‹ Une correspondance inédite; (volume 2)Chapitre 8 sur 79 · LOI · texte numérisé non relu

LOI

Article 1". Les cours royales informeront du duel, coi des autres délits.

Art. 2. Le duel sera jugé par le jury*.

Art. 5. Le duel sera puni par la prison. La détention accompagnée du secret absolu ', sans papier» sans écritoirt nuit, le détenu n'aura pas de lumière. Pendant le jouri il tenu dans une profonde obscurité. Chaque jour il aura une ï

* La lettre suivante parait avoir été adressée à M. Dupiil ain^. horreur de Beylc pour le duel est cbose d'autant plus remarquable, en avait eu deux ou trois et qu'il était plein de bravoure^ (R. G.)

* Indispensable pour reffet moral. Il s*agit de corriger les jures mêmes, considération étringèrc aux autres crimes. (H. B.)

' Nécessaire, puisqu'on veut punir par Vennui. Voir la Panoptiq IHM. Jérémie Benlbam et Dumont. (H. B.)

LETTRES Â SES AMtS» 39

de promenade le matin el une heure le soir. 11 sera privé de toute coDversaiioD. Il sera également privé de toute liqueur fermentée, et tenu au régime végétal. 11 ne pourra avoir d'autre livre que Tite-Live*.

Art. 4. Le premier duel sera puni de huit jours de prison ; s'il y' a mort, de trois mois.

Le deuxième, de trois mois de prison ; s'il y a mort, de dix mois.

Le troisième, de un an de prison; s'il y a mort, de deux ans.

Le quatrième, de quatre ans de prison; s'il y a mort^ de huit ans.

Le cinquième, de huit ans de prison; s'il y a mort, de seize ans. Et ainsi de suite. Le douzième duel sera puni de mort.

Art. 5. Les membres des deux chambres qui auront des duels entre eux seront également jugés par le jury. Si le duel n'a pas èttde motifs politiques, ils subiront les peines portées par l'article 4. Si le duel a eu des motifs politiques, Tagresseur sera condamné à une amende de quinze mille francs au moins, et de soixante mille au plus.

Art. 6. Tout homme qui, à la suite de différends politiques, aura un duel avec un maire ou un membre d'une des deux chambres, sera puni ainsi qu'il est statué en l'art. 4, et de pins sera condamné à une amende de dix mille francs au moins, cl de quarante mille au plus *.

Art. 7. Tout homme qui sera convaincu de s'être battu à prix d'argent ou par des motifs vénaux, pour une querelle à lui étrangère) sera condamné à une détention qui ne pourra être moindre de six ans, ni excéder vingt ans^ S'il a tué son adversaire, il sera condamné à dix ans de fers et à la flétrissure. Si la querelle a eu des motifs politiques, il sera condamne à quinze ans de fers et à la flétrissure. Si, à la suite d'une querelle politique, il a tué son adversaire, il sera condamné à mort.

* Pour montrer aux jeûnes têtes qu'on peut être brave sans duel, LVnnuide la première détention préviendra le second duel, (H. B.)

* H faut prévenir un moyen trop facile de se défaire d'un député qui gênerait par ses talents ou son caractère. Exemple, Mirabeau. (H. 6.)

Art. 8. Tout homme qui sera convaincu d'avoir soudoyé qi qu'un, pour se battre à sa place, sera condamné à deux ans fers et à la flétrissure. Les travaux forcés seront de vingt an le duel a lieu contre un membre d'une des deux chambres.

Art. 9. Si un duel est suivi de mort, chacun des témoins s puui d'un mois de détention. Si le témoin a des duels à se procher, le temps de la détention sera augmenté de dix je au moins, et de six mois au plus, pour chaque duel.

Art. 10. Si un maître d'armes, duquel il sera prouvé qu' donné des leçons d'escrime ou de pistolet, pour de Targent bat avec un citoyen qui ne sera pas dans le même cas, et le 1 la déientiou du maître d'armes sera doublée. Au second di suivi de la mort de son adversaire, il sera condamné à mon

Art. il. S'il est constant que les duellistes ont chimgéde parlement pour se battre, ou à Paris se sont battus hors Feuceinte du bois de Boulogne, outre les peines ordinal: chacun d'eux payera une amende de deux mille francs au mo et de quarante mille au plus.

Art. 12. En temps de paix, la présente loi est applicable ; militaires. Seulement, le premier duel entre militaires ne s suivi d'aucune peine. Le second duel sera puui de huit jour prison; s'il y a mort, de trois mois; et ainsi de suite, comm est statué en l'art. A. Tout ofBcier convaincu d'avoir eu duels ne pourra être promu au grade supérieur à celui q occupe qu'après avoir passé dix ans dans son grade actuel ne pourra obtenir les ordres militaires qu'à la suite de bl sures. Tout général qui aura un duel, outre les peines oi naires, payera une amende qui ne pourra être moindre de mille francs, ni excéder cent mille francs. L'amende sera dot si le duel a lieu avec un maire ou avec un membre des d chambres.

XXIT

Milan, le 10 janvier 1817.

MoDsieur»

Je crois utile de rapt^eler et même de citer les bêtises qu'on imprimait à Paris, en 1779. sur la musicfue (Œuvres de Vabbé Arnaud, l. II, p. 386); cela nous fera réfléchir à la grossièreté des gens qui proclament M. Girodet l'égal de Raphaël. Il est vrai que cela n'a rien d'étonnant dans le pays où Ton écrivait :

< Ah! monsieur, au nom d'Apollon et de toutes les Muses, laissez, laissez à la musique ultramontaine les pompons, les colifichets et les extravagances qui la déshonorent depuis si longtemps; gardez-vous de porter envie à de fausses et misérables richesses, ei n'invoquez point une manière proscrite par tout ce qu'il y a de philosophes, de gen^ d'esprit et d'amateurs éclairés en Italie. Quoi! vous trouverez bon qu'au moment même où Ton devrait porter au plus haut degré rémotion à laquelle on avait préparé voire âme, l'acteur s'amuse à broder des voyelles et reste, comme par enchantement, la bouche ouverte, au milieu d'un mot, pour donner passage à une foule de sons inarticulés ! De toutes les invraisemblances que vous pouvez dévorer, voyez s'il en est de plus forte et de plus choquante. Que diriezvous d'un acteur qui, déclamant une scène tragique, enlrcmê> lerait ses gestes des laz%i d'arlequin?

« Je crois et je dis que la musique vocale italienne s'étant confondue (vers 1779) avec la musique instrumentale, la mulllludc des petits sons dont on a surchargé les syllabes a presque toujours détruit Vhamwnie propre du vers, et qu'au lieu d'embellir et de fortifier In parole, le compositeur a fait dégénérer la parole en ramage. »

A l'époque où un bel esprit de Paris, Fabbé Arnaud, dictait ses arrêts, Galuppi, Sacchini, Piccini, Paisiello, Guglielmi, Zingarelli, Cimarosa, enchantaient Fltalie. Ce n'est pas que je taxe

l'abbé Arnaud de mauvaise foi ; mais il faudrait se coonatlrc, académicien , ne pouvant pas lire dans son cœur comment la sique plaît,- aurait pu trouver Texplication de ce phénona dans Grimm.

Les Italiens sont en général fort indifférents à tous ces ji ments ténébreux. Lorsque je suis à un bal charmant, au mi de tous les plaisirs délicats, près de madame de B... et écou madame de Staël, que m'importe que le pauvre pédant qui pi dans la rue s'arrête pour prouver à la porte cochère que je dans la boue et dans lé froid comme lui? Un Vénitien s'est pendant amusé à rassembler ce que les MM. Boutard de la i sique écrivaient vers 1770. Voici quelques phrases de son p pblet, qui est une lettre adressée à un Français :

« Permettez-moi, monsieur, de remercier vos compatrii de ce qu'ils veulent bien nous apprendre que leur théâtre ( matique passe dans toute l'Europe pour être l'école de la k déclamation, de ce que leurs chants se saisissent, se retienr aisément, tandis qu'il en est tout autrement des nôtres.

« J'admire la sagacité qui leur a fait sentir que l'idée de i sique italienne comporte celle de légèreté.

a Je les félicite de l'excès de modestie qui leur a persv que personne n'a, comme eux, l'intelligence et le discemeo nécessaires pour pouvoir donner aux morceaux de grande pression cette dignité et cette grâce que leur procurent les compagnements coupés ; genre de beauté dans lequel le gr Rameau serait, même pour nous, un modèle à suivre ;

c De cette finesse de tact par laquelle ils ont découvert les Italiens (moins habiles qu'eux, quant aux principes rais nés de Tart t^t nalurellement abandonnés aux désordres de magination) semblent nés avec un penchant à la .néglige qui ne leur permet de viser qu'à l'effet ;

« De ce que la musique italienne ne comporte ni variété ordonnance, ni distribution ;

« De la bonté qu'ils ont de nous avertir que le récitatif fi çais tient au genre de la déclamation dramatique, au lieu le nôtre n'a qu'une espèce de vérité accompagnée d'un air r et sauvage, que le bon goût n'a jamais dicté, et que nou

chantons de la même manière donl parlent les matelots, ou dont les crocheteurs crient snr le port de Venise ;

« De cette surabondance de sentiment, qui leur dit que Senailler, Leclerc, Talleman, et autres aussi connus, ont fait de la musique italienne, tandis que Jomelli, Hasse, Terradeglias et Pergolèse n'ont fait que de la musique instrumentale;

« De cette naïveté avec laquelle ils avouent que le chant français est d'un ton si naturel, qu'on n'a rien à y désirer du côté de Texpression, et que cet air simple et ingénu est un don de la nature, qu'on ne saurait leur disputer;

« De ce qu'étant doués plus heureusement que nous, ils ne peuvent trouver que de la folie et un genre outré dans notire musique;

« De ce qu'enfin le chant français est toujours au-dessus de l'ariette italienne, qui n'inspire jamais le sentiment ou ne l'atteint guère que pour aller bientôt au delà et le défigurer aussitôt qu'elle a pu le saisir. »

Voilà exactement ce que l'on imprimait de 1770 à 1779, dans les journaux français d'alors. Ne croit-on pas lire un bel article de MM. Boutard, ou Charles Martin, ou Aimé Nodier?

k MONSIEDR LE BARON DE K», A PARIS.

Thuélin (Isère), le 15 octobre 1817.

Mon cher baron.

Le vicomte vous dira que je vis comme un loup. 11 sera à Paris le 22 et m'a donné deux jours dans ma solitude. J'ai accroche de oia misérable fortune 2,460 fr., et je compte partir pour Milan le 1*' novembre.

Ici, sur les bords du Rhône, les prêtres, qui sont tous des épions, se livrent aux douceurs de l'assassinat, comme je vous

4é ŒUVRES POSTHUMES DE STENDHAL.

le disais. On envoie les assassins dans des cures da di< Lyon*.

Rien ne peut ajouter aux éloges qu'on donne au préfet i M. 6. ; je n*ai pas entendu une seule parole de blâme. On qui nommer maire. Il paratl qu'Alphonse, que tout le désirait, n*en voudrait pas. Il est d'abord banquier et ne sej oie pas de voir son bureau pillé, si les ultras avaient jai dessus. H parait qu'ils tournent au sang. La lumière viei Lyon, où tout bêtement la Ligue recommence. On y contrite i sociétés religieuses: la plus énergique est celle de la Fàl monde. Cinquante mille de ces badauds de Lyonnais cm qu'ils vont se trouver prochainement à la plaine de JosaphsÉl ne vois de remède que les écoles à la Lancastre et une nom édition du Citaleur de Pigault-Lebrun , ou bien encore un f fesseur d'économie politique et d'idéologie. Le remède éla vos yeux pire que le mal, la seconde ville du royaume \ fera rire par toutes les déraisons prédites par ce jacobin Benjamin Constant dans le Mercure, article sur saint Jérôme

Quant aux. cinq départements voisins de Nîmes, faites-! une loi qui y suspende le jury pour un an, cl qui fasse juger t les crimes par des commissions de trois colonels et deux ju{ Le ministre ne choisira que des gens nés au nord de la \Â et n'ayant jamais habité le midi. Nommez le duc de Ragusc tout ira bien.

Soyez convaincu que tout autre remède est un plat pairu J'ai eu une conversation sur ce sujet, à l'égard de ia.Ven€ avec B., et je vous en donne gratis le résultat. Non pas grc car je prétends que vous me payiez en beaux et bons artic

L'homme le plus marquant de l'Isère est M. le consei

&I Demandez à M. le baron Pasquier ses rapports sui

jugements de Valence. Il a été menacé de vive voix d'être tu sa main brûlée. Les sœurs hospitalières^ les curés, les nob ont agi sans succès sur lui, mais avec succès sur les jurés faut faire juger toutes ces causes au nord de Lyon. Notez 1

' Geito lettre a été écrite peu après un assassinat horrible commis un prêtre, qui produisit à cette époque une profonde impression.

M.... comme iiii* homme plein d'homieur, de courage, de bon sens, et qui ira loin si on Taide. Il abhorre ïusurpateur et lit Say et Delolme couramment; sachez de plus qu'il est riche. N'oubliez pas mon très-sincère compliment au nouveau con^ seiller d'État. Il verra que son intérêt, à son âge, est de lire Bentham et B. Constant. Je prie Taimable Van Bross de se souvenir de la lettre mensuelle. — Je vous ai plaint sincèrement on voyant les adieux de madame Morandi et de Garcia.

H vostro L. Â. G. Boubet, Marquis de Gurzay.

A MONSIEUR 6., A PARIS

Thuéiin (Isère), le 16 octobre 1817.

Blon cher Moscovite,

Si vous avez la patience d'écrire votre excellente conversation sur Torigine et les ruines de la Vendée, et que vous vouliez renvoyer à 6...., mettez votre nom et votre adresse chez mon

ami, M. S., rue n" 5. La rue àjcôlé de Torloui, à côté de

l'ambassadeur de Hollande.

Ce n'est pas tout, Tami qui était avec moi, lors de Taimable soirée que vous nous fîtes passer, désire beaucoup parler de temps en temps bon sens avec un homme du bon temps. Voici sa définition : M. le baron de M. a élé trois ans Officier dans la légion du Midi; lors de la chute du tyran, il était avec M. le conseiller d'Etal d'Ârgoul et jouissait de douze mille francs de traitement dans les droits réunis. À la restauration, il devint secrétaire général de la préfecture du Donbs.

Pour la sagacité, l'expérience, la connaissance des hommes, le caractère Décessaire pour les faire marcher, c'est un des hommes les plus remarquables que j'aie rencontrés.

Conservez-moi un peu de souvenir et croyez que je n'oublierai jamais les moments agréables que vous m'avez fait passer

dans notre grand palais à Moscou.

U. Beyle.

Page 1