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AHOIISUSUBG.... C..., APAUS^
Paris, le 20 janvier 1838.
Je VOUS répéterai, monsieur, ce que lord Byron m'écrivait ; jevous donnerai mon avis, Though unasked. Madame Emilie a eu la bouté de me lire quelques pages de votre Don Juan, qui m'a semblé fort bien.
Jevous prie de me permettre de parler avec toute franchise, car je voudrais vous voir un succès égal à votre mérite réel.
Un homme qui s'appelle don Juan ne doit pas avoir des aventures communes. Le don Juan véritable, c'est le maréchal de Bais, c'est Genci de Rome. Il ne trouve du plaisir aux choses qui font plaisir qu'autant qu'il brave l'opinion.
Votre entreprise, monsieur, peut d'autani moins réussir que le don Juan de lord Byron n'est qu'un Faublas, auquel les alouettes tombent toutes rôties.
Vous trouverez dans les Mélanges tirés cVune grande bibliothèque une analyse du procès de Gilles, maréchal de Bais *.
Ne donnez à votre don Juan que des aventures à la hauteur du caractère de Gilles de Rais. ^
La grande réputation de lord Byron et la beauté scintillante de ses vers ont déguisé la faiblesse de son Don Juan. Goethe a donné le diable pour ami au docteur Faust, et avec un si puissant auxiliaire, Faust fait ce que nous avons tous fait à vingt ans, il séduit une modiste.
Tâchez, monsieur, de trouver des actions qui portent en elles
* M. G. G... avait communiqué à Beyie le premier chant d'une suite au Don Juan de lord Byron, en lui demandant ses observations et ses critiques. Ce chant a paru dans le journal YHluatrationy mai i843. (R. G.)
* Gilles de Laval, maréchal de Rais ou Retz.
LETTRES À SES ÂHIS. 255
mêmes un profond senlîroenl de bravade pour ce que le commun des hommes respecle.
Je disais à madame Emilie : don Juan vient en France. IM se trouvait dans certaine chambre du palais au moment où, le 5 octobre 1789, le peuple fit irruption dans le château de Versailles. Don Juan y courut le plus grand danger ; il avait un petit pistolet de poche ; un patriote le découvrit dans le réduit où il se tenait caché ; don Juan lui met le canon de son pistolet dans Toreille et le tue. Il le dépouille, se revêt de ses habits, ressort du cabinet et poussant les cris de la canaille, peu à peu il gagne lu porte du palais et se sauve.
Un portier est assassiné, on lui vole quatre mille cinq cents francs qu'il avait touchés pour les loyers de la grande maison possédée rue Saint-Honoré par le duc de R.... Don Juan est pris pour ce voleur ignoble ; il est condamné et consolé dans son cachot par un prêtre hypocrite et par une grande dame catin ; il se fait guillotiner avec beaucoup de courage et de simplicité; il est dégoûté de braver les hommes à force de les mépriser.
Pour monter votre voix au ton convenable, vous pourriez, monsieur, relire Tarticle Gilles de Rais, de la biographie de cet hypocrite de M» Michaud, Geaci et le procès dudit maréchal de Rais.
Servez-vous du français employé dans les traductions de MM. de Port-Royal, publiées vers 1660. Selon eux on ne doit pas avoir une passion au cœur ; ils disent dans le cœur. C'est le Charivari qui dit au cœur. Le Ckarivaii est admirable lorsqu'il fait rire, et non par son style prétentieux. •
Tous ces raisonnements écrits à la hâte, en sortant de chet madame Emilie, vous montreront, monsieur^ combien je dési^ rerats pour vous un beau succès» Soyez sûr que le don Juan de lord Byron n'est qu'un Faublas ; donnez des actions singulières au vôtre.
Agréez, monsieur^ Thommage de mes sentiments les plus distingués.
Dui\ÀND-ftoBET.
* Le don Juiin aUquel Rbylc fait allusion est le duc de Uuzun^ oondahitl
CCXXXVlfl
▲ MONSIEUB G.... C..,, A TARIS.
Paris, le 19 février 1838.
Mille excuses da retard, monsieur ; il faut être moaié pour lire ces choses-là-
Il y a inGniment d'esprit dans celte imitation; vous trouverez en marge le détail des observations.
Je vous dirai franchement, monsieur, que pour faire un livre qui ait la chance de trouver quatre mille lecteurs, il £aut :
1° Etudier deux ans le français dans les livres composés avant 1700. Je n^exceptc que le marquis de Saint-Simon.
2° Étudier la vérité des idées dans Bentham ou dans VEsprit d'Helvétius, et dans cent un volumes de Mémoires, Gourvilie, madame de Motteville, d*Âubigné, etc.
Dans un roman, dès la deuxième page, il faut dire du nouveau, "ou, du moins, de ïindividuel, sur le site où se passe Taction.
Dès la sixième page, ou, tout au -plus la huitième, il faut des aventures.
Les enrichis donnent de l'énergie à la bonne compagnie, comme au onzième siècle les barbares à ce qui restait de Rome. Nous sommes bien loin de la fadeur du règne de Louis XVL Alors la façon de conter pouvait remporter sur le fond ; aujour^ d'hui c'est le contraire.
Lisez le procès de Gilles de Laval, maréchal de Retz, à la Bibliothèque royale ; inventez des aventures de cette énergie. Mille compliments, monsieur.
CAUHAbTlR.
à mort par le tribunal révolutionnaire, le 1" janvier 1794; il portait alors le nom de duc de Biron. Ses mémoires, en 1 volume in-8*, ont para en 18i2. (R. C.)
GGXXXIX
A MONSIEUR D... F..., A PARIS
Bordeaux, le 24 mars 1838.
Votre lettre m'a fait le plus grand plaisir et a donné la paix à
la folle delà maison» I^'image du vicomte D , bâtonnë par
le G , est plaisante.
Depuis huit jours. Je suis persécuté par la pluie. Par bonheur» j'ai trouvé ici un ami, non pas un ami grave qui ne rend pas de services, mais on ami gai, qui me fait dîner avec les jolies femmes du pays. Je ne savais pas ce que c'est que le vin de Bordeaux avant ce voyage. On le mêle à un tiers de vin de PErittitage, avant de renvoyer en Angleterre ou ailleurs. Le véritable bordeaux a un bouquet étonnant , et est moins coné que ce que nous connaissons de ce nom.
Ob me dit ici : « Que feriez-vous avec cette pluie à Bayonne? » Il y a toQS^les soirs un spectacle agréable, à l'un des deux théâtres. — Excellente auberge chez Baron, sans bruit. Gomme j'arrivsâs à quatre heures du matin, le faquin frappa assez fort. < Ile frappez donc pas ainsi, dit le portier; cela s'entend au quatrième étage tout comme ici. » Gela me donna une excellente idée dé la maison Baron. Il y sent le graillon, parce que la caîsinière a une porte sur Tescalier.
Anfoulème est située sur une montagne ; vue superbe de la promenade. Là, les femmes commencent à avoir des yeux divins, des nez dessinés avec hardiesse, sans être trop grands, et des fronts admirables, lisses, sereins, en un mot, la race ibère est évidente.
Je m*amuse à faire, c'est-à-dire à écrire le voyage du Midi. Si vos lettres continuent à mç tranquilliser, je verrai Toulouse, Montpellier, Avignon et Grenoble.
Les gens de Bordeaux ne sont nullement hypocrites, ils ne II. 15
songent qu'à la vie physique. M. Ravez s*esi remis à faire Tavo-
cat et gagoe beaucoup d'argent. Le P a retrouvé ici le
mépris dont il jouissait avant ses grandeurs; il vit dans un château humide sur la rivière, à deux heures dlci. — Beaucoup d%pagnols riches, qui ornent les églises. Do reste, rien pour les arts à Bordeaux. — Très-jolies filles; il y en a à deux cents francs, par bonté.
Adieu, cher ami, soyez convaincu de mon extrême reconnaissance ; je pense bien souvent à vous et aux deux Espagnoles de douze an^.
A MONSIEUR D«.. F..., A PARIS
Strasbourg, le 2 jaiUel 1838.
&ï j^avais trouvé ici le moindre mot de vous, je serais parti pour Paris ; car mon ardeur voyageuse est bien affaiblie. La goutte est venue à Berne, elle a sévi à BâlCi où j'ai été emprisonné par elle. J'ai voulu voir ce qui reste de la fameuse danse des inortSt h CAihédr^Xe, les admirables ilolbein; j*ai fait des efforts inouïs» suivis d'une journée abominable, dans la diligence de Bàle ici. — La chaleur est venue aujourd'hui après huit jours d'hiver; je sors» mais c'est tout à fait impossible de monter à la célèbre tour ( la plus élevée du monde ; elle a quatre cent trente-sept pieds et demi, et Saint-Pierre de Rome seulement quatre cent vingl-huil).
Ma figure dans la rue, marchant à l'aide d'une canne et jutant quand le pied gauche heurte à quelque pavé pointu^ doit faire rire les Strasbourgeois ; mais je ne suis connu depersonne^ Donc, je rentrerais à Paris avec le plus grand plaisir; cependant, je suis si près de la sublime église de Cologne ! Deux jours, et encore par bateau à vapeur | c'est humide^ mais au moins ça
LëTÎRËS â ses AiJIS. 259
ne fatigue pas I Les commis, aidés de mon naturel imprudent, uniront par me reléguer à Civita-Vecchia ou, ce qui est pis, par me reléguer dans la pauvreté. Jamais je ne verrai Cologne. Moi, j*aime le beau; c'est mon faible, auquel je sacriûe, comme vous voyez, prudence et santé. Dieu sait ce que fera Thumidité du Rhin!
Demain, 5 juillet, à Bade; le 5 juillet je reviens à Kehl, prendre le bateau à vapeur ; le 6 on couche à Mayence à terre, le 7 à Cologne; le 9 je serai à Bruxelles, en faisant vingt-sept lieues par le chemin de fer de Liège audit Bruxelles. .Un jour pour les tableaux de Rubens, et le 11 ou le 12 je pars pour Paris.
Le brave Colomb m'écrit qu'à cause de moi vous n'osez plus aller voir cet homme aimable ; il prend cette excuse de votre paresse au sérieux, comme s'il était question, s'il pouvait être question de mentir avec un homme qu'on aime, sous prétexte qu'il est ministre.
 M. Dijon, on dit : « 11 est à Cologne et sera à Paris dans huit jours. i>
Le degré de comédie que vous croyez, avec raison ^ nécessaire pour les visites, fait qu'elles vous deviennent des corvées, et vous prenez poar prétexte l'incertitude sur ce qu'il faut dire de moi : à M. Dijon la vérité; aux vieux marquis et aulres impuissants malveillants : « 11 est allé à Grenoble pour affaires d'intérêt, il n'y avait pas paru depuis dix ans. » Que fait, au fond, à cet homme aimable> qui n'emploie pas cette belle plume que j'ai reçue du ciel, comme vous voyez, que je mange mes treize francs |[)ar jour rue Caumartin ou à Cologne? La malveillance des Commis ne peut être augmentée ; donc> etc.
J'ai vu l^admirable Prévost à Genève | il a voulu venir me faire cliet moi une longue visite d'amitié et m'a conseillé Vicbyetles sangsues de temps en temps; De cinquante-cinq à soixanfe^cinq ans les hommes gros sont tourmenfés par le sang; puis vient la tt'anqUillitéi et la vie diminue d'un vingtième tous les ans. Cette visite de ce vrai philosophe m'a fait plaisir au coeur.
Que li^ouvet-vous d'imprudent dans le Touriste ^? Plaire aux
* Sies mémoires d^un lourUle,
niais en leur prouvaDt pendant sept cents pages qu'ils sont des niais est ii