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dre vaines ses intrigues dans la péninsule, de donner aux princes italiens le courage de résister à ses sollicitations et à ses menaces; enfin, ne fallait-il pas que don Carlos, destiné à régner sur des Italiens, fût élevé dans leurs coutumes et dans leur langue ?
Ce plan entraînait des difficultés. Il est vrai qu'en droit on ne pouvait rien objecter aux garnisons suisses, puisque c'était là une des clauses delà Quadruple Alliance. Mais il n'en allait pas de même de l'envoi de l'infant en Italie. D'autre pari, si l'on était assuré de l'assentiment du duc de Parme, le consentement du grand-duc de Toscane était des plus douteux. Il protestait contre la désinvolture avec laquelle on disposait de sa succession. Il ne voulait pas entendre parler de soldats étrangers. Elisabeth, qui sentait la difficulté, proposait de gagner Jean- Gaston de Médicis. On le garantirait, au nom de la France, de l'Espagne et de l'Angleterre, contre toute attaque de l'Empereur. On séduirait sa sœur, Télec- Irice palatine veuve, par des concessions personnelles : régence et tutelle de don Carlos en cas de minorité, et, si ce cas ne se présentait pas, avantages pécuniaires, souveraineté d'une ville de Toscane au choix, à part Florence. En retour la Palatine adopterait l'infant, le sénat de Florence ferait ua acte solennel en sa faveur, le peuple florentin lui prêterait le serment de fidélité el il serait proclamé prince de Toscane. Monteleone irait négocier cette entente à Florence avec l'appui des ministres français et anglais. Si le grand-duc s'obstinait dans son attitude revèche, l'Espagne, la France et l'Angleterre s'entendraient pour mettre de force les garnisons suisses à
Livourne et à Porto-Ferraio, et l'on enverrait don Carlos à Parme.
Voilà de bien dangereux projets. Si l'on ne considérait que les forces du grand-duc, on pouvait le tenir pour une quantité négligeable; mais il était certain qu'au cas où l'on procéderait violemment contre lui, FEmpfreur viendrait à son .«ecours et que l'on aurait la guerre en Italie. Même si Monteleone réussissait dans sa négociation à Florence, il était probable que rEmpereurnes'accommoderait pas de l'arrangement, qu'il dénoncerait la présence de don Carlos en Italie comme contraire à la Quadruple Alliance, et que ce serait encore la guerre. Elisabeth Farnèse ne s'en inquiétait nullement ; le cas était prévu : Monteleone devait demander à la France el à l'Angleterre de prendre, sans plus tarder, avec l'Espagne toutes les mesures Lécessaires pour une guerre prochaine contre Charles VI en Italie, de régler les subsides et les contingents en hommes et en vaisseaux, etc.'..
Ainsi Elisabeth Farnèse voulait que, pour assurer les duchés à don Carlos, on entamât en Italie une guerre qui serait bientôt devenue générale. C'en était assez pour épouvanter deux puissances pacifiques comme l'Angleterre et la France. Avant même de connaitre exactement le but de la mission de Monteleone, Morville, qui gérait les Affaires étrangères dans le ministère du duc de Bourbon, écrivait à notre ambassadeur à Madrid que l'envoi de don Carlos en Italie était contraire à la Quadruple Alliance, qu'il entraînerait la rupture avec l'Empereur, et que l'on n'était pas en état pour le moment de cou-
1. Mémoire remis par M. le marquis de Monltleone le 1^' octobre 1724, à Versailles. A. E. Espa^up, 336.
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rir les risques de cette rupture*. Peut-être l'Angleterre, très excitée contre l'Empereur par le commerce d'Ostende, aurait-elle été plus facile à entraîner dans une guerre. Mais on devait fatalement se l'aliéner en réclamant Gibraltar. Monteleone était chargé de demander cette rétrocession. Il avait même ordre de menacer les Anglais, en cas de refus, de leur fermer les ports de l'Espagne et des Indes. Et en même temps il solliciterait l'appui de George l" dans la guerre d'Italie! C'était purement insensé*.
Avant de passer en Angleterre, Monteleone devait d'abord s'entendre avec le duc de Bourbon. Il était à Paris dès le mois d'août, mais il ne s'ouvrit à Morville qu'à la fin de septembre'. Le 1" octobre il remit un premier mémoire où il exposait le plan d'Elisabeth pour rilalie, tel que nous l'avons analysé. Làdessus Morville et Bourbon qui tenaient à la paix par-dessus tout, qui ne voulaient pas non plus que le duc de Parme, maître de la personne de don Gar-
1. Morville à Tessé, Fontainebleau, le 28 août 1724. A. E. Espagne, 335.
2. Il n'y a pas de doute que Monteleone fût chargé de réclamer la rétrocession de Gibraltar à Londres. En partant, il dit à Tessé qu'il exécutera « sa commission de dire aux Anglais que, si, sur ce qui sera concerté et convenu avec la France, ils n'exécutent pas ce qu'ils ont promis, on leur fermera les ports d'Espagne et des Indes. » Tessé à Morville, le 5 juin 1724. A. E. Espagne, 33j. — Dans « ce qu'ils ont promis » il faut comprendre non seulement leur concours en Italie, mais encore Gibraltar, comme le prouvent les textes suivants : Tessé écrit à Morville, le 2o septembre 1724. A. E. Espagne, 336 : « Si Monteleone pouvait, comme il l'espère, obtenir la rétrocession de Gibraltar, cela arrangerait bien les choses ». — Il lui écrit encore le 23 octobre 1724, ibidem : il serait à souhaiter que Monteleone obtint »< la restitution de Gibraltar qu'il paraît qu'on lui a personnellement promise ».
3. Morville à Tessé, le 35 septembre 1724. A. E. Espagne, 336,
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los, devînt Tarbitre de la guerre et de la paix en Europe, commencèrent à chercher de bonnes raisons pour montrer à la reine d'Espagne, sans trop l'irriter, que ses projets étaient impraticables*.
Si enveloppé que fût ce premier refus, Philippe V le reçut très mal, quand notre ambassadeur, le maréchal de Tessé, le lui transmit. 11 marqua lui-même très nettement dans ses paroles Topposition entre ses vues et celles du cabinet français : « C'est le bon moment pour fiire la guerre à l'Empereur, dit-il; je porterai la guerre en Italie; mais je vois bien que Monteleone ne réussira pas et qu'en un mot la France ne veut point la guerre. » Et il s'emporta en d'araères récriminations : « La France a fourni l'argent et la dépense pour brûler ma nette, ruiner mes forces maritimes et me faire céder la Sicile, dont je serais encore le maître, si la France, le poignard à la gorge, ne m'avait forcé de sortir de Sicile et d'abdiquer le royaume,.. Les rois médiateurs feront ce qu'ils voudront ; mais moi, je vous déclare que je ne céderai rien, ni de mes titres, ni de chef de la Toison d'Or, ni de ce que porte la Quadruple AUiance; mon honneur et la couronne que j'ai reprise m'engagent à vous déclarer que, si mes alliés m'abandonnent, je perdrai plutôt ce qui me reste avec ce que j'ai de pouvoir en main que de consentir, par un traité qui me serait honteux, ce que je ne puis ni ne dois et ne céderai point'! >
Au moment où Philippe V signifiait ainsi à Tessé sa volonté de faire la guerre, Monteleone présentait
1. Morville à Tessé, le 8 octobre 1724. A. E. Espague, 336. ?. Tessé à MorviUe, le 23 octobre 1724. A. E. Esj.ague, 336-