‹ Une correspondance inédite; (volume 2)Chapitre 52 sur 79 · A MADAME V A Â PARIS · texte numérisé non relu

A MADAME V A Â PARIS

Trieste, lo 1" mare 1851.

Vos beaux yeuK me rendent bien malheureux, en ne m'écrivaut pas. « Toutes les femmes, de mes amies, se reconnaisseul dans ma dernière rapsodie.* » Grand Dieu ! Est-ce que jamais j'ai monté à votre fenêtre par une échelle ? — Je l'ai souvent désiré sans doute, mais enfin, je vous en conjure devant Dieu, estce que jamais j'ai eu celte audace ? — On craint tout, ou croii tout quand on bâille si loin de vous ; dq grâce, dites-moi si vous êtes piquée comme Malhilde ou comme Rénal. J'espère que Saint-Germain-l' Auxerrois ^ vous aura fait une telle peur, que vous serez revenue aux sentiments naturels.

* le roman le Rouge et h Aoir.

* Lo 24 février 1831, à propos d'un service cplôhré dans IVglisf- àc

LETTRKS A SES àMIS. \Ti

Mes espions me dîseni jque vons avez faîe une grande promotion d'amis. Osenl-ils faire des plaisanteries réellement mauvaises, comme celles qui ont déshonoré quelqu'un de la place du Carrousel ?

Je ne crois au mérite qu'autant qu'il est prouvé par le ridicule; \i\ n'y a d'exception que pour vous. Mais, grand Dieu ! que de gens de mérite à Paris depuis un certain temps ! il me semble que tout est possible dans ce beau pays, excepté tromper les gens sur le fond du cœur. Ne tremblez pas, aimable amie, il ne s*agit que des bommes. Depuis 1814 les deux partis ont été également hypocrites ; comment espérer tromper tous ces bommes qni avaient quinze ans en 1814?

On m'écrit de Paris qu'il faut, moi aussi, tromper et ne pas dire que je m*ennuie, et cela sous peine de passer pour un homme léger, jamais content de rien, etc., etc. Hélas! je passerai tout simplement pour un homme pauvre, ^ans doute, si mon père ne s'était pas ruiné, je serais ou à vos pieds ou dans la véritable Italie. Si vous voulez que je prenne en patience la raison continue des bons Allemands, au milieu desquels on m'a fait la faveur de me placer, écrivez-moi tous les mois. Envoyez votre lettre à M. Colomb, et dix jours après je serai heureux. Ne perdez pas de vue que je suis réduit à la lecture de notre amie la Quotidienne et de la Gazette de France, Celle-ci ne m'a semblé amusante qu'aujourd'hui ; il y a un article, payé par mon libraire, qui dit queM. de Stendhal n'est pas un sot. Mais est-ce qu'il y a encore quelqu'un à Paris qui s'occupe de lire?

Avez-YOus vu le Napoléon de l'Odéon? J'avais préJdtï, en 1826, qu'un tei drame serait fait, et qu'avant dix ans il se trouverait une circonstance politique pour le jouer. — Et puis, ou me refuse la qualité de bonne tête ! Ce graiMl malheur me vient du manque de gravité.

Imitez-moi, aimable amie ou charmante ennemie, parlez-moi de vous avec des détails infinis. Si j'avais pu, je vous aurais

Saint^ermain-VÂuierrois, pour ranniversaire de l'assassinat du duc de Benri, en 1820, le peuple entre tumultiieusoment djins l'église et la dévaste de fond en comble. (R. C.)

parlé (le ce qui m'entoure, mais M. A... vous expliquera comme quoi il n'y a pas moyeu.

De quel parti étes-vous, belle ennemie, dans le présent quart (rbeure? Ou dit que vous autres ultras vous faites semblant pour lout de raisonner juste ? Est-il possible? Je profiterais de celte belle disposition, vous liriez dans mon cœur et vous verriez qu'il vous adore. Avez-vous eu une belle peur quand les ennemis de Fautel sont venus tàter celui de Saint-Roch ? — Daignez m'écrire une bien longue lettre. Je demeure cbez M. Colomb, uuincro 5o, rue Godot-de-Rfauroy. Mes respects à madaaie la baronne Gérard, à madame de Hirbel; des respects plus tendres à madame Mély-Janin, à madame Heim. En un mol, faites qu'oB n'oublie pas ma grosse personne»

A MONSIEUR LF. BARON DE M..., A PARIS

Trieste, le i" mars i83l.

(Arcliivea de madavw Azur. — Nous rirons en 4835, en buvant de reau*de-vie, que nous allumerons avec ce papier.)

c Préparez-vous à rire, monsieur le duc de Gastries, un homme qui n'a pas une terre de Montfleury ose avoir un avis. » llemarquez qu'ordinairement les bons gentilshommes qui ont un Montfleury n'ont pas signé officiellement k Frascati, Cologne et Besancon.

Mon frère Dominique in'écrilr une longue lettre; il dit : « Je n'ai pas été surpris de tout révénement de Saint-Germaini'Auxerrois ; je m'y attendais depuis la stupide destitution de M. Pons de l'Hérault; je condamnerais riiomme qui Ta proposée à copier deux fois de sa main la vie de Côme, duc de Toscane, celui qui conquit Sienne. Quoi ! dans le même mois, renvoyer le grand citoyen, destituer M. Pons de THérault, et recevoir Sa Grandeur l'archevêque de Paris! — Holà! » Les gens qu'A...

LËTTHËS A SES AMIS. iâ9

voit chaque jour nont réellement de bon que la protection. Que voire envie s'apprête à rire !

Dominique ne serait nullement embarrassé d'être président du conseil des ministres. Savez -vous pourquoi? — Il serait sincère et il a son plan fait d'avance ; il ne désire que la gloire. Il prendrait pour collègue MM. Odilon Barrot, de Tracy, Dunoyer, préfet de TAllier, Pons, préfet de Paris» et il rendrait le grand citoyen à la garde nationale*. Il présenterait une loi électorale en deux articles; trois jours après, la chambre ne l'adoptant pas, il la dissoudrait. 11 porterait les armées à deux lieues de la frontière.

Voulez-vous savoir d'où vient le malaise des gens raisonnables ? On vous fait payer un dîner, et puis on ne vous le donne pas. Avec votre budget extraordinaire, on vous fait payer la liberté, et puis on ne .vous la donne pas. Rien de plus bête que ce goujon offert à un peuple souverainement méûant, et méfiant à bon titre, car, depuis 1814, libéraux comme ultras, tout le monde a impudemment menti à la tribune.

Les gens au pouvoir haïssent les gens qui impriment. Si vous voulez oublier cette maxime si sage, vous verrez dans le Com^ mentaire de V Esprit des lois, par mon ami M. Destutt, que la richesse se protège assez elle-même, excepté quand il y a tapage dans la rue.

Ma loi électorale, qui m'empêcherait d'avoir la croix, si A... la connaissait, dit : Tout Français payant cent cinquante francs et âgé de vingt-cinq ans élit sept cent cinquante députés,'pris parmi les Français âgés de vingt-cinq ans et payant cent cinquante francs. Les pairs sont nommés à vie par le Ring, parmi les dix mille Français les plus riches ; ils sont trois cents. Plus, chaque département en nomme un pour dix ans. Les négociants de Bordeaux, Lyon, Marseille, nomment, en outre, douze députes spéciaux. Les intellectuels, si odieux à M. Humblot-Gonté, nomment de même douze députés. Les six plus anciens capitaines d'infanterie, les six plus anciens lieutenants, les six plus anciens sous-lieutenants, les trois plus anciens colonels, les trois plus anciens chefs de bataillon, le pins ancien

gënml de âiyîsîon soat de droU memlires de la Chambre des députés. Ceci évile les dissoluiioDs à maio armée, pratiquées par feu Gromwell, par feu Napoléon, tentées au Jeu-de-Paume, etc., etc.

Mes douze maires de Paris librement élus» je serais insolent, et à la première occasion ferais guillotiner, après de bons jugements bien r^uliers, tout homme qui aurait réellement tenté de renverser Tordre. Savez-voûs pourquoi je serais ferme? C^esl que je veux être pendu si j*ai une airiêre-pensée. J'aurais donné dans un journal, en arrivant au ministère, Tétat de ma fortune, j'aurais promis de ne jamais porter de croix.

Tous les Kiûgs of Bngland ont toujours trahi les ministres wbigs. De là la vanterie de M. Guizot qu'un ministère whig ne dure jamais plusd^un an en Angleterre. — Gardez-moi le ehilfiMi actuel, ou mieux donnez-le à madame Azur, qui a beaucoup d'ordre et peu de papiers.

GLXXIII

A M. T^ BARON DE M , à PARIS.

Trieste, le 17 mars 18&1.

Grand merci de votre lettre du 6 mars. Je compte partir pour Civita-Yeccbia dès que mon successeur, M. Levasseur, sera arrivé. Mais par où passer? Du côté de Ferrare je serai pillé et volé au moins. Je vous en conterais de belles ! — Gomme j'aime à courir, j'irai à Milan, et de là je m'embarquerai à Gènes pomr Ostie. — Civita-Veechia est place frontière. — Les mauvais sujets sont à Viterbe et Ponte-Felice (ainsi nommé à cause de Sixte-Quint), sur le Tibre, en avant de Gitta-Gastellana. Remarquez que ces coquins interceptent toutes les routes dont je pourrais me servir : celle d'Ancène et Foligno, celle de Forii, celle de Perugia ; sans cela je m'embarquerais pour Anoône.

J'écris à A et à madame d'A*... pour les supplier de prier

mon chef de ne pas me faire de mal. La cause qui a tout gâté pour moi, dans l'esprit de M. Guizot, diraàB . . * que je suis uo impie, un homme qui prend la liberté au sérieux, etc., etc. R.... sera là

deux ou trois nM)is; mais il peut me nuire.

Actuellement on pourrait sauyer la boutique en exigeant cent francs de Télecteur cLcent francs de Téligible; on fait le contraire; donc, culbute. —N'allez pas dire cela à A... ; la reine Marie-Thérèse voyait dans celui qui lui annonçait la rérolte bi cause de la révolte.

La similitude de mon respectable chef M... . . me semble une niaiserie. — Si Delacroix, Giara, vous^moi, le grand Frédéric, BOUS jouons à cache-cache dans le bois de Boulogne, en juin 1820; si, dix ans plus tard, en juin 1851, nous jouons au même jeu, dans le même lieu, nous emploierons les mêmes ruses pour nous cacher, les mêmes finesses pour découvrir la cachetle des autres. D'où vient cela? — Belle finesse : Nos caractères n'mt pas changé.

L'aristocratie est sans énergie, sans fidélité à sa parole, pleine de faussetés qu'elle appelle finesses, comme on 1791. — Votre frère est comme Louis XVI. Hélas ! excepté nos amis, les ministrès sont faibles ; ils haïssent la vérité, l'énergie.

Gomment voulez-vous que deux cent mille Julien SorelS qui peuplent la France, et qui ont l'exemple de l'avancement du taoïbour duc de Bellune, du sous-officier Augereau, de tous les clercs de procureurs devenus sénateurs et comtes de Tempire, ne renversent pas les niais susnommés? Les doctrinaires n'ont pas la vertu des Girondins, Les Julien Sorel ont lu le livre de M. de Tracy sur Mon^squieu : voilà deux grandes différences. Peut-être la terreur sera-t-elle moins sanguinaire; mais souvenez-vous du 3 septemble^ le peuple, en marchant à l'ennemi, ne voulut pas laisser derrière lui des abbés pour égorger ses femmes. Voilà un coup de terreur qui est à craindre le lendemain du commencement de la guerre. Le jeu d'échecs se ressemble

* Principal personnage du ronian lo Bouge et le Noir.

152 œ;uvri<:s posthumes de stendiiai.

toujours dans ses ëvéuemeDls géoéraux, parce que la reine et la tour out toujours les mêmes {>ropriétés. — Donnez à Guiiotle génie de Mozart, à votre frère la fermeté de Frédéric U, et la similitude de noire ami s'évanouit. Sa pensée se réduit à dire que les aristocrates et le King n'ont rien appris : d'accord.

Je présente une pétition à madame Azur. Je voudrais bieo que H. Schnetz m'envoyât à Rome une recommandation pour son hôtesse, via Gregoriana. Une recommandation fait tout en ce pays-là et ôte la méflance qui, comme vous le savez mieni que moi, paralyse le Romain à la vue d'un étranger. — Mon excellent ami, si obligeant, M. Manni, est mort, perte immense dans la présente circonstance.

Que devient M. de Lamartine? De quel parti est-il? Quel nouveau poème a*t'il composé ? -*- Présentez-lui mes comptimeots empressés.

DUPËLLËB.

Cf.XXlV

A ^1. LE BAfiON DE !ll , A PARIS.

Civila-Veccliia, le il avril 1831.

Je vous écris uniquement pour vous donner signe de vie, et d'une mauvaise vie. Le 26 mars, en sortant du plus bel appartement du monde, palazzo Golonna^ où j'avais dîné avec Horace Ve^ nel , sa femme, son père et sa fille (tout cela m'avait enflammé, sans doute), j'ai trouvé dans la rue, qui ? — La Tramontana, laquelle m'a donné un rhume abominable qui dure encore aujourd'hui. Eu même temps, la Tramoutana me vola ma bourse avec douze napoléons ; quel bonheur que cela ne me soit pas arrivé à mes autres voyages ! — Tout cela n'était rien ; j'ai voulu prendre de l'eau de sureau chaude, pour transpirer; j'oubliais que l'eau chaude, le soir, me donne celle Amieuse névralgie dans le veo- Ire, qui me fait jurer. Elle est venue, la coquine, cependant pas

jusqu'^au jaremenl, mais bien forle pourtanl pendant quatre jours.

Si forte, que je n'étais séparé que par tine petite porte mal fermée, de la plus jolie femme de ce pays. Je Tai entendue crier toutes les nuits; c'était pour une espèce de névralgie, mais agréable. Elle jette de petits cris, par intervalles, pendant trois quarts d'beure ; elle n'est mariée que depuis deux mois. — Une ebose a coupé court à mon imagination : La chaise p.... est à c6té du lit. Le premier jour j'ai entendu sou mari faire une

p abominable sur cette chaise, lis sont fort pauvres; il y

a sept orphelins; tout cela rit si fort, que j'en suis étourdi, mais cependant heureux.

Malgré les quatorze pour cent de retenue S je me ruine. De^ main, la fête du pays me coûtera vingt-cinq francs d'illumina^tion. Un homme comme moi, ou plutôt comme mon habit, doit mettre des torches et non des lampions. Un homme comme moi ne peut loger que sur la grande place, dans un appartement provisoire, à six francs cinquante centimes par jour. En Toscane, on peut encore économiser, mais parmi ces barbares africains-ci, on n'estime que la dépense, et la dépense act/uelle. Vous seriez Montmorency, avec le grand cordon, qu'on vous abandonne pour le premier Rothschild qui fera de la d^nse ; ils sont accoutumés à voir tant de grandeurs déchues I

Demandez à Colomb l'adresse de mes correspondants à Marseille; figurez-vous, pour tout, que je l'habite; j'en suis à trois pas.

* La pénurie du Trésor avait obligé le gouvérnenieul à exercer une retenue (eonporairc sur Je traitentenl de tous ses agents. (R. G.)

134 iKUVREt? POSTHUMES DE STENDHAL.

A M. IJ5 BAKON DE M , A l'ARiS.

GiviU-Yecchia, le 18 avril 1831.

Cher amiy je suis à Givita-Vecchia depuis hier 17. Aujourd'hui j*ai pris la gestion du consulat. Demain je vais à Rome, voir où eu est Vexeq%aiur de Dominique. Ceci est un vHIage de sept uiille quatre cents liabitants, ressemblant réeHement beaucoup à Saint-Gloud.

Je fais attendre le bateau à vapeur le Su %, ponr tous écrire. J'ai passé cinq jours à Florence, sans avoir le temps de monter à la galerie ou au palais Pitti. J'ai voulu faire le métier en couscience, et sans en comprmnettre les nombreuses convenances. Le résultat a été quatre dépècbes adressées à S. E. Si vous voyez M. Mi...., tâcbcE délire Phistorique de tout ce qui vient de se passer en Toscane.

Facevano a chi avevano più paura» Voilà ce que m'a dit un homme du peuple, plein de bon sens.

Je ^udrais fahre. le métier en conscienee ; malheureusement, il me semble qu'il faut le faire autrement. — Nos agrats s'isolefit et ne voient rien.

Comment ne dites-vous pas à M. de 6..., disais-je à un de vos

amis, M. G , ce que vous me dites-là? -— Cela lui déplairait,

et nous serions moins bien ensemble. — Ces messieurs ne voient que l'excellentissime compagnie. Moi, j*ai appris miUe choses en voiturin. Je viens de voyager avec un homme sage, prudent, qui s'éloigne avec ses (ils. Les deux premiers jours ont été à la méfiance ; ensuite sont venues les meilleures anecdotes.

A M. LE BABON DB H , A PAKIS.

Civita-Vecchia, le 21 avril 1831 .

Soleil tous les jours; j'en suis déjà à désirer la pluie comme chose agréable. On n*a pas le mauvais temps ici ; des nuages amenés par le siroco et accompagnés sur terre de rafales de vcBl. Ea un mot, climat à souhait, bien supérieur à celui de Triesle ; mais M. Guglielmi, qui a cinq millions, se couche, ainsi que sa famille, à une heure de nuil^.

Après rentrée heureuse de ces habitants du Nord, qui ont apaise la révolution, deux des fonctionnaires de ce pays se sont mis à dénoncer tout ce qui a figure humaine, et par conséquenl les aulres fonctionnaires, des gens qui ont des appointemenis superbes pour eux, quarante écus (deux cent vingt francs) par mois. Ces dénonciations ont été reçues comme sauvant FEtal par les trois grands hommes du pays : MM. Bernetli *, Guerrieri et Gregorio. — Mais ce pays a un immense avantage sur tous les autres despotismes ; la première place s*y tire au sort^ de temps en temps, et les gens qui ont les grandes places ont tous passe par les petites. Voilà donc mes dénoncés qui trottinent vers Naples; chacun fait agir le petit neveu d'un cardinal ; ils se justifient et reviennent dans leur trou avec la peur mortelle d*ètre jetés en prison pour quinze ou vingt ans, si jamais le grand homme a un instant de courage. Dans le moment actuel, il est a1>so1ument comme un blaireau ; c'est une venette si forte, que je ne puis en trouver la cause que dans une lâ~

• C'est-à-difC après le coucher du soleil.

* Le cardinal Bernetli, mort à Fermo, le 21 mars 1852 ; il y élail ne le 20 décembre 1779. Le pape Léon XH, après l'avoir fait cardinal le 8 oclohre 182C, le nomma segretario di Stalo. Au moment de sa mort, le cardinal Bcrnctti était vice-chancelier de la sainte Église romaine'.

lôr. ŒIÎVHES 1»0STIII:MB^ de STENDHAL.

clielé iinmcuse et la coDScience d'avoir fait du mal à lout le monde.

C'ëtail le 15 la fêle du pays; là a paru Tltalie ; on aurait dit une ville de soixante mille âmes. Lyon n'a jamais eu un feu d'artifice comme celui du second jour, ni une illumination comme celle d'hier. ^ L'illumination, la joule sur l'eau, les' coups de canon toutes les cinq minutes, formaient un ensemble très-joli. - La terrasse où nous étions était élevée de cinquante pieds ei dominait les barques, chacune garnie de deux falots. La tour élevée par Trajan, refaite par Urbain VIII, je crois, était surtout admirable. Le Berniu avait Karl de rendre les fortifications jolies au moyen de beaucoup de cordons de pierre de taille; les lampions marquaient tous ces cordons-là. 11 y avait les trente on quarante plus jolies femmes, mises comme à Paris, avec celle exception que leurs toilettes étaient de toutes les couleurs.

Les tedesehi répandent tous les quinze jours, régulièrement, la nouvelle d'une bagarre complète sur le quai de la Mégisserie. liCs libéraux, qui nous abhorrent, n'oubliez jamais cela, en sont ravis. -* Ce chien de G... a tant d'occupations, qu*il n'a pas encore pu trouver le temps de m'abonner à deux ou trois journaux un peu propres. Je le maudis tous les matins. 0 mes amis, il n'est plus d'amis !

Combien le plus vil bouquin que vous rejetez sur les quais, pour quinze sous, me serait précieux dans ce coin de l'Afrique !

A propos, un de mes prédécesseurs arriva à Rome avee un million de votre temps ; il a réduit cela à trente on quarante mille francs de capital ; il s'appelle le comte de Tufières; il a une figure superbe, absolument comme G..., encore mieux s'il est possible, plus grand et l'âge du comte S.... Je 0(^ trouve personne d'assez emphatiquement bête, dans notre société, pour vous donner une idée de son esprit : un bourgeoi:» de Lyon» enrichi et fait baron; portant toujours aux nues loui ce qui lui appartient ; sa hauteur lui avait concilié une haine générale et sans exception.

Réparation à G. . ; j'ai reçu, ou plutôt j'ai vu les neuf premiers numéros du Nationat,

Adieu, je suis fatigué.

LETTHEt? A SES AMIS. 137

A MONSIEUR LE BAIION DE M , Â PARIS

Ronie/le26avr>J 1851

Domîuiqiie a Vexequalur. Que ne puis-je vous tout dire? Les Français sont exécrés, les Autrichiens haïs. Le discours du général Lamarque ne dit pas la vérité tout entière; les niaiseries sont incroyables. Je ne puis être explicite et encore moins plaisant, m*enveloppant dans les nuages deTabstrait. Le malheur de nos agents est de vivre isolésAh ne voient que des gens de trèsbonne compagnie, par conséquent étiolés.

J*ai à Givita-Vecchia trois fois par mois le bateau à vapeur; vous recevrez quelques lettres de Marseille. Tout fait événe» ment ici ; ce qu'a obtenu Dominique a occupé pendant quatre jours la ville des Césars ; on y lit tous les journaux ; la correspondance va le mieux du monde. Un courrier extraordinaire vous porte ma trop insignifiante épttre; ce n'est pas faute de matière. — Un seul homme habet lumina, le cardinal Micara ^ Uu autre est excellent, un cœur vraiment rare; mais pas Tintelligence d'un sous-préfet, Bernetti. — Le reste est incroyable.

Mettez sur Tadresse de vos lettres : par Huningue. Avec ces deux roots, les lettres arrivent trois jours plus tôt. — Je prie C!olomb de m'envoyer mes livres et mes manuscrits ; il vous remettra le surplus du prix de mon fauteuil.

Pas Tombre de société à Givita-Vecchia; nous y sommes adorés du bas peuple, car feu Napoléon y dépensait quinze mille francs par semaine.

Baron Dormant.

' Géuéral de l'ordre des capucias.

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