‹ Une correspondance inédite; (volume 2)Chapitre 67 sur 79 · A MONSIEUR A... C. , A ROME · texte numérisé non relu

A MONSIEUR A... C. , A ROME

Paris, le IJ. juillet 1837.

Cher ami, j*ai été absent pendant six semaines; à mon retour j'ouvre voire lettre ; vous devez me croire mort ou bien oublieux; ni Fun ni l'autre.

Je me souviens fort bien que je voulus vous écrire le jour de l'ouverture de l'exposition ; mais je fus tellement navré par la triste vue d'une médiocrité aussi générale, que je n'en eus pas la force; je n'aurais voulu accepter, si on me les avait donnés en cadeau, que quelques paysages; par exemple, la Vue de Dinan, par M. Dagnau. Le Charles /" et \eStrafford de M. Delarochene sont que des tableaux de genre vus au microscope ; ils ont eu beaucoup de succès dans le grand monde ; c'est qu'il s'est reconnu dans les personnages de M. Delaroche ; ils sont vêtus avec la plus grande recherche, et leurs figures n'annoncent aucune énergie. L'énergie, dans tous les genres, est la bêle noire de la bonne compagnie ; elle a été enchantée du salon, parce qu'elle n'y trouvait aucun de ces essais hardis qui annoncent de Ténergie. On veut, toutefois, une certaine élégance et de l'esprit. On a trouvé fort plat le grand tableau de M. Signol, qui, dit-on, cherche à se concilier les suffrages des dévots.

On a trouvé le Saint Clair de M. Flandrin une chute immense; après les envieux du Dante, c'était mon jugement de Rome. On n'a pas daigné regarder l'immense tableau de M. Tassy; on s'est surtout moqué de son portique de restaurateur nouvellement ba-

digeonné. Court a fait de bons portraits. M. Duboffe peint les duchesses comme si elles étaient des fiHes ; peut-être ne se trompe-t-il pas. H a martyrisé la Ggure du général Athalin, fort ressemblant d'ailleurs ; jamais on n'a appliqué la couleur sur une toile avec plus de négligence : un aveugle, en passant la main, croirait qu'on a voulu peindre des montagnes.

Trois ou quatre Allemands ont paru au Salon ; Tun d'eux, qui s'appelle à peu près Winterhalter, a peint le Décam^ron ; huit jolies femmes et deux hommes assis sur le gazon, dans une villa près de San Miniato. Gela ressemble à un éventail ; le paysage est fort ressemblant. M. Paturle a acheté cela huit mille francs. On a estimé les trois autres Allemands ; mais leur couleur est trop laide, tout est gris; il en est de même du Christ de M. Scheffer ; cela a l'air d'une esquisse fort terne et fort grise de quelque élève de Paul Véronèse. M. le duc d'Orléans a acheté ce tableau pour la chapelle luthérienne de madame la duchesse d'Orléans, aux Tuileries.

Dans ce moment, on est fou de l'école espagnole ; on méprise assez les écoles d'Italie, et l'on paye fort cher les tableaux flamands. M. Taylor a déployé en Espagne beaucoup d'adresse et de résolution : à Barcelone, le chef de l'émeute, qui était dans la rue, est venu lui offrir d'acheter pour dix mille francs les ta« bleaux d'une église qu'on allait brûler dans deux heures. Ce chef lui a donné cinquante hommes de l'émeute pour décrocher les tableaux au plus vite. Quand les happes qui tenaient le cadre étaient trop difficiles à briser, ou coupait la toile tout près du cadre, et l'on jetait la toile en bas dans l'église. L'homme de rémeute avait tant d'estime pour M. Taylor, que, comme celui-ci voulait le payer, il lui a dit : «c Vous voyez bien que je n'ai pas le temps de recevoir votre argent ; je reviendrai demain. »

J'ai oublié de vous dire que M. Taylor a rapporté au Louvre cent vingt tal)leaux espagnols, dont vingt sont des chefs-d'œuvre; ils sont de Murillo, Velasquez et Gano ; on y trouve une vérité austère. Ges Espagnols sont admirables pour peindre un moine qui a peur de l'enfer ; les plis mêmes de sa robe vous donnent cette idée; du reste, jamais de beau idéal. Ces tableaux ont coûté un million an roi, qui, dit-on, a voulu donner une

LETTUES A SES AMIS. 251

gratification de soixante mille francs à M. Taylor, qui a refusé.

Quand M. Taylor avait acheté des tableaux en Espagne, il les faisait emballer dans de la laine, et disait à tous les corps de garde qu'il rencontrait que ses ballots contenaient de la laine ; il payait successivement tribut aux cbristinos et aux carlistes. Arrivé à la frontière, il était obligé de faire sortir ces ballots de laine en contrebande.

M. Taylor raconte que Ton trouve souvent en Espagne des couvents qui contenaient deux cents moines il y a trois ans, mais qui maintenant n*en ont plus que cinquante, encore ces cinquante meurent de faim ; ou oublie de leur payer leurs pensions, et ils vendent, sans aucun scrupule, les tableaux de leur église.

M. Aguado, qui maintenant est marquis de las Marismas, a formé une galerie de tableaux dont son portier remet la liste aux personnes qui ont des billets de M. Aguado. Gotie liste annonce : six Gorrége, bui^Raphaël, etc., c*est-à-dire qu'il n'y a ni Gorrége, ni Rapbaêl, mais huit ou dix tableaux espagnols fort remarquables.

A MADAME J.... G...., A SAINT-DEMS.

Paris, le 20 décembre 1837.

Il ne faut pas montrer du bonbon à un enfant, et puis lui dire : Tu n*cn auras pas. Quand je suis auprès de cette dame dont vous me parlez, ma chère Jules, je pense au bonbon, et je ne trouve rien à dire sur autre chose.

Quoique j'écrive indignement, je me permettrai de me plaindre de votre écriture. Je n'ai pu comprendre ce dont madiune de T.... a de l'inquiétude.

S9t ŒUVRES POSTHUMES DE STENDHAL.

J*ai UQ ami à Pise, je lui écrirai dès que je pourrai me rappe- 1er son nom.

C'est un grand et beau niais, parfaitement honnête et trèsnoble, qui yit magnifiquement d*un emploi superbe de quinze cents francs.

Avertissez-moi quand vous viendrez rue Dupbot; j'y ai passé cinq ou six fois; toujours : c Ces dames sont en campagne, d

Lisez dans le Journal du Commerce des 16. 17, 18 et i 9 de ce mois, une relation allemande de Gonstantine, traduite par M. 0... Gela est sublime, digne de lord Byron. Mille amitiés.

Gdappdt.

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