » Ce mot pique la vanité du Français. « Qu'entendezvous par petite fiUe, mon cher Fauche? C'était parbleu bien une de vos dames de Neufchàtel et des plus huppées encore ; si la pauvre femme n était pas morte depuis peu, je vous le ferais dire par elle-méffle. — - Cessez celte plaisanterie, monsieur le marquis, dit le bourgeois fâche, je ne puis croire un mot de tout ce que vous dites. — Parbleu, mon cher ami, reprend Témigré, cela s'est cependant passé sous vos yeux ; car, puisque vous me poussez à bout, je vous avouerai qu'il s'agit de votre belle^sœur, madame Fauche-Borel. ^ Monsieur le marquis, reprend Fauche furieux, vous allez me rendre raison d'une telle calomnie déversée sur la famille qui, pendant dix ans, vous a donné à dtner ; nous avons nos épées et le postillon nous servira de témoin. » Ceci se passait dans les gorges du Jura, près de Besançon. Fauche-Bord, forieux, saute de la chaise sur la route, en s'écriant : < Allons, monsieur le marquis, venez me rendre raison ! » Le marquis se moque de lui et cherche à le calmer. « Quand vous me tueriez, mon cher Fauche, cela n'empêcherait pas madame votre bellesœur d'avoir été la plus tendre des femmes, et, d'ailleurs, ma mort priverait ses enfants ^ de ma protection qui, assurément leur est bien acquise. » À ces propos, la colère du Fauche redouble* L'émigré) désespérant de le ramener à la raison^ cherche dans la voiture, lui jette son portemanteau sur la route couverte de neige, ordonne au postillon de prendre le galop et plante là le pauvre Fauche ^ l'épée à la main et sa valise à ses pieds. Le bon imprimeur put faire des réflexions sur l'inégalité des conditions.
reoce, où il était chargé d'affaku, accrédité par le goiiverneiueat fr<iii« $«is. (H. B.) * Les quatre derniers sont de lui. (H. B.)
LETTRES A SES AMIS. m
À MABAmE 9..., A FARIS.
Paris.., 1829.
Femmes ! femmes! vous êtes bien toujours les mêmes ; mais vous seriez moins aimables, peut-être, et certainement moins aimées si vous aviez plus de raison.
Queljour età quelle heure serez -vous rue Saint-Florentin?
Quand madame Clémentine viendra-t-elle vous voir?
Quel jour et à quelle heure irez-vous la voir?
Voilà les détails administratifs de Tamitié. A tout hasard, deinaîn dimanche, vers les huit heures du soir, je tenterai la. for* tune rue Saint-Florentin.
Présentez, je vous prie, tous mes respects à madame Clémentine; je brûle d'être un anctea ami ^e trois ou quatre ans; on ose alors se dispenser quelquefois un peu.de la cérémonie. C'est à cause de ce mçt que je voudrais pass^ ma vie à Rome et non à Paris.
Soyez heureuse. Que ne puis^je contribuera votre boiAenr !
IiE Lé0PARD«
A MADAME J..., A SAINT-DENfS.
Paris (jeudi), 1829.
Hélas i je suis tombé dans une paresse immense et telle, que si je ne vous écris pas dans le premier moment de plaisir que me donne votre lettre, elle ira prendre place avec huit ou dix
es ŒUVRES POSTHUMES DE STENDHAL.
devoirs pressante qui attendent depuis un mois. Je finis un grand ouvrage en trois volumes. Je vous écris sur le papier du livre. J*ai tant de choses é faire, que je n*ai pas même pris du papier à lettre dans la boutique voisine. Ainsi le manuscrit est dans mon secrétaire, sain et sauf et non lu : je le lirai un de ces soirs.
Ah! que je plains M. 6...! mais que je le félicite d'avoir une bonne femme, non affectée pour le soigner ! J'espère qu'il évitera * ce maudit froid : c'est lui qui donne les névralgies. On appelle ainsi à Paris ces douleurs atroces et subite^. Quand on n'est pas trop mal, on se guérit toujours ici ; mais peut-être pas à Saint- Denis, avec de Yhuile camphrée ; j'ai vu ses bons effets.
Vous savez, si vous vous en souvenez, que je n'ai jamais goûté la société des hommes. Je sais que notre liberté s'augmentera d'un centième tous les ans et aura doublé en 19S9. Gela cru, rien d'ennuyeux comme les discussions politiques, et les trois quarts ne sont pas de bonne foi. Tout ce grand raisoDnement est pour vous prouver combien je suis sensible au souvenir de madame de T... Notre chambre voulant aigîr en douceur, la politique est bien plus ennuyeuse qu'il y a un an.
Les députés médiocres, qui, par bêtise, sont modérés, se liguent contre Benjamin Constant et autres gens d'esprit. Les gens d*esprlt n'ayant pas de caractère sont en colère de voir que la pièce marche et marche bien sans qu'ils aient un r5le brûlant.
M. le dauphin dit qu'à l'avenir il ne faut pas payer les charges de cour. La pauvre royauté tombera plus vite à n'être qu'une présidence^ comme à Washington.
On est irrité des coups de canon anglais contre Saldàna; c'est une grande infamie ; les Anglais en ont le privilège. Du temps de la terreur, nous étions en colère, mais de sang- froid... Ttle Sainte-Hélène, les pontons et ces coups de canon!
Si le temps devient honnête, je vous écrirai quatre ou cinq jours à l'avance pour avoir réponse, si vous avez mieux à faire, et j*irai vous demander à dtner. Si vous faites des façons, je vous bouderai un mois. Vous voyez, aimable Jules, que moi je ne fais pas de façons. M. Victor Hugo n'est pas un homme ordinaire, mais il veut être extraordinaire, et les Orientales m'ennuient; el vous? — Arrangez-vous pour voir le Mariage secret
de Scribe. Il mérite les ceot viagt-deux mille francs qu'ila gagnés celte année. Le Mariage secret n'est pas le titre, mais le SHJet de cet admirable petit drame qui tord le cœur. On parlait beaucoup, bier soir, du Registre de M. Delavau, qu'on lui a volé et qu'on imprime. -* Le faubourg Saint-Germain est au désespoir d)e ce que M. Etienne rédige l'adresse. On disait de TAcadémie, mais vous le savez déjà, qu'elle avait le bec dans Veau^ à cause de l'aventure de M. Âuger. — Savez-vous qu'il est ter-» rible de donner des nouvelles qu'on sait déjà? Il faut être le seul correspondant, encore plus que le seul amant. Communiquez cette belle pensée à la femme aimable qui daigne se souvenir de votre ami Gottonet.
CXLVIJI