‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 10 sur 130 · UNE COUR ET VS AVENTURIER · texte numérisé non relu

UNE COUR ET VS AVENTURIER

tiaires impériaux un mémoire où étaient exposés les griefs du duc de Parme contre Charles VI. Ce mémoire était signé des plénipotentiaires espagnols, bien que François Farnèse eût un ministre à Cambrai ; la cour de Madrid, conformément à la théorie indiquée dans ses poslulata, prenait pour elle la tâche de défendre contre toule atteinte un Étal destiné à don Carlos. Cette façon d'envisager les choses permettait seule de rattacher les prétentions du duc de Parme à la Quadruple Alliance et, par suite, de les porter au Congrès. Elle entraînait la reconnaissance d'un protectorat espagnol et la négation de la suzeraineté de PEmpire sur Parme et Plaisance. Les ministres impériaux le comprirent. Ils refusèrent de prendre connaissance du mémoire et de traiter Talïaire au Congrès : ce Si le duc, répondirent-ils, a des sujets de plaintes, qu'il les porte, comme vassal, à Vienne, devant l'Empereur : on lui fera bonne justice. » A force d'instances, les média tenrs finirent par obtenir que le mémoire fût reçu. Mais il ne le fut que sous réserve, et, après Tavoir lu, les Impériaux le rendirent en déclarant que son contenu était étranger ou même contraire à la Quadruple Alliance et qu ils ne pouvaient s'engager dans une pareille négociation, — et ils demandèrent qu'on répondit à leurs postulata*. Les médiateurs furent également mécontents de la réponse et des termes c indécents » pour le duc de Parme, dans lesquels elle était conçue. A Vienne on se plaignit amèrement de leur partialité envers l'Espagne etl'on constata avec inquiétude qu'ils faisaient tout pour briser le lien de vassalité entre les duchés

1. PeQtearidter et WindischgraBtz à Charles VI, les 7, 22 et 30 août 1724 , W. S. A.

et l'Empire». Médiateurs et Autrichiens échangèrent pendant quelque temps à Cambrai des notes aigredouces, et le 3 octobre Péntenridter et Windischgraetz remirent l'ultimatum de leur cour : ils ne pouvaient admettre cette discussion au Congrès ; ils écarteraient de même de la négociation c toutes pareilles demandes non appartenantes à la Quadruple Alliance » ; les médiateurs n'avaient maintenant qu'à transmettre de part et d'autre les réponses aux poslulata échangés le 28 avril, pour qu'on pût enfin conclure la paix'.

Les médiateurs et les Espagnols s'entétant à réclamer le règlement préalable de la question de Parme, le Congrès se trouva arrêté.

La seule question qui l'eût occupé concurremment avec celle-là touchait le grand-duché de Toscane ; Charles VI et Philippe V prétendaient tous les deux conférer à Jean-Gaston de Médicis l'investiture de Sienne. Là encore les médiateurs prirent parti pour l'Espagne. Comme pour Parme et Plaisance, on déniait sournoisement à l'Empereur sa suzeraineté ^

1. Référât de la Conférence Secrète du 10 et du 17 septem' bre 1724, W. S. A.

2. Péntenridter et Wiudiscbgraetz à Charles VI, le 5 octobre 1724,W. S. A.

3. Péntenridter et Windischgraetz à Charles VI, le 26 octobre 1724; Référât de la Conférence Secrète du 22 septembre 1724. W. S. A. Quant à raffaire d'Osteude, elle ne fut pas portée au Congrès, quoi qu'en aient dit les publicistes du temps et d'après eux les historiens postérieurs. Le gouvernement français s'y opposa, afin de ne pas compromettre davantage la paix. Tessé était chargé de retenir sur ce point la cour d'Espagne (Tessé à Morville le 8 juin 1724 et dépêches suivantes. A. E. Esp., :i36) ; il obtint eu effet de Grimaldo la promesse que Philippe V ne ferait aucune démarche à ce sujet, sans s'être concerté au préalable avec la France (Grimaldo à Tessé, le 28 septembre 1724. A. E. E>p.,'336). Cependant, Stauhope et Vandermeer, les deux

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Ainsi, à ne considérer que ce qui se passait à Cambrai, on eût cru la France et l'Ani^leterre complètement d'accord avec Elisabeth Farnèse. C'est ainsi qu'on en jugeait à Vienne où Ton se montrait fort aigri. En réalité, Tentente supposée n'existait pas. Les bavardages du Congrès servaient à couvrir une autre négociation beaucoup plus importante : celle du marquis de Monleleone à Paris; là se révélaient ouvertement les véritables vues d'Élisabulh Farnèse et tout ce qu'elles avaient de menaçant pourla tranquillité de l'Europe.

ambassadeurs des puissances maritimes à Madrid, continuaient à pousser l'Espagne à porter l'affaire au Congrès (Tessé à MorviUe, le IG octobre 1724. A. E. Esp., 336), et la cour de Vienne redoutait de l'y voir paraître [Protocole de ta Conférence Secrète du 7 avril 1724. W. S. A.). Mais là-dessus arrivèrent les complications qui arrêtèrent les conférences de Cambrai,

AU xym* SIÈCLE

La reine, poussée sans doule par le duc de Parme et par Scotti, résolut, dans l'été de 1724, de forcer la France et l'Angleterre à une action décisive en faveur de don Carlos en Italie. Une mission secrète à Paris et à Londres fut décidée, et l'on en chargea un Italien, un Sicilien resté au service de TEspagne, le marquis de Monleleone.

Monleleone partit au mois de juin avec des instructions énergiques*.

11 devait proposer, pour assurer les duchés à don Carlos, le plan suivant : on mettrait à Parme, à Plaisance, à Livourne et à Porlo-Ferraio, les garnisons suisses stipulées par la Quadruple Alliance, et l'on enverrait l'infant en Italie, pour qu'il y fût élevé, soit à la cour de Florence, soit, si le grand-duc refusait de le recevoir, à la cour du duc de Parme, qui ne désirait rien tant que d'avoir auprès de lui son petit-neveu. Les troupes suisses serviraient de « garde et sûreté » à don Carlos. Le passage de l'infant en Italie était jugé nécessaire pour plusieurs raisons : c'était le seul moyen, pensait-on, de triompher de la sourde résistance de l'Empereur, de ren-

1. Tessé à Morville, le 5 juin 1724, A. E. Espagne, 335; je conjecture les instructions de Monleleone d'après les mémoires qu'il remit à Morville à Paris et d'après la correspondance de Morville et Tessé. A. E. Espagne, 335 et 336.

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