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ANONSIEOR R.. .C...., A PARIS.
Paris, le 10 jonvier 1838.
Voici de curieux renseignements que j*ai recueillis hier soir, dans une réunion de gens d*esprit et bien informés de tout ce qui concerne TAngleterre ; fais-en ton profit et celui des tiens.
Les Anglais ne vivent que d'idées de rang. Leur grande affaire, celle à laquelle ils songent dix fois par jour, c'est de tâcher de pénétrer, de se faufiler dans le rang immédiatement supérieur à celui dans lequel ils vivent. C'est uniquement dans ce but qu'ils aiment l'argent.
Devinerait-on ce que viennent de faire sept frères, fils d'un riche négociant qui a six millions? Chez nous, chacun songerait k ses plaisirs et calculerait, ceux qui songent à l'argent du moins, qu'un jour il aurait une fortune de près de neuf cent mille francs. Que les préoccapations des frères anglais sont différentes I Les six cadets veulent être les younger brothers^ d'une
* I.C8 frères cadets.
grande &mille et supplient leur père de fonder un majorai de cinq millions en faveur du frère aine.
Le père n est point étonné ; mais, en homme raisonnable, il les engage à aller, chacun de son côté, dans de peliles villes, à trente ou quarante lieues de celle qu'il habite, et, de là, de lui écrire chacun une lettre, après une semaine de réflexion. Les lettres, contenant la prière en faveur du majorai, arrLvèrect le même jour, et le lendemain le père commença les dénaarches nécessaires pour le fonder. Ce père est mort, et le fils aîné jouit d'une fortune de six millions ; chacun des cadets a sept mille francs de rente.
Le cœur humain éprouve un vif sentiment d'attendrissement quand il voit le pouvoir qui, d'un mot, pourrait le rendre parfaitement heureux, réuni à toutes les apparences de la grâce et de la faiblesse.
De là les folies des Anglais à la vue de leur reine Victoria, sentiment absolument incompréhensible pour l'immense majorité des Français. Jugeaut d'après ce qui se passe chez nous, ils croient que l'Anglais enthousiaste de la jeune reine est bas et servile, et demande une place.
Pas du tout; cet Anglais est immensément riche el serait bien attrapé si on lui donnait une place de trente mille francs à la poste ou dans les douanes.
Mais, quoique n'ayant aucun espoir, l'Anglais sent que cette jeune fille pourrait changer son rang.
Depuis trente ans, il ne s'agit plus tant du titre de sir pour un homme qui donne à sa femme celui de milady. Le rang est devenu une chose plus compliquée, plus difficile à atteindre.
Tel lord qui est marquis sera malheureux toute sa vie, parce réellement il n'a pas dans la haute société le rang d'un autre pair qui n'est que baron. Ceci serait long à expliquer et pourrait rester inintelligible.